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J’ai rêvé l’Algérie

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J’ai découvert par hasard (via un tweet de Laïla B.) ce récent livre édité par les Éditions Barzakh d’Alger. Un livre collectif de témoignages, de récits et de fictions.

Voici ce qu’écrit en Avant-Propos de cet ouvrage Amina Izerouken, Chargée des programmes Fondation Friedrich Ebert Algérie: 

« J’avoue que j’ai rêvé ! 

J’ai rêvé éveillée : assise, debout, en marchant, en m’endormant… Mon rêve était palpable, il frôlait le réel, il se matérialisait ! 

J’ai rêvé pour moi, pour que mes sœurs ne soient plus jamais violentées, nos libertés plus jamais confisquées ; j’ai rêvé que la presse ne serait plus muselée, le champ politique barri- cadé, notre patrimoine délaissé, saccagé… 

Puis, je me suis interrogée sur nos responsabilités, notre démission, notre rôle dans ce marché conclu à huis clos, mais au vu et au su de tous et de toutes, sur nos futurs accomplis- sements, et sur l’idée que les rêves personnels devraient s’emboîter dans les rêves collectifs pour avoir une chance de devenir réalité. C’est la somme de tous ces rêves, de toutes ces interrogations, de toutes ces aspirations laissés en suspens faute d’espaces dédiés au vrai débat de fond, qui ont suscité en moi le désir d’accompagner la réalisation de cet ouvrage collectif. Celui-ci ne changera peut-être rien à notre réalité, mais trouvera, sans nul doute, écho auprès de celles et ceux qui s’acharnent encore à vouloir être libres de penser, de rêver et de bâtir ensemble. 

Au départ, alors que le Hirak battait son plein et que les rêves semblaient accessibles, l’idée première consistait à amener des jeunes à rêver l’algérie par le biais de l’écrit dans le cadre des cycles d’ateliers d’écriture organisés par le bureau de la Fondation Friedrich Ebert en Algérie, depuis 2005. Dans un contexte de crise sanitaire peu propice aux rencontres physiques, nous avons vite dû y renoncer. C’est alors que nous avons fait cette belle rencontre avec Barzakh. ensemble, nous avons remodelé le projet, enthousiastes à l’idée de relever un pari aussi risqué car, comment déjouer les stéréotypes et les poncifs, comment se donner les moyens d’un ouvrage original, iconoclaste mais d’abord utile, autour d’une Algérie rêvée ? aussi avons-nous décidé d’inviter des personnes, militantes ou non, journalistes, écrivain.e.s, architectes, psychologues, étudiant.e.s, médecins, citoyens et citoyennes ayant un rap- port amateur ou confirmé à l’écriture, à par- tager leur rêve, chacun et chacune à partir de sa place, de sa subjectivité, de son domaine d’intervention. La question semble élémentaire : « De quelle algérie rêvez-vous, et pourquoi ? ». Elle n’est simple qu’en apparence. Si on la sonde vrai- ment, elle accule, elle oblige, elle nous enjoint de dépasser généralités et banalités expéditives. Si le rêve est une activité cérébrale incontrô- lée (en tout cas, le rêve nocturne), il demeure, en algérie, lorsqu’il est éveillé et volontariste, un exercice pour le moins complexe. Dans un contexte qui verrouille les perspectives, il n’est pas simple de se projeter et de galvaniser son énergie pour construire l’avenir. 

Or, comment penser et bâtir une algérie meil- leure si l’on ne sait pas la rêver ? interrogation en écho aux vers de Habiba Djahnine dans son texte « Terre inconnue » (Cf. p. 52) : « Comment rêver le futur sans le présent ? / Comment vivre le présent sans rêver à demain ? ». 

Loin des sentiers battus, des débats politiques, des propositions de programmes et feuilles de route, cet ouvrage se veut l’expression subjec- tive d’une projection de l’algérie que l’on aime- rait voir se réaliser. 

Des voix singulières nous entraînent dans des combinaisons infinies: fictions, autofictions, récits d’anticipation, témoignages, réflexions. Une seule ambition, un seul mot d’ordre : pro- poser une projection intime, réaliste ou non, d’une algérie meilleure. Quatorze textes, qua- torze subjectivités, à travers lesquels miroite la possibilité de construire une société de libertés, de progrès et de vivre-ensemble. 

Cet ouvrage, plein d’espoirs, mais aussi de mises au point franches et sans concession, de vérités crues et courageuses – dites avec humour souvent –, nous raconte qu’une autre Algérie est possible. » 

Amina Izarouken 

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Je vous propose l’ouvrage dont je n’ai lu que quelques extraits

Droits de l’homme en Algérie: le rapport de HRW

Les autorités algériennes ont continué de réprimer le « Hirak », mouvement de protestation réformiste qui a poussé le président Abdelaziz Bouteflika à démissionner en avril 2019. Abdelmadjid Tebboune, à qui le Hirak s’est opposé, a remporté une élection présidentielle qui s’est tenue en décembre 2019. Malgré ses promesses de « dialogue », les autorités ont continué d’arrêter et d’emprisonner des manifestants, des activistes et des journalistes, dans une tentative de museler le Hirak. Sous les auspices du président, une nouvelle Constitution a été approuvée, qui contient des termes plus forts en ce qui concerne les droits des femmes, mais qui restreint par ailleurs la liberté d’expression et sape l’indépendance de la justice.

Élection présidentielle

Le 10 décembre 2019, deux jours avant l’élection présidentielle à laquelle le Hirak s’opposait de manière pacifique, la police a arrêté Kadour Chouicha, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, à Oran. Le jour-même, un tribunal l’a déclaré coupable et l’a condamné à un an de prison pour « rébellion » et «atteinte à l’intégrité du territoire national. » L’accusation s’est fondée sur des affichages sur Facebook effectués par Chouicha en novembre, dans lesquels il s’opposait à la tenue de l’élection présidentielle, et sur sa participation, une semaine avant le scrutin, à une manifestation à l’extérieur d’une salle où un candidat à cette élection tenait une réunion électorale.

Abdelmadjid Tebboune, qui fut Premier ministre sous Bouteflika, est sorti vainqueur de cette élection marquée par un taux de participation historiquement faible[PH1] Dans son discours d’investiture, Tebboune a affirmé qu’il était « ouvert au dialogue » avec le Hirak et a annoncé que son gouvernement consoliderait la démocratie, l’État de droit et le respect des droits humains.

Le 2 janvier 2020, jour où Tebboune a formé son nouveau gouvernement, environ 70 membres du Hirak qui étaient en détention ont été remis en liberté. Le Comité national pour la libération des détenus, organisation qui observe la situation des manifestants du Hirak emprisonnés, a estimé qu’après ces remises en liberté, environ 80 protestataires étaient encore derrière les barreaux. Les arrestations de manifestants ont repris peu après, notamment d’un groupe de 20 personnes le 17 janvier.

Le 13 janvier, un romancier, Anouar Rahmani, a été inculpé d’« insultes envers le président de la République » pour des publications satiriques sur Facebook au sujet de Tebboune. Il a été mis en liberté provisoire, puis condamné le 9 novembre à une amende d’environ 400 dollars.

Liberté de réunion

Des centaines de manifestants du Hirak ont été arrêtés dans tout le pays lors des manifestations du début de l’année 2020. Quoique une majorité d’entre eux aient été remis en liberté le même jour, certains ont été jugés et condamnés à des peines de prison sous des chefs d’accusation comme participation à un « attroupement illégal », « atteinte à l’unité nationale » ou « atteinte au moral de l’armée. »

Le 21 juin, un tribunal de Cheraga, une ville satellite d’Alger, la capitale, a condamné Amira Bouraoui, une gynécologue et membre en vue du Hirak, à un an de prison. Elle avait été poursuivie pour « participation à un attroupement non armé », « offense au président de la République », «atteinte à l’unité nationale » et « dénigrement de l’Islam. » Elle a été remise en liberté provisoire le 2 juillet. Son procès en appel devait s’ouvrir le 12 novembre.

Le 15 septembre, une cour d’appel a condamné Samir Ben Larbi, un militant politique, et Slimane Hamitouche, coordinateur national des Familles de personnes disparues, à un an de prison, dont huit mois avec sursis, pour leur participation en mars à des manifestations du Hirak. Ils ont été libérés après avoir purgé les quatre mois fermes de leur peine. 

Le 17 mars, le gouvernement a interdit toute manifestation de rue avant d’instaurer un confinement général dans tout le pays, par précaution afin de ralentir la propagation du Covid-19. Les dirigeants du Hirak avaient eux-mêmes appelé à la suspension des manifestations quelques jours auparavant, afin de protéger la santé publique. Le gouvernement a décrété un confinement général dû au Covid-19 le 23 mars, d’abord à Alger, puis dans le reste du pays. Après le relâchement graduel du confinement à partir du mois de mai, la police a brutalement dispersé des tentatives par des activistes du Hirak de reprendre les manifestations. Elle a arrêté des manifestants, notamment à Alger, Blida, Sétif et Tizi-Ouzou les 21 août, et à Annaba et Bejaïa le 24 septembre.

Le 1er avril, le président Tebboune a signé un décret d’amnistie concernant 5 037 personnes, apparemment afin de réduire la population carcérale en réponse à la pandémie de Covid-19. L’amnistie n’a pas inclus les activistes du Hirak.

Liberté d’expression

Le 24 mars, une cour d’appel d’Alger a condamné un homme politique éminent et partisan du Hirak, Karim Tabbou, à un an de prison. Coordinateur national de l’Union démocratique et sociale (UDS), un parti d’opposition non homologué, Tabbou avait été inculpé d’« atteinte à la défense nationale », « atteinte à l’unité nationale » et « atteinte au moral de l’armée », pour des commentaires pacifiques qu’il avait affichés sur les réseaux sociaux. Son procès avait été entaché de violations de la régularité des procédures, notamment le refus du juge d’attendre l’arrivée des avocats de Tabbou avant d’ouvrir une audience, alors qu’il ne les avait pas informés de la tenue de cette audience. Le 2 juillet, Tabbou a été remis en liberté après avoir passé plus de neuf mois en détention.

Le 27 mars, à Alger, la police a arrêté un journaliste de renom, Khaled Drareni, fondateur d’un site internet, la Tribune de la Casbah, et correspondant de la chaîne francophone TV5 Monde et de l’organisation Reporters sans frontières. Drareni a été accusé d’«incitation à attroupement non armé » et d’« atteinte à l’unité nationale » pour sa couverture régulière des manifestations du Hirak, depuis leur début en février 2019, notamment sur ses comptes très suivis sur les réseaux sociaux. Les autorités l’avaient mis en garde à plusieurs reprises avant de restreindre sa couverture, lors d’interpellations et d’interrogatoires. Le 10 août, un tribunal a déclaré Drareni coupable des deux chefs d’inculpation et l’a condamné à trois ans de prison, avant qu’une cour d’appel réduise cette sentence à deux ans, le 15 septembre. Il est incarcéré depuis son arrestation.

Le 27 avril, Walid Kechida, fondateur et administrateur d’une page satirique sur Facebook, Hirak Memes, a été arrêté à Sétif et inculpé d’«outrage et offense au président de la République » et d’« atteinte aux préceptes de la religion. » Le 4 janvier 2021, il a été condamné à trois ans de prison.

Le 24 août, Abdelkrim Zeghileche, directeur de Radio Sarbacane, une station en ligne, a été condamné à deux ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale » et « outrage au chef de l’État », pour un affichage dans lequel il appelait à la création d’un nouveau parti politique. Sa défense a fait appel du verdict. Zeghileche est incarcéré à Constantine depuis le 23 juin.

Le 21 septembre, le ministère des Communications a interdit à la chaîne de télévision française M6 d’opérer en Algérie, au lendemain de sa diffusion d’un film documentaire sur les manifestations du Hirak, arguant que l’équipe de M6 avait utilisé une « fausse autorisation » pour filmer en Algérie. Le communiqué du ministère annonçant cette interdiction ajoutait [PH2] que M6 avait tenté de «ternir l’image de l’Algérie et [de] fissurer la confiance indéfectible établie entre le peuple algérien et ses institutions. »

Le 22 avril, le parlement a adopté à l’unanimité une réforme du code pénal, comprenant de nouvelles lois criminalisant la diffusion de fausses informations et de discours de haine. Certaines infractions, comme « atteinte à la sécurité publique et à l’ordre public » et « atteinte à la stabilité des institutions de l’État », qui sont passibles respectivement d’un maximum de trois ans et sept ans de prison, sont définies de manière si vague qu’elles peuvent être utilisées pour criminaliser la critique pacifique.

Indépendance de la Justice

Le 10 février, le ministère de la Justice a ordonné, dans une décision apparemment punitive, le transfert d’un procureur, Mohamed Sid Ahmed Belhadi, à El Oued, à 600 kilomètres au sud d’Alger, après qu’il eut exhorté un tribunal d’Alger à acquitter 16 manifestants, arguant qu’ils avaient été poursuivis en justice uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté de réunion. L’Union nationale des magistrats algériens a qualifié ce transfert de « punition et mesure de représailles politique » pour les propos du procureur.

Réforme constitutionnelle

Le 1er novembre, les Algériens ont approuvé une nouvelle Constitutionà une majorité de 66 %, dans un référendum auquel le taux de participation a été historiquement bas, à 23 %.

Amnesty International a relevé que cette nouvelle Constitution «introduit des termes positifs sur les droits des femmes », notamment la mention que « l’État protège les femmes contre toute forme de violence en tout lieu et en toutes circonstances, (et) garantit aux victimes l’accès à des refuges, à des centres médicaux, à des moyens appropriés d’obtenir réparation et à une assistance juridique gratuite ».

Le président de la République préside le « Conseil supérieur de la magistrature », organe constitutionnel qui nomme les juges et contrôle leurs carrières par les promotions et les mesures disciplinaires, ce qui est en contradiction avec la mission de cet organe consistant à «garantir l’indépendance de la justice ».

Comme la précédente Constitution, la nouvelle Loi fondamentale garantit le droit de « recevoir et disséminer de l’information », mais soumet l’exercice de ce droit à des conditions vagues et restrictives, telles que l’interdiction d’interférer avec les « exigences de la sécurité nationale ».

Droits des femmes et orientation sexuelle

Les meurtres de femmes et de filles ont continué en 2020. Deux femmes, qui ont lancé une campagne visant à accroître la sensibilité à ce genre de meurtre, ont affirmé qu’il y avait eu au moins 36 féminicides en 2020. Bien que la Loi algérienne de 2015 sur les violences domestiques criminalisait certaines formes de violence conjugale, elle contenait des failles qui permettent d’invalider des verdicts de culpabilité ou de réduire des peines si les victimes pardonnent à leurs agresseurs. Par ailleurs, la loi ne contenait pas de mesures additionnelles visant à empêcher les abus ou protéger les victimes, telles que des ordonnances de protection (interdictions de domicile pour les auteurs d’abus).

L’article 326 du code pénal, relique de l’époque coloniale, permet à une personne qui commet l’enlèvement d’une mineure d’échapper à des poursuites en justice s’il épouse sa victime.

Le Code algérien de la famille permet aux hommes d’obtenir un divorce unilatéralement et sans explication mais exige, pour les femmes, qu’elles s’adressent aux tribunaux pour obtenir un divorce pour des raisons spécifiques.

Les relations sexuelles entre personnes du même sexe sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à deux ans de prison, en vertu de l’article 338 du code pénal.

Migrants et demandeurs d’asile

Entre janvier et le 10 octobre, les autorités algériennes, invoquant « la lutte contre la migration illégale », ont rassemblé sommairement et expulsé collectivement plus de 17 000 migrants, pour la plupart en provenance d’Afrique sub-saharienne, parmi lesquels se trouvaient des centaines de femmes et d’enfants et certains demandeurs d’asile dûment enregistrés comme tels. Ces expulsions se sont poursuivies même après la fermeture des frontières en mars à cause du Covid-19. Des membres du personnel de sécurité ont séparé des enfants de leurs familles lors d’arrestations massives, ont confisqué leurs biens à des migrants, se sont abstenus de vérifier individuellement leur statut d’immigrant ou de réfugié et ne leur ont pas permis de contester leur refoulement. Un peu plus de la moitié (8 900) étaient originaires du Niger, ont été rapatriés de force dans des convois de camions et remis entre les mains de l’armée nigérienne, en vertu d’un accord bilatéral informel de 2014. L’armée algérienne a laissé les autres – soit environ 8 100 migrants d’au moins 20 nationalités différentes – dans le désert à la frontière, leur ordonnant de passer à pied au Niger. Certains migrants expulsés, et des travailleurs humanitaires qui leur portent assistance au Niger, ont affirmé que les autorités algériennes s’étaient livrées à des passages à tabac et à d’autres abus lors de ces expulsions.

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Joyeux Yennaïr

Pub Mobilis- Le Quotidien d’Oran- L 11.1.2021

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Joyeux Ennaïr (ou Ennayer ou Yennayer)

Ennaïr* de mon enfance à Oran

Je me souviens du jlid qui nous paralysait à l’intérieur de notre unique pièce,

Je me souviens des gerçures qui parcouraient les mains de nenna,

Je me souviens du kanoun qu’elle sollicitait plus encore ce jour-là,

Je me souviens des cheveux de jais de ma mère qu’à l’occasion elle parfumait au zit zitoun,

Je me souviens du kholkhal autour de sa cheville, 

Je me souviens de la couleur brune du meswek qui embellissait son sourire,

Je me souviens des sacoches noires de elbeciclita verte de mon père,

Je me souviens qu’elles étaient pleines de fruits secs,

Je me souviens que certains résistaient à nos assauts : amandes, noisettes, noix,

Je me souviens que d’autres s’y pliaient : dattes, raisins, figues, cacahuètes,

Je me souviens de la maïda qui, exceptionnellement, débordait de cherchem, de couscous, de lben 

Je me souviens aussi de l’inévitable la mouna qui se faufilait entre les mets,             

Je me souviens du mkhalet de halwa – bonbons, réglisse, coco, chewing-gum – étranglé par une cordelette, une ficelle, ce qu’on trouvait,

Je me souviens de la pièce de khamsa douros, parfois deux, que mon père nous tendait, retenues fermement entre ses pouce et index, 

Je me souviens de lawalimoun dont on abusait, et des mini bougies blanches, 

Je me souviens qu’on fixait les chmaâ dans des boites de conserve qu’on avait  préalablement 

trouées de sept ou neuf trous, du nombre je ne me souviens plus,

Je me souviens qu’on les faisait tourner près du corps comme la grande roue d’une fête foraine,

Je me souviens qu’on allait ainsi en courant jusqu’à Covalawa

Je me souviens – c’était bien plus tard – des souvenirs d’enfance de Pérec, de sa Disparition.

Je me souviens. 

ah – janvier 2018

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* Si d’aventure vous ne comprenez pas la Derja, ce qui suit est pour vous :


Derja : c’est une des langues vernaculaires des Algériens.

Ennaïr : ou Yennayer. Premier jour de l’an du calendrier agraire, le 12 janvier.

Jlid : vent glacé.

Nenna : ma grand-mère.

Kanoun : réchaud en terre cuite.

Maïda : table basse. 

Cherchem : plat épicé à base de pois-chiches, de fèves et de blé bouillis. 

Zit-zitoun : huile d’olive.

Kholkhal : bracelet en argent.

Meswek : écorce de noyer séché que les femmes mâchouillent. Il embellit les lèvres comme un rouge à lèvres naturel, et valorise par contraste les dents (précisions in internet).

Elbeciclita : ou biciclita, bicyclette, ici vélo.

Lben : lait fermenté.

La mouna : brioche pied-noir, d’origine espagnole (dit-on), qu’on consommait à Pâques.

Mkhalet : petite bourse emplie de toutes sortes de halwa.

Halwa : friandises, sucreries.

Chmaâ : pluriel de chemâa, bougie. 

Covalawa : ou Cueva d’el agua. C’est le nom d’une zone située près de la jetée, au bas du quartier Gambetta, à l’est d’Oran. Jusque dans les années 60, c’était un important bidonville.

Douro : le douro est une ancienne monnaie espagnole. A Oran, fortement peuplée d’Espagnols, on disait douro plutôt que francs. Un douro équivalait à une pièce de 5 francs, puis au printemps 1964 de 5 dinars.

Lawalimoun : ou agua limon. Eau sucrée au citron.

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Clin d’oeil de Dilem à l’actualité (américaine)

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Nous entrons ce jour dans un nouvel an berbère. Le Quotidien d’Oran lui réserve deux articles. Le premier en page intérieure régionale « est » (page 9)

le second en page « Culture » (p 16) que voici

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El Watan, 12 janvier 2021

Yennayer, le jour de l’An amazigh, un des éléments du patrimoine immatériel le plus fédérateur de la mémoire collective de l’Algérie et de l’Afrique du Nord, a un goût particulier cette année dans la wilaya de Béjaïa.

On s’est vite rendu compte, après avoir tâté le terrain et pris le pouls des rares préparatifs, que cette fête s’annonce avec beaucoup moins de faste et de solennité que les années écoulées. Même son désormais statut officiel, suite à son intégration dans le calendrier national des fêtes légales, n’y change rien.

La pandémie de la Covid-19 est passée par-là. La crise sanitaire et la contrainte du confinement ont plombé les activités habituelles de célébration. Mais pas que. Le manque de subvention a refroidi les ardeurs des organisateurs de la société civile. «Les associations de notre commune sont à court d’argent. Elles ne peuvent pas organiser une quelconque activité», nous apprend Chafik Abaour, maire de Sidi Aich. «Nous n’avons encore reçu aucun sou dans la caisse. Nous n’avons rien prévu pour Yennayer.

Hormis le déplacement de la statue d’Axel vers le centre-ville d’Ighzer Amokrane et son installation sur un socle. Mais la date de l’opération n’est pas encore arrêtée», souligne Ali Tabet, un des animateurs de l’association Horizons activant dans la commune d’Ouzellaguen. A hauteur du chef-lieu de wilaya, un collectif d’associations a pris son courage à deux mains pour marquer l’événement. Une exposition d’objets traditionnels se tient du 9 au 15 janvier dans l’enceinte de La Casbah.

Il est en outre programmé des balades culturelles à travers les monuments et sites historiques de l’ex-ville des Hammadites, ponctuées par des agapes collectives autour de l’incontournable couscous. Des expositions, des conférences et des ateliers pour jeunes ont également lieu à la maison de la culture et à la bibliothèque communale.

Dans la vallée de la Soummam, Béni Maouche est l’une des rares communes à avoir concocté un programme d’activités consistant pour Yennayer. On annonce pour la matinée du mardi 12 janvier l’inauguration du stade de football du village Aguemoune. L’APC a contribué à hauteur de 110 millions de dinars au financement de cet équipement public.

Les villageois ont mis la main à la pâte et à la poche pour mener l’ouvrage à bon port. «Les citoyens d’Aguemoune ont réuni la somme de 3,5 millions de dinars, mobilisé des engins et réalisé quatre mois de volontariat pour achever ce stade, qui a englouti plus de 20 millions de dinars», nous confie Mokrane Labdouci, le P/APC.

Pour la circonstance, il est prévu un match de gala mettant aux prises l’équipe du village Aguemoune et des vétérans issus des équipes du MOB et de la JSMB. Un couscous est ensuite offert aux convives.

L’après-midi est consacrée à une conférence dans la salle de délibération de l’APC de Trouna (chef-lieu communal), suivie d’une pièce de théâtre et de chants traditionnels berbères.

Dans la commune de Tazmalt, nous informe Sofiane Achour, président de l’association Espoir, les citoyens de la cité Kasdi Merbah, au chef-lieu communal, organisent une exposition centrée sur la thématique de Yennayer et un sacrifice suivant le rite de Timechret. Le même rite sacrificiel est annoncé par l’association Main tendue du village Nord, l’association de la cité des Horloges, les résidants du village Sud, la population du village Ikhervane et l’association Tagmats du village Tiouririne. Une opportunité pour exalter les valeurs de convivialité et de solidarité et sceller la communion entre les villageois.

Dans les autres localités de la Soummam, d’Ighram à Seddouk, en passant par Akbou et Ouzellaguen, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent, si ce n’est, bien sûr, le traditionnel dîner de Yennayer. Du couscous aux «sept ingrédients», agrémenté de la viande de volaille. Un plat qui convoque traditionnellement la fratrie et, au-delà, toute la lignée vivante de la famille. Le tout dans une ambiance empreinte de bonhomie et de sérénité.

Par Maouche

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El Watan, le 10 janvier 2021 

Par M’hamed H

Tipasa : La célébration de Yennayer 2971 «à huis clos»

En raison de la pandémie, la célébration du Nouvel An berbère cette année se déroulera à huis clos dans la wilaya de Tipasa. Abdelkader Bouchelaghem, enseignant universitaire à la retraite, animateur actif des émissions en tamazight au niveau de la radio régionale de Tipasa, nous accueille dans sa petite boutique.

Il commence à nous relater les premiers pas de la célébration de Yennayer à Tipasa. Il s’agit de l’organisation du festival du Daynan, des tentatives de la création du mouvement berbère chenoui (MCC) durant le passé. Les autorités de Tipasa, sous l’ère des walis Frikha Hacène et Laroussi Abdelwahab, avaient organisé des semaines des arts et culture chenouis à Gouraya, Cherchell et Tipasa. Ces festivals, organisés avec peu de moyens et des montagnes de volonté, attiraient beaucoup de monde pendant la décennie 90.

Cet événement est mis aux oubliettes hélas depuis le début des années 2000. L’adhésion des femmes et des hommes, jeunes et moins jeunes, pour célébrer Yennayer, n’avaient pas suscité l’intérêt des décideurs locaux.

Cette manifestation culturelle, qui avait permis aux familles de la wilaya de Tipasa de découvrir la richesse des us et coutumes de leurs différentes régions, le génie de leurs aînés dans la fabrication des outils utilisés dans le passé lointain pour travailler la terre et surtout la création des copieux mets, afin d’afficher leurs appartenances, autant d’aspects instructifs, sont ignorés. Abdelkader Bouchelaghem se laisse aller involontairement dans le récit historique sur l’appellation d’origine berbère des trois pays du Maghreb, le Maroc, la Tunisie et l’Algérie.

«Je vous recommande de lire le livre de Mohamed Chibani, pour plus de détails, car c’est bien la France qui a fait les frontières au niveau de l’Afrique du Nord», nous dit-il. Notre interlocuteur ne s’arrête pas dans son récit. Il revient sur la définition d’origine berbère de «Tefsa», avant d’arriver au nom de Tipasa. L’année berbère a commencé en 950 AV JC. «Assegas Amegaz pour cette année», nous déclare-t-il. Yennayer, une date qui coïncide avec le 12 janvier est devenue une journée fériée.

Cela est insuffisant, car le combat doit continuer. Les dernières années, Abdelkader Bouchelaghem, le métronome infatigable invitait les associations, les poètes, les historiens, les artistes afin d’animer l’arrivée du nouvel an berbère, à travers les expositions des œuvres d’arts et les anciens outils de travail traditionnel dans l’agriculture, la poésie, les conférences suivies des débats, la présentation des arts culinaires de chaque région de la wilaya et les chants pour permettre aux jeunes de mieux connaître le sens et la philosopie de Yennayer. Abdelkader Bouchelaghem utilisait alors les ondes de la radio locale de Tipasa pour permettre aux familles de vivre l’événement.

Ces auditrices et auditeurs, pour diverses raisons, avaient été empêchés de rejoindre l’annexe de l’ONCI de Chenoua, lieu qui abritait la manifestation purement culturelle. «En ce 12 janvier 2021, pour respecter le protocole sanitaire, les familles vont utiliser les réseaux sociaux pour communiquer et perpétuer la célébration en attendant des jours meilleurs», indique-t-il.

Notre interlocuteur a le souffle long. Une pluie fine fait son apparition dans les rues, le ciel est bas, la nuit se lève à grands pas, nous demandons alors «l’autorisation» à notre interlocuteur de partir. Courtois, sympathique, un sourire timide, il est arrivé à transmettre son message à travers El Watan. «Assegass Amegaz depuis Tipasa à votre journal, ses employés et vos lecteurs», conclut Kader, le chenoui, avec son timide sourire, celui d’un grand-père.

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Liberté du mardi 12 janvier 2021

REPORTAGE

Dans l’atlas blidéen, sur les traces des traditions amazighes qui résistent au temps

La terre et l’histoire

Liberté, le 12-01-2021 par Mohamed Mouloudj

Tibboura, Tala Amrane, Tachwit, Tamaksawt, Taghzout, Tifarine, Timsirt, Danes, Gar Ougalmime, Baânsar… La toponymie de la région, à cheval entre Blida et Médéa, fait vivre une culture et des traditions millénaires.

“C’est ici que je suis né. J’y ai vécu et je ne peux être moi-même que sur ma terre.” Voilà une phrase qui résume le sentiment d’appartenance à une terre. Celle de Thourtathine sur les monts de Médéa, sur le versant est de l’Atlas blidéen. Dans ce territoire suspendu entre le ciel et les plaines de la Mitidja, la disparition de tamazight (le zénète) n’a pas pour autant rompu le lien qui unit ses enfants à leur terre. La voix de la terre natale finit toujours par résonner là où la surdité a pris place. 

La perception de l’appel de la terre est d’abord cet attachement atavique qui incite à réintégrer les siens. Le recul ou la quasi-disparition de la langue amazighe fait presque perdre son âme à cette région montagneuse. “La langue est le miroir et le portrait de l’âme”, dit un proverbe italien. John Le Carré écrivait dans La taupe : “Posséder une autre langue c’est posséder une autre âme (…)” Il semble, à première vue, que ces deux citations renvoient à la fidèle expression qu’une langue peut véhiculer.

Toutefois, l’âme, aussi éthérée qu’elle soit, garde en son tréfond la marque d’une vie antérieure qui s’est transmise de façon magique. Tout cela porte un nom. C’est cette appartenance à un groupe social, culturel et linguistique qui la distingue des autres. Lors d’une virée dans l’Atlas blidéen, dans les méandres de cette culture amazighe qui tend à laisser place à d’autres emprises, des indices persistent non seulement à marquer, mais aussi à rappeler cette appartenance à une culture qui se meurt, certes, mais qui revit à travers une toponymie qui tient lieu de garde-fous, de barrières qui protègent un héritage que nul ne veut voir disparaître. 

L’Atlas blidéen, un lieu où se meurt l’amazighité, domine des vallées, mais souffre, hélas, d’indigence. Un dénuement qui détruit une vie, celle d’un peuple. La capitale et Blida au Nord, Médéa au Sud et Bouira à l’Est, ce croisement n’est au final que ce continuum qui dissimule une richesse culturelle et linguistique ensorcelante. Région rurale par excellence, l’Atlas blidéen est un haut lieu d’Histoire. 

Une langue unique, une appartenance qui s’étend au fin fond des âges et aussi un imaginaire social qui se reconstruit peu à peu. Une prise de conscience pour briser les chaînes qui la ligotent à une sphère culturelle et linguistique disparate, conçue par des images sans lien sociologique ou historique à une région que toutes les violences ont écrasée pour mieux l’asservir.  

(…)

Yennayer, une fête, une mémoire 
Sur le chemin qui mène de Hammam Melouane à la montagne, Boualem, un jeune agriculteur aborde Mohamed et Dda Amar. Il ne parle pas le zénète. “Dommage”, répond-il, sauf que pour lui, Amar Djerroudi est là pour le leur apprendre. “J’ai quitté la région avec ma famille pour cause de terrorisme, donc nous avons perdu l’usage de la langue, car dans la plaine, les gens ne parlent pas zénète”, a-t-il expliqué. Sur sa moto, Boualem fait le va-et-vient entre la montagne et chez lui en ville. “Je suis éleveur, mais les conditions sont difficiles, d’ailleurs la route n’a été bitumée que récemment”, dit-il.

Interrogé sur Yennayer, Boualem a précisé que cette fête “Assegas”, a-t-il dit, est fêtée d’une manière désintéressée et magnanime chez lui. “Nous fêtons l’an amazigh chaque année”. Sans chercher à connaître la signification, Boualem considère que ce “rite” est un legs qu’il faut garder. Dda Amar, en revanche, ne cesse d’aborder le sujet. Il raconte dans les moindres détails la fête de Yennayer. Il commence d’abord par expliquer que le zénète qu’il parle “est pur”. “À Yennayer, nous préparons des plats traditionnels et nous le fêtons en famille”, a-t-il dit, expliquant que sa défunte mère “préparait Tassabount, du miel, du beurre, de la viande sèche, du couscous d’orge…, et la fête durait parfois deux à trois jours”.

Amar Djerroudi ne compte pas garder “son trésor” pour lui-même. “Je transmets aux jeunes tout ce que j’ai appris, ce dont je me souviens et tout ce que je connais de l’histoire de la région”, a-t-il dit. Sur cet autre versant de l’Atlas blidéen, la situation est tout autre. Les conditions de vie sont meilleures et l’activité agricole vivrière ne domine pas la vie économique locale. Cet “avantage” a fait en sorte que les gens s’intéressent depuis quelque temps à l’histoire. Sur les réseaux sociaux, des groupes de débats et de partages ont été créés. L’histoire, la civilisation, la langue…, y sont constamment abordées et débattues. 

Othmane Mohamed en fait partie. Féru d’agronomie et d’histoire, il s’y intéresse pour raviver une racine, une langue et une culture. Dda Amar, quant à lui, est la mémoire de la région. Un rôle capital dans la prise de conscience dans la région. Pour Mohamed “ceux qui ont initié le combat identitaire ne se doutaient pas que c’est à partir des patelins de Kabylie que l’espoir de toute une nation est né. Cet espoir de vie de toute l’Afrique du Nord viendra exhumer des pans entiers d’une histoire enfouie dans nos âmes”. 

Mohamed évoque le mouvement populaire, le terrorisme, la politique, tamazight… Sans complexe, il estime que tamazight n’est plus ce qu’elle était. “Elle est là. C’est une réalité qui s’impose à tous”, dit-il. Dda Amar Amellal a salué la prise de conscience des jeunes. “Ils veulent apprendre et se réapproprier l’histoire. Tout est à leur honneur. C’est encourageant et cela me donne de l’espoir”, a dit Dda Amar. 

Qu’en sera-t-il dans les années à venir ? Ces jeunes auront-ils toute latitude de réparer cette “entorse” à l’histoire ? Nos deux Zénètes sont convaincus. Ils font appel à l’organisation de colloques sur la région, son histoire, ses traditions et sa langue. Les spécialistes sont désormais interpellés.
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Les (anciens) bars d’Oran… ou ce qu’il en reste

Cette vidéo n’a pour objet que de nous rappeler qu’Oran fut une ville de grande tolérance. Qui ne veut voir en ces images que le rappel d’une mémoire de débauche se trompe lourdement. Les bars, (parfois hôtels-bars-restaurants) ont hélas, pour une part non négligeable disparu. Ils furent au même titre que les salons, les marchés et autres placettes de quartiers d’Oran, des lieux de rencontre et d’échange, où s’exprimaient sans retenue, ni tabou, les vérités et fantasmes des uns et des autres autour d’un verre au pluriel majoré, surtaxé, parfois sans nuances. Ils sont les témoins d’une époque aujourd’hui révolue que ne connaissent ni les moins de vingt ans ni ceux de trente.

Les chanteurs qui rehaussent la vidéo sont uniques par leur voix, leur capacité à faire renaître ou remonter en chacun de nous, à partir de mots enracinés en « nous » (ce nous global) depuis les temps immémoriaux, ce qu’il y a de plus profond, de plus émouvant. Ils prirent d’assaut (avec d’autres bien sûr) les bars d’Oran et de sa région dès les premières des années 1980 (durant l’abjecte censure) et plus tard… tous les lieux (ou presque). Ces chanteurs sont Cheikha el Djenia el kebira el haqaniya bent Saïda (1954-2004) (ne pas oublier son compagnon El berrah Zouaoui mort en 2003) et Cheb Mami (de Saïda lui aussi). 

ahmedhanifi@gmail.com

10 janvier 2021

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Hommage posthume à Cheikha Djenia

EL WATAN _ 30 avril 2015

Un événement qui verra la participation d’une vingtaine de chioukhs venant de l’Ouest de l’Algérie comme Boutaïba dit « Saïdi », Tahar, Fati, Smail, Chadli, Mohamed Saïd, Krimo de Saïda,  Okacha de Mascara, Miloud de Tissemssilt, Hatab et Kada de Tlemcen, El Ouahddani de Ch’lef, Dehane de Naâma ou encore Lechlech et Hamid Baroudi d’Oran.

La wilaya de Saïda-en collaboration avec la direction de la culture,  le comité de l’action culturelle et le mouvement associatif- lors de cette intéressante rencontre, rendra un  hommage posthume  à la diva du raï « rural », Cheikha Djenia. Cette grande dame, cette diablesse du raï, qui revendiquait haut et fort son titre de « cheikha Djenia el hakania el kebira bent Saïda (la vraie, la grande, l’authentique et fille de Saïda) ».  Et ce, pour se distinguer de Cheikha Djénia Sghira ayant usurpé le nom de scène.Advertisements

Elle est décédée, une certaine journée du 1er avril 2004, un jeudi, à l’issue d’un tragique accident de la circulation sur la route de Sidi Bel Abbès menant vers Tlemcen, et ce, prématurément, à l’âge de 50 ans.  Soit neuf mois après la disparition de son mari «El berrah» (aminateur et dédicassseur), le fameux Zouaoui, lui aussi mort tragiquement. Il a été abattu par méprise lors d’un barrage de nuit par les forces de sécurité. De son vrai nom Fatma Mebarki, Djenia est née en 1954, à Marhoun, dans les environs de Saïda.

Obnubilée par cheikha Rimitti, Farid El Attrache, Abdelhalim Hafez et Oum Kalsoum, elle quittera le giron familial et conjugal, à 17 ans, à la suite d’un mariage forcé.  Remarquée par cheikh Aïssa, elle se produira à ses côtés pour faire et parfaire  ses premières armes. Elle signera son premier album en 1970 sous l’impulsion de Hadj Mazou lequel la baptisera «La diablesse» (Djenia) pour son timbre de voix rock (rauque). Cependant Djenia se distinguera avec le raï synthétique en duo avec cheb Abdelhak avec Rah Egaber (Il drague).

Djenia s’est illustrée avec des hits comme Kayen Rabi, Trig Bidou, Dertou fina Djournan, Trab el Ghadar, Ha Nounou, et Kin Dir Ouan Dirleh repris par cheb Abdou et bien d’autres, sans percevoir les droits d’auteurs, bien sûr. Djenia était la digne héritière de cheikha Rimitti.


The Elders – Une ONG pour la paix dans le monde

photo DR

Pourquoi le multilatéralisme doit remodeler le monde après la Covid-19 

Table des matières 

Avant-propos – Mary Robinson, présidente de The Elders 

Synthèse et appels à l’action 

Gains historiques, défis contemporains 

La menace qui pèse sur le multilatéralisme 

Le déclin de la foi dans la mondialisation 

Pourquoi le multilatéralisme importe : 

Éviter les conflits 

Réagir aux menaces communes 

Préserver une planète durable 

Renforcer la société civile et les droits humains 

L’avenir du multilatéralisme 

Avant-Propos 

La pandémie de Covid-19 ne connaît aucune frontière et n’a que faire de la souveraineté nationale. Elle a balayé toutes les régions du monde depuis le début de l’année 2020, laissant derrière elle un coût dévastateur ; avant tout en vies humaines, mais également en termes de croissance économique, d’élan politique et d’inégalités sociales. 

Une crise mondiale exige une réponse mondiale. Pourtant, le virus a frappé à un moment où le système multilatéral faisait déjà l’objet d’une attaque soutenue et ciblée. Il a par conséquent été plus difficile pour les dirigeants et les institutions de réagir efficacement et de sauver des vies. 

Ce nationalisme étroit trahit les intérêts des personnes qu’il prétend représenter. La Covid-19 a mis à jour la fragilité et l’interconnectivité de notre monde globalisé, et notre vulnérabilité commune aux chocs extérieurs. 

Le virus ne sera pas vaincu si les États ne travaillent pas ensemble, en mutualisant leurs ressources et leur expertise afin de renforcer les systèmes de santé, de soutenir le travail vital de l’Organisation mondiale de la santé et d’encourager un esprit de solidarité. 

La Covid-19 a exacerbé les inégalités et a révélé l’intersectionnalité entre la pauvreté, le genre, la race, la marginalisation et le handicap. Dans le même temps, il a été constaté que de nombreux pays dont les gouvernements sont dirigés par des femmes gèrent mieux le virus, et que les emplois qui se sont révélés essentiels pendant la pandémie, des services de santé et sociaux aux services mal rémunérés, sont principalement occupés par des femmes. 

Il sera essentiel, au moment de sortir de la crise et de « reconstruire en mieux », que la relance soit alignée sur l’Agenda 2030 et l’Accord de Paris sur le climat, et que l’engagement en faveur de l’égalité des sexes et de la parité dans la prise de décision soit au cœur de la démarche. 

Un système multilatéral efficace, fondé sur des règles, est la police d’assurance mondiale contre les menaces existentielles, des pandémies au changement climatique en passant par les armes nucléaires, et nous connaissons à présent le terrible coût de l’absence d’une couverture complète. 

En cette année qui marque le 75e anniversaire de la fondation de l’Organisation des Nations Unies, les dirigeants et les citoyens du monde entier doivent faire preuve d’unité, affirmer les valeurs de sa Charte et s’engager à assumer leurs responsabilités communes. 

Le réseau des conventions et institutions internationales, convenu et établi depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, au cœur duquel se trouvent les Nations Unies, est loin d’être parfait. Depuis plus de 70 ans, l’organisation soutient résolument la recherche de la paix, de la sécurité et de la protection des droits humains, ainsi que les améliorations économiques et sociales dans le monde entier. 

Pourtant, ces dernières années, les États-Unis – première superpuissance mondiale et pays jusqu’ici considéré comme un garant essentiel de ce système mondial fondé sur des règles – l’ont 

délibérément affaiblie sur plusieurs fronts : du changement climatique et de la non-prolifération nucléaire au respect des droits humains, en passant par le libre-échange et la sécurité sanitaire. 

Mais un multilatéralisme efficace est dans l’intérêt national de tous les pays, quelle que soit leur taille ou leur puissance. Une coopération s’appuyant sur des mécanismes convenus au niveau international est moins coûteuse et plus fiable que le recours à la force unilatérale. 

Les actions qui affaiblissent le multilatéralisme sont préjudiciables en elles-mêmes, en plus de galvaniser d’autres dirigeants aux penchants isolationnistes ou nationalistes. Nous avons déjà vu certains dirigeants utiliser la crise de la Covid-19 pour affaiblir les garde-fous démocratiques et les droits humains, dans des pays aussi divers que la Hongrie, Israël et les Philippines. 

En plus de constituer un obstacle pour répondre efficacement à la Covid-19, ces comportements rendent la tâche plus difficile pour le monde de s’attaquer collectivement aux menaces existentielles qui subsisteront, même après la fin de cette pandémie : le changement climatique et la prolifération nucléaire. 

Les mois et les années difficiles qui se profilent nécessiteront un leadership déterminé et fondé sur des principes. Le multilatéralisme n’est pas une option : il s’agit de la seule voie susceptible de mener à une reprise verte, durable et équitable. 

La crise actuelle révèle des vérités fondamentales concernant ce que signifie être humain, vivre et mourir, et partager nos vies avec les autres. Le grand poète irlandais Seamus Heaney a repris ces vérités dans sa version des mythes grecs de Sophocle, et je crois que cet esprit peut nous guider à travers nos problèmes contemporains et nous conduire vers un avenir plus lumineux et plus 

juste : 

« Espérez un océan de changements Au-delà de la vengeance.
Croyez qu’un autre rivage
Est désormais atteignable. » 

Mary Robinson, mai 2020 

Synthèse 

Le multilatéralisme et le respect d’un système mondial fondé sur des règles ont soutenu la paix, la sécurité, la santé et la prospérité dans de vastes parties du monde depuis soixante- quinze ans. Les Nations Unies incarnent ces principes et restent un acteur indispensable pour faire face aux menaces existentielles contemporaines, qu’il s’agisse des pandémies, du changement climatique ou de la prolifération nucléaire. 

La pandémie de Covid-19 a mis au grand jour les vulnérabilités et les failles de notre monde interconnecté. Seule une réponse multilatérale efficace peut faire face au virus et protéger les vies et les moyens de subsistance, mais cela dépend de la volonté politique des dirigeants nationaux et de leur honnêteté envers leurs citoyens quant à l’ampleur du défi. 

Tous les États doivent prendre des mesures urgentes pour renforcer leurs systèmes de santé, protéger les soignants et fournir les soins nécessaires à tous ceux qui en ont besoin dans la société, notamment les groupes vulnérables tels que les réfugiés, les migrants, les personnes âgées et les personnes porteuses d’un handicap. Pour les pays développés, cette responsabilité s’étend au soutien des États les plus pauvres en matière d’aide humanitaire, d’allègement de la dette et de conseil politique par le biais des mécanismes de l’ONU, du G20, de la Banque mondiale et d’autres forums internationaux. 

Une relance réussie doit s’attaquer aux inégalités économiques et sociales systémiques, profondément enracinées et mises en exergue par la pandémie, en particulier la discrimination et les préjugés dont les femmes font encore l’objet. Toutes les tranches de la société doivent être incluses dans les plans d’intervention nationaux, conformément au principe mondial des objectifs de développement durable de « ne laisser personne de côté ». Il convient de tirer les leçons de ce que les dirigeantes démocratiques ont réussi pendant la crise, et elles doivent être entendues par leurs pairs, hommes ou femmes. 

Alors que le nationalisme, le populisme et l’isolationnisme ne cessent de croître, il est trop aisé pour les dirigeants et les citoyens de recourir à des solutions apparemment simples et de désigner des boucs émissaires. Il est par conséquent d’autant plus essentiel de défendre et de soutenir le système multilatéral. Les nations doivent reconnaître qu’un multilatéralisme efficace est dans l’intérêt de tous, peu importe la taille ou la puissance. Il offre de la visibilité aux plus faibles tout en les protégeant, et il constitue un moyen moins coûteux mais plus fiable pour les puissants d’influencer les tendances mondiales. Tous les États devraient veiller à ce que le système multilatéral soit suffisamment financé, doté de ressources et respecté pour fonctionner efficacement, à l’échelle des droits humains universels et en harmonie avec ces-derniers. 

Les États qui ont introduit des mesures restrictives extraordinaires pour faire face à la propagation de la Covid-19, notamment la fermeture des frontières, la restriction de la liberté de mouvement et de réunion et les fermetures économiques, doivent veiller à ce que leurs politiques n’obscurcissent pas ou n’éclipsent pas les garde-fous et les responsabilités démocratiques en vertu du droit international. La Déclaration universelle des droits de l’Homme doit rester le pilier fondamental de l’ordre international et guider les réponses nationales à cette crise. 

2020 marque le 75e anniversaire de la fondation des Nations Unies et de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce doit être l’occasion de réfléchir aux accomplissements du système multilatéral, de réaffirmer un engagement envers les valeurs de la Charte des Nations Unies et de prendre des mesures pour renforcer les institutions actuelles afin de relever les défis mondiaux du XXIe siècle. 

Cela exige un leadership efficace et responsable. Les États membres actuels de l’ONU devraient se remémorer les paroles de Winston Churchill, le dirigeant britannique au moment de la guerre, qui est devenu un fervent défenseur du multilatéralisme dans l’après-guerre. Lors d’un discours prononcé en 1946, alors que l’organisation n’en était qu’à ses balbutiements, Churchill a déclaré : 

« Nous devons faire en sorte que son travail porte des fruits, qu’elle soit une réalité et non une fiction, qu’elle soit une force tournée vers l’action et non seulement un amas de paroles creuses, qu’elle soit un vrai temple de la paix où pourront un jour être suspendus les boucliers de beaucoup de nations, et non seulement un poste de contrôle dans une tour de Babel ». 

Cette déclaration de Churchill date du début de la guerre froide, alors que le rideau de fer divisait l’Europe et que la rivalité des superpuissances entre les États-Unis et l’Union soviétique déclenchait des courses aux armements coûteuses et des guerres par procuration dévastatrices dans le monde en développement, ce qui entravait le développement économique et augmentait les risques dans le monde entier. L’effondrement de l’Union soviétique au début des années 1990 a conduit à la fin de la guerre froide et aux orgueilleuses prédictions de la « fin de l’histoire » et d’un nouveau « monde unipolaire », au sein duquel la démocratie libérale et le libre-échange deviendraient le consensus mondial. 

Ces trente dernières années, des progrès significatifs ont sans nul doute été réalisés dans la consolidation des normes et des institutions démocratiques dans de nombreuses régions du monde, notamment en Afrique, en Europe de l’Est et en Amérique latine. Des institutions à l’instar de l’Union européenne, l’Union africaine, le Mercosur et l’ANASE ont renforcé leur efficacité, contribué à la réduction des barrières commerciales et établi des normes de réglementation communes efficaces qui protègent les consommateurs et les citoyens. 

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’organisme qui l’a précédée, l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, sont également des exemples d’institutions multilatérales efficaces. L’accroissement du commerce international au cours des dernières décennies s’est appuyé sur l’approche fondée sur les règles établies et régies par ces institutions. 

Plus largement, la mondialisation économique a contribué à extraire des millions de personnes de la pauvreté, car des pays comme la Chine et l’Inde se sont davantage intégrés dans le système économique mondial, offrant de nouveaux marchés de consommation et d’exportation ainsi qu’un élargissement des échanges d’idées et d’expertise à l’échelle internationale, grâce à la coopération universitaire et intergouvernementale. Quel que soit l’impact à long terme de la Covid-19, il est peu probable que la croissance de l’innovation et du développement économiques dans le monde de l’Est et du Sud recule. 

Dans le même temps, certains représentants politiques nationaux ont échoué à gérer et à expliquer l’impact de la mondialisation économique sur les affaires intérieures, en particulier l’externalisation des emplois industriels traditionnels du Nord vers le monde en développement, ce qui a conduit à d’importantes poches de chômage, de marginalisation et d’aliénation politique. 

Aujourd’hui, les nationalistes, les isolationnistes et les populistes exploitent ces peurs et ces ressentiments pour asseoir leur pouvoir et défaire l’ordre international existant. Leur perception de la géopolitique comme étant un jeu à somme nulle favorisant les puissants est en totale contradiction avec les idéaux de l’ONU et exclut toute réponse efficace aux défis mondiaux tels que le changement climatique. La pandémie a révélé des approches irresponsables et cavalières vis-à-vis des vérités scientifiques, avec des conséquences fatales et durables. C’est la raison pour laquelle les arguments en faveur du multilatéralisme doivent être puissamment, fièrement et vigoureusement réaffirmés. 

Appels à l’action adressés aux dirigeants mondiaux 

  1. 1. (a)  Un réengagement clair, sans ambiguïté et résolument déterminé envers les valeurs et les responsabilités inscrites dans la Charte des Nations Unies afin de « préserver le monde du fléau de la guerre » ; 
  2. 2. (b)  Un regain d’efforts pour que les Nations Unies puissent remplir leur mission en tant que « centre d’harmonisation des actions des nations » afin de résoudre collectivement les problèmes mondiaux les plus urgents ; 
  3. 3. (c)  Une action décisive et soutenue et un soutien financier pour renforcer les systèmes de santé mondiaux, en intégrant la résilience et la planification à long terme au niveau mondial, conformément aux recommandations du Conseil mondial de suivi de la préparation. 
  4. 4. (d)  Une ambition multilatérale accrue en matière d’action climatique, de réduction des émissions et de financement pour une transition durable et juste vers une économie à zéro émission nette de carbone d’ici 2050 ; 
  5. 5. (e)  Un effort mondial soutenu afin de mobiliser les citoyens, la société civile, les entreprises et les autres parties prenantes en vue d’atteindre les Objectifs de Développement Durable et de garantir un avenir plus juste pour l’humanité. 

Gains historiques, défis contemporains 

Le monde d’aujourd’hui est confronté à une myriade de menaces mondiales critiques, notamment les pandémies, le changement climatique, les conflits et la prolifération nucléaires. Parmi les autres questions urgentes figurent les mouvements massifs de migrants et de réfugiés causés par l’instabilité et les conflits, ainsi que la menace posée par le terrorisme. Aucune ne peut être résolue par des nations agissant seules, aussi puissantes soient-elles. Tout cela exige une coopération multilatérale. 

L’inégalité entre les sexes reste une cicatrice persistante sur le visage de l’humanité, qui empêche de répondre efficacement à toutes ces menaces. Elle constitue une menace en soi envers la dignité humaine, la bonne gouvernance et la croissance économique. Le fait d’occulter la moitié de la population mondiale mène inévitablement au désastre et ignore délibérément les contributions profondes et précieuses que les femmes ont apportées à la liberté et au développement humain à travers les siècles. Si l’on souhaite que les échecs et les omissions du passé ne se répètent pas, la voix des femmes doit être au cœur du débat sur l’avenir du multilatéralisme. 

La pandémie de COVID-19 a mis à nu la nature indissociable des risques mondiaux et la mesure dans laquelle même les systèmes de santé bien dotés en ressources peuvent être rapidement débordés en cas de crise. Une coopération multilatérale efficace en matière de réduction des risques est toujours préférable à une tentative d’amélioration de l’impact des crises catastrophiques après leur apparition. Un bon exemple est fourni par le Traité de non- prolifération nucléaire (TNP), qui a largement réussi à limiter la propagation des armes nucléaires au cours des 50 dernières années. 

Les gains générés par le TNP en matière de réduction des menaces nucléaires, ou par l’Organisation mondiale de la santé en matière de protection contre les pandémies, ne doivent jamais être considérés comme acquis, même si ces avantages peuvent ne pas être réellement visibles dans des circonstances ordinaires. Pourtant, bien trop souvent ces dernières années, certains des pays les plus puissants ont affaibli nombre de ces protections mondiales en cherchant à mettre en œuvre des programmes nationaux court-termistes ou égoïstes. Cela comprend les actions des États dotés de l’arme nucléaire qui contreviennent à l’esprit de leurs obligations à poursuivre le désarmement nucléaire au titre du TNP. De telles actions sont dangereuses et risquent, en fin de compte, d’avoir des conséquences dévastatrices pour l’avenir de l’humanité. 

Le multilatéralisme est fondé sur la nécessité, pour les pays ayant des points de vue divergents, de négocier et de transiger pour trouver un terrain d’entente. Si les spécificités des règles, institutions et accords internationaux sont importantes, elles sont en fin de compte subsidiaires par rapport à la nécessité fondamentale de disposer de forums de dialogue et de règles et réglementations internationales convenues, dans lesquels les pays les plus puissants ont un intérêt et qu’ils acceptent de respecter. De tels accords rendent le monde plus stable, plus prévisible et plus prospère. 

Ils servent clairement les intérêts des nations plus petites, qui ont tout à gagner à se doter de règles internationales et d’institutions internationales où leur voix peut être entendue. Ils servent également les intérêts des pays puissants, en leur permettant d’influencer l’ordre 

international sans avoir recours à de multiples manifestations unilatérales de leur puissance économique et militaire. De telles actions unilatérales tendent à être aussi coûteuses que limitées et temporaires en termes d’efficacité. 

Le système multilatéral post-1945 a fourni d’importants avantages communs pour l’humanité. Qu’il s’agisse de faciliter la médiation des différends entre les nations, de favoriser le commerce entre les pays et le développement économique ou d’établir des règles pour la gestion commune des océans, les accords internationaux ont énormément contribué à rendre le monde plus prévisible et plus stable. 

La valeur du système multilatéral actuel est trop souvent tenue pour acquise. En matière de santé publique, les gains impressionnants que représentent l’éradication de la variole et la quasi-éradication de la polio au cours des dernières décennies, sans oublier les progrès dans la lutte contre le VIH/Sida, sont souvent considérés comme des éléments inévitables du développement humain. Pourtant, ils auraient été extrêmement difficiles à réaliser sans une coordination internationale, par le biais d’institutions telles que l’Organisation mondiale de la santé. Les efforts de coordination dans la lutte contre la COVID-19 en 2020 montrent une fois encore combien la coopération multilatérale, la confiance mutuelle et la transparence sont essentielles pour protéger la santé publique mondiale. L’indépendance de l’OMS et sa capacité à agir sans crainte ni faveur vis-à-vis de ses États membres doivent être vigoureusement défendues, dans l’intérêt de la santé publique mondiale et de la bonne gouvernance. 

Malgré tous les succès obtenus par le système multilatéral, il convient également de se demander s’il pourrait être beaucoup plus efficace sans les manquements des gouvernements à soutenir et à respecter les mandats des organisations internationales auxquels ils ont souscrit. Trop souvent, les États membres, en particulier les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, n’ont pas agi de manière à favoriser l’efficacité des Nations Unies. L’échec du Conseil de sécurité à s’accorder sur une réponse collective à la COVID-19, en contraste flagrant avec le leadership dont le Conseil a fait preuve lors de la crise du virus Ebola en Afrique de l’Ouest, souligne la gravité des divisions actuelles. 

Le tragique conflit syrien en est l’exemple type : plusieurs grandes puissances ont choisi d’intervenir au nom des différentes parties au conflit, plutôt que d’agir par l’intermédiaire du Conseil de sécurité des Nations unies pour encourager une résolution pacifique. Les conséquences de cet échec ont eu des répercussions dans le monde entier. Ce sont les civils syriens qui en ont payé le plus lourd tribut, avec des centaines de milliers de morts et la moitié de la population déplacée. La brutalité de la situation a généré des flux de réfugiés, renforcé les réseaux terroristes et affaibli la crédibilité de la communauté internationale en matière de maintien de la paix et de la sécurité. 

C’est souvent lorsque cette coopération multilatérale se brise que son importance devient la plus visible et la plus spectaculaire ; l’absence relative d’organismes multilatéraux régionaux crédibles et efficaces au Moyen-Orient ces dernières années est l’une des causes des tensions, des conflits et de l’instabilité qui persistent dans cette région. 

Le multilatéralisme a joué un rôle essentiel dans l’ancrage de l’égalité des sexes au sein des normes internationales. La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination 

à l’égard des femmes (CEDAW), adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1979 et ratifiée par 189 États membres, est un moyen précieux de demander des comptes aux gouvernements et d’affirmer l’universalité des droits des femmes, même si les progrès demeurent malheureusement insuffisants dans de nombreux pays. La Déclaration de Pékin sur les droits des femmes et la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité sont également des réalisations multilatérales importantes qui doivent être défendues contre la résurgence des attitudes et des politiques discriminatoires. 

La menace qui pèse sur le multilatéralisme 

Le principe du multilatéralisme est aujourd’hui gravement menacé. En plus de risquer de mettre à rude épreuve les limites de la solidarité internationale, la réponse à la COVID-19 et la récupération de ses effets sur le long terme nous amènent à nous interroger sur les systèmes commerciaux mondiaux interconnectés et les mouvements de personnes qu’ils engendrent, qui ont souvent été considérés comme allant de soi dans l’ère de l’après-guerre froide. Plus généralement, il a été constaté au cours la dernière décennie une forte baisse de la confiance dans l’efficacité des institutions internationales (due en partie à l’impact de la crise financière mondiale de 2007-2008) et dans la capacité de la coopération multilatérale à résoudre les problèmes contemporains, associée à une volonté croissante de certains gouvernements de discréditer activement les institutions internationales. Paradoxalement, cela intervient précisément au moment où le besoin de coopération internationale est plus fort que jamais face à un nombre toujours plus important de « problèmes sans passeports », comme les a décrits Kofi Annan, le dernier président de The Elders. 

En matière de paix et de sécurité, l’enthousiasme de certains gouvernements occidentaux à poursuivre le changement de régime par des interventions militaires en dehors des auspices des Nations Unies, notamment en Irak en 2003 et dans une moindre mesure en Libye en
2011, a renforcé la méfiance entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (P5). Cela a contribué à la réticence de certains membres du P5 à fournir à la communauté internationale les outils dont elle a besoin pour réduire et résoudre les conflits. Au lieu de cela, ils ont bloqué les résolutions sur les conflits de la Syrie jusqu’au Sud-Soudan, même lorsqu’il était désespérément nécessaire de mettre fin aux atrocités de masse. Le problème a été aggravé par la volonté croissante de certains membres du P5 à adopter des positions en violation flagrante du droit international, par exemple en participant à l’acquisition territoriale par la conquête militaire ou en la reconnaissant, comme en Crimée ou sur le plateau du Golan. Les propositions américaines de janvier 2020 pour le conflit israélo-palestinien semblent approuver et encourager une annexion bien plus large des territoires occupés par Israël, en violation du droit international bien établi. 

Le déclin de l’engagement en faveur de la coopération internationale face à la menace d’un conflit nucléaire est tout aussi préoccupant. De plus en plus, les membres du P5 s’engagent pour la forme à poursuivre le désarmement de bonne foi en vertu de l’Article VI du traité de non-prolifération (TNP), tout en initiant de coûteux programmes de modernisation nucléaire qui impliquent le maintien des arsenaux nucléaires pour les décennies à venir. L’expiration du traité sur les FNI en 2019 n’est qu’un exemple alarmant de la politique de la corde raide appliquée au nucléaire. Le désengagement doctrinal progressif de certains membres du P5 vis-à-vis de la déclaration de Reagan et Gorbatchev en 1987 affirmant qu’« une guerre 

nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée » est une indication particulièrement inquiétante de l’érosion de l’objectif commun des puissances nucléaires visant à éliminer cette menace existentielle pour l’humanité. 

Cette insuffisance du sens de l’objectif commun se manifeste également dans le domaine du changement climatique, malgré l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris sur le changement climatique. En dépit de la regrettable décision des États-Unis de se retirer de l’Accord de Paris, les engagements pris par les gouvernements à travers leurs Contributions déterminées au niveau national (CDN) restent insuffisants pour faire face à l’urgence de la menace climatique et pour maintenir l’augmentation moyenne de la température mondiale en dessous de 

1,5 degré Celsius. De nombreux gouvernements échouent à tenir les engagements, même les plus modestes, qu’ils ont volontairement pris dans le cadre de l’Accord de Paris pour réduire les émissions nettes de carbone. La pandémie de COVID-19 risque d’aggraver cette situation si les pays, au lieu de s’engager sur la voie d’une relance résiliente et soucieuse du climat, s’obstinent à réaliser des gains économiques à court terme par la déréglementation environnementale et la poursuite des investissements dans la production d’énergies fossiles. 

Le système commercial multilatéral a également été sérieusement mis à mal ces dernières années, à mesure que les idéologies protectionnistes gagnaient en popularité et que certains gouvernements remettaient de plus en plus en question l’opportunité de disposer d’un système international de gestion du commerce mondial fondé sur des règles. Le conflit entre les États-Unis et la Chine en a été la manifestation la plus visible et la plus dommageable sur le plan économique, mais il est également vrai que le refus des gouvernements à transiger sur des intérêts nationaux étroits a entravé la coopération commerciale mondiale sur une période beaucoup plus longue, ainsi que l’a démontré l’échec du cycle de négociations commerciales de Doha pour le développement au cours des deux dernières décennies. La décision des États- Unis de bloquer la nomination de nouveaux juges au sein de l’Organe d’appel de l’OMC, ainsi empêché de fonctionner depuis décembre 2019, a d’importantes répercussions sur la coopération commerciale mondiale. La pandémie de COVID-19 a également précipité les mesures protectionnistes de nombreux pays, dont certains ont, par exemple, interdit l’exportation de matériel médical, sapant ainsi la réponse mondiale à la pandémie. 

Il a néanmoins été possible de protéger certains accords commerciaux multilatéraux malgré la pression protectionniste. L’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) entre les États- Unis, le Mexique et le Canada de 1994 a profité à l’industrie, aux travailleurs et aux consommateurs des États-Unis ainsi qu’à ceux de leurs voisins du nord et du sud. Malgré la décision des États-Unis de se retirer de l’ALENA, l’USMCA (accord États-Unis-Mexique-Canada) de 2018, renégocié, préserve largement les éléments clés de ses prédécesseurs. Cela prouve qu’une diplomatie habile peut défendre les acquis et les principes du multilatéralisme, qui sera encore plus nécessaire pour que le monde se relève de la COVID-19 et puisse s’attaquer simultanément à certains des principaux problèmes mondiaux auxquels l’humanité sera confrontée dans les années à venir. 

Le déclin de la foi dans la mondialisation 

Les raisons du déclin de l’engagement de nombreux gouvernements vis-à-vis de la coopération multilatérale sont multiples et complexes. Sans nul doute, la crise financière mondiale de 2008 et ses effets négatifs ont contribué à saper la confiance du public dans la 

mondialisation économique, en particulier dans les pays industriellement développés du Nord où les classes moyennes, qui constituent un électorat important, se sont senties « prises à la gorge ». Dans certains cas, le public a fait un amalgame avec le multilatéralisme en général, car certains dirigeants ont avancé des solutions et des scénarios simplistes pour restaurer la supériorité nationale, plutôt que de s’attaquer aux causes complexes et interdépendantes des problèmes sociaux et économiques contemporains. 

Dans le même temps, de nombreuses régions du monde, l’Asie en particulier, ont connu une croissance économique spectaculaire ces dernières années, tirant profit des opportunités offertes par la coopération commerciale multilatérale et par la mondialisation. Cela a donné lieu à une augmentation exponentielle des classes moyennes mondiales, à une amélioration sans précédent des niveaux de vie et à une baisse significative de l’extrême pauvreté dans de nombreux pays. Bien que les conséquences à long terme de la COVID-19 soient très incertaines, il est au fond très peu probable qu’elles inversent ces gains économiques. 

Le changement technologique s’est avéré un puissant facteur dans cette amélioration des niveaux de vie à l’échelle mondiale. Mais la cadence et la nature des changements futurs ont de graves conséquences pour les travailleurs, les consommateurs et les citoyens du monde entier, qui, si elles ne sont pas gérées de manière responsable, pourraient affaiblir encore davantage la confiance dans un système mondial fondé sur des règles, ainsi que son efficacité. Dans de nombreuses régions du monde, l’impact de l’Intelligence Artificielle (IA) et l’automatisation du travail constitue sur le long terme un défi bien plus sérieux pour l’avenir de l’emploi que le déplacement de la production dans des usines à l’étranger ou qu’une concurrence commerciale accrue. Cela souligne la nécessité d’une coopération mondiale afin de veiller à ce que les développements technologiques servent les intérêts de l’humanité. Il est toutefois plus facile pour les dirigeants politiques d’encourager les gens à penser que leur emploi a été injustement volé par d’autres – que ce soit par des immigrants, des pays étrangers ou de sombres élites mondiales – que de reconnaître que l’évolution technologique modifie considérablement la nature de la main-d’œuvre et rend moins utiles, voire obsolètes, de nombreuses compétences autrefois précieuses. 

D’importants efforts ont été déployés pour réduire le blanchiment d’argent par le biais de mécanismes multilatéraux, tels que le Groupe d’action financière. Mais des efforts multilatéraux encore plus importants sont également nécessaires pour s’attaquer à l’évasion fiscale des entreprises technologiques ultra rentables, qui sont de plus en plus nombreuses et qui peuvent facilement déplacer leurs profits pour échapper à l’impôt. Ces pratiques affaiblissent le tissu social et ont un effet délétère sur les normes fiscales. Elles ne peuvent être empêchées que par une coopération accrue entre les États, à l’image du cadre inclusif OCDE/G20 sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS), pour lutter contre l’évasion fiscale et améliorer la cohérence des règles fiscales internationales. 

Dans le contexte de la COVID-19 en particulier, et à la lumière de la crise financière mondiale de 2008, grandement favorisée et amplifiée par une insuffisance de coopération macroéconomique entre les plus grandes économies, une coopération multilatérale sera essentielle au maintien de la stabilité économique mondiale à long terme. Sans une coopération économique soutenue, coordonnée par un ensemble d’institutions multilatérales, notamment le G20 et les organisations multilatérales régionales, la relance 

mondiale à long terme après la pandémie sera très probablement confrontée à bon nombre des mêmes problèmes que ceux qui ont suivi la crise financière. 

La conclusion évidente est que la stabilité économique mondiale passera par une plus grande coopération multilatérale, et non le contraire. Dès lors que certaines entreprises multinationales, en particulier dans le secteur des hautes technologies, ont davantage de pouvoir économique et ostensiblement plus d’influence politique que certains États-nations, il n’est peut-être pas surprenant qu’elles fassent pression pour obtenir un cadre réglementaire minimal. En revanche, une économie mondiale mal gouvernée risque d’avoir de moins bons résultats à long terme, quels que soient les bénéfices à court terme, et d’être beaucoup plus vulnérable aux futures crises économiques et à l’instabilité politique. 

Pourquoi le multilatéralisme importe 

Éviter les conflits 

Les Nations Unies et d’autres institutions multilatérales ont été créées après 1945, précisément en réaction aux ravages causés par la Seconde Guerre mondiale et grâce à la détermination des dirigeants mondiaux à empêcher que de telles destructions ne se reproduisent. Comme l’a exprimé le regretté secrétaire général des Nations Unies Dag Hammarskjöld, « Le but de l’ONU n’est pas d’emmener l’humanité au paradis, mais de lui éviter l’enfer ». Cette détermination à réduire la menace de conflits a également été l’une des principales motivations de l’intégration européenne progressive depuis les années 1950, et de la création de forums multilatéraux tels que l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). 

On pourrait aujourd’hui facilement sous-estimer l’incidence des institutions multilatérales sur l’évitement de conflits mondiaux ces 75 dernières années. Par exemple, bien que le Conseil de sécurité des Nations Unies fasse l’objet de lourdes critiques (souvent justifiées) pour son inaction apparente, il a également servi de forum important pour le dialogue entre les pays les plus puissants sur les questions de paix et de sécurité mondiales les plus urgentes, par exemple lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, alors que le monde était véritablement au bord de la guerre nucléaire. Lorsque le Conseil de sécurité parvient à un consensus, ses décisions ont un poids moral et un impact qui vont bien au-delà de ceux de tout pays agissant unilatéralement. 

On pointe souvent les échecs les plus tragiques du Conseil de sécurité des Nations Unies à empêcher les atrocités de masse, le Rwanda, Srebrenica et la Syrie étant parmi les exemples les plus douloureux. Pourtant, dans de nombreux autres cas, comme en Sierra Leone et au Timor oriental, les missions de maintien de la paix des Nations Unies ont joué un rôle crucial dans la résolution des conflits ou dans la prévention de la rupture de fragiles cessez-le-feu. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a joué un rôle essentiel et vital dans la gestion des conséquences des conflits, en protégeant des millions de réfugiés dans le monde et en pourvoyant à leurs besoins essentiels. 

Dans le cas de la menace d’une conflagration nucléaire, les efforts multilatéraux tels que le traité de non-prolifération (TNP) ont été efficaces pour réduire et gérer la menace et empêcher la prolifération des armes nucléaires. Seul un accord multilatéral est à même de 

contrôler efficacement les matériaux et les technologies nucléaires, soulignant l’urgente nécessité d’une action multilatérale face à l’évolution et à la montée des menaces de dévastation nucléaire, que ce soit par une action délibérée ou autre. 

Réagir aux menaces communes 

La coopération multilatérale joue également un rôle essentiel pour faire face aux menaces communes lorsque l’action nationale s’avère insuffisante. Les efforts de lutte contre les maladies en sont un exemple instructif. Dans les cas de l’épidémie de SRAS en 2003 et des épidémies d’Ebola en Afrique de l’Ouest ces dernières années, les organisations internationales ont apporté une contribution essentielle pour finalement contenir les épidémies et prévenir des conséquences mondiales potentiellement dévastatrices. L’importance de la coopération internationale est également évidente dans la réussite des efforts de vaccination contre la variole et la polio. 

Le rôle crucial de l’OMS et d’autres organisations dans la prévention des pandémies est apparu clairement dans la réponse à la COVID-19. Il est essentiel que les pays soutiennent le travail de l’OMS et lui fournissent le financement nécessaire pour mener à bien ses activités, notamment en appliquant les recommandations du Conseil mondial de suivi de la préparation (GPMB) pour lutter contre la COVID-19. Il est également fondamental que les pays ne discréditent pas ou ne limitent pas le travail de l’OMS en poursuivant d’étroits intérêts nationaux. L’OMS devrait plutôt être à même de travailler au nom du monde entier, en agissant uniquement sur la base des meilleures preuves scientifiques et médicales disponibles. 

L’impact de l’épidémie de grippe de 1918 illustre les conséquences possibles en cas d’absence ou de rupture de la coopération internationale. Exacerbée par la malnutrition, l’insalubrité et les vastes mouvements de population provoqués par la Première Guerre mondiale (elle- même résultant d’une rupture catastrophique des relations internationales), la propagation de l’épidémie a probablement aussi été facilitée par l’absence d’institutions internationales efficaces. L’incapacité à contenir la pandémie a finalement entraîné en l’espace d’une année bien plus de décès dans le monde qu’il n’y en a eu sur le champ de bataille durant toute la Première Guerre mondiale. Cela témoigne des conséquences imprévisibles et souvent extrêmes qui peuvent résulter de l’échec de la coopération, ce qui s’est encore manifesté dans les défis auxquels la communauté internationale a été confrontée dans sa réponse à la COVID-19. 

Préserver une planète durable 

La crise climatique est une menace existentielle pour l’humanité. Le rapport du GIEC de 2018 expose les conséquences dévastatrices d’une augmentation de la température moyenne de plus de 1,5 degré. Pour rester en dessous de ce niveau, une coordination intensive et sans précédent entre les gouvernements, le secteur privé et la société civile sera indispensable. 

Cette menace globale ne peut être résolue qu’au travers d’’une coopération internationale, car même les pays qui émettent le plus de carbone seront incapables de stopper leurs émissions globales en agissant unilatéralement. De plus, même s’il est probable que les impacts les plus graves concerneront les pays les plus pauvres et ayant historiquement le 

moins contribué au changement climatique, les effets seront ressentis par tous. Outre les effets climatiques en eux-mêmes, il faudra compter avec la probabilité que le changement climatique contribue à amplifier ’instabilité, les conflits et les flux de réfugiés et de migrants au cours du siècle à venir. 

L’Accord de Paris sur le changement climatique a constitué une avancée importante au niveau des États-nations. Les processus multilatéraux distincts sur la biodiversité et les océans sont également des aspects cruciaux de la réponse mondiale aux menaces environnementales. Les processus multilatéraux peuvent en outre être utiles pour coordonner la réglementation mondiale des développements technologiques conçus pour contribuer à prévenir le changement climatique et à limiter ses impacts, et pour faciliter l’introduction de nouvelles technologies au niveau mondial. 

Toutefois, l’une des évolutions les plus notables en matière de lutte contre le changement climatique a été la prolifération croissante des coalitions multilatérales non gouvernementales, notamment au sein des collectivités locales, du secteur privé et de la société civile. Dans un monde de plus en plus interconnecté, où les gouvernements échouent à se mettre d’accord sur une action internationale collective, il est de plus en plus évident que de nombreux citoyens ont la volonté d’agir par eux-mêmes. Non seulement le monde doit progresser plus rapidement vers des émissions nettes à zéro carbone d’ici 2050, mais les pays doivent également prévoir une économie circulaire et la réduction des déchets. Avec ses 

17 Objectifs de Développement Durable, l’Agenda 2030 montre la voie, mais il doit être mis en œuvre beaucoup plus sérieusement, et les gouvernements doivent à présent considérer leurs engagements volontaires dans le cadre de l’Accord de Paris comme un minimum essentiel face aux dernières preuves scientifiques. 

Renforcer la société civile et les droits humains 

Plus largement, la croissance du multilatéralisme non gouvernemental s’est traduite par une augmentation remarquable de l’ampleur et de l’influence des alliances transfrontalières de la société civile au cours des dernières décennies. La promotion des droits humains illustre l’importance de l’impact de ces alliances transfrontalières, conduisant au développement d’un mouvement de défense les droits humains intégrant des organisations de terrain dans toutes les régions du monde. L’essor d’internet a été un facteur important, créant un monde beaucoup plus interconnecté, qui a facilité le développement et la mobilisation des réseaux mondiaux de militants et de citoyens engagés. Cela souligne également l’importance de l’internet en tant que bien commun mondial essentiel, qui doit être protégé par une coordination multilatérale. Le rapport de 2019 du Groupe de haut niveau du Secrétaire général des Nations Unies sur la coopération numérique a formulé des recommandations importantes à cet égard, tout comme le rapport de 2019 sur l’intégrité électorale à l’ère numérique de la Fondation Kofi Annan. 

Il ne fait aucun doute que l’architecture multilatérale existante des droits humains a eu un impact normatif important, en contribuant à l’élaboration de principes communs et en demandant des comptes à certains des États qui violent le plus gravement les droits de leurs citoyens. Il convient de souligner que, plus de 70 ans après la Déclaration universelle des droits de l’Homme, ce document conserve un incroyable pouvoir d’inspiration et de mobilisation pour de nombreux citoyens. L’essor des mouvements de la société civile 

mondiale reste une piste prometteuse pour renforcer la coopération mondiale à l’avenir. Aujourd’hui, les écoliers, les jeunes, les femmes et ’autres groupes se mobilisent pour exiger des mesures contre le changement climatique. Étant donné le court délai restant pour réduire drastiquement les émissions globales, il est probable que cette mobilisation ira en s’intensifiant. 

L’avenir du multilatéralisme 

Sur certaines questions importantes, telles que la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable, il est à prévoir que des formes plus décentralisées de coopération internationale s’avèrent efficaces pour mobiliser les citoyens et les sociétés du monde entier à agir. Il est également urgent de renforcer la présence et l’efficacité des organisations multilatérales régionales afin d’atténuer les tensions sécuritaires et sectaires dans des régions telles que le Moyen-Orient. Toutefois, sur de nombreuses questions multilatérales, il demeurera que rien ne pourra se substituer à une collaboration mondiale entre les États- nations, la COVID-19 constituant l’exemple le plus immédiat et le plus convaincant. 

Dans ce processus, il n’est pas nécessaire d’édicter trop de règles quant aux formes que devrait prendre le multilatéralisme. Tout mécanisme et toute institution qui ne reflètent pas, dans une certaine mesure, les intérêts des pays les plus puissants comme des plus petits présentent peu de chances de réussir sur le long terme. Pour le système international au sens large, il faudra faire preuve de flexibilité et ne pas considérer que les mécanismes mis au point 75 ans plus tôt, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, devront être conservés intacts, dans leur forme actuelle, à perpétuité. Cela sera particulièrement vrai lorsque les pays s’adapteront au monde post-COVID-19, qui sera probablement confronté à de nouveaux défis nécessitant des réponses multilatérales innovantes, alors même que l’urgence à répondre aux menaces aiguës préexistantes du changement climatique et des conflits nucléaires n’aura pas diminué. 

Traiter ces questions efficacement et développer un nouveau consensus sur la coopération multilatérale sera probablement un processus lent, ardu et parfois démoralisant pour les défenseurs du multilatéralisme. Mais l’importance est trop grande et les enjeux sont trop considérables pour que cela puisse attendre. Le multilatéralisme ne peut être efficace qu’avec le consentement des citoyens ordinaires du monde entier et de leurs gouvernements, et ce n’est qu’au travers du multilatéralisme que le monde sera capable de relever les immenses défis auxquels nous serons confrontés au cours du XXIe siècle. 

À propos de The Elders 

The Elders est un groupe de dirigeants indépendants qui utilisent leur expérience commune afin d’influencer la paix, la justice et les droits de l’Homme dans le monde. Le groupe a été fondé par Nelson Mandela en 2007. 

The Elders est constitué de Ban Ki-moon (Vice-président), Lakhdar Brahimi, Gro Harlem Brundtland, Hina Jilani, Ricardo Lagos, Graça Machel (Vice-présidente), Mary Robinson (Présidente) et Ernesto Zedillo. 

Martti Ahtisaari, Ela Bhatt, Fernando Henrique Cardoso, Jimmy Carter et Desmond Tutu sont des membres honoraires du groupe The Elders. 

Kofi Annan (1938-2018) était un membre fondateur du groupe The Elders, ainsi que son Président entre 2013 et 2018. 

document: Theelders.org

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photo DR

membres:

  • Ban Ki-Moon, ancien secrétaire général des Nations unies
  • Ellen Johnson Sirleaf, ancienne Présidente du Liberia, Prix Nobel de la Paix
  • Ernesto Zedillo, ancien président du Mexique
  • Graça Machel, ancienne ministre de l’Éducation et de la Culture du Mozambique, veuve du président mozambicain Samora Machel et troisième épouse de Nelson Mandela
  • Gro Harlem Brundtland ancienne Première ministre de Norvège
  • Hina Jilani, avocate des droits de l’Homme au Pakistan
  • Juan Manuel Santos, ancien Président de Colombie, Prix Nobel de la Paix
  • Lakhdar Brahimi, ancien homme politique algérien et représentant de la Ligue arabe et de l’ONU
  • Mary Robinson, ancienne Présidente de l’Irlande et ancien haut-commissaire du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, présidente du groupe
  • Ricardo Lagos, ancien président du Chili
  • Zeid Ra’ad Zeid Al-Hussein, ancien Haut-commissaire des Nations-unies aux droits de l’homme

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FAUT-IL SUPPRIMER LES CHAÎNES D’INFO EN CONTINU ?

David Medioni

07/01/2021

Avec 35 millions de téléspectateurs mensuels, CNews, deuxième chaîne d’information du pays, est devenue incontournable. Le tout grâce à une stratégie bien précise : l’occupation d’un espace politique à la droite de l’échiquier et le culte du clash. CNews est-elle devenue la Fox News à la française ? Et comment le succès de CNews entraîne une « foxisation » de l’ensemble des chaînes infos françaises ? 

« Qui ment le plus : les médias, Trump ou les deux ? » : Christine Kelly, ancienne « sage » du CSA, animatrice vedette de la chaîne CNews, tweete ce sondage quelques heures avant de prendre l’antenne. De quoi alimenter son « Face à l’info » du jour diffusé quotidiennement sur CNews dans laquelle Éric Zemmour a son rond de serviette. Le thème : « États-Unis : les médias ont-ils fait l’élection ? » Et le polémiste en chef d’expliquer doctement que « oui, les médias américains ont fait l’élection et ont censuré le pouvoir en coupant le micro de Donald Trump ». Il ajoute : « Dans le Wisconsin, il y a des choses étranges, j’ai regardé. À un moment donné, les assesseurs se sont arrêtés quatre heures. Quand ils ont repris, il y avait 139 000 bulletins Biden, 0 pour Trump, c’est étrange. C’est la même chose dans le Michigan. » Kelly l’interrompt : « Quelle source ? » Embarras de Zemmour : « Euh, je ne sais pas, des journaux, je les ai, je vous les donnerai après car, sinon, ça va pourrir le débat. » Il enchaîne : « Je n’ai pas de preuves, mais ce que je dis, c’est que les médias ne se sont pas intéressés à cela. Ils ont fait le choix de Biden. C’est grave pour la démocratie. » Quelques instants plus tard, il lance : « Vous savez bien de toute façon qu’en France comme aux États-Unis les rédactions sont toutes de gauche[1]. »

Quelques semaines auparavant, des journalistes comme Gérard Carreyrou, Jean-Louis Burgat, Marc Menant et Philippe Bilger s’intéressaient au projet de loi contre le séparatisme. « Il manque un volet immigration dans ce texte », jugeait Gérard Carreyrou. Dans la même semaine, comme chaque jour, à 9 heures du matin, c’est « L’Heure des pros ». Elle revient même une seconde fois dans la journée, à 20 heures, pour « L’Heure des pros 2 ». Et, chaque jour, Pascal Praud donne son point de vue. « Mais arrêtez de citer leurs noms, ces gens ne représentent rien ni personne. Qui lit encore Libération ? Nous, nous sommes regardés par des millions de téléspectateurs » : l’ancien journaliste sportif de Téléfoot éructe. Quelques minutes plus tard, le même vilipendera la « dictature sanitaire » qui conduit le gouvernement à imposer un couvre-feu et à « avoir peur de tout ». D’ailleurs, Pascal Praud se vante à longueur d’émission d’être celui qui dit « tout haut ce que l’on ne peut plus dire ». 

Complotisme bon teint, informations non sourcées, flirt contrôlé mais réel avec les idées de l’extrême droite, la deuxième chaîne d’information de France a choisi un créneau éditorial bien précis. Comment en est-on arrivé là ? Comment l’ex-iTélé est-elle devenue une sorte de Fox News à la française ? Enfin, comment CNews a-t-elle entraîné dans son sillage les autres chaînes d’information ?

Pour comprendre le basculement, il faut d’abord remonter à 2016. À cette époque, Vincent Bolloré vient d’acquérir le groupe Canal+. Il prend logiquement la main sur la chaîne d’information iTélé. Si elle jouit d’un certain succès d’estime et qu’elle apparaît par rapport à sa concurrente BFM-TV comme étant la plus « sérieuse » sur la qualité de l’information, iTélé perd alors quelque quarante millions d’euros par an. C’est trop. Deux axes principaux sont fixés pour transformer la chaîne : réduire les coûts de fabrication et faire d’iTélé une chaîne de débats et d’opinions. Le but ? Doubler l’audience et si possible gagner de l’argent. 

I – LE CLASH COMME OUTIL 

Sur le premier axe, les choses n’ont pas traîné. Quatre-vingts journalistes quittent l’entreprise, soit la moitié des effectifs de la rédaction. « Cela coûte moins cher de diffuser des débats que de faire de l’information, du terrain, du reportage », analyse un ancien d’iTélé parti au moment du changement de propriétaire. Sur le second axe, pour doubler l’audience, la chaîne a su conserver des têtes d’affiche comme Laurence Ferrari, par exemple, mais aussi faire venir des personnalités comme Jean-Pierre Elkabbach, Éric Zemmour, Pascal Praud ou encore Christine Kelly. « L’habileté des nouveaux dirigeants de la chaîne a été d’installer des figures bien connues des téléspectateurs pour animer des débats avec des personnalités classées à droite, voire à l’extrême droite », juge un ancien rédacteur en chef de la chaîne. Sur les intervenants réguliers, la liste est parlante : le Rassemblement national, Valeurs actuellesCauseur ou Boulevard Voltaire sont très représentés. Thierry Mariani, Jean Messiha, Ivan Rioufol, Gilles-William Goldnadel, Jean-Claude Dassier, Philippe Bilger, Charlotte d’Ornellas ou encore Guillaume Bigot, Gabrielle Cluzel, Eugénie Bastié, Ludovine de la Rochère et évidemment Éric Zemmour, condamné trois fois pour incitation à la haine raciale, sont des habitués. 

Des éditorialistes « bons clients » qui assurent le spectacle et surtout le clash. Car c’est bien là la logique de la chaîne : faire en sorte que le clash arrive et que le téléspectateur soit attiré par cette invective permanente. Dans le dispositif des plateaux sur CNews, tout est fait pour que « l’invité qui vient avec des années d’études sur un sujet soit confronté à l’argument de “bon sens” du polémiste [et] va ajouter un chiffre ou un exemple historique, et ça fait “match nul” au mieux »confie à la Fondation Jean-Jaurès le sociologue des médias François Jost[2], auteur de Médias : sortir de la haine ? aux éditions du CNRS[3]. Au fond, la culture de « l’engueulade, c’est pour faire comprendre au téléspectateur que la politesse est hypocrite et que le dispositif de l’émission, lui, est totalement transparent », détaille encore François Jost. Pour lui, cette façon de « s’invectiver et de se disputer de façon surjouée est un moyen pour les intervenants de la chaîne de montrer aux téléspectateurs qu’eux ne sont pas dans l’apparence et ne sont donc pas à la solde du pouvoir ». 

François Jost va même plus loin. « Dans la mécanique CNews, le rôle dévolu au présentateur est crucial. C’est lui qui doit porter la parole du quidam et montrer la colère du peuple ou la colère des gens que l’on n’entend jamais, comme ils disent. Cela est très pernicieux, il sort de son rôle pour venir mettre de l’huile sur le feu. » Difficile de lui donner tort tant les exemples sont légion. « Il faut être répressif, il faut de la vidéo partout ! En France tu ne peux pas sortir dans la rue sans risquer ta vie ! », jurait ainsi Pascal Praud avant le démarrage d’un débat sur l’ensauvagement réel ou supposé de la France. « C’est l’un des exemples. Les animateurs cadrent la sémantique du débat et en fixent le périmètre de la façon suivante : cet événement est scandaleux, non ? », confirme François Jost. 

II – FOX NEWS COMME MODÈLE 

Clairement, cela correspond à une forme bien précise de télévision. Celle inventée outre-Atlantique par Fox News fondée par Rupert Murdoch en 1996. Au moment de sa naissance, Rupert Murdoch installe la chaîne pour notamment s’insurger contre ce qu’il appelle la mainmise du Parti démocrate sur les médias américains. Il parle alors d’une information « fair and balanced » (juste et mesurée). Rupert Murdoch pressent avant de nombreux analystes qu’une partie du spectre idéologique américain est délaissée, ce qui constitue une niche marketing nouvelle que va occuper Fox. C’est Fox News qui inventera les couleurs criardes à l’antenne et qui popularisera les bandeaux en bas de l’écran. C’est à Roger Ailes, le stratège de la campagne de Richard Nixon en 1968, que Murdoch confia alors le soin de créer « l’esprit Fox News ». Cet ultra-conservateur a fait de la Fox une entreprise très prospère qui génère près d’un milliard de dollars de revenus par an, soit un cinquième des revenus de la holding21st Century Fox. Pour de nombreux analystes américains, comme le journaliste de Vanity Fair, Gabriel Sherman, Roger Ailes et Fox News, par leur travail incessant de boucle d’informations et de débats thématisés, ont largement contribué à façonner parfois de façon déterminante le débat national en promouvant, par exemple, l’invasion de l’Irak en mars 2003, en favorisant l’émergence du Tea Party ou encore en alimentant la théorie du complot autour du certificat de naissance du président Barack Obama. Dans le documentaire Outfoxed : la guerre de Rupert Murdoch contre le journalisme, sorti en 2004, le journaliste d’investigation Robert Greenwald (qui a été à l’origine des révélations Snowden) documentait de façon précise la façon dont l’information était fabriquée à la Fox : surveillance des opinions des employés, politique du « mémo » interne intimant aux journalistes le traitement de leurs sujets, dispositif sensationnaliste, choix de consultants amis, valorisation quotidienne de Donald Trump, stigmatisation des homosexuels et des leaders communautaires, diabolisation des « antiguerre ». 

Des méthodes qui ne sont pas sans rappeler la description faite par Le Canard enchaîné des mœurs en cours au sein de la chaîne : « Le service police-justice de la rédaction a pour consigne d’être très réactif sur les faits divers anti-flics, les incivilités anti-Blancs. Il chasse ses infos sur Twitter, Facebook. En juillet, un mec avait préparé un off pro-migrants pour la matinale, il a été convoqué le lendemain… », raconte ainsi le palmipède[4]. 

Ainsi, comme Fox News avant elle, sous couvert de la volonté de faire entendre un autre discours supposé « fair and balanced », ce sont bel et bien certains thèmes et certaines obsessions qui sont à l’antenne de la chaîne. Défense de Robert Ménard qui affiche les caricatures de Charlie Hebdo dans sa ville de Béziers et dont Riss, directeur de Charlie, se moque ; invitation d’un agrégé de philosophie qui vient expliquer sur le plateau à quel point l’épidémie de la Covid-19 est banale et que, décidément, le gouvernement ne dit pas la vérité sur cette situation ; mise en avant par Pascal Praud du producteur du documentaire Hold-Up qui fait la part belle à la théorie du complot autour de la Covid-19 ; micro ouvert pour une clinicienne qui explique à quel point « la peur gouverne » la France sur cette question de la Covid-19 ou encore de très nombreux plateaux sur l’élection « faussée » de Joe Biden aux États-Unis. À chaque fois, le dispositif de « L’Heure des pros » – émission phare de la chaîne qui réunit chaque jour environ un million de téléspectateurs – convie trois chroniqueurs plutôt classés à droite et un dernier souvent venu du Parti communiste. Toujours des thématiques à fort potentiel inflammable : le séparatisme, la délinquance, les médias, etc. Alors que l’émission n’existait pas encore, deux titres de travail étaient en balance : « On n’est pas des bobos » et « Machine à café ». Le projet éditorial est là. Pascal Praud lui-même le confirme dans un entretien accordé au Parisien en juin 2019 : « J’ai un côté anar […], l’émission, ce n’est pas le Collège de France[5]. » Clairement, la logique choisie par CNews et particulièrement par « L’Heure des pros » est celle du peuple contre les élites. Du « on dit les choses » contre « l’hypocrisie ». 

« Cette façon de présenter le monde, de maltraiter les médias, de dire très fort que c’est ici que l’on dit la vérité est héritée de la défiance qui est montée petit à petit contre les médias. Cela vient de loin. De 1995 avec le soutien des médias au plan Juppé, de 2005 avec le soutien au traité constitutionnel européen, et plus largement à la déliquescence réelle, supposée ou souhaitée de tous les corps intermédiaires, journalistes compris », analyse François Jost. Il poursuit : « Cela a été très perceptible durant le mouvement des “gilets jaunes”. CNews a ouvert son antenne aux figures médiatiques de ce mouvement et s’est engouffrée dans la brèche la plus antisystème de cette protestation sociale. » 

III – UNE BONNE SANTÉ ÉCONOMIQUE, UNE AUDIENCE EN PROGRESSION ET DES CONCURRENTES QUI S’EN INSPIRENT

Cette mise en clash et en hystérie de tous les débats qui traversent la société, cette tribune donnée à des porte-parole d’une extrême-droitisation de la société et la façon dont CNews s’inscrit désormais dans le champ politique hexagonal sont autant un positionnement politique qu’un positionnement économique et marketing. Positionnement politique en ce sens que – selon nos informations recueillies auprès de nombreux membres de la rédaction sous couvert d’anonymat – les dirigeants de la chaîne sont convaincus que l’avenir de la politique c’est la droite de la droite et que le peuple veut entendre parler de sécurité et de lutte contre l’immigration. « Ils le disent et le font comprendre à longueur de conférence de rédaction », affirme ainsi un journaliste. Il détaille : « 20 % de l’électorat français vote pour le Rassemblement national. L’objectif de CNews aujourd’hui est de s’adresser à cette population. Peu importe ce que cela veut dire éditorialement. » 

Et c’est là que la politique, l’économique et le marketing se rejoignent. Faire de CNews une chaîne rentable avec une meilleure audience était dès 2016 l’un des objectifs. Au-delà des réductions de coûts, il fallait évidemment faire progresser l’audience et engranger des recettes publicitaires importantes. Et, pour cela, il fallait choisir un cap différenciant. D’où l’orientation politique tournée vers la droite qui permet de faire un coup double : toucher une large partie de l’électorat et se différencier des trois autres chaînes d’information qui partagent avec CNews le gâteau publicitaire dédié à ce type de télévision : BFM-TV, LCI et France Info. Sur l’année 2020, en accentuant toujours plus sa ligne éditoriale, CNews a progressé tant en audience qu’en recettes publicitaires. Sur le mois d’octobre 2020, par rapport au même mois en 2019, la chaîne enregistre une progression significative de son audience. Elle gagne un point et touche désormais, chaque mois, plus de 35 millions de téléspectateurs selon les chiffres de Médiamétrie. Sur l’ensemble de l’année 2020, la hausse moyenne de CNews s’établira, vraisemblablement, aux alentours de 0,8 point. De quoi conforter la stratégie éditoriale. L’autre point qui la confortera, c’est la bonne tenue des recettes publicitaires. Selon nos informations[6], sur l’ensemble de l’année 2020, CNews enregistrera une progression de 30 % de ses recettes publicitaires brutes. Rien que sur les mois d’août, septembre et octobre 2020, la chaîne a collecté quelque 27,2 millions d’euros de recettes contre 20 millions pour les trois mêmes mois en 2019. Cela alors même que CNews – faute de clients – ne commercialise pas les espaces publicitaires situés avant, pendant et après l’émission « Face à l’info » où officie Éric Zemmour. Performance d’autant plus remarquable dans une année 2020 qui fut compliquée pour de nombreux médias au niveau publicitaire – le média télé dans son ensemble ayant chuté de 15 % au premier semestre de l’année. 

IV – DE LA « BFMISATION » À LA « CNEWSIATION »

Des chiffres qui viennent, là encore, appuyer la stratégie éditoriale de CNews qui touche quelque 8 millions de téléspectateurs de plus que LCI chaque mois et qui se rapproche tranquillement de la solide leader BFM-TV. Au-delà du modèle Fox News et du besoin d’exister, cette volonté de différenciation, cette prise d’intervalle tournée vers une télévision du débat, du clash et de l’invective prise par CNews a modifié le paysage des chaînes d’information en France. Et c’est peu dire que ce paysage était déjà bien particulier. La France est avec l’Allemagne le seul pays au monde à offrir à ses téléspectateurs quatre chaînes d’information : LCI, CNews, BFM-TV et France info. Même aux États-Unis, pays où le format fut inventé avec CNN en 1990, il n’y a (que) trois chaînes information : CNN, Fox News et MSNBC. Cette exception française est intéressante à plus d’un titre. D’abord dans ce qu’elle dit de l’histoire politique de la télévision. 

Un retour en arrière s’impose. C’est LCI, lancée par TF1, qui a inauguré ce type d’offre en France le 24 juin 1994. Suivront ensuite iTélé (groupe Canal+) en 1999 devenue CNews en 2016, BFM-TV (NextRadio TV) en 2005 et la dernière arrivée, France info (France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et Ina) depuis 2016. C’est en 2005 que le premier tournant s’opère. À ce moment-là, la TNT (Télévision numérique terrestre) naît. Les Français auront désormais accès à quinze chaînes gratuites. BFM-TV est dans les starting-blocks et le groupe Canal+ dépose le dossier pour iTélé. Les dirigeants de TF1, eux, ne pressentent pas le tournant vertigineux que va représenter la TNT gratuite et demandent que LCI se voie octroyer un canal de TNT payante. Ils s’en mordront les doigts pour finalement rapatrier après de longs débats LCI en gratuit lors d’une nouvelle attribution de fréquences par le CSA. 

Profitant de l’absence de l’historique LCI et des débuts compliqués de iTélé, BFM-TV impose un style : la priorité au direct et la mise en scène de l’actualité même quand celle-ci est plate. Avec son mordant et ses directs, BFM-TV devient rapidement leader des chaînes infos. Avec de belles réussites et aussi de belles erreurs, comme l’annonce erronée de la mort de Martin Bouygues ou, plus grave encore, comme lors des attentats de Toulouse ou bien de l’Hyper Cacher quand l’un des journalistes de la chaîne avait indiqué à l’antenne que des otages se trouvaient dans la chambre froide du magasin, les mettant ainsi en danger puisque le terroriste Coulibaly était branché sur BFM-TV. 

Ce que BFM-TV a inventé dans cette époque, c’est l’adrénaline du « breaking news », cette façon de faire du « en direct » l’alpha et l’oméga du journalisme. Avec ce positionnement, BFM-TV joue sur ce que provoque le direct, c’est-à-dire de s’imaginer qu’il peut toujours se passer quelque chose. C’est tout de même plus fort que le différé et plus fort que la fiction. L’impression d’être dans la réalité, en contact avec le monde, c’est cela qui rend accro. « La campagne électorale de 2012 se fera sur les chaînes d’info », avait même déclaré au Point, en juillet 2011, Franck Louvrier, le directeur de la communication du président de la République d’alors, Nicolas Sarkozy. 

Au tournant des années 2012, la « BFMisation » de l’information et de la vie politique est de plus en plus marquée. Plusieurs fois, Michel Rocard, ancien Premier ministre socialiste, alertera sur cette immédiateté néfaste pour la vie démocratique et politique du pays. Dans un entretien à Télérama notamment[7] : « On gouverne de moins en moins. Les raisons en sont multiples : la mondialisation, la masse des interférences, mais aussi le système médiatique et la manière dont il nous informe. Les effets pervers de l’immédiateté n’ont rien à voir avec une quelconque malignité des journalistes mais sont liés au transport instantané des messages sur la planète. Lorsqu’il se passe un événement grave dans le monde, dix mille micros sont pointés sous le menton de dix mille responsables politiques, tous sommés de répondre sur-le-champ. Ne pas répondre à un prix que la profession journalistique vous fait payer. Vous êtes “ostracisé”. En dehors de certains hommes politiques à forte notoriété (dont je fais partie, mais nous ne représentons que 2 % de l’ensemble du personnel politique), l’immense majorité a besoin de se faire connaître. La plupart se retrouvent donc en position de demandeurs. » 

C’est cet « effet BFM » qu’a également décrit le journaliste, ancien de France Culture, Hubert Huertas dans un petit livre numérique passionnant paru chez UPPR Éditions. Il résume : « Mieux vaut une connerie d’avance qu’une information en retard » et pointe dans cet ouvrage la façon dont les dérives journalistiques de la mise en scène de l’information à outrance, couplées avec la montée en puissance des réseaux sociaux, a aussi entraîné une forme « d’appauvrissement du débat public pour entraîner une BFMisation de la société ». 

En devenant leader, BFM-TV a préempté le créneau du direct. Sa concurrente iTélé n’ayant jamais pu l’égaler sur ce créneau, elle a perdu du terrain. Et de l’argent. Jusqu’à ce que Vincent Bolloré prenne la main sur le groupe Canal+ et décide de positionner CNews sur le créneau Fox News. « Pour faire une chaîne d’information qui rassemble des téléspectateurs, il y a deux recettes, le direct total comme sur BFM-TV, ou alors faire du débat et du clash », résume un grand patron de chaîne[8]. Et d’ajouter « Quand Alain Weill et le groupe NextRadio TV ont relancé la radio RMC, c’est ce qu’ils ont fait. Ils ont choisi d’ouvrir le micro aux auditeurs, de mettre à l’antenne “Les Grandes Gueules”, le “Moscato Show” et toutes ces émissions où le clash est roi. Toutes les radios avec plus ou moins de succès lui ont ensuite emboîté le pas pour ne pas perdre trop d’audience. C’est exactement ce qu’est en train de faire CNews. C’est la même stratégie avec une dimension politique en plus. Cela déteint également sur toutes les chaînes d’information qui recherchent des polémistes en permanence. C’est le nouveau la de notre télévision. » D’ailleurs, à la rentrée de septembre 2020, la chaîne info du groupe TF1 a ainsi recruté le polémiste de BFM-TV, Éric Brunet, qui déclarait au Point que « l’engueulade à la française devait être classée au patrimoine mondial de l’Unesco[9]. » CQFD. 

V – QUID DU CSA ? 

Reste une interrogation : comment CNews s’en est tirée jusqu’ici sans avertissement du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). « On sait bien qui ensauvage, qui agresse, qui vole, ce sont à 99,9 % des gens des enfants de l’immigration maghrébine et africaine. » Cette saillie du 31 août 2020 d’Éric Zemmour à l’antenne de « Face à l’info » n’a toujours pas été sanctionnée d’un avertissement ou d’une mise en demeure de la part du gendarme de l’audiovisuel. Ce dernier a choisi de transmettre la séquence à un rapporteur indépendant qui choisira de transmettre ou non au procureur de la République. De facto, depuis le 3 décembre 2019, le CSA n’a pas bougé alors que des signalements ont été remontés. Cette fois-là, c’était sur une sortie d’Éric Zemmour qui s’était déclaré aux « côtés du général Bugeaud dans la torture en Algérie[10] ». L’atonie du CSA est d’autant plus étonnante que CNews (qui était alors iTélé) a – comme toutes les chaînes de télévision qui se voient accorder un canal de diffusion – signé avec le Conseil une convention qui fixe son cahier des charges. Elle stipule : « l’éditeur veille à respecter les différentes sensibilités politiques, culturelles et religieuses, à ne pas encourager de comportements discriminatoires. » Frontière certes ténue. Toutefois, un réexamen du respect de ladite convention par la chaîne pourrait être le bienvenu.

1_ Émission « Face à l’info » du lundi 9 novembre 2020.

2_ Toutes les citations de François Jost sont issues d’un entretien avec l’auteur de la note.

3_ François Jost, Médias : sortir de la haine ?, Paris, CNRS Éditions, 2020.

4_ Le Canard enchaîné, 23 septembre 2020, page 3.

5_ Carine Didier, « Pascal Praud : “J’ai un côté anar” », Le Parisien, 18 juin 2019.

6_ Informations exclusives obtenues par l’auteur de la note.

7_ Jean-Claude Raspiengeas, « Michel Rocard : “La télévision nous empêche de gouverner” », Télérama, 17 novembre 1995.

8_ Grand patron de chaîne de télé qui souhaite rester anonyme.

9_ Olivier Ubertalli, « Éric Brunet : “L’engueulade à la française doit être classée au patrimoine mondial de l’Unesco” », Le Point, 27 septembre 2020.

10_ « CNews mis en demeure par le CSA pour des propos de Zemmour », Le Point, 3 décembre 2019.

David Medioni

www.jean-jaures.org/

« Je me suis fait la guerre – ou comment être un bon Arabe en France »

À écouter et réécouter. Mille mercis à Stéphane Mercurio, à Fatma Bouvet de la Maisonneuve, à ses patients, à France Culture.

France Culture lundi 4 janvier 2021

« Je me suis fait la guerre », ou comment être un « bon arabe »

Une Expérience signée Stéphane Mercurio, réalisée par Nathalie Battus

Dans le cabinet de la psychiatre Fatma Bouvet de la Maisonneuve, les patient.e.s se confient et notamment sur les discriminations auxquelles ils doivent faire face. Un miroir nous est tendu, s’y dessine notre société. Stéphane Mercurio nous restitue ces confidences et cet écho du monde.

 Depuis des années, Stéphane Mercurio assiste au débat, aux « dérapages  » autour des musulmans, impuissante et inquiète. Sans savoir comment agir sur ce réel qui se dessine avec noirceur.  

Voir ainsi se fracturer la société, provoque chez elle un grand désarroi. C’est alors qu’elle rencontre la psychiatre Fatma Bouvet de la Maisonneuve. Tunisienne mariée à un aristocrate français, cette praticienne a écrit Une Arabe en France (éd. Odile Jacob) et reçoit depuis régulièrement dans son cabinet, celles et ceux qui prennent de plein fouet le discours sur l’immigration, l’Islam… Ceux qui le vivent dans leur chair, dont « le bide se tord ». Ils viennent en urgence, minés par les insomnies, épuisés par leurs vaines tentatives d’être « parfaits »… Fatma Bouvet de la Maisonneuve les écoute avec bienveillance, prescrit parfois des antidépresseurs ou des gouttes pour dormir.  

France Culture.fr       

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CLIQUER ICI POUR ÉCOUTER L’ÉMISSION

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À toi qui me lis

À l’orée de cette année nouvelle 

à toi qui me lis

Je souhaite que se concrétisent les plus insensés de tes rêves ;

Que s’allument en toi les plus merveilleuses étoiles ;

Que te sourient la lune et les plus beaux astres ;

Que tu palpes chaudement tes désirs les plus ardents ;

Que s’expose ta créativité à la lumière et aux quatre vents verts ;


Je souhaite que se concrétisent les plus insensés de tes rêves ;

Que te réussissent si besoin les remèdes aussi bien aux temps pleins qu’aux vides ;

Que sur toi se déploient tous les bienfaits attendus ; 

Que tu restes toi-même ;

Que tu proposes ton cœur à la disponibilité bienveillante ;


Je souhaite que se concrétisent les plus insensés de tes rêves ;

Que tu ranges au fond de ton abîme tes vaines rancunes ;

Que tu hisses ton cœur sur les cimes du mont Tahat, Djurdjura, Blanc ou 

Kilimandjaro ;

Que tu uses jusqu’à sa dernière fibre ta mansuétude ;

Que tu soies en retour aimé par tes amis, tes proches et tous les autres ;


Je souhaite que se concrétisent les plus insensés de tes rêves ;

Faisons acte d’humilité quelles que soient notre croyance, nos certitudes ;

Regardons l’univers dans les yeux, puis posons un doigt sur un grain de poussière ;

Observons notre miroir, nous ne sommes que cette éphémère misère dont les feuilles 

                                                                              ne vivent qu’un jour ;

Oeuvrons ensemble pour que le nôtre soit le meilleur possible ; 

Marseille, le mardi 29 décembre 2020

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CLIQUER ICI POUR LIRE/VOIR LE VIDÉO-POÈME

Le grand Nord ! les rennes…

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Lire également ici:

http://ahmedhanifi.com/bonne-annee-2/

Ou ici

http://leblogdeahmedhanifi.blogspot.com/2021/01/731-toi-qui-me-lis-loree-de-cette-annee.html

Le futur est-il derrière nous?

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CLIQUER ICI POUR VOIR VIDÉO, À PROPOS D’INFILTRATION.

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J’ai suspendu ce jour mon compte Facebook. Le réseau, versant DZ, est infesté par les « infiltrés » (« des mouches »), collaborateurs du régime en place, des suppôts. Parfois même travaillant directement avec ses « services ».

Ce que je dis là est aussi révélé par la chaîne de télé Al Awraas dans son émission d’hier.

La Issaba, gravement blessée n’a pas été achevée. Elle a réussi à se relever, à se rétablir et à revenir en force. Rappelons que le général-Major Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense, gravement impliqué dans les tueries des années 90, et condamné en août 2019 par le tribunal militaire de Blida, pour « complot contre l’autorité de l’Etat », est rentré il y a deux semaines, par avion présidentiel, et salué par des officiels au bas de l’avion, à Boufarik. Il s’était réfugié en Espagne.

Pour l’heure, “The future is behind us’’. D’autres batailles sont à venir.

Bonne année 2021 !

et: poème « À toi qui me lis »

CLIQUER ICI POUR LIRE LA VIDÉO _ SOUHAITS POUR LE NOUVEL AN

(Cliquer sur le lien ci-dessus, pas sur l’image)

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À l’orée de cette année nouvelle 

à toi qui me lis

Je souhaite que se concrétisent les plus insensés de tes rêves ;

Que s’allument en toi les plus merveilleuses étoiles ;

Que te sourient la lune et les plus beaux astres ;

Que tu palpes chaudement tes désirs les plus ardents ;

Que s’expose ta créativité à la lumière et aux quatre vents verts ;

Je souhaite que se concrétisent les plus insensés de tes rêves ;

Que te réussissent si besoin les remèdes aussi bien aux temps pleins qu’aux vides ;

Que sur toi se déploient tous les bienfaits attendus ; 

Que tu restes toi-même ;

Que tu proposes ton cœur à la disponibilité bienveillante ;

Je souhaite que se concrétisent les plus insensés de tes rêves ;

Que tu ranges au fond de ton abîme tes vaines rancunes ;

Que tu hisses ton cœur sur les cimes du mont Tahat, Djurdjura, Blanc ou 

Kilimandjaro ;

Que tu uses jusqu’à sa dernière fibre ta mansuétude ;

Que tu soies en retour aimé par tes amis, tes proches et tous les autres ;

Je souhaite que se concrétisent les plus insensés de tes rêves ;

Faisons acte d’humilité quelles que soient notre croyance, nos certitudes ;

Regardons l’univers dans les yeux, puis posons un doigt sur un grain de poussière ;

Observons notre miroir, nous ne sommes que cette éphémère misère dont les feuilles 

                                                                              ne vivent qu’un jour ;

Oeuvrons ensemble pour que le nôtre soit le meilleur possible ; 

Marseille, le mardi 29 décembre 2020