À LA MÉMOIRE DE MOHAMED BOUDIAF

Pardonnez-moi maintenant cette digression concernant ce stade. Son nom, « 19 juin 1965 »,  qui est arrivé à son terme grâce à Boudiaf qui l’a rebaptisée « Ahmed Zabana » du nom du héros de la guerre d’indépendance, guillotiné le 19 juin 1956 à 30 ans, (de son vrai nom Zahana comme sa ville de naissance), le nom du stade, disais-je, renvoie au jour où Boumediene a fomenté un « redressement national » avec 100% des instruments du coup d’État, contre Ahmed Ben Bella, le président en titre. Ben Bella était renversé par son ministre de la Défense. Et le stade rebaptisé « Stade du 19 juin 1965 » La dictature imposera son « redressement national » par le bâillonnement durant une quinzaine d’années. Ensuite elle sera édulcorée, camouflée par des vernis, des subterfuges de plus en plus gros et gras, jusqu’au majestueux Hirak qui obligea au nettoyage des écuries d’Augias, qui ne fut hélas que partiel. Comme le héros du mythe, il reviendra. Aujourd’hui les subterfuges et le vernis ne sont même plus nécessaires. Mais les combats ne sont jamais vains et ils sont longs, comme la vie.

Deux jours auparavant, le samedi 17 juin 1965, Ben Bella assistait, ironie cruelle de l’histoire, dans ce même stade qui s’appelait alors « Stade Municipal », à une rencontre amicale entre l’Algérie et le Brésil, gagnée par celui-ci 3 à 0 (buts de Pelé – Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé  – à la 19°, Didi à la 29° et Gerson à la 81°) devant 60.000 personnes. C’était le jeudi 17 juin 1965, je me répète, devant 60.000 spectateurs (pas 45, pas 50), heureux de vivre un gigantesque moment de bonheur, libres dans leur pays tout récemment libéré de la colonisation française (2). Des jours et des semaines et des mois, je raconterais dans le détail ce match entre l’Algérie et le Brésil auquel j’ai assisté, médusé. « J’ai vu le roi Pelé ! » (j’avais pas quinze ans, lui en avait 24). Je l’ai vu le roi faire du stade son théâtre d’acrobaties : coups de tête, dribbler, feinter, jongler, lever les bras au ciel, sauter, sprinter et marquer. J’ai vu le roi Pelé, mais j’ai couru jusqu’à l’hôtel où résidaient les Brésiliens pour le voir de nouveau, au fameux hôtel Martinez. Et j’ai revu Pelé et toute l’équipe, Manga, Didi, Garrincha, Dja Santos… mais aussi Zerga, Mekhloufi, Zitouni, Mattem, Bouhizeb (mon préféré, je crois même qu’il était copain avec mon père ! Le temps file et ma mémoire me joue peut-être des tours et me fait écrire n’importe quoi. Pas grave.) J’étais un fanatique de foot, heureux et bon élève au lycée jusqu’à la mort de mon père six mois plus tard (imaginez ce que peut être le plus profond des abîmes).

ex hôtel Le Martinez

L’hôtel a été détruit depuis. Il est en construction depuis plus de… quarante ans. À l’âge que j’avais, le coup d’État m’était passé par-dessus la tête, pas l’atmosphère plombée qui s’en est suivie. J’ai mis plusieurs semaines à me remettre de mes émotions. 

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