LE NETTOYAGE ETHNIQUE DE LA PALESTINE

Commençons par ceci :

In « TRTFRANÇAIS (Service Français de la Radio et Télévision de Turquie) : 13 déc. 2023 

Fayard retire des ventes le livre « Nettoyage ethnique en Palestine » d’Ilan Pappé 

Une nouvelle censure ? Selon le magazine littéraire en ligne Actualitté, la maison d’édition française Fayard a suspendu depuis le 7 novembre la vente du livre de l’historien israélien Ilan Pappé sur la création d’Israël en 1948 et le nettoyage ethnique du peuple palestinien. 

D’après Fayard, contacté par Actualitté, la raison serait que « le contrat était caduc depuis le 27 février 2022. La maison a donc acté, le 3 novembre dernier, sa fin d’exploitation. » … 

Ilan Pappé démontre dans son livre que la fondation d’Israël en 1948 s’est faite sur la base de l’expulsion de la population arabe par des méthodes de nettoyage ethnique, une politique d’expulsion systématique que Pappé appelle un « génocide progressif ». En outre, la suspension des ventes du livre a eu lieu après que Hachette Livre, la société faîtière de Fayard, a été rachetée par le milliardaire français d’extrême droite Vincent Bollore en novembre.

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Voici les premières pages du livre censuré par Bolloré

LE NETTOYAGE ETHNIQUE DE LA PALESTINE

De ILAN PAPPE _ Ed Fayard (Paris, 2008)

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La Maison rouge

« Nous ne pleurons pas l’adieu/ Nous n’avons pas le temps ni les larmes/ Nous ne comprenons pas l’instant de l’adieu/ Pourquoi c’est l’Adieu/ Et il nous reste les larmes » Muhammad Ali Taha (1988), réfugié du village de Saffuriya. 

Je suis pour le transfert forcé. Je ne vois rien là d’immoral. David Ben Gourion à l’Exécutifde l’Agence juive, juin 1938. 

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 La « Maison rouge » était un bâtiment typique des premiers temps de Tel- Aviv. Elle faisait l’orgueil des maçons et artisans juifs qui l’avaient construite dans les années 1920 pour être le siège de l’union locale du syndicat ouvrier. Elle a servi à cela jusqu’au jour, vers la fin de l’année 1947, où elle est devenue le quartier général de la Haganah, la principale milice clandestine sioniste en Palestine. Situé près de la mer, rue Yarkon, dans le nord de Tel-Aviv, l’immeuble était un nouvel ornement pour la première ville « hébraïque » sur la Méditerranée – la « Ville blanche », comme disaient affectueusement ses lettrés et ses érudits. C’est qu’en ce temps-là, contrairement au nôtre, avec le blanc immaculé de ses maisons, toute la ville baignait encore dans l’opulent éclat typique des ports méditerranéens de l’époque et de la région. C’était une vue extrêmement agréable, où les motifs du Bauhaus fusionnaient élégamment avec l’architecture indigène palestinienne dans un style mixte, dit « levantin », au sens le moins péjoratif du terme. Un style qu’illustrait bien la Maison rouge, dont les lignes simples, rectangulaires, étaient embellies en façade par les arcs qui encadraient l’entrée et soutenaient les balcons de ses deux étages. L’appelait-on « rouge » à cause de son association avec le mouvement ouvrier, ou de la teinte un peu pourprée qu’elle prenait au soleil couchant (Ou encore, comme certains en sont convaincus, parceque sa façade avait été peinte en rouge en signe de solidarité avec le socialisme ) ? La première explication est plus plausible, d’autant que cette maison est restée liée à la version sioniste du socialisme en devenant, dans les années 1970, le siège central du Mouvement des kibboutzim d’Israël. Ce sont des bâtiments comme celui-là, importants vestiges historiques de la période du Mandat, qui ont amené l’UNESCO, en 2003, à inscrire Tel-Aviv au nombre des sites du patrimoine mondial. 

Aujourd’hui la Maison rouge n’existe plus, victime de la promotion immobilière qui a rasé cette relique architecturale pour aménager un parking près du nouveau Sheraton. Dans cette rue non plus il ne reste donc aucune trace de la « Ville blanche », qui s’est lentement et bizarrement transfigurée en cette métropole tentaculaire, polluée, extravagante, qu’est la Tel-Aviv actuelle. 

Dans cette maison, par un froid mercredi après-midi, celui du 10 mars 1948, onze hommes, vieux dirigeants sionistes et jeunes officiers juifs, ont mis la dernière main à un plan de nettoyage ethnique de la Palestine. Le soir même, des ordres ont été envoyés aux unités sur le terrain pour préparer  l’expulsion systématique des Palestiniens de vastes régions du pays.  (Un historien, Meir Pail, affirme que les ordres ont été envoyés une semaine plus tard (Meir Pail, De la Haganah aux FDI, p. 307). Ces ordres s’accompagnaient d’une description détaillée des méthodes à employer pour évacuer les habitants de force : intimidation massive, siège et pilonnage des villages et des quartiers, incendie des maisons, des biens, des marchandises, expulsion, démolition et pose de mines dans les décombres pour empêcher les expulsés de revenir. Chaque unité a reçu sa propre liste de villages et de quartiers cibles, dans le cadre du plan global. Le « plan D » (en hébreu Daleth) – tel était son nom de code – constituait la quatrième et dernière version de plans moins développés qui esquissaient, dans ses grandes lignes, le destin que les sionistes réservaient à la Palestine, donc à sa population indigène. Les trois versions précédentes étaient restées vagues quant aux intentions des dirigeants sionistes face à la présence de tant de Palestiniens sur la terre que le mouvement national juif revendiquait comme sienne. La quatrième et dernière le disait clairement et sans ambiguïté : ils devaient partir (Les documents de la réunion sont résumés dans les Archives des FDI, GQG/Service opérations, 10 mars 1948, dossier 922/75/595, et dans les Archives de la Haganah, 73/94) Pour citer l’un des premiers historiens à avoir remarqué l’importance de ce plan, Simha Flapan, « la campagne militaire contre les Arabes, dont la “conquête et destruction des zones rurales”, était exposée en détail dans le plan Daleth de la Haganah ». (Simha Flapan, The Birth of Israel : Myths and Realities, p. 93.) De fait, son objectif était la destruction de la Palestine rurale et urbaine. 

Comme tenteront de le montrer les premiers chapitres de ce livre, ce plan était à la fois l’inévitable produit de la volonté idéologique du sionisme d’avoir une population exclusivement juive en Palestine et une réaction à la situation sur le terrain après la décision du cabinet britannique de mettre fin au Mandat. Les heurts avec les milices locales palestiniennes créaient le contexte et le prétexte parfaits pour concrétiser la vision idéologique d’une Palestine ethniquement homogène. La politique sioniste s’est d’abord fondée, en février 1947, sur une logique de représailles contre les attaques palestiniennes ; puis, en mars 1948, elle a pris l’initiative d’un nettoyage ethnique à l’échelle du pays. (Dans Rebirth and Destiny of Israel, David Ben Gourion écrit sans détour : « Avant le départ des Britanniques [15 mai 1948], les Arabes n’ont envahi ou conquis aucune implantation juive, si éloignée fût-elle, tandis que la Haganah […] a pris de nombreuses positions arabes et libéré Tibériade et Haïfa, Jaffa et Safed. […] Ainsi, le jour du destin, la partie de la Palestine où la Haganah pouvait opérer était presque vide d’Arabes » (Ben Gourion, Rebirth and Destiny of Israel, p. 530). )

Une fois la décision prise, il a fallu six mois pour l’appliquer. Quand tout a été fini, près de 800 000 personnes – plus de la moitié de la population indigène de Palestine – avaient été déracinées, 531 villages détruits, 11 quartiers vidés de leurs habitants. Le plan décidé le 10 mars 1948 et surtout sa mise en œuvre systématique au cours des mois suivants ont été un cas clair et net de ce « nettoyage ethnique » que le droit international actuel considère comme un crime contre l’humanité. 

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