« Hayy ben Yaqdhân » d’Ibn Thufaïl

Chers amis, à partir de lundi 27 novembre, après-demain, j’entamerai la publication d’un long article (par séquence de deux pages word par jour, jusqu’à son épuisement). Il s’agit de la recension d’un des plus importants romans ou romans philosophiques, qui a bouleversé la littérature. C’est « un chef-d’œuvre de la philosophie arabo-andalouse… un chef d’œuvre de la pensée » dit de lui Jean-Baptiste Brenet, le grand spécialiste de la philosophie arabe et latine et professeur à l’université Panthéon-Sorbonne.

Le livre que je vous présenterai dès ce lundi s’intitule « Hayy ben Yaqdhân ». Il a été écrit durant le dernier quart du 12° siècle en Espagne musulmane par Ibn Thufaïl un philosophe andalou astronome, également médecin, mathématicien…Les photos montrent la documentation qui m’a aidé à préparer (trois mois) la recension. Soyez prêt dès lundi, sur mon mur FB, mais également ici.

Lundi 27 novembre 2023

Bonjour à tous,

Ainsi que je l’écrivais précédemment, voici le premier post d’un long article consacré à l’un des plus importants romans, de ceux qui ont bouleversé la littérature universelle. C’est « un chef-d’œuvre de la philosophie arabo-andalouse… un chef d’œuvre de la pensée tout court » a écrit Jean-Baptiste Brenet, le grand spécialiste de la philosophie arabe et latine et professeur à l’université Panthéon-Sorbonne. « Hayy ben Yaqdhân » est le titre du livre dont il est question. Il a été écrit durant le dernier quart du 12° siècle en Espagne musulmane par Ibn Thufaïl Abou Bakr Mohammed, un philosophe andalou de Guadix qui fut par ailleurs secrétaire de gouverneur, astronome, médecin, professeur (de médecine), mathématicien… voici donc la première des dix-huit parties de ma recension.

________________________

« Hayy ben Yaqdhân » d’Ibn Thufaïl- lundi 27.11.2023- 1/18

« Hayy ben Yaqdhân » (ou Ibn Yaqdhân) est un « chef-d’œuvre de la philosophie arabo-andalouse… c’est-à-dire de la pensée tout court », « le premier roman philosophique dans l’histoire de la littérature ». C’est un texte écrit durant le dernier quart du 12° siècle en Espagne musulmane par Ibn Thufaïl, un philosophe andalou. Il est aussi connu sous ces variantes « Vivant fils de l’éveillé »« L’éveillé fils du vigilant »« Le philosophe autodidacte »« Le philosophe sans maître. » Avant d’analyser son œuvre, intéressons-nous à l’auteur.

Ibn Thufaïl, Abou Bakr Mohammed ben Âbd el-Malik ben Mohammed ben Tofaïl el-Qāïci, est né en 1110 à Wadi Âïch/Guadix à l’est de Grenade sous le premier empire berbère, el-Mourabitoun (les almoravides), en crise « qui s’est disloqué aussi vite qu’il a été formé ». L’auteur est connu sous le nom d’Abi Bakr Ben Tofaïl, Abou Djâfar, Abou Bakr el-Andaloussi,  Aboubacer ( ne pas confondre avec Avempace, Ibn Bajja, dit Aboubacer dont il fut « en un certain sens » un disciple)… On écrit son nom indifféremment ben Thofeil, Ibn Thofaïl, ou Ibn (ou Ben) Tofaïl, Tufayl, Thufaïl… Ibn Thufaïl a été influencé par Al Fârâbi et plus par Ibn Sina (Avicenne). Il a été contemporain de Ibn Bajja, Hafsa, Abdelmoumen, Ibn Arabi, Ibn Toumert, Ibn Rochd (Averroès) Omar Khayam, Ibn Zuhr (Avenzoar) et également d’Alain de L’Isle, Moshe ben Maïmon, Jean de Salisbury…

Sur le plan du pouvoir politique, Ibn Tufayl vécut la première partie de sa vie sous le règne des Almoravides : Ali Ben Youssef,  Ben Ali et Ibrahim, fils, petit-fils et arrière-petit-fils de Youssef Ibn Tachfin. Ibrahim sera tué à Oran. Ibn Thufaïl passera la seconde partie de sa vie, sous le règne des Almohades, Abdelmoumen ben Ali Agoumi, premier calife berbère de 1130 à 1163 et son fils Abu Yacoub Youssef calife de 1163 à sa mort en 1184. Il est connu comme philosophe, mais aussi pour ses travaux sur la médecine, l’astronomie, les mathématiques… 

Ibn Thufaïl a été probablement vizir et certainement premier médecin personnel du deuxième calife de la dynastie almohade, Abou Yacoub Youcef héritier de Abdelmoumen ben Ali Agoumi. Il exerça comme secrétaire du gouverneur de Ceuta à Tanger. C’est lui qui a introduit Ibn Rochd (Averroès) auprès de Abou Yacoub ce « roi philosophe » pour qu’il lui interprète les philosophes grecs, notamment Aristote, et pour qu’il « clarifie » ses écrits. Abou Yacoub se plaignait en effet de « l’obscurité du style » d’Aristote (~384-~322). Ibn Rochd fera beaucoup plus que clarifier, notamment avec ses divers Commentaires grands et moyens, et avec son ouvrage « L’Accord de la religion et de la philosophie. Traité décisif. »(lire notre article « Ibn Rochd al-Qortobi, in Le Quotidien d’Oran, 8 avril 2021). C’est sur les conseils avisés d’Ibn Thufaïl que le calife Abou Yacoub Youcef fera d’Ibn Rochd son médecin personnel après le retrait en 1182 d’Ibn Thufaïl. « Ibn Rochd et Ibn Thufaïl, écrit Charles-André Julien, exercèrent sur la philosophie médiévale une influence qui gagna même la chrétienté. » Ibn Thufaïl meurt en 1185 à Marrakech. C’est le calife Abu Youssef Yacoub (fils de Youssef) qui préside à ses funérailles. Cet État berbère almohade est alors « le plus civilisé de l’époque ».

Venons maintenant à l’ouvrage « Hayy Ibn Yaqdhân », le vivant fils de l’éveillé. 

 (à suivre)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
29 − 21 =