La presse algérienne et le procès « Nezzar-Souaïdia »

La presse algérienne et le procès « Nezzar-Souaïdia »

Ahmed Hanifi*, Algeria-Watch, Septembre 2002

1- L’OBJET

« L’ancien ministre de la défense algérienne, le général-major Khaled Nezzar a intenté un procès en diffamation à l’ex officier Habib Souaïdia » aujourd’hui réfugié politique en France pour des propos tenus le 27 mai 2001 sur la chaîne de télévision La Cinquième lors de l’émission Droits d’auteur consacrée à l’Algérie.

Le procès s’est déroulé au sein du tribunal de grande instance de Paris du lundi 01 au vendredi 05 juillet 2002. Il a fait couler beaucoup d’encre en Algérie et a « gêné tout le monde à commencer par la presse » (El Watan 14/07/02).

Notre objet est d’analyser qualitativement les contenus de la presse algérienne traitant directement ou non de ce procès. Nous appelons presse algérienne la presse écrite francophone gouvernementale ou privée, éditée sur papier en Algérie et accessible en France (y compris par ses sites sur Internet). Les écrits d’Algéria-Interface, non édités sur papier en Algérie sont considérés comme relevant de la presse étrangère au même titre que des journaux comme Libération, L’Humanité, Le Parisien ou Le Monde que nous évoquerons.

Pour la seule partie accessible en France de la presse écrite francophone algérienne (Sites sur Internet, Algéria-Interface, papier), nous avons relevé durant la semaine du lundi 01 au dimanche 07 juillet 2002, près de 75 articles traitant du procès ; mais près d’une centaine si l’on ajoute les écrits antérieurs au 01 juillet et postérieurs au 07 juillet.

Il est à préciser que nous observons les journaux comme une totalité, une organisation globale par conséquent et en l’occurrence les signataires d’articles en tant qu’individus importent peu. Des cas antérieurs très précis de rejets simultanés (malgré l’humeur de tel ou tel journaliste de base) par des responsables de presse, d’articles ou bien de communiqués –payants– car « n’entrant pas dans la ligne éditoriale » de leur journal nous ont conduit à cette posture.

La lecture de ces contenus fait apparaître un certain nombre de thèmes dont la redondance ou la pertinence a retenu notre attention. Pour exemple : Comment la presse algérienne « parle » du plaignant Khaled Nezzar ou de l’accusé Habib Souaïdia, des témoins de l’un et de l’autre et de leurs témoignages. Comment elle traite du procès ? D’autres thèmes qui auraient pu intéresser le lectorat de cette presse ne sont pas analysés car ils n’ont pas été « ouverts » par elle : la réaction des partis politiques sur le procès ; l’avis des lecteurs sur le procès ; la question de la censure du livre de Habib Souaïdia, …. ; néanmoins nous commenterons ces silences.

Notre corpus (« presse algérienne » et « autre presse » ) est constitué d’un ensemble d’articles papiers et d’autres constitués grâce aux différents sites sur Internet et les dossiers « presse » d’Algeria-Watch. Ils sont les plus importants : 1.323.342 caractères. Une première lecture, flottante, de la partie du corpus constituant  « la presse algérienne » fait apparaître, du fait élevé du nombre d’articles, une diversité de contenus.

Nous partons du présupposé suivant, à savoir que le procès a été inéquitablement traité compte tenu de la position qu’occupe la presse algérienne dans le champ des enjeux de pouvoir.

L’étude s’ouvre sur le contexte dans lequel s’est déroulé le procès, pour ensuite aborder l’analyse de contenu par les questions qu’elle soulève : Quels ont été les titres choisis par la presse algérienne, qu’a-t-elle écrit sur Khaled Nezzar et Habib Souaïdia ? qu’a-t-elle rapporté des témoignages des uns et des autres, qu’a-t-elle écrit sur le procès ?

Nous achevons l’étude par l’analyse de l’appréciation que se fait la presse de l’opposition au régime politique algérien ainsi que de la presse étrangère (française) ; et par un constat.

2- LE CONTEXTE

La tenue du procès la première semaine de juillet coïncide avec le 40° anniversaire de l’indépendance de l’Algérie ; avec le début des cycliques rumeurs estivales (avec notamment cette année les sous-entendus concernant « l’affaire » Orascom impliquant la personne du président de la République dans le choix d’un opérateur économique tels que véhiculés principalement part El Watan et Le Matin). Le Quotidien d’Oran du 18/07/02 écrit : « Cet été se terminera comme les autres. Des attentats, des rumeurs, des voix «proches» et «autorisées» dont il faudra se méfier comme de la peste gronderont, des commentaires éclairés continueront de creuser le fossé imaginaire entre l’ANP et M. Bouteflika ». Pour soutenir celui-ci et en réponse aux différentes attaques dont il fait l’objet par une partie de la presse « une association nationale dénommée Mouvement pour la concorde nationale est officiellement créée. Celle-ci, selon ses initiateurs, se fixe pour objectif la promotion du programme du président de la République. » (Le Jeune Indépendant du 13/07/02)

Le procès coïncide avec la commémoration de l’assassinat le 29 juin 1992 du président du Haut comité d’Etat (HCE) qui est une présidence collégiale mise en place 166 jours auparavant et composée de cinq membres : Khaled Nezzar, Mohamed Ali Haroun, Ali Kafi, Tedjini Haddam et Mohamed Boudiaf son président. Le procès coïncide également avec l’installation à La Haye de la Cour pénale internationale (CPI). Le rôle de cette nouvelle institution est de « juger les individus qui ont commis des violations graves du droit humanitaire international et des droits de l’homme » (Le Soir d’Algérie du 01/07/02) quel que soit l’Etat et la « qualité officielle et hiérarchique » de ces individus. Maître Comte le rappellera à Khaled Nezzar lors du procès en ces termes : «En [vous] regardant, je pense à l’Automne du patriarche. Les temps ont changé : de nouveaux instruments internationaux permettent aux suppliciés de se faire entendre et empêchent que la raison d’Etat fasse la loi.» (Libération du 06/07/02) même si « la juridiction de la CPI n’aura pas d’effet rétroactif. Elle ne s’appliquera que sur les crimes qui vont être commis à partir du 01 juillet 2002 » (La Tribune du 01/07/02)

3- L’ANALYSE DE CONTENU

Nous observerons les titres que la presse algérienne a retenus durant la semaine du lundi 01 au dimanche 07 juillet. Que reflètent-ils ? Quels termes utilise la presse algérienne dans ses articles pour qualifier Nezzar, puis Souaïdia, enfin leurs témoins et avocats réciproques. Y a-t-il un parallèle possible entre les vocables utilisés pour les témoignages des uns et des autres ? La presse algérienne a-t-elle reflété dans ses écrits ce débat contradictoire au sein du tribunal dont elle se réjouit ? Qu’écrit-elle sur le procès, sur son déroulement ?

3-1- LES TITRES : Guerre des témoins

Entre le lundi 01 et le dimanche 07 juillet nous avons relevé près de 75 titres d’articles traitant directement ou non du procès : les témoins, le rôle de l’armée, la décennie 1992-2002, les médias.

Le premier jour les titres réfèrent aussi bien aux témoins qu’à l’ANP au procès lui-même qu’aux médias. Le deuxième jour la parole est donnée à El Hachemi Chérif : « Livrez à l’opinion les documents en possession des services » dit-il (Le Matin du 02/07/02), manifestement au fait des contenus des documents en possession des « services ». En dehors des témoins au procès, ce responsable politique est le seul (avec des généraux) dont la position à l’égard du procès a fait l’objet d’un article de presse. D’autres titres se rapportent à l’ANP. Le mercredi 03 juillet quatre titres se rapportent à l’armée, quatre autres à l’arrêt du processus électoral. Le jeudi 04 juillet, sur quinze titres, dix sont consacrés à l’ANP et cinq aux témoignages de la veille :

– L’arrêt du processus électoral en débat à Paris (Le Soir)
– Témoignage des familles victimes du terrorisme ( Le Matin)
– Au prétoire, les cris des victimes du terrorisme (El Watan)
– Guerre des témoins (L’Expression)
– Samraoui témoigne (Liberté)

Le samedi 06, trois titres concernent Aït Ahmed qui a témoigné le jeudi 04 juillet ainsi que Nacera Dutour et A. Mesbah (Lire le point 3.5 : Les témoignages) :

– Aït au secours de Souaïdia (El Moudjahid)
– Aït Ahmed défend le petit lieutenant (L’Expression)
– Un témoin surprise : Aït Ahmed (Le Matin)

Le dimanche 07 enfin nous avons relevé six titres dont celui-ci de Liberté : « Les révélations de Semraoui. »

3-2- LE PLAIGNANT : Général-major, soldat du combat pour la vie.

Le général est nommé « Général-major à la retraite » (Le Jeune indépendant du 02/07/02), « ancien ministre de la Défense (1990-1993) » (Le Matin du 01/07/02) « Général à la retraite » (El Watan du 02/07/02) , qui « assume individuellement [ce procès] » (Le Soir du 02/07/02), et qui a « provoqué volontairement et voulu (…) un débat »(El Watan du 02/07/02) ,et auquel « il faut reconnaître un courage politique rarissime, pour ne pas dire inédit dans les us et coutumes des hommes forts du système (…) lui qui « semble jouer sur du velours » (El Watan du 08/07/02). Un homme «serein, direct, percutant, sans hésitation (…) d’un courage exemplaire » (El Moudjahid du 02/07/02). Cet homme là, ce « soldat du combat pour la vie » (Le Soir du 14/07/02) , sera « lâché » dès lors que le procès « a viré ».  « Ce général [qui] voulait laver son honneur et celui de l’ANP dans un tribunal parisien s’est retrouvé à la place de l’accusé. (…) On ne lave pas son honneur et celui de l’armée algérienne en croisant le fer avec un soldat banni » (Liberté du 07/07/02).

La presse algérienne ne regrette pas que le régime ait intenté un procès « pour laver son honneur », mais ne comprend pas qu’il ait d’une part mal choisi sa cible (« un soldat banni ») et d’autre part d’avoir délégué ce général là dont « il est sûr aujourd’hui qu’il n’a pas inventé la poudre ». (L’Expression du 13/07/02).

Alors, ce « général à la retraite (…) et à l’heure actuelle sans fonction officielle », « qui vient à peine de se remettre de son Waterloo parisien » doit cesser de « persister à parler au nom de cette armée » écrit l’Expression (13/07/02) au lendemain d’une intervention de Khaled Nezzar qui accuse le directeur de ce journal mais qui en réalité « cherche délibérément à atteindre une autre cible »

L’on pourrait être amené à penser au vu de ces extraits que la presse algérienne prend ses distances avec le régime.

3-3- L’ACCUSE : Un obscur sous-lieutenant…sorti trois jours avant l’assassinat de Boudiaf

Comment la presse algérienne « parle » de Habib Souaïdia ? Si pour Khaled Nezzar la presse est prudente, tantôt le soutenant tantôt le critiquant, pour Habib Souaïdia sa réaction est plus abrupte, arrêtée, unanime et définitive quelle que peut être l’évolution du procès. Habib Souaïdia est franchement condamné par la presse algérienne publique ou « indépendante ».

Deux exceptions à ce tollé, ce soulèvement. Le Matin qui paraît plus sobre en ce premier jour du procès : « Habib Souaïdia, ancien parachutiste de l’armée algérienne » (Le Matin du 01/07/02) ou bien La Tribune du 02/07/02, qui écrit : « Alerte, tantôt serein, tantôt ému, parfois nerveux, Souaïdia raconte sa vie de militaire, sa condamnation à 4 ans de prison en 1995, son arrivée en France et les circonstances de la publication de son livre ». Ces exceptions confirment justement tout le reste. El Watan du 02/07/02, qui trouve dans un premier temps que Habib Souaïdia « semble avoir bien travaillé ses réparties » se ressaisit pour immédiatement relativiser « mais perd toutefois de cette assurance lorsque les questions (…) deviennent plus précises », « Souaïdia fait de grands efforts pour cacher son faible niveau intellectuel » (L’Expression du 02/07/02), lui « qui a voulu à sa manière cracher la contradiction » (Le Quotidien d’Oran du 02/07/02).

« Il faudrait une plongée spéléologique dans les fausses de son âme pour discerner la haine et la rancœur, la vengeance et le ressentiment » (El Moudjahid du 06/07/02) de « ce malfrat » (Le Soir d’Algérie du 02/07/02) de ce «  faux (pseudo) auteur de La sale guerre (…) cet ancien voleur de pièces automobile » (La Nouvelle République du 01/07/02). de cet « Officier radié (ou : « ex-sous lieutenant cassé [Sic]) après avoir été dégradé à la suite de sa condamnation (…) pour vol » (El Moudjahid du 01/07/02) .

Voici quelques exemples de qualificatifs attribués à Habib Souaïdia :

« Officier radié, dégradé, condamné, sous lieutenant cassé, calomniateur » (El Moudjahid du 01/07/02), « Faux auteur de « La sale guerre », ancien voleur » (La nouvelle République du 01/07/02), « Auteur malgré lui de La sale guerre » (Horizon du 08/07/02), « habillé en noir « comme son cœur » » (El Moudjahid du 02/07/02), « Un obscur sous-lieutenant »(Liberté du 14/07/02), « un vrai rentre-dedans de l’armée algérienne » (Liberté du 02/07/02), « Un paumé du petit matin (…) [et] du bord de Seine » (Le Quotidien d’Oran du 18/07/02), « au regard perdu, droit et déterminé [qui] n’épargne personne » (L’Expression du 02/07/02), «il fusille du regard Nezzar » (Le Matin du 02/07/02). Et, suprême allusion, Habib Souaïdia, ce « sous-lieutenant qui est de la promotion qui a enterré Boudiaf, était sorti trois jours avant l’assassinat du président du HCE » (L’Expression du 02/07/02).

3-4 LES TEMOINS : Des témoins factuels contre des « témoins » aigris

Comment la presse algérienne décrit les témoins, les avocats, de Khaled Nezzar ou de Habib Souaïdia. Comment elle « parle » d’eux et de leurs arguments ? Qui dit quoi ?

La presse ségrégue les témoins en deux camps étanches. Le premier est constitué de « témoins du drame, venus de Bentalha », des témoins « factuels » (El Watan du 02/07/02), « Des témoins factuels, soit des victimes des islamistes armés, soit des personnalités algériennes qui ont eu à occuper de hautes fonctions dans l’Etat » (Le Matin du 01/07/02). A ces témoins « haut de gamme » (L’expression du 06/07/02) et « en béton » (El Moudjahid du 01/07/02), font face du « côté adverse des témoins (…) qui se sont retirés de peur d’être confondus. (…) Il semble qu’ils ne se bousculent pas » (El Moudjahid du 01/07/02). Les «« témoignages«  »

[de ces]

« « témoins«  », double guillemets insérés par El- Moudjahid des 01 et 08/07/02 sont liés par « Un dénominateur (…)  : aigris, ils ont tous une dent contre l’Algérie » défendue par Khaled Nezzar.

Lorsqu’elle évoque les témoins à charge, la presse algérienne associe leur nom à des symboles positifs ou les fait suivre de qualificatifs valorisants et utilise l’affect  ; « des visages inondés de larmes » (El Moudjahid du 04/07/02) mais lorsque cette même presse évoque les témoins de la partie « adverse », c’est l’inverse qui se produit jusqu’à égratigner ou ignorer leur nom ou bien taire leur titre.

Les titres, grades…

Lorsqu’elle évoque les témoins à charge elle indique leur grade, leur titre : « Madame Leïla Aslaoui, magistrate et ancien ministre de la jeunesse et des sports » (Le Matin. du 04/07/02) [Ali Haroun] « L’ex membre du HCE » (El-Moudjahid du 03/07/02), « L’ancien ministre des Droits de l’homme, Ali Haroun » (Le Soir du 03/07/02) . « Rezzag Barra, ex président de l’observatoire des Droits de l’homme » (Le Matin du 03/07/02), Ahmed Djebar « ancien ministre de l’éducation nationale » (Le Matin du 06/07/02). Cette propension à vouloir donner des titres conduit au ridicule ainsi lisons-nous : « Mohamed Sifaoui l’ancien journaliste et ex [Sic] -coauteur [ou nègre ?] de Souaïdia » (L’Expression du 02/07/02)

Lorsqu’elle évoque les témoins de la défense elle ignore leur grade, leur titre : « Omar Benderra » (El Watan du 02/07/02), « José Garçon, considérée comme un proche d’Aït Ahmed, de Nacéra Dutour, présidente de SOS-Disparus, connu pour ses relations étroites avec la direction du FFS, de Salima Ghozali [Sic] , membre du fameux cabinet noir du parti d’Aït Ahmed (…) Moment historique et anecdotique: le général Nezzar s’est levé pour répondre «face à face» à Aït Ahmed » (L’Expression du 06/07/02).

Lorsqu’il lui arrive d’en faire autant avec « Haroun » c’est à dire lorsqu’elle n’indique que son nom « ces avocats ne supportaient plus les longues explications fournies par Haroun » (El-Moudjahid du 03/07/02) ou avec « Nezzar » (El- Watan du 13/07/02), neuf fois dans le même article, Liberté sept fois dans l’édition du 13/07/02), c’est pour indiquer une proximité politique, une « solidarité » : Proximité et « solidarité » s’expriment d’ailleurs dans le corps même du texte : « Les détracteurs de Nezzar » (Le Matin du 02/07/02), « Les avocats de la défense très gênés par la culture de Ali Haroun » « Nezzar est impassible » (El Moudjahid des 03 et 06/07/02)…

Les symboles…

Lorsqu’il s’agit des témoins de Khaled Nezzar, la presse algérienne associe leur nom à d’autres noms ou symboles positifs ou supposés l’être. comme Boudiaf, HCE… « Le chef du gouvernement sous Boudiaf » (L’Expression du 03/07/02), « Ahmed Djebar…reprendra largement [les propos] de Mohamed Boudiaf (…) La stature de Boudiaf sera également dans les témoignages de Leïla Aslaoui » (Le Matin. du 06/07/02). « Nezzar l’ex membre du HCE » (Le Quotidien d’Oran du 02/07/02, El-Moudjahid du 03/07/02, Liberté du 14/07/02….)

Lorsqu’il s’agit des témoins de Habib Souaïdia, elle associe leur nom à d’autres noms ou symboles négatifs ou supposés l’être. Ces noms ou organisations associés aux témoins ont pour objet d’agir comme repoussoir : MAOL, Chouchène, FIDH, Bouteflika, Chadli… « Hidouci, ancien ministre et conseiller de Chadli » (Le Soir du 04/07/02). « Les témoins de Souaïdia : l’historien Mohamed Harbi, M. Chouchène, ancien officier déserteur » (Le Matin. du 03/07/02), « Les témoins à décharge ont été l’historien Mohamed Harbi et M. Chouchane, ancien officier déserteur » (Le Matin du 7/07/02), « Mohamed Harbi (historien), Ahmed Chouchène (ex. officier de l’ANP, radié, après sa condamnation » (El Moudjahid du 03/07/02), « Premiers témoins (…) Ahmed Chouchane, ancien militaire, membre du MAOL »  (El Watan du 02/07/02), « Patrick Baudoin, patron de la pseudo-ONG- la FIDH » (El Moudjahid du 01/07/02), « Samraoui (…) actuellement proche du MAOL »  (Le Soir du 04/07/02) « membre du MAOL »  (El Watan du 02/07/02), « les rumeurs insistantes sur un “rapprochement” Bouteflika-Aït Ahmed » (Liberté du 14/07/02)

Elle procède de même avec les avocats : « Pour permettre au lecteur de situer cet avocat et son carré politique, disons seulement qu’il plaide le dossier du défunt Mecili et qu’il est un proche très lié à Aït Ahmed, il s’agit de Antoine Comte. » (El Moudjahid du 06/07/02),

Des qualificatifs valorisants ou non…
Elle accole aux premiers des qualificatifs valorisants ou les crédite de capacités insoupçonnées

« Exposé franc et rigoureux de l’ancien chef de gouvernement qui a été brillant de clarté et de précision » (APS du 02/07/02) , « L’ex membre du HCE [Ali Haroun] mettra hors d’eux les avocats de la défense très gênés par la culture de Ali Haroun » (El- Moudjahid. du 03/07/02) , « Mme Saïda Benhabyles, cette battante » (El Moudjahid du 02/07/02), « Serein, sûr de lui,  » l’homme au nœud de papillon  » » (El Moudjahid du 03/07/02), « Hamid Bouamra, serein, méthodique, [il] ne néglige aucun détail » (El Moudjahid du 04/07/02). « Les avocats de la partie civile Me Jean-René Farthouat et Me Gorni ont calmement démonté tout l’argumentaire de Souaïdia » (APS, 06/07/02), « Ghozali répond avec un calme exemplaire » (L’expression du 03/07/02)

Aux seconds elle associe des qualificatifs dévalorisants

« Blême Yous, allègue (…) Troublés, les avocats de Souaïdia » (El Moudjahid du 04/07/02), « Aït Ahmed d’une arrogance infinie » (L’Expression du 06/07/02), « Benderra récite la leçon (…), il est blême. Il tremble tout le temps, les yeux baissés » (El Moudjahid des 08 et 09/07/02)

Mais aussi :

Alors que les unssont venus témoigner pour« défendre l’ Armée et l’Algérie », défendre « les janviéristes » (Le Matin des 01,11 et 17/07/02), ou « défendre un général, une armée et un pays » (Liberté du 07/07/02) ; les autres sont venus pour calomnier :« Les calomniateurs » (El-Moudjahid. du 02/07/02) , « Les détracteurs » (Le Matin du 02/07/02) ; pour « s’attaquer à l’Algérie ou à l’institution militaire » (Le Matin du 11/07/02) ; d’ailleurs parmi ces témoins « certains [ont approuvé le contrat de Rome] qui engageait entre autres redditions l’application de la charia » (Le Matin du 01/07/02), comme Aït Ahmed qui est « venu solder ses comptes avec les généraux » (Liberté du 07/07/02). Ce sont des « calomniateurs et diffamateurs (…) ivres de haine, bourrés de ressentiments, écrasés par la vengeance » (El Moudjahid du 06/07/02)

La presse procède à des amalgames pour confondre les témoins à décharge : « Témoignages contre Yous, Souaïdia et les GIA » (El Moudjahid du 03/07/02), mais elle associe les témoins de la partie civile dans un même combat passé : « Ali Haroun l’ex compagnon du général Nezzar au HCE » [entendre, avec Boudiaf] (L’Expression du 03/07/02)

Pour les témoins de Habib Souaïdia elle ignore leur identité, doute de leur curriculum vitæ (aisément vérifiable) ou égratigne (triture) leur nom : « Interventions (…) d’un directeur de banque » (Le Matin du 04/07/02), il s’agit de Omar Benderra, ex-directeur du CPA, « deux hauts responsables « exilés » en France » (APS, 06/07/02), deviner Ghazi Hidouci et Omar Benderra, « Mohamed Samraoui membre du MAOL », El Watan du 02/07/02, [et Ex officier de l’armée algérienne], « Samraoui [qui…] se présente comme ayant été l’adjoint du responsable du contre-espionnage » (El Watan du 04/07/02), « José Garçon « journaliste » [guillemets] » (El Moudjahid du 08/07/02), Salima Ghezali devient Ghozali (Liberté du 01/07/02) et (L’Exp. 06/07/02), Benderra est Bouguerra (El Moudjahid du 04/07/02) , Maître Comte est Compte (La Tribune du 04/07/02) et Maître Bourdon est Maître Bourdou (Le Matin du 14/07/02) ou Bodin (L’Expression du 04/07/02)

Cela peut-être mis en partie sur le compte de l’inattention, mais pas lorsque « l’erreur » est quasi systématique ; ainsi Yous Nesroulah devient Nasroullah (Le Matin du 29/08/2001 – déjà – et 29/07/02) puis Nasrullah (El Watan du 16/06/02), Nesrallah (El- Moudjahid. du 01/07/02), Nasrallah (4 fois dans un même article de Le Matin du 04/07/02, 5 fois dans un même article d’El Moudjahid du 02/07, dans L’Expression…). Ou alors très « exotiquement », Nasrullah (El Watan du 16/06/02). L’erreur n’en est plus une.

3-5 LES TEMOIGNAGES

La presse algérienne s’élève violemment contre les médias français , cette « machine médiatique française »,  « si friande de ces joutes suicidaires algéro-algériennes » qui use de « ruses, astuces, allégations, désinformations et intox » . La presse algérienne dénonce cette presse françaisepour sa partialité ; en l’occurrence à propos de ce procès qui a permis « un débat qui n’a jamais été possible dans les médias »

(Lire en rubrique : 3.8- Les médias étrangers)

La presse algérienne s’enthousiasme d’un débat au sein du tribunal correctionnel de Paris, débat qu’elle ne reproduit pas. D’une part elle cite très largement les témoignages de la partie civile, d’autre part elle fait silence sur les témoignages de la partie adverse ou les réduits

Nous avons relevé l’ensemble des « dires » de Khaled Nezzar et de ses témoins et avocats ainsi que ceux de Habib Souaïdia de ses témoins et avocats parus dans la presse algérienne entre le 01 au 07 juillet.

L’ensemble des témoignages reproduits par la presse s’élève à 11377 mots (ou 64854 caractères)

Le constat est accablant : La totalité des interventions de Khaled Nezzar, de ses avocats et de ses témoins telles que reprises par la presse algérienne du 01 au 07 juillet 2002, représente : 8961 mots soit 51082 caractères.
La totalité des dires de Habib Souaïdia, de ses avocats et de ses témoins représente elle 2416 mots soit 13772 caractères.

Exprimé autrement cela donne ceci : La surface des dires de Khaled Nezzar et ses témoins et avocats représente 78,76% de l’espace total, quant à celle de Habib Souaïdia, de ses avocats et témoins elle est donc de 21,24%. La presse algérienne a étouffé la parole « adverse », celle qui ne confortait pas « les lignes éditoriales globales »

Il y a lieu de préciser ce qui suit : La presse a reproduit les paroles de Habib Souaïdia, de ses avocats et  celles de huit de ses témoins contre treize pour la partie civile. Mis bout à bout ces (fragments de) témoignages de la partie civile tels que repris par La Nouvelle République représentent 12000 caractères (11000 pour El Moudjahid). La Nouvelle République à presque totalement ignoré les témoignages adverses.

Le Soir d’Algérie reproduit moins de 300 caractères afférents aux déclarations des soutiens de Habib Souaïdia ou de lui même. La Tribune et El Watan ont réservé environ 40% de l’espace « témoignages » à Habib Souaïdia et ses témoins. Liberté et Le Quotidien d’Oran ont été plus équitables.

Si ces derniers journaux ont réservé plus d’espace que les autres aux paroles de la « partie adverse », il n’en demeure pas moins que cet espace, ces quantités de paroles de témoignages, ne pèsent guère au devant des commentaires directs des journaux. Ces commentaires qui accompagnent les témoignages ne souffrent d’aucune équivoque quel que soit le journal. La condamnation de Habib Souaïdia est unanime.

Nous traitons ci-après de deux cas particulièrement « parlant » de types de témoignages escamotés par la presse algérienne : Le témoignage de Mosbah, et ceux de la journée du 03 juillet.

3-5-1 LE CAS MEHDI MOSBAH : Sur ces 40 jours de torture, 10 ont quitté ma mémoire, Nezzar me les doit. C’est dur de naître algérien

Le cas de Mosbah (Abderrahmane/Mehdi) est assez révélateur. Hormis Liberté (du 06/07/02) le nom de Mosbah ne figure quasiment nulle part dans la presse algérienne. Il est seulement cité comme un des témoins par L’Expression du 02/07/02 et El-Moudjahid du même jour qui ajoute après le nom de Mosbah un point significatif d’interrogation. Son nom apparaît aussi incidemment dans Le Matin du 14/07/02 qui fait parler L. Benmansour : « Je n’aurais pas écrit ces lignes (…) si lors des témoignages sur la torture par un jeune homme qui m’a brisé le cœur, il n’avait pas prononcé cette phrase (…) Je l’ai croisé à la cafétéria du tribunal et je lui ai dit :  » Mon fils, vous m’avez brisé le cœur  » » . Ce journal parle de Mosbah mais les mots de Mosbah sont absents. Nous reproduisons ce qu’a écrit Liberté et complétons par ce que la presse étrangère (française) a rapporté.

« Mehdi Mosbah est dans le “camp” de Habib Souaïdia. Ancien étudiant à l’Institut des études islamiques à Alger, il livre un témoignage bouleversant. Arrêté pendant 40 jours dans les locaux de la gendarmerie, il subit la torture. “J’étouffais. Je me débattais comme un chien. Je cherchais la mort (…) J’ai été sodomisé. J’ai crié Maman putain parce que quand une maman vous met au monde pour… ça.” Le jeune homme doit son salut aux connaissances de son père, haut magistrat. “Si mon père ne m’avait pas mis un visa pour la France dans la poche, j’aurais pris les armes aussi”, dit-il. Lorsque l’avocat de Khaled Nezzar lui demande pourquoi il témoigne pour Habib Souaïdia, Mehdi Mosbah a sa réponse : “Il aurait pu être mon tortionnaire mais lui a eu le courage de dénoncer (…). La seule chose qui me choque c’est que ce soit Souaïdia dans le box et pas le général Nezzar. Il est venu blanchir ses compères et chercher sa feuille de route pour les dix prochaines années.” Khaled Nezzar écoute et ne bronche pas. »

Le commentaire du journal sur ce point est quelconque mais voici ce que ce journal ne rapporte pas :

« Abderahmane Mosbah (…) torturé par onze hommes (…) il était quotidiennement forcé à garder au fond de la gorge un chiffon constamment imbibé d’eau. « On vous le met dans la bouche et on verse de l’eau. (…). C’est comme si on coulait. L’eau vous rentre de partout dans les narines, dans la gorge, dans les poumons, jusqu’à l’évanouissement. (…). Sur ces quarante jours, dix ont quitté la mémoire. Nezzar me les doit » (…), puis [il raconte] son séjour dans les camps de détention du sud saharien, la chaleur, le froid, la faim, les maladies, les insultes, les coups, les humiliations. « Ces gens là sont nuisibles à l’environnement humain de la planète », a-t-il déclaré en désignant le général Nezzar. » (Bulletin de la FIDH : juillet 2002)

« Abdelramane Mosbah. jure n’avoir « jamais été dans un groupe terroriste », a pourtant été arrêté et torturé par l’armée en 1992, sans procès, dans un bâtiment « face à l’état-major des forces armées » (…). J’e n’aurais jamais cru que j’allais vivre, avoir un jour une femme, des enfants », a crié le jeune homme, incapable de ralentir le flot de paroles qui le submerge. Fils d’un haut responsable de la magistrature algérienne, Abdelramane Mosbah dit avoir eu « de la chance » : il a été finalement libéré. (…) Torturé à maintes reprises par les militaires. « J’ai passé quarante jours au cachot dans le noir absolu. (…) Je veux savoir (…) C’est dur de naître algérien ». » (Le Monde des 04 et 05/0/02)

« Mosbah est, « d’une famille où on s’en sortait », un père haut magistrat, des proches dans l’armée. Bref, ce que l’Algérie appelle « les réseaux ». raflé devant l’université. « Je pensais m’en tirer. J’ai glissé le nom de mon père, de hauts gradés. Normalement, ça suffit. Là, ils m’ont dit : on a des ordres. Et je me suis retrouvé dans le trou, avec le bas peuple. » Les camps de déportation, les cachots (…) « J’avais les épaules larges comme on dit. Du piston. » Dehors, il voit ce qu’il ne voyait pas avant. « La corruption brutale, étalée, onze jeunes raflés et fusillés en bas de chez moi parce qu’un officier avait été tué, mes copains d’enfance qui devenaient fous. Aucun avenir quand on n’a pas une famille derrière. Certains devenaient islamistes, rien que pour faire peur à ce pouvoir installé depuis trente ans. Ma génération, c’est celle de la révolte. » Un jour, il croise le petit Saïd. Il lui dit : « Ils m’ont torturé. J’ai donné des noms, n’importe lesquels. Mais je te jure, pas le tien. Je monte au maquis. Ils m’ont pris une fois pour rien. Là, au moins, je mourrais pour quelque chose. » (Libération du 05/07/02)

« Son seul tort: compter des islamistes parmi ses relations. La trentaine élancée, réfugié politique en France depuis l’été 1995, Abderahmane Mesbah a raconté dans un français parfait les conditions de détention dans les camps du sud algériens: la chaleur, le froid , la faim, la maladie, les insultes, les coups et les humiliations.
Détenu pendant 40 jours à la brigade de gendarmerie de Aïn Naâdja, près d’Alger, il a expliqué devant une assistance pétrifiée le «supplice du chiffon» » (Algéria Interface du 05/07/02)

La presse fait silence sur des témoignages comme celui de Mosbah, mais cela n’est pas nouveau. Durant plusieurs années elle s’est tu sur les milliers de « disparus » (Khaled Nezzar déclara au procès : « 15000 disparus, passons… », Libération du 04/07/02). La presse a fini par céder car la question a pris d’énormes proportions grâce à la ténacité des mères des « disparus », ces mères courage nos «locas de la Plaza de mayo», grâce au soutien d’associations, notamment de la LADDH de Maître Ali Yahia Abdennour, des ONG internationales (FIDH, AI…) ainsi qu’au travail d’information de la presse internationale. Un autre exemple : les activités de la fédération d’Oran du FFS, parti pacifique d’opposition radicale au régime, ont été de nombreuses années durant (1990 et plus) frappées d’ostracisme. Ce « parti des Kabyles » devait être contenu en Kabylie.

3-5-2 – LES TEMOIGNAGES DU MERCREDI DU 03 JUILLET

Ce 04 juillet la presse a réservé de grands espaces à l’ANP. Ce qu’elle aurait pu faire le mercredi 03 (la conférence de presse de Lamari ayant eu lieu le mardi 02, et El Watan commet une « erreur » lorsqu’il écrit dans son édition du 04 juillet que la conférence eu lieu « hier »). La surface réservée à l’ANP est donc telle en ce 04 juillet que les déclarations de Samraoui, Benderra et Chevillard ne sont pas retenues. Mais le manque d’espace n’est pas la réelle raison du silence. Il y a lieu de préciser que les interventions des témoins ci-dessous ont souvent trait à des sujets extrêmement sensibles que l’histoire récente de l’Algérie nous montre qu’ils ne sont pas abordés sinon sous très haute surveillance ou bien dans le cadre d’affaires subalternes ou de seconds couteaux.

Voici tout ce que rapporte la presse algérienne des témoignages de la défense de la journée du 03 juillet 2002 : Comme nous l’avons fait pour le témoignage de Mehdi Mosbah, nous ajoutons ici les témoignages tels que parus dans la presse étrangère (essentiellement française).

MOHAMED SAMRAOUI: Empêcher le FIS de parvenir au pouvoir par tous les moyens.

Tout ce qu’ écrit la presse algérienne:

 « Mohamed Samraoui, (…) se présente comme ayant été l’adjoint du responsable du contre-espionnage au service de recherche. «Notre objectif était d’empêcher le FIS de prendre le pouvoir par tous les moyens, d’infiltrer les groupes extrémistes. (…) Il fallait faire imploser le FIS de l’intérieur.» «On avait attiré l’attention du commandement pour reporter les élections. On savait que le FIS allait vaincre.» «Ils (les responsables) pensaient arriver à diviser le FIS qui sortirait affaibli des élections. 17 éléments salafistes du FIS étaient proches du pouvoir.» Il affirme que les GIA sont une création des services. «J’ai vu Chabouti circuler à bord d’un véhicule appartenant à nos services.» (…) «Ils nous demandaient d’un côté de lutter contre les intégristes et de l’autre côté ils les relâchaient. (…) J’ai personnellement entamé un travail d’approche avec le FIS pour atténuer la violence.» [Sur l’époque du « double jeu »] Samraoui : «C’est vrai que c’était du temps de Hamrouche.» » (El Watan, jeudi 4 juillet 2002)

« [Samraoui déclare] avoir «refusé de servir de bouc émissaire» (…) «le GIA est une création des services de sécurité» ; (…) assure «n’avoir pas compris pourquoi il y avait, d’un côté, la lutte contre les intégristes et, de l’autre, un dialogue avec les mêmes intégristes». (…) «les services secrets algériens étaient les premiers à avoir pris conscience du danger islamiste» ».  (La Tribune, jeudi 4 juillet 2002)

« Samraoui [dit à propos des infiltrations] du FIS. « Nous avons réussi à avoir « nos représentants » à la direction du FIS » », (Le Soir d’Algérie, jeudi 4 juillet 2002)

« Mohamed Samraoui (…) raconte « les infiltrations » , [il] explique que l’objectif des infiltrations étaient [Sic – La même phrase et la même faute que Le Matin du même jour] « de corser [casser ?] le FIS en lui attribuant des actions ». Il affirme que « les militaires ont commencé à l’époque à arrêter à tort et à travers des gens qui n’avaient rien à voir avec le FIS, rien à voir avec les islamistes rien à voir avec les actions violentes ». (…) Certaines personnes arrêtées par les forces de l’ordre « subissaient des tortures » ». (Liberté, jeudi 4 juillet 2002)

« Mohamed Samraoui s’appliquera à accabler l’armée (…) Selon lui, « c’est en France, que les militaires algériens ont des possibilités d’organiser des assassinats »   « Dans quelles circonstances, avez-vous été interpellé par votre conscience ? », l’interpellera le président . « C’est à la suite de ma fin de fonctions en Allemagne. On m’a téléphoné d’Alger pour me signifier que j’avais quatre jours pour rentrer… » ».( El Moudjahid, jeudi 4 juillet 2002)

« Dans un entretien accordé au site algérien Algeria-Interface, l’ancien colonel du DRS, Mohamed Semraoui, révèle avoir refusé d’exécuter deux missions qui auraient été commanditées par sa hiérarchie. « En 1990, j’ai refusé de participer à un coup monté contre l’ancien président Ahmed Ben Bella.” Cette affaire, dit-il, visait à déstabiliser le gouvernement Hamrouche… “En 1996, je me suis opposé à l’assassinat de dirigeants du FIS en Allemagne : Rabah Kébir et Abdelkader Sahraoui.”   Ce dernier a été assassiné à Paris » [Sic] (Liberté du 07 juillet 2002)

« Mohamed Samraoui, (…) a témoigné des « infiltrations » (…) Il a expliqué que le but de celles-ci [les infiltrations] étaient [Sic – La même phrase et la même faute que Liberté du même jour] de « casser le Front islamique armé (FIS) en leur[lui] attribuant des actions ». Il a également raconté que les militaires ont commencé à l’époque à « arrêter à tort et à travers des gens qui n’avaient rien à voir avec le FIS, rien à voir avec les islamistes, rien à voir avec les actions violentes ».  (…) « L’ordre des exécutions venait du général Lamari. L’ouvrage de Habib Souaïdia dit la vérité. » »(Le Matin, jeudi 4 juillet 2002)

Lorsque Khaled Nezzar reconnaît que « les services » ont infiltré les islamistes, Le Matin (04/07/02) écrit : « Face à ce témoignage, le général Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense, qui est à l’origine de ce procès a répondu : “Les infiltrations, c’est un travail de tous les services !“ » ; mais lorsqu’en 1995 Jacques Vergès évoque ces infiltrations (en des termes durs) voici ce qu’écrivit alors Le Matin (du 19/09/1995, cité par El Hadi Chalabi, La presse algérienne au-dessus de tout soupçon. Edition : Ina-Yas, 1999) : « Incriminer les “services algériens“ d’avoir des hommes à eux parmi les terroristes ne représente qu’un argument de force utilisé par cet avocat pour discréditer l’Etat algérien (…) n’oublions pas l’origine asiatique de cet avocat ! »

Extraits de ce qu’ écrit la presse étrangère:

« La charge est venue d’un capitaine (…). Mohammed Samraoui. [La mission qui lui était assignée :] « Barrer la route du pouvoir au FIS [Front islamique du salut] par tous les moyens. » (…) Les Algériens formés en Afghanistan, on les pistait,(…). On connaissait tous les noms. On a arrêté des gens à tort et à travers, mais pas eux, car on en avait besoin pour créer des organisations terroristes. Le GIA, c’est la création des services de sécurité. On voulait radicaliser le mouvement islamiste. Mais, par la suite, on n’a plus maîtrisé ces groupes. C’était la pagaille » « Je lui [le patron des services de sécurité] ai dit qu’on n’était pas en France, qu’on ne pourrait pas agir en toute impunité. Nous avons lutté contre le terrorisme en utilisant ses méthodes », (…) [Un récit fait sur un ton sobre pour] « défendre l’honneur de l’armée »  » (Le Monde, édition du 05 juillet 2002)

« Mohamed Samraoui : Pendant la campagne des législatives à l’automne 1991,(…) . «Nous avons commencé à nous occuper exclusivement de la lutte contre l’intégrisme»,(…) . «Notre mission était de le faire imploser par tous les moyens, chantage, Corruption, menaces»,(…)  «Les actions violentes n’avaient pas commencé.  Nous avions établi la liste des personnes les plus dangereuses et demandé leur arrestation. En vain : on avait besoin d’eux pour créer des groupes terroristes. A la place, on a arrêté à tort et à travers. On cherchait à radicaliser le mouvement.» (…)  «On commençait par infiltrer les noyaux des mouvements armés. Puis cela a pris une telle proportion qu’on ne savait plus qui était qui. Plus personne ne parvenait à contrôler tous ces groupes. Nous avons lutté contre le terrorisme avec des méthodes de terroristes. Ce n’était pas une tolérance, mais une méthode de travail. Sinon on n’aurait jamais atteint les 200 000 morts.» Quand Lamari lui demande de préparer l’exécution de deux chefs du FIS en Allemagne. «Nous sommes en Allemagne et pas en France, où vous avez des amitiés… En plus, je ne voulais pas servir de bouc émissaire en cas de pépin.» » (Libération samedi 06 juillet 2002)

« L’officier Samraoui : Dès 1991, « nous avions fait la liste de 1100 islamistes dangereux. Aucun d’entre eux n’a été arrêté, mais des milliers de gens l’ont été à tort et à travers. Torturés, exécutés. «Notre mission était de casser le FIS, l’infiltrer, le disloquer, attribuer des actions violentes aux islamistes. On cherchait à radicaliser le mouvement.» Puis il y eut «des infiltrations, la création de faux groupes». (…) Le GIA est une création des services de sécurité algériens (…) violence et manipulation» [étaient une tactique du pouvoir]. «Tous les officiers qui se sont opposés au général Lamari ont été abattus par les GIA, tous ceux qui en étaient proches n’ont pas eu une égratignure. Ceux qui revenaient d’Afghanistan, on les connaissait. Ils prenaient tous le même vol par Tunis, 50 % moins cher. Dès qu’ils atterrissaient à Alger, ils étaient pris en main. Ce n’était pas une tolérance, mais une méthode de travail (…) Mais les assassinats quand même, mon général…» [En réponse au général qui a dit : « Les infiltrations et les coups de Jarnac, c’est partout.»] » (Libération, 04 juillet 2002)

« Mohamed Samraoui, (…) « Notre mission, martèle ce dernier, était de casser le FIS, l’infiltrer, le disloquer. D’ailleurs le GIA (Groupe islamiste armé. NDLR) est une création des services de sécurité algériens ». [Et lorsque le général dit « le GIA, émanation des services, alors ça non »] Semraoui s’exclame : «  Mais les assassinats quand même, mon général ! » » (Le Figaro, 06 juillet 2002 )

« « Le GIA (Groupe islamique armé) c’est la création des services de sécurité », est ainsi venu dire, (…)  Mohamed Samraoui (…) l’armée  avait « infiltré » les groupes islamistes pour les manipuler. Ce travail, qui revenait notamment, à « créer la division », « amadouer » ou « corrompre » les islamistes était destiné à « casser le FIS (Front islamique de salut) en leur attribuant des actions ». Selon lui, parallèlement, l’armée a « arrêté à tort et à travers des gens qui n’avaient rien à voir avec le FIS, rien à voir avec les islamistes, rien à voir avec les actions violentes », dans le but de terroriser les populations civiles ». (AFP,06 juillet 2002)

« Mohamed Samraoui raconte (…) L’objectif, dès 1990, est d’ « empêcher que le FIS prenne le pouvoir, par tous les moyens ». «  Nous avons infiltré les mouvements déjà existants et créé des groupuscules », jure-t-il. « Il fallait casser le FIS en lui attribuant des actions impliquant des islamistes » [Samraoui] fait état d’ « opérations illégales, enlèvements, arrestations, déportations, tortures, exécutions sommaires ». « Des Afghans (…), les plus dangereux, n’étaient pas arrêtés, bien que parfaitement repérés. On avait besoin d’eux » Samraoui a quitté l’armée le jour où, alors qu’il était posté en Allemagne, « le général Smaïn Lamari lui a demandé d’assassiner deux opposants, dont Rabah Kebir » ». (Le Parisien, 04 juillet 2002)

« Mohamed Samraoui (…) « On avait crée des groupes, on avait infiltré. On se retrouvait avec des vrais groupes et des faux groupes. A un moment, l’armée ne maîtrisait plus la situation. Elle ne savait plus qui était avec qui ». M Samraoui, (…) a ajouté que les militaires avaient arrêté « à tort et à travers des gens qui n’avaient rien à voir avec le FIS, rien à voir avec les islamistes, rien à voir avec les violences » ». (AP, 03 juillet 2002)

« L’ex-colonel Mohamed Samraoui, (…)  raconte qu’à partir de novembre 1990 l’armée a commencé à « infiltrer » le FIS  Ce travail (…) revenait notamment à « créer la division », « amadouer » ou « corrompre » les islamistes, poursuit le militaire. Le but: « casser le FIS en leur

[lui]

attribuant des actions ».  (…) « On avait créé des groupes, on avait infiltré et on se retrouvait avec des vrais et des faux groupes. A un moment l’armée ne maîtrisait plus la situation. Elle ne savait plus qui était avec qui, qui était ami, qui était ennemi », raconte-t-il. (…) L’armée a « arrêté à tort et à travers des gens qui n’avaient rien à voir avec le FIS, rien à voir avec les islamistes, rien à voir avec les actions violentes », (…) . « C’est à ce moment que j’ai commencé à penser que l’on cherchait à radicaliser l’islamisme ». Samraoui raconte qu’en 1994 le général Smaïn Lamari est venu le voir pour lui demander « de coordonner l’assassinat de deux opposants » ». (AFP, 03 juillet 2002 )

« Mohamed Samraoui enfonce le clou.  (…) «Notre mission était d’empêcher le FIS de parvenir au pouvoir, par tous les moyens.»  (…) [Il reproche au commandement de l’armée de] «combattre le terrorisme avec les méthodes du terrorisme.» La torture, les exécutions extrajudiciaires, les enlèvements sont «une méthode de travail ordonnée par Smain Lamari», a-t-il affirmé ». (Algeria-Interface, 05 juillet 2002)

OMAR BENDERRA: Le secteur d’importation s’alloue de façon médiévale à des familles du pouvoir.

Tout ce qu’ écrit la presse algérienne:

Quasiment aucun article n’évoque l’intervention de Omar Benderra.

« L’un des avocats de la défense (…) tend la perche [à Omar Benderra] : « Comment avez-vous vécu la corruption en Algérie ? » Benderra répond  :  «  Parmi les 200 généraux, il y en a cinq qui ont le monopole du blanchiment d’argent » « Y en a-t-il un parmi ces cinq généraux, ici présent dans la salle », insiste le même défenseur. Benderra répond : « Oui » »(El Moudjahid, 09 juillet 2002)

Extrait de ce qu’ écrit la presse étrangère:

« Ce «bunker au pouvoir absolu» se déchire (…) «Des rapports de force permanents, incestueux, où se mêlent rivalité et complicité», explique l’économiste Omar Benderra. (Libération samedi 06 juillet 2002)

Omar Benderra, (…). «Clé de voûte, le pétrole permet de faire l’impasse sur la production. Ne reste plus que le secteur des importations, qui s’alloue de façon médiévale à des familles du pouvoir, sans aucun bilan : à l’un les céréales, à l’autre le sucre. 30 à 40 généraux sont autorisés à faire des affaires. 4 ou 5 sont les grands détenteurs financiers.» Un avocat de la défense : «Y rangez-vous Nezzar ?» Omar Benderra : «Incontestablement.», Nezzar [hurle] tous les grands projets auxquels il s’est opposé. «Et qui ne sont donc pas réalisés.» Comme s’il fallait une preuve du contrôle de l’économie par les généraux ». [Nous soulignons] (Libération jeudi, 04 juillet 2002)

« Omar Bendera, (…) accuse : « Cinq ou six généraux détiennent la réalité du pouvoir » économique et politique. Nezzar est-il l’un d’eux ? « Indubitablement ! » » (Le Parisien – jeudi 04 juillet 2002)

« Pour Omar Benderra, «l’interruption du second tour des élections en 1992 a provoqué l’arrêt du processus économique d’ouverture vers l’extérieur, avec des réformes qui refusaient alors les injonctions du FMI.» Ce programme abandonné, il n’en restera que «la gestion de la dette, puis plus rien.» Cela entraîne la faillite du pays, soit «l’arrêt de la machine économique, l’assèchement des réserves de changes et l’appauvrissement des couches populaires les plus fragiles.» (…) Parce que «le système de pouvoir est un système de privilèges, et ses responsables allouent de façon régalienne une partie de la rente économique à leur clientèle. (…) De nouveaux groupes [entreprises] apparaissent spontanément, sans que l’on puisse connaître l’origine de leurs fonds, comme cela, à partir de rien.» (…) « Incontestablement les puissances d’argent ne doivent leur situation qu’à la proximité avec César, le pouvoir militaire, plus exactement une partie du corps dirigeant de l’armée. Les clans militaires ont la mainmise sur les réseaux d’affaires et l’on peut déduire cela de l’observation du milieu, car il est difficile d’apporter des preuves matérielles. Cependant, si l’on se reporte aux profils des cadres nommés à des postes sensibles, on peut voir la chaîne de commandement.(…) La situation économique est évaluée par le FMI, la Banque mondiale et, au niveau interne, encore pour quelques temps, par le Conseil économique et social, que l’on veut affaiblir, car il dérange. Ce sont ceux qui ont confisqué les richesses qui disent vouloir rétablir la démocratie, il s’agit là d’un double langage (…) Ils se croient dépositaires exclusifs de la légitimité. Ils cherchent à pérenniser leur situation, et la gestion de la question kabyle le montre, mais elle est moins vendable que celle des islamistes. Ils ne savent gérer que de manière sécuritaire, néo-coloniale, violente. Le pétrole est la clé de voûte du système, il permet de faire l’impasse sur la production économique.» » (Algeria-Interface, 05 juillet 2002)

GHAZI HIDOUCI:  On m’a présenté comme un agent de l’étranger

Tout ce qu’ écrit la presse algérienne:

 « Ghazi Hidouci (…) Interrogé, il répond ainsi : « Nous n’avons jamais été soumis à des instructions ou à des pressions quelconques de l’armée » « Que pensez-vous de Souaïdia ? » [lui demande l’avocat de celui-ci], « Il a l’âge de mon gosse. Il aurait dû aller à la plage au lieu d’écrire un pareil livre » (El Moudjahid, le 9 juillet 2002)

Extrait de ce qu’ écrit la presse étrangère:

« Ghazi Hidouci (…) affirme être arrivé au gouvernement pour «appliquer des lois mises au point auparavant.» (…) «On m’a présenté alors comme un agent de l’étranger et l’on a même dit que ma mère était juive. (…) On sentait que notre contrat se réduisait chaque jour. Nous avons discuté jusqu’en février 1991 pour aboutir à un désaccord. En juin, nous constatons l’échec, je pars alors en France. (…) Au sein de la classe politique, il y avait peu de partisans des réformes, des réformes finalement réduites à une ouverture «façon mesquine, comme en Orient, avec des possibilités de faire des affaires de façon ancienne, non capitaliste.»
(…) [Hidouci] s’adresse à Habib Souaïdia: «Je suis peiné de voir un officier de l’armée algérienne mêlé à des histoires dégoûtantes et atroces. Il a l’âge de mon fils et j’aurais voulu qu’il ne connaisse pas cela.» (Algéria Interface, 05/07/02)

NICOLE CHEVILLARD: Les véritables dirigeants sont les militaires

Tout ce qu’ écrit la presse algérienne:

Comme pour Omar Benderra, la presse algérienne ne rapporte rien sur l’intervention de Nicole Chevillard.

« Aujourd’hui, c’était le tour de (…) Nicole CHEVILLARD, rédactrice en chef du magazine économique Nord-Sud Export du groupe Le Monde. Du côté de la partie civile… ». (Le Soir du 04/07/02)

Extrait de ce qu’ écrit la presse étrangère:

« Le constat [de Nicole Chevillard] sur l’Algérie, est implacable : « Les dirigeants étaient au sein de la hiérarchie militaire. Les cercles du pouvoir entretiennent des rapports de force, et sous des changements de façade, les choses restent dans la continuité. » Ainsi, quand le président Chadli a été « démissionné » , les « trois généraux majors étaient d’accord » »  (Le Parisien du 04/07/02)

« Nicole Chevillard, analyse les risques-pays (…) Concernant l’Algérie, son travail, (…) a permis d’analyser la nature du pouvoir algérien. (…) Les «véritables dirigeants sont les militaires, ce n’est pas là une originalité de notre analyse. C’est une constante historique de l’Algérie», affirme-t-elle. (…) «Plusieurs tentatives de combler le vide du pouvoir ont été essayées. On retrouve toujours en position dominante Nezzar, Belkheir… » (Algeria-Interface, 05 juillet 2002)

JOSE GARCON : Le statu quo n’est pas tenable

Tout ce qu’ écrit la presse algérienne:

 « Mme José Garçon, (…) tonne : « Le statu quo n’est pas tenable. » (…) « Les revendications du GIA me font sourire. 70 % des massacres du GIA sont partis des services secrets algériens ». (Le Matin du 4 juillet 2002)

« José Garçon (…) raconte qu’elle a eu une « découverte brutale du pouvoir algérien » (…) [sa nature] est avant tout « violente et sauvage ». (…) Elle a même suggéré [de] « laisser le FIS gouverner et intervenir après s’il le faut ». (…) [sur la revendication du GIA] José Garçon dira : « Cela me fait sourire. » » (Le Soir d’Algerie, 4 juillet 2002)

3.6- LE PROCES

Dès l’ouverture du procès des journaux indiquent qu’il « sera pendant cinq jours une tribune pour un débat contradictoire sur l’Algérie de ces dix dernières années ». (El Watan du 02/07/02) ; un « procès  d’ores et déjà politique » (Le Matin du 01/07/02) , « un procès extraordinaire » (Liberté du 02/07/02) , où « l’Algérie défend l’honneur de son armée » D’ailleurs « une victoire de Nezzar, de l’Armée algérienne donc [Donc !] (…) constituerait une charge symbolique inouïe » (Le Quotidien d’Oran du 04/07/02)

Le 02 juillet Le Soir d’Algérie trouve que ce procès est celui du « « qui-tue-qui » (…), une affaire hautement politique (…) un autre combat contre le terrorisme » mais il trouve aussi – le même jour – qu’il est « une grande supercherie ». Le Matin du même jour approuve : « un pamphlet contre la souveraineté de l’Etat ».

D’autres quotidiens regrettent que le procès se déroule en France. « Un procès algéro-algérien tenu dans la capitale française » (Liberté du 01/07/02), « L’Algérie se met en procès chez l’ancien colonisateur » (Le Quotidien d’Oran du 04/07/02). Sur cette question la presse est restée timorée lorsqu’on se rappelle la quantité d’articles, les volées de bois verts, les « fleuves » d’encre noire qui ont suivi les demandes de l’opposition pour que des observateurs de l’ONU enquêtent sur la situation dramatique du pays et d’en fixer les responsabilités ce qui est moins grave que de « se mettre en procès chez l’ancien colonisateur ». Ce silence est aujourd’hui lourd de signification.

Après le procès, Horizons écrit (08/07/02) : « Le procès (…) cette « scène d’exorcisme » (…) se meut inexorablement en procès d’une vision aliénante et légitimante du terrorisme. Au banc des accusés : l’alliance contre nature de feu Sant’Egidio. », tandis que pour le Quotidien d’Oran (18/07/02) le procès «  a été irréversiblement dévié »

« Le procès (…) a laissé au sein d’une large partie de l’opinion un goût amer » (El Watan du 08/07/02) , mais, relativise Le Matin (02/07/02) « les questions posées par le juge à Nezzar ne sont pas dénuées d’impartialité » et « L’opinion publique retiendra la partialité du juge ». (07/07/02) ; pour ajouter qu’en définitive le procès « fut un coup réussi pour l’armée : l’abcès est crevé . Les militaires algériens se sont expliqués » (Le Matin du 11/07/02). Selon ce journal la demande de Lamari est exhaussée puisque c’est ce qu’il demandait : « Avec Nezzar, c’est un procès qui va aller au delà de la diffamation. Qu’on crève l’abcès définitivement » (El-Moudjahid du 03/07/02).C’est bien se qu’avait compris Libération (du 01/07/02) : « Parce qu’il est le plus impulsif d’entre eux, ou poussé par certains de ses pairs, Khaled Nezzar a visiblement décidé de crever l’abcès. Et d’utiliser ce procès en diffamation pour absoudre une fois pour toutes le haut commandement militaire de toutes les accusations portées contre lui »

3.7- LES ENNEMIS

Durant les années de plomb (à l’exemple du bloc communiste dont elle louait le modèle) à la moindre montée de fièvre la presse algérienne montrait d’un seul doigt « les ennemis intérieurs et extérieurs de la Révolution ». Aujourd’hui (par la grâce d’une circulaire – N° 04/90 du 19 mars 1990 – de monsieur Mouloud Hamrouche premier ministre de Chadli Bendjedid) aux côtés de journaux publics il y a de nombreuses publications privées.

La presse est plus nombreuse et officiellement « libérée » de tout lien avec le régime. Pour le moins en ce qui concerne la presse privée. Les procédés qu’utilise cette presse tendent « paradoxalement » à montrer que ce n’est pas le cas. Bon nombre de journalistes de l’école des années ’70 se retrouvent membres de journaux privés (responsables ou actionnaires ou/et rédacteurs).

Au vocable « impérialisme » se substituent d’autres mais l’ennemi est toujours extérieur avec la connivence « d’algériens factieux, ennemis internes, traîtres » ou vice-versa.

Ainsi la presse algérienne publique ou privée fait reposer la responsabilité des multiples manifestations contre le régime et jusqu’à ce procès « intenté par Nezzar » sur « les ennemis de l’Algérie » (intérieurs et extérieurs) sur ces « moutons qui suivront (…) l’éditeur de La Sale Guerre

[aux]

méthodes sournoises » (La Nouvelle République du 29/06/02), et sur « Ali Yahia Abdennour et toute la smala du Kituki » (Le Soir du 14/07/02).

Pour ces journaux cette « machination (Nouvelle République du 01/07/02) est le fait d’ une agrégation de « collusions » allant des « criminels politiques », du «binôme FFS- FIS » à « l’Internationale socialo-islamiste », au « trotskiste Gèze », et aux « héritiers staliniens de Mittérand » ainsi qu’ à « l’alliance de Sant ‘Egidio ». [Les adversaires de Khaled Nezzar, ces] « calomniateurs de tous bords, ont affûté leurs armes pour faire [du procès] une tribune de subversion idéologique au service des intégristes » (El Moudjahid du 01/07/02). « Les criminels d’alliés politiques [des égorgeurs du FIS] nationaux ou étrangers [ont] le champ libre (…) la complicité de l’Internationale Socialiste aidant » (Le Soir d’Algérie du 02/07/02) ,

On retrouve derrière ce procès qui a vu se « confronter le FFS et Nezzar » (L’Expression du 06/07/02) (…) « les partisans acharnés de « la pensée unique » médiatico-politique se rencontrant dans les laboratoires de l’Internationale Socialiste. [Mais] la vision stalinienne des héritiers Mittérandiens a failli en terre française (Horizons du 08/07/02). Finalement « en toile de fond de ce procès (…) se dessine une réponse à la machination échafaudée par l’intrigant F. Gèze, aussi dévoué que le plus servile des bouffons » (…) avec l’aide de cercles socialo-islamistes. » (La Nouvelle Republique du 01/07/02) . « Le procès (…) se meut inexorablement en procès d’une vision aliénante et légitimante du terrorisme. Au banc des accusés : l’alliance contre nature de feu Sant’ Egidio » (Horizons du 08/07/02).

Des déclarations qui confortent et complètent celles des « épigones » du régime selon le mot de Addi Lahouari. ; tous « unanimes. A la manière de soldats disciplinés ils étaient venus à la barre défendre pied à pied l’honneur de l’armée » (Le Monde du 05/07/02). : « Devant une assistance scotchée à ses propos, Ghozali affirme que sa “conviction profonde est de rétablir la vérité contre des assertions qui entrent dans le cadre d’une stratégie de l’intégrisme qui, pour accéder au pouvoir, table sur l’effondrement de l’État, en utilisant la déstabilisation de l’Armée, seul rempart possible à ce projet » (Liberté du 03/07/02). «Interrogé sur le livre de Souaïdia, M. Ghozali a tout d’abord déclaré qu’il n’était pas venu témoigner contre Souaïdia, qui est, selon lui, « l’instrument d’une opération médiatique et d’un matraquage qui ne date pas de ce jour » ». (Le Matin du 03/07/02).

Ce type de déclaration et d’autres du même acabit , de milieux proches de certains cercles du pouvoir sont relayés par la presse algérienne comme nous le montrons ci-dessous à propos de ce procès. Presse algérienne qui ne s’est jamais posé la question de la censure du livre de Habib Souaïdia. « La Sale Guerre que « l’écrasante majorité des algériens ne lira sans doute jamais [car elle] n’a aucun accès au champ d’expression, monopolisé (…) par la minorité qui prétend détenir l’exclusivité de l’honneur national » lit-on dans une pétition

[in : www.algeria-watch.org]

3.8- LES MEDIAS ETRANGERS

Ce point est « naturellement » à relier (au vu des contenus d’articles analysés de la presse) au point précédent. Il est à préciser que ce qu ‘écrit la presse algérienne sur les témoignages des journalistes étrangers durant le procès est porté à la seule rubrique 3.5 : Les témoignages.

La presse algérienne accuse les médias français de partialité, lorsque ces médias justement et au contraire donnent la parole à des hommes et des femmes censurés par les médias algériens.

Ce procès a permis « un débat qui n’a jamais été possible dans les médias[entendre : « en France »] » (El Watan du 02/07/02), « ces médias qui doivent déjà se lécher les babines » (L’Expression du 03/07/02) Mais « la machine médiatique française » (L’Expression du 01/07/02) ou parisienne « si friande de ces joutes suicidaires algéro-algériennes » (Liberté du 14/07/02) a lancé « une campagne » (La Tribune du 02/07/02) où « ruses, astuces, allégations, désinformations et intox sont employés » (El Moudjahid du 04/07/02). Cette campagne « assimile la plainte de Nezzar à celle de l’armée algérienne » (L’Expression du 03/07/02). Or, rappelons les déclarations de monsieur Ghozali après le procès : « Dans une entretien accordé à l’hebdomadaire « El Khabar Hebdo » l’ancien chef du gouvernement reconnaît que l’État algérien a pris en charge tous les frais liés à ce procès. Il déplore cependant que l’État ne se soit pas impliqué politiquement dans le procès » (Algéria Interface du 26/07/02). « Des journaux  (…) ont sous-entendu que Khaled Nezzar défend l’honneur de toute l’armée algérienne à travers ce procès. Les médias, il faut le craindre, ont donné une orientation de mauvais aloi aux débats ».(l’Expression du 03/07/02).

Heureusement que les socialistes français ont été battus aux dernières élections se réjouissent les journaux car « Sans ces facteurs [le recul des socialistes] particulièrement favorables au plaignant, le traitement médiatique aurait [sic] été plus mis [sic] en valeur. Aucun journal [français] en effet, n’a accordé hier son ouverture au procès (…) Des articles particulièrement « orientés » n’en ont pas moins été faits. L’information brute, objective, n’occupe que très peu de place dans la plupart de ces articles. Un cachet politique très clair est collé au procès alors que Nezzar ne mène bataille que pour une simple histoire de diffamation » (l’Expression du 03/07/02).

L’expression fait l’impasse sur la déclaration de Me Jean-René Farthouat avocat de Khaled Nezzar, sur la politisation du procès «Nous n’avons pas engagé cette procédure pour rien. Nous entendons faire une large mise en perspective de tout ce qui s’est passé en Algérie ces dernières années», a-t-il déclaré » dès le 29 juin 2002, (El Watan du 02/07/02)

L’Expression insinue que « sans ces facteurs » c’est à dire si les socialistes n’avaient pas été vaincus aux dernières élections « le traitement médiatique » eut été plus orienté, à l’image de ce qu’écrit « cette journaliste acharnée [et] du qui tu qui [Sic] (…) [et] dans sa haine contre l’Algérie » (APS du 06/07/02).

3.9- LE SILENCE

La presse tut les témoignages de Mehdi Mosbah, de Mohamed Samraoui, de Omar Benderra…Elle se tut aussi sur la falsification de faits historiques.

Lorsque des témoins de Khaled Nezzar (Leïla Aslaoui et Omar Lounis) laissent entendre que la marche du jeudi 02 janvier 1992 a été appelée et organisée par le CNSA (comité national de la sauvegarde de l’Algérie) ils falsifient les faits. Cela est une contre-vérité historique. Ces déclarations sont délibérément incomplètes.

Aslaoui dit (Le Soir, 10 juillet 2002) : « Je peux affirmer qu’il [Aït Ahmed] était fatigué très fatigué même, en proie à de sérieuses difficultés de mémoire (erreurs sur des dates) [Aït Ahmed] a refusé l’idée que c’est à l’appel du CNSA que nous avions manifesté le 02 janvier 1992. Fort heureusement un des artisans- M. Lounis Omar syndicaliste- a expliqué au tribunal comment le CNSA avait été créé et dans quelles conditions la marche a eu lieu. Je me souviens pour ma part que j’avais crié avec d’autres : « Non au deuxième tour, armée, avec nous ». » Cette personne tente de semer le doute sur les facultés intellectuelles de Hocine Aït Ahmed en suggérant sa sénilité. Ces procédés à l’égard notamment de Monsieur Aït Ahmed qui sont anciens, ont cet avantage de caractériser à eux seuls leurs émetteurs.

Ce commentaire d’El Moudjahid (du 06/07/02) : « Omar Lounis (…) fera une large rétrospective sur la création et les actions du CNSA avant d’aborder les objectifs de la grande marche du 02 janvier 1992 » ainsi que celui de l’APS (06/07/02) : « [Aït Ahmed] a soutenu des contre-vérités allant jusqu’à dire que son parti avait organisé une grande manifestation à Alger pour s’opposer à l’arrêt du processus électoral » abondent dans la même tentative de désinformer. Les autres journaux se bandent les yeux se bouchent les oreilles et se taisent. Ce silence participe d’une certaine manière à la falsification de faits historiques.

Quels sont ces faits ?

Le 30 décembre Le Quotidien d’Algérie écrit : « C’est au siège du FFS que Aït Ahmed a tenu [le dimanche 29 décembre 1991] une conférence de presse (…) [Il appelle] à une marche le jeudi 02 janvier 1992 »

Les objectifs de cette marche sont formulés dans un encart publicitaire paru notamment dans Le Matin et El Watan du 31/12/91 : « Refuser la fatalité de la République intégriste après avoir refusé l’Etat policier (…). Sauver la démocratie… » mais « La machine politique qui prépare publiquement l’arrêt des élections se met en branle le 31/12 par la création du CNSA » (Abed Charef, Le grand dérapage. Edition de l’Aube). Le CNSA est créé le 30 décembre 1991 dans des circonstances troubles, notamment par la direction de l’UGTA, des cadres de l’administration publique et des membres du patronat. Cette association est agréée le lendemain 31 décembre. Cette célérité de l’administration est unique. Inouïe. Ce comité est « né dans le bureau du ministre de l’information M. Abou Bakr Belkaïd » (Louisa Hanoune, Une autre voix pour l’Algérie. Edition La Découverte).

Le CNSA appelle (encart dans Alger républicain du 02 janvier 1992) « tous les algériens à exprimer leur attachement au développement du processus démocratique (…) à exiger le respect par tous, de la légalité constitutionnelle… ». Le jour de la marche, « Des centaines de milliers d’algériens ont répondu à l’appel de Hocine Aït Ahmed » (Le Matin du 04/01/1992). « Du balcon de l’hôtel [Aït Ahmed] s’adresse brièvement à la foule, appelant « au respect de la légalité pour éviter une guerre civile » en soulignant « qu’interrompre le processus électoral signifierait cautionner les institutions au pouvoir ». (Le Monde du 04/01/1992).

« La fièvre anti-électorale est relayée par la presse francophone qui multiplie les « une » catastrophiques (…) L’objectif est clair : montrer que la « société civile » appelle de ses vœux l’interruption du processus électoral » (José Garçon ; in Reporters sans frontière « Le drame algérien ». Edition La découverte.). Il est vrai que la presse martèle cette demande d’interruption du processus électoral . Les 5 et 6 janvier « le ministre de la communication organisa une grande conférence nationale sur la presse (…) pour sonder les patrons de presse et les journalistes, et les préparer à la remise en cause des élections. » (Abed Charef, Le grand dérapage). Une des trois tendances qui se dégagent durant cette conférence « est prête à collaborer avec le pouvoir [mais] demande des garanties et des contreparties, essentiellement financières » (Abed Charef).

En définitive qu’est-ce que cette association dénommée CNSA  ?

« Une structure politique mise en place à l’initiative de l’armée, dont Khaled Nezzar était le chef » (AP, le 11/07/02), « La presse salue la naissance du CNSA, une structure née pour défendre la démarche des décideurs » (Le Jeune Indépendant ; avril 2001)

« Appelée par le FFS explicitement pour sauver le processus démocratique à la fois contre la menace islamiste et celle d’un coup de force militaire, la gigantesque marche populaire du 02 janvier devient de glissement sémantique en exégèse journalistique, un refus du verdict des urnes » (La Nation du 06 au 13/01/1992)

CONCLUSION

Les titres de la presse durant la semaine du 01 au 07 juillet sont peu signifiants. Ils reflètent peu le contenu des articles. Les formules utilisées pour désigner le plaignant ou ses témoins si elles ne sont pas élogieuses, le plus souvent elles les valorisent positivement. Parfois, pour faire bonne mesure la presse égratigne Khaled Nezzar lui même ou tel ou tel ancien « haut responsable », témoin de la partie civile.

Habib Souaïdia et ses témoins sont autrement traités. Le parti-pris est manifeste notamment dans le choix des vocables et des symboles que cette presse leur associe.

La presse algérienne ignore certains témoignages, accompagne d’autres de ses commentaires auxquels la majorité des témoins ne peuvent très probablement pas répondre. L’objectif de ces commentaires est d’en réduire la portée. Le procès lui même est diversement apprécié par la presse qui choisit de s’attaquer ouvertement aux ennemis extérieurs et intérieurs ainsi qu’à la presse étrangère (française).

L’espace quantitatif que la presse algérienne a réservé aux témoignages de Khaled Nezzar et ses soutiens avoisine près de 80% de l’ensemble de l’espace consacré aux témoignages. Le traitement réservé par la presse au procès « Nezzar-Souaïdia » est donc à quelques extraits d’articles ou signatures prêts, « orienté ».

Le régime algérien a voulu affaiblir l’opposition démocratique et reprendre l’initiative devant une Europe qui, malgré la signature de l’accord d’association prêtait à nouveau une oreille attentive à l’opposition surtout depuis la parution d’ouvrages dénonçant les pratiques de certains segments de l’armée algérienne et l’immense écho international qui en a résulté. Profitant de « l’aubaine du 11 septembre 2001 », il engage un procès par l’intermédiaire du général Khaled Nezzar, « pour absoudre une fois pour toutes le haut commandement militaire de toutes les accusations » (Libération du 01/07/02) et convie par la même la presse à le suivre . « Le 11 septembre a éclairé la communauté internationale sur l’ampleur du drame que les Algériens subissent depuis des dizaines d’années du fait d’un terrorisme d’inspiration islamiste » (El Watan du 11/09/02).

« Ghozali reconnaît que l’Etat algérien a pris en charge tous les frais liés à ce procès ». (Algéria Interface du 26/07/02). Il ne s’agit donc pas d’un procès en diffamation intenté par « un ex-général à la retraite contre un ex- sous-officier voleur de pièces automobiles ». Il s’agit d’une offensive politique du régime contre l’opposition démocratique qui n’a de cesse de porter les débats sur la nature du pouvoir en Algérie.

L’Humanité (du 01/07/02) écrit : « ouverture du procès à l’initiative de l’armée algérienne représentée par le général Khaled Nezzar [qui] fait partie de ces hommes forts qui, dans le cercle très restreint des décideurs militaires algériens, exercent dans l’ombre le vrai pouvoir en Algérie ». « Ce qui importe pour les avocats du général c’est (…) de contrecarrer la campagne médiatique, laquelle a porté un coup à la réputation de l’armée algérienne ». (La Tribune du 02/07/02). « Aujourd’hui, les militaires ont vraisemblablement décidé de laver ‘’l’honneur de la tribu’’ (…). Tout porte à croire que leurs dernières sorties ne sont pas spontanées. Ils se sont décidés enfin à se défendre (…). Les militaires algériens se sont expliqués » durant le procès. (Le Matin des 13 et 11/07/02).

Cette offensive contient en elle un traitement médiatique approprié au procès. Lors d’une conférence de presse le général Lamari Mohamed déclare : « ce procès (…) Nezzar l’a intenté pour aller au delà de la seule diffamation. Il faut crever l’abcès une fois pour toute » (Le Quotidien d’Oran du 03/07/02). La veille de l’ouverture du procès le ton est donné par un des avocats de Khaled Nezzar qui déclare : « nous entendons faire une large mise en perspective de tout ce qui s’est passé en Algérie ces dernières années ». (AFP, le 29/06/02) car il est insuffisant de dénoncer le seul Habib Souaïdia, qui n’est qu’un « instrument d’une opération médiatique » déclare Ghozali (Le Matin du 03/07/02). Il faut donc dépasser le prétexte de la diffamation et dénoncer toute l’opposition et ses alliés qui veulent « s’attaquer à l’Algérie ou à l’institution militaire » (Le Matin du 11/07/02), d’où la virulence contre toute l’opposition démocratique appelée « alliés de l’internationale socialo-islamiste » , de Sant’Egidio aux « héritiers staliniens de Mitterand »

La presse peut-elle se positionner autrement qu’elle l’a fait ? Non même si, écrit-elle ce procès la gêne. « On comprend que la presse ne puisse se poser (certaines) questions parce qu’elle a des enfants et des parents à nourrir ». (El Watan du 14/07/02) mais surtout parce qu’elle a des engagements de collaboration à respecter.

Il y a lieu de rappeler ici ce qu’écrivait Le Matin (du 11/07/02) : « Le procès Nezzar-Souaïdia fut un coup réussi pour l’armée : l’abcès est crevé. Les militaires algériens se sont expliqués, dans une capitale occidentale [nous soulignons] (…). C’est fait » ; ou bien ce commentaire sans ambages du Quotidien d’Oran (du 04/07/02) : « Une victoire de Nezzar, de l’armée algérienne, donc, [nous soulignons] en France, constituerait ensuite une charge symbolique inouïe. Au quarantième anniversaire de l’indépendance du pays, c’est plus qu’une victoire, c’est l’affirmation d’un rôle qui, (…) devient un facteur de légitimation politique pérenne ». [nous soulignons].

Le Matin ajoute : « Le procès va déborder (…) pour devenir un réquisitoire contre l’armée algérienne, et à ce jeu là, pourquoi se le cacher, il n’y a guère de place pour la neutralité : cette cause est la notre » (01/07/02). Comment alors ne pas rapprocher ces prises de position de ce témoignage de M. Mohamed Harbi qui : « n’hésite pas à dire que «la presse demeure le secteur le plus infiltré par la SM et qu’en l’occurrence, elle demeure le meilleur allié de l’armée». » (L’Expression du 03/07/02)

La presse s’est positionnée et elle avoue sa dépendance : « Nezzar tisse avec certains journaux une véritable lune de miel » écrit Liberté (du 13/07/02) qui se voit vertement répliquer par Le Soir d’Algérie (du 14/07/02) et qui prend pour lui l’écrit de Liberté : « C’est maintenant qu’il faut se mouiller pour un Smic démocratique (…) après il sera trop tard pour (…) venir remuer du popotin ». Mais L’Expression (du 13/07/02) qui écrit : « En s’attaquant à Fattani [le directeur de ce journal], Nezzar cherche délibérément à atteindre une autre cible » confirme ce qu’écrit Liberté mais ne précise pas qui est cette cible qui se dissimule derrière les écrits de Fattani (ou du journal).

Lorsque le Quotidien d’Oran (du 18/07/02) écrit : « L’interview fleuve de Mohamed Lamari, précédée de confidences énigmatiques d’un autre officier supérieur (…) suivie d’une série de commentaires et d’analyses visiblement commandées », il confirme à son tour ces « liens tissés ».

En 1992 deux directeurs (à des périodes différentes) du même hebdomadaire Algérie Actualité, s’accusent mutuellement d’être à la solde des « patrons de la direction générale de la sûreté nationale » , une autre fois un journaliste de L’Hebdo Libéré écrit que son directeur « a mis à la disposition des policiers les dossiers administratifs de certains journalistes » (Ali Yahia Abdennour, Algérie raison et déraison. Edition de l’Harmattan)

« Dans son livre les Nouveaux Boucs émissaires Abderrahmane Mahmoudi [ex directeur de l’Hebdo Libéré qu’il a lancé] qui voue une fascination extrême pour les services de renseignements (…) soutient que « la disparition brutale » du colonel Salah, de la DRS «a très probablement un lien avec sa participation à un mouvement d’officiers supérieurs qui, (…) décident d’installer à la présidence de l’Etat le général Liamine Zeroual, sans passer par la fameuse conférence nationale de janvier 1994. Quelques journalistes, dont deux ont été par la suite contraints à l’exil, et un autre assassiné, avaient été approchés pour assurer la partie médiatique de l’opération». (In Libre Algérie n° 56, 23 octobre 2000).

Depuis de nombreuses années certains cercles du régime « tissent » avec des journalistes ou directement avec des responsables de journaux des liens. Des liens sont tissés sur la base de compromis. La presse est prête à « collaborer avec le pouvoir » (Abed Charef), en contrepartie de quoi le régime la tolère. Ces arrangements ou compromis d’intérêts sont ici entendus au sens de sociation (Vergesellschaftung) que leur attribue Max Weber ; une « entente rationnelle » fondée sur une « constellation » d’intérêts. Il ne peut en être autrement. « Comment pourrait-il exister une presse libre dans un pays sans Etat de droit ? » s’interroge Salima Ghezali (In La lettre de la FIDH, 04/1999).

Les journaux d’opposition ont disparu de la scène médiatique algérienne dans un silence approbateur ou accompagnés de commentaires inacceptables tels que ceux d’El Watan. Lorsqu’en effet à la suite des coups de boutoir répétés de l’administration l’hebdomadaire La Nation disparaît, El Watan (notamment) affirme dans son édition du 13 mars 1997 : « c’est la commercialité qui lui sera fatale » sans autre précaution bien que plusieurs autres journaux qui avaient des dettes beaucoup plus élevées n’ont pas été inquiétés.

La presse algérienne est nombreuse et traite des quantités de questions. Elle met en lumière un certain nombre de problèmes. Elle est indépendante lorsqu’elle aborde des sujets perçus comme non sensibles.

Il arrive que la presse comme nous l’avons écrit donne la parole à l’opposition pour tenter de se départir de l’image, de la position qui sont réellement les siennes mais c’est pour aussitôt cerner cette parole par des flots de commentaires autres, dont l’objectif est précisément de noyer la parole octroyée parfois jusqu’à caricaturer le journalisme, tel cet exemple à propos du procès : « Les témoins de Souaïdia ne disaient pas que des mensonges quand ils pointaient du doigt (…) la responsabilité de l’armée » (Le Matin du 11/07/02).

Mais cette presse est aussi une presse qui soulève des questions très sensibles. Elle est une presse de combat bien qu’il faille distinguer les journaux zélés « va-t-en guerre » (ou outranciers comme la presse gouvernementale) et les autres, ceux qui par la sobriété de leurs commentaires laissent entendre leur incapacité à aller au devant de certains événements, « sans ordre ». Ceux-ci existent difficilement. Lorsqu’elle révèle des compromissions dans le cadre « d’enquêtes » sur des dossiers très sensibles (douanes, importation, islamisme, contrats internationaux de gaz et pétrole) ou lorsqu’elle s’attaque à de hauts dignitaires du régime, ou à des membres de la haute hiérarchie militaire (Betchine, le général Beloucif, les « magistrats faussaires » …) la presse le fait avec le consentement direct ou tacite ou encore sur « ordre » d’autres hauts dignitaires du régime ou d’autres membres de la haute hiérarchie militaire, les « marionnettistes » avec la garantie d’une certaine protection.

Lorsqu’en cet été 2002 une partie de cette presse tente de déstabiliser le président de la République Abdelaziz Bouteflika (« affaire » Orascom), L’Expression (du 08/08/02) écrit pudiquement  : « un lien direct, clair et tranché existe entre cette campagne et celle de 98 [campagne médiatique contre le ministre-conseiller du président de la République Liamine Zeroual les amenant à une réaction « épidermique » : démissionner]. Les mêmes médias (…) et, sans doute, les mêmes sources, pour ne pas dire marionnettistes, sont en charge de la campagne de 2002 (…). Impossible de croire que cette brusque montée au créneau ne répond à aucun besoin politicien ». Abondant dans le même sens Algéria-Interface (du 06/09/02) écrit : « Le « feuilleton de l’été 2002 » ne semble guère, faute de combattants, se terminer par un remake de celui qui a contraint les généraux Mohamed Betchine puis Liamine Zeroual à passer la main, en 1998. (…) Il n’y a pas eu d’unanimité contre Bouteflika ».

Lors de la conférence de presse de Khaled Nezzar durant laquelle il annonçait qu’il allait porter plainte contre Habib Souaïdia, « une vieille révolutionnaire » qui a bruyamment perturbé la conférence interpelle les journalistes présents : « Et vous, vous venez lui faire la cour et lui sourire (…) Venez, ne vous sauvez pas ! Je peux vous apprendre à parler, à être courageux ! (…) Nezzar n’a été qu’un Pinochet, un assassin, un criminel sans scrupule et sans envergure ! » (L’Expression du 23/08/02)

Là aussi, à une ou deux exceptions, les suppliques de cette vieille mère de disparu furent l’objet d’un dédain médiatique général.

« Il y a longtemps que je ne lis plus la presse algérienne (…). Ma conviction est devenue inébranlable lorsque j’ai eu l’impression sordide qu’elle faisait corps à l’unisson dans des campagnes de conditionnement de l’opinion à l’occasion de massacres de populations civiles (…). Elle vire de bord au gré des ordres reçus ». (Maître Hocine Zahouane, Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’homme –LADDH- cité par El Hadi Chalabi, La presse algérienne au-dessus de tout soupçon).

La presse algérienne gouvernementale ou privée est dépendante. La formule « à son corps défendant » est ici inadéquate. Cette presse ne pouvait par conséquent traiter équitablement, objectivement le « procès Nezzar-Souaïdia ». Telle est notre conclusion.

Ahmed HANIFI

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