Archives mensuelles : février 2020

Islam: reconquérir les territoires de la raison

19 févr. 2020 Par Les invités de Mediapart _ Blog : Le blog de Les invités de Mediapart

Dans une actualité polarisée sur les enjeux d’intégrisme religieux, un collectif d’universitaires et spécialistes de l’Islam alerte sur la dangerosité des travaux de Gilles Kepel et Bernard Rougier, porteurs d’une vision idéologique occultant les racines socioéconomiques du salafisme. Ils appellent à fournir aux quartiers populaires incriminés les moyens de «sortir de la stigmatisation et de l’enclavement» et à cesser de faire d’une question sociale un enjeu strictement répressif.

Nous, signataires de cette tribune, travaillons directement ou indirectement sur l’islam en France, en Europe et même au-delà (Maghreb, Moyen-Orient, Afrique). Nous ne partageons pas nécessairement les mêmes analyses, mais respectons la diversité des points de vue, voire les divergences. C’est ainsi que nous pouvons progresser, amender ou vérifier nos hypothèses. Nous ne pensons donc pas que la polémique gratuite et les procès d’intention soient la meilleure façon d’imposer notre point de vue.

Or, dans plusieurs articles ou entretiens accordés à la presse, Gilles Kepel et Bernard Rougier ont systématiquement pris le chemin de la dénonciation, voire de l’intimidation et de l’injure pour manifester leur désaccord avec ceux qu’ils désignent à la vindicte publique : pour eux, quiconque n’adhère pas à leurs conclusions devient de facto un collaborateur potentiel du jihadisme.

Mais surtout, leur approche crée une image distordue de l’islam et des musulmans en France. Elle fait de cette « conquête des territoires » (les banlieues populaires) par l’islamisme un projet orchestré et importé de l’extérieur. Or, on est là à cent lieues des résultats attestés par une écrasante majorité des recherches consacrées à ce sujet.

Aucun d’entre nous ne nie le fait que certains jeunes issus des quartiers populaires se replient sur eux-mêmes en épousant parfois le salafisme, et pour une infime minorité le djihadisme ou encore, une version “orthodoxe” de l’islam. Mais ce sont les racines sociales, économiques et culturelles de ce repli sur une approche clivante de la religion qu’il importe d’identifier, en en dénonçant les causes et non les expressions. Ces racines ont pour nom la non-mixité sociale des quartiers, l’enclavement des « banlieues », la stigmatisation, le chômage, et le recours à l’économie parallèle ainsi que l’humiliation et le déni de citoyenneté. Ce repli est aussi une réaction à certaines des politiques conduites par la France dans le monde musulman : qu’il s’agisse, en particulier, de la question israélo-palestinienne, ou du traitement très sélectif des dérives autocratiques, selon qu’elle soient égyptienne ou turque, notamment.

Quant à proclamer l’existence d’un projet hégémonique des “islamistes” – terme sous lequel sont amalgamés des vendeurs de kebab, des imams de toutes sensibilités et jusqu’aux associations citoyennes dénonçant ces amalgames (CCIF et d’autres), et en faire un terreau unique pour le jihadisme, cela relève des théories du complot. La seule attitude légitime vis-à-vis de musulmans qui seraient tous vêtus de la même étoffe antirépublicaine, serait celle de la répression. Ces théories reçoivent, hélas, le soutien d’une grande partie des médias qui se disputent en majorité l’électorat d’extrême-droite et transforment ces dévoiements évidents de la recherche en autant de best-sellers.

Dans Terreur dans l’Hexagone : genèse du djihad français Gilles Kepel a soutenu des points de vue qui divergent de ceux de la quasi-totalité des chercheurs aussi bien dans la sphère anglophone que francophone. Sa vision idéologique, très proche du sens commun, construite sur un usage particulièrement sélectif et partisan des données, n’est destinée qu’à confirmer ses thèses. Ainsi de sa conception des émeutes de 2005 dans les banlieues inspirées selon lui « par les islamistes » alors que la quasi-totalité des sociologues a qualifié cette mobilisation de non-religieuse. Il s’appuie pour cela sur le seul cas d’une mosquée atteinte par un projectile, et d’où serait partie la mobilisation toute entière. On pourrait multiplier les exemples. Méprisant la prudence propre aux scientifiques, la presse à sensation a cherché enfermer les chercheurs dans l’alternative : ou bien la radicalisation de l’islam (thèse de G. Kepel et de B. Rougier), ou bien l’islamisation de la radicalité (thèse d’Olivier Roy). Or la réalité sociologique montre que les deux interagissent, le même individu passant de l’un à l’autre selon le moment de sa vie.

Les descriptions de B. Rougier dans Les territoires conquis de l’islamisme vont, elles aussi, dans le sens de la théorie du complot islamiste. Les musulmans de diverses obédiences, unifiés dans une alliance « salafo-frériste » (Frères musulmans) secondée par d’autres tendances comme le Tabligh visent, selon lui à conquérir un nombre croissant de territoires, et à expulser de la République des banlieues de plus en plus « islamisées », comme en un projet sectaire cohérent et englobant. Dans un éditorial du 16 janvier 2020, Le Figaro croit pouvoir annoncer « la victoire du chercheur Gilles Kepel dans la controverse qui l’oppose à son confrère, Olivier Roy. Le salafisme est bien l’antichambre du djihadisme.»

Or les faits constatés sur le terrain par les chercheurs sont tout autres. Dans la grande majorité des cas (dans les Quartiers Nord de Marseille, mais aussi dans de nombreuses autres cités), au lieu de favoriser le jihadisme, le salafisme, certes en désocialisant ses adeptes, lui barre le chemin. Le salafisme refuse la société de consommation, car ses adeptes, pour la plupart originaires des quartiers pauvres et démunis n’ont matériellement pas la possibilité d’y accéder (même si une petite minorité use des portables high tech, la grande majorité appartient au monde des précaires ou des exclus). Il « sectarise » ceux qui se trouvent déjà dans des quartiers enclavés. Il claquemure ceux qui sont déjà emmurés dans des cités sans mixité sociale.

Bref, le salafisme a des racines socio-économiques. B. Rougier refuse de les voir, dénonçant l’hégémonie de l’islamisme là où il faudrait plutôt se scandaliser de l’absence d’intégration sociale de ceux auxquels nul avenir digne de ce nom n’est proposé. Or, les solutions crédibles à ce retrait de la société passent non par la répression mais par la prise en charge de ces quartiers, comme celle que le Plan Borloo avait préconisée.

Car nul ne nie l’existence, dans certains quartiers de France, de problèmes sociaux à connotation religieuse. Mais pour « reconquérir » ces territoires dits perdus, et « conquis » par les soi-disant islamistes, il faudrait que ces quartiers gagnent en dignité sociale, que les moyens leur soient fournis de sortir de la stigmatisation, de l’exclusion et de l’enclavement, que la mixité sociale y soit restaurée, et que surtout, l’on cesse de se complaire dans la recherche de solutions purement répressives quand la question est éminemment sociale. La thèse de G. Kepel et de B. Rougier occulte la nature du problème en donnant un vernis de scientificité à une vision idéologique, dédaigneuse de la complexité du réel, qui apporte seulement de l’eau au moulin de l’extrême-droite. En réduisant les banlieues à une seule dimension « islamiste », ils ignorent l’opposition de la grande majorité des français de confession musulmane à l’usage de la violence politique, tout comme ils taisent le véritable dynamisme associatif des quartiers populaires. Tandis que bien des acteurs de ces quartiers essayent de recréer du lien social, ils portent le discours de la guerre de tous contre tous.

Premiers signataires :

Claire Beaugrand, Chargé de recherche au CNRS
Alain Bertho, Professeur d’Anthropologie à Paris 8
François Burgat, Directeur de recherche émérite au CNRS
Sonia Dayan Herzbrun, sociologue, Professeure émérite à l’Université de Paris
Christine Delphy, Directeur de recherche retraitée, CNRS
Sylvie Denoix, Directeur de recherche au CNRS
Karima Direche, Directeur de recherche au CNRS
Nicolas Dot-Pouillard, Chercheur en sciences politiques Beyrouth
Jérôme Ferret, Maître de conférences en sociologie HDR, Université Toulouse Capitole
Alain Gabon, Professeur associé Virginia Wesleyan University.
Alain Gresh, Directeur du site Orient 21
Vincent Geisser, Chargé de recherche au CNRS
Aïssa Kadri, Professeur émérite de Sociologie à Paris 8
Farhad Khoskhokhavar, DE retraité à l’EHESS, Paris
Michel Kokoreff, Professeur de sociologie, Université Paris 8
Stéphanie Latte Abdallah, Chargé de recherche au CNRS
Raphaël Liogier, Professeur des universités, Sciences Po Aix-en-Provence
Bjorn Olav Utvik, Professeur à l’Université d’Oslo
Matthieu Rey, Chargé de recherche au CNRS
Marc Sageman, consultant anti-terroriste
Fabien Truong, professeur agrégé, département de Sociologie et d’Anthropologie de Paris 8.

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L’Algérie de Kamel Daoud- F5

La Case du siècle, sur F5, dimanche 16 février 2020

Voilà un reportage qui ne se la joue pas comme on dit trivialement. Plutôt sympathique. Même Kamel Daoud y est sympathique et cela nous change. Il est souriant, sincère, touchant. Kamel Daoud n’est peut-être pas arrogant, mais sa posture habituelle, visage renfrogné, le suggérait (une posture de mise à distance simplement?). Pas ici. Il est à l’aise chez ses parents, dans la rue, dans Le Titanic (il tient bien les flots), avec ses amis… (on ne le voit pas chez lui) partout il est très souriant. On respire. Le plus important est la justesse de ce qu’il dit. Dommage qu’il ait zappé (ainsi que le journaliste) son premier employeur dans la presse, « Détective » de feu « Moussa » Benaoum. La fin du reportage, un peu classique (niaise?) est aussi sympathique.

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La 2° mort de Suzanne

Graeme Allright est mort hier dimanche 16 février 2020

J’apprends la disparition, hier dimanche 16 février, de Graeme Allright. De toutes les (belles) adaptations des chansons de Léonard Cohen, c’est Suzanne que je préfère. Il a réussi à lui injecter en français la même force que l’originale. Suzanne pour moi ce n’est pas uniquement les mots de Léonard Cohen ou ceux de Graeme Allright, c’est, au-delà d’eux, en plus d’eux, l’atmosphère et le climat qui s’en dégagent, le climat d’insouciance des années d’une certaine jeunesse, la mienne, celle des années soixante-dix. Je parcourais alors, les mains dans les poches, des milliers de kilomètres sans but précis, souvent à pied, en stop, à la découverte de l’inconnu. Et toujours bien accueilli. Presque toujours. Presque.Le texte que je vous propose ce matin à l’occasion de la disparition de Graeme Allright, je l’ai proposé le 12 novembre 2016 à l’occasion de la mort de Léonard Cohen quelques jours auparavant (7 novembre 2016). Je l’ai intitulé Adieu Suzanne. Le voici (photos vidéos des chansons).

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SUZANNE

adaptation de GRAEME ALLRIGHT

Suzanne t’emmène écouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Tu sais qu’elle est à moitié folle
C’est pourquoi tu veux rester

Sur un plateau d’argent
Elle te sert du thé au jasmin
Et quand tu voudrais lui dire
Tu n’as pas d’amour pour elle
Elle t’appelle dans ses ondes
Et laisse la mer répondre
Que depuis toujours tu l’aimes


Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n’as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton cœur


Il était un pêcheur venu sur la terre
Qui a veillé très longtemps
Du haut d’une tour solitaire
Quand il a compris que seuls
Les hommes perdus le voyaient
Il a dit qu’on voguerait
Jusqu’à ce que les vagues nous libèrent
Mais lui-même fut brisé
Bien avant que le ciel s’ouvre
Délaissé et presque un homme
Il a coulé sous votre sagesse
Comme une pierre


Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n’as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton cœur


Suzanne t’emmène écouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Comme du miel, le soleil coule
Sur Notre Dame des Pleurs


Elle te montre où chercher
Parmi les déchets et les fleurs
Dans les algues, il y a des rêves
Des enfants au petit matin
Qui se penchent vers l’amour
Ils se penchent comme ça toujours
Et Suzanne tient le miroir


Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n’as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une blessure étrange dans ton cœur.

(in: greatsong.net-)

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Le chanteur folk Graeme Allwright est mort

Le chanteur français d’origine néo-zélandaise, connu notamment pour avoir adapté de nombreux morceaux d’artistes folks américains en français, avait 93 ans.

Le Monde avec AFP -16.02.2020

Le chanteur français d’origine néo-zélandaise Graeme Allwright, connu notamment pour avoir adapté de nombreuses chansons d’artistes folks américains en français, est mort dimanche 16 février à l’âge de 93 ans, a annoncé sa famille. « Il est décédé cette nuit, dans la maison de retraite où il résidait depuis une année », en Seine-et-Marne, a déclaré sa fille, Jeanne Allwright.

Chanteur humaniste au parcours atypique, Graeme Allwright a fait découvrir aux Français les protest singers (chanteurs contestataires) d’outre-Atlantique, en adaptant Pete Seeger, Woody Guthrie ou Leonard Cohen dans la langue de Molière. « C’était un chanteur engagé pour la justice sociale, un chanteur un peu hippie en marge du show-business, qui a refusé des télés. Il a chanté jusqu’au bout, il a adoré être sur scène », a expliqué l’un de ses fils, Christophe Allwright.

« Il a donné des hymnes aux gauchistes, aux scouts, aux pochtrons, aux punks à chien, aux centristes de gauche… », a résumé sur Twitter le journaliste et auteur spécialiste de la chanson française Bertrand Dicale, saluant « un bienfaiteur de l’humanité ».

Né à Wellington, en Nouvelle-Zélande, le 7 novembre 1926, Graeme Allwright a découvert le jazz, les crooners et le folk en écoutant les programmes radios de la base militaire américaine installée dans la capitale néo-zélandaise. A 22 ans, il obtient une bourse pour suivre des cours de théâtre à Londres, dans l’école fondée par Michel Saint-Denis, voix de l’émission « Les Français parlent aux Français » sur les ondes de la BBC et neveu de l’homme de théâtre Jacques Copeau. Le jeune homme est recruté par le prestigieux Royal Shakespeare Theatre.

Mais, amoureux de la fille de Jacques Copeau, Catherine Dasté, il décline l’offre et le couple part s’installer en France, près de Beaune. Graeme Allwright exerce une multitude de métiers : ouvrier agricole, apiculteur, machiniste et décorateur pour le théâtre, professeur d’anglais, maçon, plâtrier, vitrier…

Ne connaissant pas un mot de français, il apprend peu à peu la langue et les subtilités de son argot, qu’il utilisera abondamment dans ses adaptations. A mesure que son français s’améliore, il renoue avec la scène, jouant notamment dans la troupe de Jean-Louis Barrault.

Ce n’est qu’à 40 ans qu’il se lance dans la chanson. « L’idée a peut-être germé dans mon esprit lorsque j’ai interprété quelques chansons de Brassens et Ferré, au cours d’une tournée avec une pièce de Brecht trop courte (…). J’ai pris ma guitare et je suis parti chanter des folksongs américaines et irlandaises au cabaret de la Contrescarpe [au cœur du Quartier latin à Paris], sept soirs sur sept pour des clopinettes. » La chanteuse Colette Magny remarque sa voix, teintée d’une pointe d’accent, et le présente à Marcel Mouloudji, qui lui conseille d’écrire une trentaine d’adaptations et produit son premier 45-tours, Le Trimardeur (1965).

Son répertoire contestataire, antimilitariste et profondément humaniste résonne avec les aspirations de la jeunesse française de l’époque. Petites boîtes (adaptation de Malvina Reynolds), Jusqu’à la ceinture (Pete Seeger), Qui a tué Davy Moore ? (Bob Dylan), Johnny (texte original) et surtout Le Jour de clarté (Peter, Paul & Mary), son plus grand succès, deviennent des hymnes de Mai 68.

En 1973, il va voir Leonard Cohen à L’Olympia et en ressort profondément touché par le mysticisme et la sensualité du Canadien, dont il adapte de nombreux textes (Suzanne, Les Sœurs de la miséricorde…). Il fait salle comble dans ses concerts et se pose alors en premier concurrent d’Hugues Aufray, autre importateur du folk en France. Ce père de quatre enfants est aussi connu pour avoir écrit en 1968 la chanson de Noël pour enfants Petit garçon, version francophone d’Old Toy Trains de Roger Miller, ou encore Sacrée bouteille (d’après Bottle of Wine de Tom Paxton).

Mais le succès l’effraie. Il prend ses distances en parcourant l’Egypte, l’Ethiopie, l’Amérique du Sud et surtout l’Inde. Entre deux voyages, il rentre en France, où il reprend ses concerts. En 1980, il partage la scène avec Maxime Le Forestier, pour une tournée dont les bénéfices sont reversés à l’association Partage pour les enfants du tiers-monde.

« Il a beaucoup compté pour moi et pour la chanson française en général. Il a contribué à rendre la musique folk populaire en France », a confié au Parisien Maxime Le Forestier, qui était resté en contact avec lui. « Il adorait marcher et chanter pieds nus », s’est aussi souvenu Maxime Le Forestier, évoquant un homme avec « une vie très saine, une vie d’honnête homme et de moine presque ».

Dans les années 1980, il revient d’un voyage à Madagascar avec des musiciens qui donnent une nouvelle tonalité à sa musique. En 2000, il sort un premier album d’inspiration jazzy, enregistré avec The Glenn Ferris Quartet (Tant de joies).

Depuis 2005, les concerts du chanteur aux pieds nus, qui continuait de sillonner l’Hexagone malgré son âge avancé, commençaient par un rituel immuable : une vibrante Marseillaise qu’il avait « adaptée » avec des paroles pacifistes. « Pour tous les enfants de la Terre, Chantons amour et liberté », entonnait-il.

En 2010, l’Académie Charles-Cros lui a décerné un « grand prix in honorem » pour l’ensemble de sa carrière.

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Ahmed Zitouni, romancier : «La critique des soubresauts du bled lointain est si facile depuis Paris»

in El Watan, dimanche 9 février 2020 – par M. Yefsah

Après plus de trente ans de publication en France, le romancier Ahmed Zitouni a édité successivement trois ouvrages en Algérie aux éditions Frantz Fanon, le remarquable essai Éloge de la belle-mère et deux romans, Une difficile fin de moi et Attilah Fakir : les derniers jours d’un apostropheur. Entretien avec un romancier singulier et anticonformiste qui, malheureusement, reste peu connu en Algérie, malgré une plume profonde et fabuleuse.

Propos recueillis par   M. Yefsah

-Éloge de la belle-mère est une lecture pertinente de la place de la femme dans les mythologies et les imaginaires romanesques. Un mot sur cette étude ?

Cet essai est une commande de la collection Éloge des éditions Laffont. Une occasion que j’ai saisie, car c’était la première fois qu’un éditeur mettait généreusement la main à la poche pour un livre dont je n’avais pas écrit une seule ligne, en me laissant la liberté du choix du thème et de son traitement. Comme à mes yeux, il était impensable d’aller de ma contribution au juteux et fertile terreau entretenu par les écrivains maghrébins de langue française, de l’immigration, de l’exil, etc., à la demande de leurs paternalistes éditeurs, je n’ai pas fait amende honorable en me laissant aller à la facilité de torcher vite fait un livre faisant l’ «Éloge» du malheur immigré, des bienfaits de l’assimilation, des vertus de l’intégration ou de je ne sais quel autre thème porteur. La condition féminine et le racisme, étant récurrents dans mes écrits, et sachant que le sexisme participe des mêmes mécaniques mentaux que le racisme, mon choix s’est porté sur la première victime du sexisme : la belle-mère.

Une victime toute désignée, objet de rejet et de moquerie, sujet n°1 des blagues de comptoir et de fins de repas, décrite en dynamiteuse de couples et perturbatrice de l’ordre des familles. Un bouc émissaire, comme toute minorité de France, perçu comme cause de tous les maux et fauteur de troubles. Partant de ce constat, j’ai méthodiquement rétabli dans sa vérité et sa réalité une représentation. Un travail de démythification d’un fantasme, écrit avec humour pour faire passer la pilule. Pour ce faire, puisant dans les peurs et les rejets véhiculés par l’histoire, la sexualité, la culture religieuse, la littérature, la publicité, les médias.. j’ai mis en lumière les préjugés et les stéréotypes intériorisés pour démonter les rapports de pouvoir qui sous-tendent la construction mentale d’une image fausse de la belle-mère. Restituer avec humour la vérité de la belle-mère, restaurer son image en icône de femme libre, un beau défi à relever. Qui valait la peine de lui consacrer un essai.

-Vous êtes non seulement romancier, mais également normalien, universitaire et un intellectuel engagé sur les questions de domination. Votre œuvre connaît un écho plus important aux Etats-Unis d’Amérique qu’en France. Quelle explication en donnez-vous ?

Plutôt qu’une explication, un constat. Il y a plus de dix mille chaires de francophonie, de départements de français, dans les collèges et universités américaines, alors qu’il y a moins d’une dizaine en comptant large en France. Un grand intérêt aussi, pour les questions de domination, d’affirmation des minorités (raciales, ethniques, culturelles, sexuelles, religieuses…), d’exclusion, de mixité. Les questions sociales et politiques portées par les minorités, si elles restent occultées ou minimisées par le pouvoir culturel et la langue de bois de l’amnésie en France, trouvent naturellement écho dans un système ouvert curieux d’approches neuves et de nouveaux regards en Amérique.

Étrange situation, rarement relevée, de nombre d’écrivains algériens de France et d’écrivains issus des minorités françaises, qui se découvrent de la marge ou du centre, selon la géographie. Rejetés dans l’exotisme et le misérabilisme d’une sous-littérature de témoignage ou de combat en France, invité et hissé en visibilité dans des chaires de prestigieuses universités, quel curieux paradoxe ! Frantz Fanon, Kateb Yacine, Edouard Glissant, Assia Djebar, Patrick Chamoiseau, Maryse Condé, et des flopées encore, à peine reconnus en France, ont-ils enseigné, enseignent ou sont enseignés dans des universités de renom ? C’est un fait. Moi et bon nombre, nous faisons partie du lot, avec des fortunes diverses, c’en est un autre.

-Quel regard apportez-vous sur les auteurs algériens intégrés au champ littéraire français ?

Un regard distancié et froid, clinique, d’aucune empathie ni solidarité. Un regard d’observateur critique qui m’aide à me situer, me donne la force de rester à ma place celle que je m’assigne en liberté et de n’en sortir qu’après avoir balisé les espaces littéraires et de représentation où mettre les pieds et donner de la voix.

En disant cela, je ne juge ni ne condamne personne. Il n’y a ni jalousie ni mépris dans mes propos pour «les auteurs algériens intégrés dans le champ littéraire français», comme vous dites. Les écrivains algériens de langue française, où qu’ils se trouvent, sont mécaniquement intégrés dans le champ littéraire français en particulier, et dans celui de cette aberration de l’esprit une construction politique qu’on appelle la francophonie, en général. Sous les feux des projecteurs et dans les journaux, en fonction des modes et de l’actualité, pour les écrivains algériens plus connus qui font du bruit en écoutant leurs livres faire des petits. En périphérie du marché du livre, des éditeurs qui les font et de la critique qui en assure la promotion, pour les aspirants à la notoriété en mal de noble cause à exploiter. En marge de ce grand charivari d’intrigues et de convenances, des îlots de bannissement du champ littéraire aux allures de ghettos où, par manque de talent ou par choix assumé, vivotent et crevotent en s’épuisant à la tâche, les obscurs et les sans-grades dont l’écriture et le discours restent inaudibles.

C’est ainsi et les Algériens n’échappent pas à cette cruelle vérité. A chacun de nous, une étiquette ethnicisée dans une case de boutique éditoriale. Un seul Algérien de service, un crocodile par marigot afin d’éviter affrontements et rivalité, ce qui nuirait à l’image et aux ventes. Au diable l’éthique et la conscience malheureuse, puisque chacun y trouve son intérêt tout en travaillant à sa notoriété. A chaque éditeur, son porte-parole et son porte-voix du malheur algérien, car nous excellons dans cet exercice imposé et puis, la critique des soubresauts du bled lointain est si facile et si belle depuis Paris. Refuser ce déterminisme réducteur dans la cage dorée d’une prison d’expression, dans un champ littéraire cloisonné, c’est s’exclure d’un jeu de dupes où chacun y trouve son compte. Plier ou rompre, je ne vois pas d’alternative, hormis d’humiliants compris.

C’est ainsi. Reste la radicalité suicidaire dont font preuve nombre de réfractaires qui ont choisi d’autres voies, dont je suis, qui tâtonnent et s’épuisent à exister. Impossible de trouver des issues de lumière dans la nuit de l’esprit qui s’épaissit. Mais à l’impossible, tous les Algériens, écrivains ou apprentis citoyens se forgeant à ce métier à risques, nous sommes aujourd’hui tous tenus.)

par M. Yefsah

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Ses publications : (source Wikipedia)

  • Avec du sang déshonoré d’encre à leurs mains, roman, Éd. Robert Laffont, Paris, 1983
  • Aimez-vous Brahim ?, roman, Éd. Pierre Belfond, Paris, 1986
  • Attilah Fakir (Les derniers jours d’un apostropheur), roman, Éd. Souffles, Paris, 1987, Prix de l’Évènement du Jeudi
  • Éloge de la Belle-Mère, essai, Éd. Robert Laffont, Paris, 1990
  • La veuve et le pendu, roman, Éd. Manya, Paris, 1993
  • À mourir de rire, fiction française (collection destinée à l’enseignement du français langue étrangère), Kaléïdoscope Publishers, LTD, Gyldendal Éducation, Copenhague, 1997
  • Une difficile fin de moi, roman, Éd. Le Cherche–Midi, Paris, 1998
  • Amour, sévices et morgue, roman, Éd. Parc, Paris, 1998
  • Manosque, aller-retour, nouvelle, Éd. Autres Temps, Marseille, 1998
  • Y a-t-il une vie avant la mort ? Éd. de La Différence, 2007
  • Au début était le mort (La corde ou le chien) Éd. de La Différence, 2008

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Nos richesses- roman de Kaouther Adimi.

J’ai reçu deux ouvrages de Kaouther Adimi. Voici la recension du premier.

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Photo Fabienne Richard- Ouest France

Au départ du roman de Kaouther Adimi, Nos richesses (éditions Barzakh- Alger 2017, 216 pages) : une date :1935, hier, un lieu : Alger, le rêve d’une librairie : Les Vraies Richesses. À l’arrivée : une date : 2017, aujourd’hui, un lieu : Alger, la même librairie vidée de son contenu.

Pour raconter l’histoire de la naissance et de la vie mouvementée de cette librairie, Kaouther Adimi a exploré les archives d’Edmond Charlot, les a travaillées pour les besoins du roman, les transformant en carnets (quatre carnets couvrant les années 1935-1949 et deux autres 1959-1960 et 1961) et en faire une sorte de récit. Fiction et éléments du réel se juxtaposent.

Pour narrer le déclin et la disparition (transformation en commerce de beignets) de la même librairie, elle décrit en sept chapitres, d’une part les actions de Ryad, chargé à travers son stage de mettre en œuvre le « massacre » de la librairie et d’autre part la résistance vaine de Abdallah, le dernier « exploitant ».

 L’ensemble se déploie essentiellement dans la ville d’Alger dont l’auteur lui consacre quatre chapitres (Alger 2017, 1930, 1939, 2017) sur les sept portant un intitulé de ville/pays (Allemagne 1940, Sétif mai 1945, Algérie 1954).

On notera que le dernier chapitre fait suite au premier et clôt ainsi une boucle. On passe d’un chapitre sur les carnets à un autre sur la ville, à un autre sur les activités de Ryad et ainsi de suite, un chassé-croisé du rêve de librairie à sa « destruction ».

Aussi, je propose trois parties pour cette recension : la naissance et vie de la librairie ou les carnets d’Edmond Charlot, la mise à mort de la librairie, l’écriture.

1_ La naissance et vie de la librairie ou les carnets d’Edmond Charlot

La première date du carnet rappelle l’éloge de Charlot à l’endroit de son professeur Jean Grenier qu’il exalte, « il n’enseigne pas, il raconte » (12/06/1935). Charlot dit à son père l’admiration qu’il a pour  une libraire dont il a visité l’extraordinaire bibliothèque de prêt ». « Il faudrait faire la même chose en Algérie » lui dit-il encore. Jean Grenier l’encourage à se lancer « il y a une place à prendre à Alger comme libraire-éditeur… je vous donnerai un texte pour vous aider ». Confiant, Edmond Charlot fait « des calculs dans tous les sens pour ouvrir une librairie », bien que son grand-père ne soit pas d’accord. Jean Giono auquel Charlot demande l’autorisation d’utiliser son titre « Les Vraies richesses » lui répond et : « (nous) enjoint de revenir aux vraies richesses que sont la terre, le soleil, les ruisseaux, et finalement aussi la littérature (qu’est-ce qui peut être plus important que la terre et la littérature ?) »  « La société construite sur l’argent détruit les récoltes, détruit les bêtes, détruit les hommes, détruit la joie, détruit le monde véritable, détruit la paix, détruit les vraies richesses… » écrit Jean Giono dans « Les Vraies Richesses ». Le 3 novembre 1936 Charlot écrit « Jour de l’inauguration ! » Le local se situe au 2 bis rue Charras (aujourd’hui Arezki Hamani). Rapidement, Edmond Charlot est débordé « submergé par les milliers d’obligations administratives » (3/11/38). Il a 23 ans. Le 28/12/1938 il note « Camus vient souvent à la librairie… Lui ai annoncé hier que j’avais vendu le tout dernier exemplaire de son premier livre ‘‘L’Envers et l’Endroit’’. 350 exemplaires. » La moyenne des ventes est de 500-600 exemplaires. La Seconde guerre mondiale a été déclarée. Charlot fait un mois de prison à cause d’une écrivaine américaine qui a déclaré « j’ai un éditeur à Alger qui est très dynamique et résistant ». « Camus est bien caché à Oran » note Charlot au 17/03/1942. Il y a pénurie de papier, de fil broché, d’encre… Edmond Charlot est amené à fabrique sa propre encre : « dans la cuisine nous avons mélangé longuement l’huile de pépin de raisin à de la soie de cheminée et à du cirage » En novembre « le papier circule de nouveau. Je croule sous les commandes ». Les Américains débarquent en Algérie. « C’est une drôle de période » En décembre 1942, « de nouveau mobilisé, je rejoins le Gouvernement provisoire ». Il note à la date du 11/03/1944 : « Réussi à écouler les derniers exemplaires de Noces. 1225 exemplaires en six ans. » Edmond Charlot rencontre beaucoup de gens, « mon catalogue n’a jamais été aussi riche écrit-il le 12/06/1943 : Bernanos, Giono, Bosco, Austen, Moravia, Silone, Woolf. » Et « le gouverneur promet aux musulmans monts et merveilles. Les grandes familles de colons sont furieuses. Qui sait, peut-être qu’après la guerre, nous aurons un pays plus juste. »

En 1959, la guerre d’Algérie a éclaté il y a cinq ans. L’OAS condamne à mort Jules Roy. « À New York, le FLN a désormais une délégation ». Le Jury des Éditions du Seuil « n’avait pas pu se résoudre à accorder le Grand prix de littérature à un indigène » note Charlot à la date du 8/10/1959 et ce seul mot le 4/01/1960 : « Camus ! » Neuf mois plus tard : « Encore des attentats. Menaces de l’OAS. Salauds. »

« Mes clients me demandent depuis des mois ce que je ferais ici, où je compte aller, où j’irai demain. Je reste ici, c’est chez moi, et puis, que ferais-je ailleurs ? (6/10/1960). »

2_ La mise à mort de la librairie

Dans les années 1990, l’État algérien a « repris à madame Charlot, veuve d’un frère d’Edmond, la librairie « Les Vraies richesses » pour en faire une annexe de la Bibliothèque nationale. Mais les habitants continuent d’appeler la librairie de prêt par son ancien nom « Les Vraies richesses ». Et ce matin de 2017 nous sommes « le matin du dernier jour ». Un journaliste dépêché sur place pour l’événement écrit « Quatre-vingts ans qu’elle résistait ! Peu de monde, ciel triste, ville triste, rideau de fer triste sur les livres ». Le rideau de la librairie sera baissé devant Abdallah, « le préposé au prêt, qui a « le cœur brisé ». Cela se passe devant la rue « animée par ses diverses boutiques, ses habitants, ses écoliers, ses voitures » La librairie mesure « sept mètres de largeur sur quatre de longueur » (sic). Une erreur passée au nez et à la barbe de l’éditeur après l’auteure. Abdallah, un homme pieux, a travaillé à la librairie bien après sa retraite, sans salaire, sans que l’administration de la Bibliothèque nationale ne s’émeuve de son cas, ni de celui des locaux jusqu’au jour où on l’informe de la décision de la vente du local. C’est quelque peu tiré par les cheveux. Il est vrai qu’ici ce n’est pas l’auteure en tant que telle qui s’exprime (et prend les mesures) mais « un nous » général comme ailleurs dans d’autres passages, un « nous qui court tout le long du texte, telle la voix d’une conscience, celle d’une mémoire collective » écrit en quatrième de couverture l’éditeur. Tout le long du roman, non, mais dans neuf parties ou chapitres. Un nous qui observe, raconte, dresse un réquisitoire contre la brutalité, l’arbitraire français, pour ne pas rester en marge, pour ne pas oublier (« Lorsque bien des années plus tard, nos grands-parents nous verront quitter le pays pour l’autre rive, ils nous diront de faire attention : ‘‘ les Français sont durs.’’ Et nous ne comprendrons pas, car nous aurons oublié. »)  

Le nouveau propriétaire veut transformer la librairie en local de « vente de beignets ». Outré, Abdallah le bouscule ou le frappe. Ses colère et refus sont vains. C’est inutile lui répondent de jeunes avocats auprès desquels il se plaint « on ne peut rien contre l’État ». Même le médecin qui l’ausculte – Abdallah « a fait un malaise la veille de la fermeture » – lui conseille de quitter Alger.

C’est Ryad, un jeune étudiant parisien, qui est en charge de la transformation de la librairie. Il est arrivé pour ce faire, couvert par un stage dont on ne sait rien, une offre de stage qui intervient à la suite de « dizaines de refus motivés ou non. » Un stage en Algérie, proposé par son père via un mail. « Cela te prendra une semaine ou deux… Mon ami te signera ta convention de stage. »  « L’important c’est que tu puisses vider cette librairie de tout ce qui s’y trouve et la repeindre en blanc » lui écrit cet ami. Nous ne saurons rien d’autre sur le stage universitaire, ni son organisation, ni le suivi, ni son contrôle… Ryad ne connaît pas Alger. Il n’y était venu qu’une seule fois, il avait six ans. Il s’est installé à Paris après son bac. Les livres il ne connaît pas, « il n’a jamais aimé lire »

Le lendemain de son arrivée à la librairie des Vraies Richesses, en sortant tôt le matin, il aperçoit «  un vieil homme appuyé sur une canne », c’est Abdallah. À l’épicerie du coin, il apprend qu’il y a pénurie de peinture. Au café « chez Saïd » Abdallah reproche à Ryad de vouloir « détruire une librairie ». Abdallah ne quittera plus le trottoir à partir duquel il guète, sur son visage « une expression de douleur intense » les faits et gestes de Ryad qui vide autant qu’il peut tout ce qui se trouve dans le local sous le regard de « Edmond Charlot figé sur la photo » et en pensant à son amie Claire. La nuit tombe et Abdallah est toujours là. De nouveau, Ryad et Abdallah prennent un café ensemble. Celui-ci est offusqué que l’on puisse jeter des livres « jeter des livres ? tu te rends compte de ce que tu dis ? donne-les, garde-les, peu importe, mais ne mets pas des livres à la poubelle. »

Ryad et Abdallah sont invités par Moussa, le commerçant voisin. Moussa a toujours vécu dans le quartier. Il a même connu l’ancienne propriétaire des Vraies Richesses, madame « veuve d’un frère de Charlot. La pauvre femme est partie en 1992 quand les choses ont commencé à devenir compliquées ici. »

Ryad jette les livres dans des caisses qu’il dépose sur le trottoir, mais en garde un pour Claire, son amie parisienne aux yeux bleus. Il veut en offrir à une école primaire, mais le directeur lui demande d’écrire pour cela au Ministère. Ryad ne se soucie guère de ces deux hommes, pitoyables pitres, qui l’observent à partir d’une voiture. « Ils ont des moustaches, des lunettes de soleil et sont vêtus de costumes gris, lisent le journal ». « Ces hommes ne feront rien à Ryad. Ils ne sont là que pour nous rappeler qu’ils existent et que nous sommes tous surveillés ».

Ryad veut offrir une caisse de livres à Sarah, une jeune serveuse qu’il a connue dans un café. Elle en prend quatre et lui demande de déposer le reste à la Cave-vigie, là même où Jean Sénac « est mort » (plutôt assassiné). « Dans cette cave se réunissent des jeunes pour écrire de la poésie, fumer, lire… ». Ryad fait des heureux.

Un matin, il neige sur la ville, neige fondue. En face des Vraies Richesses, « Abdallah fixe son univers en train de prendre l’eau, l’air désolé, son drap blanc sur les épaules. » Ryad le rejoint. « Il a l’impression d’avoir failli à sa mission. » Ryad n’a pas repeint le local non plus, ni en blanc ni en bleu, mais il pense beaucoup à Claire sa compagne parisienne. Ryad et ses patrons affairistes n’ont pas complètement détruit Les Vraies Richesses du local ni celles portées par le cœur de tous les Abdallah.

3_ L’écriture

Les chapitres, à focalisation plurielle, alternent entre trois groupes de chapitres : a- les carnets de Charlot (86 pages), b- la vie dans Alger centre (rue Hamani) à travers Ryad venu de Paris et ceux qui y vivent (83 pages), c- les Algériens sous la colonisation du pays dont un journal vante « les transformations des côtes barbaresques », Algériens exhibés « parce que nous ressemblons à des cartes postales orientalistes ». Un peuple vigilant et conscient à travers ce « nous », embarqué contre la barbarie nazie puis oublié et qui prend les armes pour se libérer (20 pages).

Le premier et dernier chapitres intitulés « Alger, 2017 » interpellent le lecteur, l’invitent à visiter la librairie par le biais de ce « nous » aux premières pages qui se transforme en « je » au dernier chapitre. Une écriture qui alterne entre « récit » et roman.

La dédicace est offerte «  À ceux de la rue Hamani. » En exergue des vers de Frédéric Jacques Temple et de Jean Sénac. Dès la première phrase du roman, le lecteur est interpellé : « Dès votre arrivée à Alger, il vous faudra prendre les rues en pente, les monter puis les descendre. » Cette phrase est suivie d’une cascade de verbes à l’infinitif et d’autres au futur.

L’auteure, au style aéré, nous guide à travers les lieux d’Alger, mais ne prend pas les chemins les plus courts pour atteindre la librairie Les Vraies Richesses : rue Didouche Mourad, café le Milk-Bar, la statue et la place de l’Émir, la Casbah, le bloc de bâtiments aéro-habitat, la rue Hamani. Les verbes ici sont à l’impératif « prenez, écoutez, devinez, regardez, oubliez. »

Certains passages, peu nombreux heureusement, ne me semblent pas aboutis, ou trop convenus, à l’exemple de cette phrase « Au milieu du repas, la fillette dit à son père qu’elle a terriblement envie de partir en vacances », ou de celle-ci « Il reconnaît la femme qui lui a balancé le seau d’eau sale sur la tête. » Ce qui attire fortement notre attention c’est cette somme impressionnante des sortes d’inventaires à la Prévert, des listes d’un peu de tout qui marquent le roman, des listes qui nous renvoient aux célèbres notes/listes de Sei Shônagon. Il y en a partout et de toutes sortes et dès les premières pages avec la quantité de verbes à l’infinitif puis à l’impératif. En voici quelques exemples :

  • Souvenirs : Le métro qui freine dans un grincement, la navette pour l’aéroport, les couloirs, les lourds sacs, la poussière noire, les airs, les nuages sombres, l’avion…
  • Objets dont il faut se débarrasser : 1009 romans d’auteurs français, 132 romans d’auteurs algériens, 222 romans en langue arabe, 17 ouvrages de thème religieux, 42 ouvrages de poésie, 18 ouvrages scientifiques, 9 ouvrages de psychologie, 26 ouvrages d’Histoire, 171 ouvrages pour enfants, 38 ouvrages sur le théâtre, 19 ouvrages sur le cinéma, des photos en noir et blanc, un grand portrait en couleur, un bureau en bois, une vieille lampe, une pancarte rouillée, un matelas dans la mezzanine, des papiers, un balai, un seau.
  • Dans l’épicerie : des pommes cabossées, des salades vertes, des cadenas, des poivrons rouges.
  • Dans le sac poubelle : le courrier, les invitations, la vieille tasse sale, la paire de ciseaux, les feutres, l’agrafeuse, le tube de colle, le téléphone rouge.
  • En allant chez Moussa : un long couloir où s’empilent des caisses de soda, le matériel de nettoyage (détergents, balais, bouteille d’eau de Javel, serpillières, bidon rempli d’eau).
  • Ryad dresse mentalement la liste de ce qui reste à faire : se débarrasser des livres, jeter les meubles, jeter le matelas, jeter le bureau et sa chaise, jeter le frigo, prendre ses affaires et rentrer à Paris, embrasser Claire, faire rire Claire.

Ainsi que précisé plus haut, le premier et dernier chapitres se rejoignent. Dans l’un et l’autre le narrateur nous invite à visiter la librairie Les Vraies Richesses : « vous vous retrouverez devant l’ancienne librairie des Vraies Richesses dont j’ai imaginé la fermeture, mais qui est toujours là. »

Courrez-y et lisez (achetez et lisez) Nos richesses, un hymne au livre, à la littérature et aux hommes qui les font, qui les défendent. Vous ne le regretterez pas.

Ahmed Hanifi,

Marseille le 10 février 2020

« Les Vraies Richesses »- Photo Farouk Batiche- AFP

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CLIQUER ICI POUR VOIR VIDEO KAOUTHER ADIMI_ LA GRANDE LIBRAIRIE

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Kaouther Adimi, « Les petits de Décembre »

À Radio M. Kaouther Adimi parle de son dernier roman « Les petits de Décembre »

On peut lire ceci sur le site de Radio M. « Invitée de « Accès libre », l’écrivaine Kaouther Adimi a évoqué avec son hôte la littérature, son dernier roman, ses écrits ceux des auteurs algériens, le Hirak, la démocratie et même la polémique suscitée par les derniers écrits de l’écrivain-journaliste Kamel Daoud. Kaouther Adimi revient dans cet entretien aussi sur son dernier roman « Les petits de décembre », paru aux éditions Barzakh à Alger. Une histoire de révolte d’enfants contre des généraux à Dely Brahim à Alger. une histoire d’un terrain vague objet de discorde entre…deux générations! . Une satire féroce sur l’Algérie d’aujourd’hui. » Kaouther Adimi est interviewée par Fayçal Mataoui, le samedi 01 février 2020.

On apprend beaucoup sur le roman, l’Algérie, la vie privée de l’auteure, la société… mais le contenu littéraire du roman, son articulation, l’élaboration du style… n’ont pas ou peu été développés.

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« C’est un terrain vague, au milieu d’un lotissement de maisons pour l’essentiel réservées à des militaires. Au fil des ans, les enfants du quartier en ont fait leur fief. Ils y jouent au football, la tête pleine de leurs rêves de gloire. Nous sommes en 2016, à Dely Brahim, une petite commune de l’ouest d’Alger, dans la cité dite du 11-Décembre. La vie est harmonieuse, malgré les jours de pluie qui transforment le terrain en surface boueuse, à peine praticable. Mais tout se dérègle quand deux généraux débarquent un matin, plans de construction à la main. Ils veulent venir s’installer là, dans de belles villas déjà dessinées. La parcelle leur appartient. C’est du moins ce que disent des papiers « officiels ».

Avec l’innocence de leurs convictions et la certitude de leurs droits, les enfants s’en prennent directement aux deux généraux, qu’ils molestent. Bientôt, une résistance s’organise, menée par Inès, Jamyl et Mahdi.

Au contraire des parents, craintifs et résignés, cette jeunesse s’insurge et refuse de plier. La tension monte, et la machine du régime se grippe.

A travers l’histoire d’un terrain vague, Kaouther Adimi explore la société algérienne d’aujourd’hui, avec ses duperies, sa corruption, ses abus de pouvoir, mais aussi ses espérances. »

256 pages – 18€

Kaouther Adimi

Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi vit désormais à Paris. Après deux premiers livres, L’Envers des autres (prix de la Vocation 2011) et Des pierres dans ma poche, elle connaît un important succès avec Nos richesses (Prix Renaudot des lycéens), paru au Seuil en 2017, évocation du légendaire libraire et éditeur Edmond Charlot.

In : rentrée-seuil.com

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Liberté, Rubrique culturelle – le 05-09-2019

Première liste du Prix Renaudot 2019

Kaouther Adimi sélectionnée pour “Les petits de décembre”

Après le prix Renaudot des lycéens en 2017 pour  Nos richesses, l’écrivaine prolifique Kaouther Adimi vient d’être sélectionnée dans la liste du prix Renaudot 2019 pour son roman Les petits de décembre. 

Paru en France aux éditions du Seuil le 14 août dernier, les éditions Barzakh ont annoncé sur leur page Facebook, qu’il sera disponible en librairie en Algérie à partir du samedi 14 septembre. Les petits de décembre, plonge le lecteur en février 2016, dans la cité du 11-Décembre, (Dely Ibrahim, Alger). “Tout commence par un affrontement entre deux généraux et une poignée de gamins sur un terrain vague : les premiers le convoitent pour y construire leur villa, les seconds le défendent parce que c’est leur terrain de foot, le territoire de leur liberté. En quelques semaines, un bras de fer s’installe, qui culminera dans la révolte dite ‘des petits de Décembre’”. 

Dans le communiqué de la maison d’édition, il est mentionné que “dans un style vif et alerte, flirtant parfois avec le burlesque, Kaouther Adimi fait défiler une savoureuse galerie de personnages : Inès, Jamyl et Mahdi, pré-adolescents intrépides ; Adila la très moderne ancienne moudjahida ; les généraux Athmane et Saïd, ivres de leur impunité ; mais aussi la fameuse ‘folle aux cheveux rouges’, fascinante Pythie de la cité…”. 
“En plus d’être une satire féroce, explorant efficacement l’histoire de l’Algérie contemporaine, ce roman est une réflexion douce-amère sur l’impossible dialogue entre générations, et le saccage, par les adultes, des rêves de l’enfance. Un texte hommage à l’innocence perdue”. Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi a suivi des études de littérature. Elle vit et travaille à Paris. Elle est l’auteure de quatre romans publiés en Algérie (éditions Barzakh), et en France (Seuil et Actes Sud).

 À noter qu’outre la sélection dans la liste du Renaudot,  l’écrivaine est finaliste du Prix de la littérature arabe décerné par l’Institut du monde arabe et par la Fondation Jean-Luc Lagardère.

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« Les petits de Décembre » roman de K. Adimi

Plus de cinquante ans après l´indépendance de l´Algérie, la jeune écrivaine algérienne Kaouther Adimi explore dans son roman Les petits de Décembre, à travers l´histoire d´un terrain vague, la société de son pays avec ses duperies, sa corruption, ses abus de pouvoir, mais aussi ses espérances.

La littérature algérienne d´expression française ne cesse de nous étonner en enfantant toujours de nouveaux talents. Un des noms qui nous ont le plus impressionnés ces derniers temps est celui de Kaouther Adimi. Née en 1986 à Alger, elle a passé une partie de son enfance à Grenoble, en France, avant de regagner en 1994 son pays natal qui vivait à l´époque sous l´emprise du terrorisme. Diplômée en lettres modernes et en management de ressources humaines, elle a fini par rentrer en France où elle vit toujours. En 2011, elle a publié aux éditions Actes Sud un premier roman fort remarqué L´Envers des autres qui s´est vu couronner du prix de la Vocation. Ce roman avait déjà paru en 2010 en Algérie chez Barzakh sous le titre Des ballerines de papicha. Petit à petit, elle s´est affirmée comme une des jeunes écrivaines les plus prometteuses de sa génération. En 2017, elle a gravi un échelon supplémentaire dans sa carrière en publiant le très beau roman Nos richesses, aux éditions du Seuil, un opus qui a reçu le Prix Renaudot des Lycéens. Le point de départ est la librairie Les Vraies Richesses, inaugurée à Alger en 1935 par Edmond Charlot, en prenant exemple sur la librairie parisienne d´Adrienne Monnier. Placée sous l´égide de Jean Giono, la nouvelle librairie et petite maison d´édition algéroise se faisait fort de promouvoir de jeunes écrivains de la Méditerranée. Aussi a-t-elle publié, pour inaugurer son catalogue, le premier texte de celui qui n´était alors qu´un parfait inconnu et qui répondait au nom d´Albert Camus…

Algérie: l’espoir fait vivre.

Lors de cette rentrée d´été 2019, Kaouther Adimi revient, toujours aux éditions du Seuil,  avec un nouveau roman tout aussi puissant : Les Petits de Décembre. L´histoire se déroule en 2016 à Dely Brahim, une petite commune de l´ouest d´Alger, dans la cité dite du 11-Décembre. Des enfants y jouent au ballon dans un terrain qui devient une surface boueuse les jours de pluie, mais qui malgré tout fait leur bonheur. Dans ce quartier vivent entre autres des militaires à la retraite ou des gens comme Adila, une petite femme aux cheveux bruns très courts qui, pendant la guerre d´Algérie, avait combattu les Français les armes à la main et qui a continué à militer pendant les années de terrorisme.  

La vie harmonieuse de la commune bascule le matin où deux généraux, plans de construction à la main, y débarquent pour venir s´installer dans de belles villas déjà dessinées. La réaction des habitants du quartier est particulièrement vigoureuse surtout de la part de jeunes comme Inès -fille de Yasmine et petite-fille d´Adila- Jamyl et Mahdi qui s´en prennent directement aux deux généraux et qui vont mener par la suite la résistance, pour ainsi dire, aux prétentions des deux militaires.  

Les deux généraux n´acceptent pas, cela va sans dire, de se faire humilier par des enfants et ne veulent nullement que les choses en restent là, leur réputation et leur pouvoir ne pouvant pas être mis en cause. Le général Saïd a étudié en Russie et fut un des instigateurs de la purge dans l´ armée dans les années quatre-vingt-dix : «Il a lutté avec acharnement contre toute forme d´islamisme, veilla à ce que les étudiants qui portaient une barbe soient suivis, mis sur écoute et convoqués pour être durement interrogés. Il ne douta jamais du bien-fondé de la mission qui lui avait été confiée par sa hiérarchie : anéantir les mouvements islamistes du pays». Ses trois enfants vivent en France grâce à des bourses octroyées par l´État. On raconte qu´il a des parts dans plusieurs entreprises, qu´il est incontournable pour tout ce qui touche au business du pays et que les proches du ministre et des présidents sont tous liés à lui d´une manière ou d´une autre. Il a pourtant une maladie qui le ronge : un cancer qui l´oblige à prendre sa retraite. Il s´est lié d´amitié dans les années quatre-vingt avec Athmane, l´autre général, qui possède plusieurs propriétés à l´extérieur, qui consulte les services d´une  voyante et qui fut recruté par le service juridique de l´armée grâce à un faux diplôme de droit, alors qu´il n´avait pas fini les études qu´il avait commencées à Londres.

Ces deux généraux sont certes deux personnages importants de l´intrigue, mais ils sont avant tout le symbole de la corruption, de l´affairisme, de la vénalité du pouvoir en Algérie. Ils veulent donner une leçon exemplaire aux jeunes de la cité du 11-Décembre, mais, en même temps, ils prennent des risques puisque à l´époque des réseaux sociaux la mobilisation des jeunes est énorme et le pouvoir n´est pas en mesure de se mettre à dos des pans entiers de la société algérienne.

Ce roman étale aussi au grand jour l´hypocrisie des gens qui applaudissent théoriquement des mesures sociales progressistes, mais qui, par contre, ne perdent pas l´occasion de tirer à boulets rouges sur ceux ou celles qui dérogent aux principes de la décence et des bonnes mœurs, comme les femmes divorcées qui ne sont pas vues d´un bon œil, surtout lorsqu´elles s´habillent trop à la mode occidentale.

Kaouther Adimi raconte d´une plume élégante les heurs et malheurs du peuple  algérien qui, malgré les manigances, la corruption et l´arrogance du pouvoir, nourrit l´espoir en un avenir plus équitable. Un peuple qui, au nom de la justice, n´a pas peur de lutter pour ses idéaux.

Par Fernando Couto e Santos – le 05/12/2019

In : lepetitjournal.com/Lisbonne

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Extrait…

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J’avais rencontré Kaouther Adimi le 30 octobre 2016 au Salon du livre d’Alger, lors d’une émission de radio. CLIQUER ICI pour la visite :

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Un peu plus…

Wikipédia : Kaouther Adimi naît à Alger, où elle vit jusqu’à l’âge de quatre ans, avant que sa famille ne s’établisse à Grenoble pour quatre ans. Durant cette période elle découvre le plaisir de la lecture avec son père, qui l’emmène chaque semaine à la bibliothèque municipale1.

En 1994, elle rentre en Algérie, qui vit alors sous l’emprise du terrorisme. N’ayant que très peu d’opportunités de lire, elle commence à écrire ses propres histoires1.

Alors qu’elle étudie à la faculté d’Alger, elle voit une affiche de l’Institut français qui organise un concours de jeunes écrivains à Muret, en Haute-Garonne. La nouvelle qu’elle soumet retient l’attention du jury, qui la publie dans un recueil contenant les nouvelles des lauréats. Grâce à ce concours, elle est invitée à Muret, à Toulouse, puis à Paris, où elle rencontre les éditions Barzakh1.

Elle est diplômée en lettres modernes et en management des ressources humaines.

C’est en 2009 qu’elle écrit son premier roman, L’envers des autres. La même année, elle quitte à nouveau Alger, pour s’installer à Paris1.

Oeuvres:

  • L’Envers des autres2, son premier roman publié en mai 2011 aux éditions Actes Sud, auparavant édité en Algérie par les éditions Barzakh sous le titre Des ballerines de papicha en juin 2010, a obtenu le prix littéraire de la Vocation en 20113.
  • Des pierres dans ma poche, roman, éditions du Seuil, 2016 (publication Barzakh en novembre 2015).
  • Le Sixième Œuf, nouvelle sombre, a été publiée dans le recueil collectif Alger, la nuit aux éditions Barzakh en décembre 2011.
  • Le Chuchotement des anges, sa première nouvelle, a été publiée dans le recueil collectif Ne rien faire et autres nouvelles aux éditions Buchet/Chastel en mars 2007.
  • Nos richesses, roman, éditions du Seuil, 20174.
  • Les petits de Décembre, roman, éditions du Seuil, Paris, 2019, 252 pages, (ISBN 978.2.0214.3080.6)
  • Prix et distinctions
  • Prix littéraire de la vocation, en 2011 pour L’Envers des autres3.
  • Prix du roman de la fondation France-Algérie, en 20155.
  • Prix du FELIV (Festival international de la littérature et du livre de jeunesse d’Alger) en 2008.
  • Prix du jeune écrivain de langue française, en 2006 et 6e en 2008 pour Pied de vierge6.
  • Nos richesses
    • Prix Renaudot des lycéens 2017 pour Nos richesses7.
    • Prix du Style 2017 pour Nos richesses.
    • Prix Beur FM Méditerranée 2018 pour Nos richesses.
    • Choix Goncourt de l’Italie 2018 pour Nos richesses.
    • Mention Spéciale Prix littéraire Giuseppe Primoli 2018 pour Nos richesses.

Notes et références:

 1_ abc et d « Nos richesses » : Kaouther Adimi, l’étrangère [archive], Jeune Afrique, 15 septembre 2017

  2_ « L’Envers des autres/ actes Sud » [archive], sur www.actes-sud.fr (consulté le 21 septembre 2017)

  3_ a et b Emmanuelle Caminade, « L’Envers des autres , Kaouther Adimi » [archive], sur www.lacauselitteraire.fr (consulté le 21 septembre 2017)

  4_ « Nos richesses, le nouveau roman de Kaouther Adimi » [archive], sur Al Huffington Post (consulté le 21 septembre 2017)

  5_ Le Soir d’Algérie, « http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/09/17/article.php?sid=1968&cid=16 » [archive], sur www.lesoirdalgerie.com (consulté le 21 septembre 2017)

6_   ‘La Dépêche du Midi, Muret. On connaît les lauréats du Prix du jeune Écrivain [archive], consultée le 12 mai 2012.

 7_ Le Prix Renaudot des Lycéens est attribué à Kaouther Adimi pour Nos richesses (Seuil) [archive], consulté le 14 novembre 2017.

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