Richard Millet intellectualise et esthétise le racisme ordinaire, la haine

Richard Millet intellectualise et esthétise le racisme ordinaire, la haine.

Le trois septembre, de retour de l’étranger, j’apprenais que nombre  d’écrivains français et autres, étaient en colère contre un éditeur, membre du Comité de lecture de Gallimard. Il s’agit de Richard Millet. D’emblée je dois dire que je n’ai lu aucun livre de ce Millet. Depuis mon retour, je l’ai entendu sur différentes chaînes de télévisions et de radios (Youtube). J’ai lu tout ce que j’ai pu de lui, sur lui et sur ses écrits, sur la toile. Je connais suffisamment bien, par leurs écrits, certains auteurs cités dans ma présente intervention, pour faire confiance aux extraits qu’ils nous donnent à lire, extraits qui sont les leurs ou extraits de paroles et écrits de Millet qu’ils nous rapportent. Mais de quoi s’agit-il ?

Le 24 août dernier, Anders Behring Breivik, un jeune norvégien de 33 ans,  était condamné à Oslo à la peine maximale de 21 ans de prison pour avoir, le 22 juillet 2011, assassiné froidement à coups de fusil automatique 77 personnes, huit dans un attentat à la bombe contre le siège du gouvernement à Oslo, puis 69 autres, principalement des adolescents de la Jeunesse travailliste,  réunis dans une île de Norvège pour une manifestation contre le racisme.

Le même jour, Richard Millet (éditeur et écrivain très expérimenté et même très apprécié pour son écriture) publiait un pamphlet Langue fantôme suivi de Éloge littéraire d’Anders Breivik, oui éloge de l’assassin, un court texte de dix-huit pages aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. Un essai qui rend hommage au terroriste norvégien responsable de la tuerie d’Utoya (Norvège). Millet a dit à propos de Déclaration d’indépendance européenne, un brûlot de 1500 pages que Breivik avait publié sur Internet, qu’il était « non dénué d’intérêt ». Ce livre «contient des analyses pertinentes de la perte de l’identité nationale» dit Millet. Le 28 août, Tahar Ben-Jelloun s’indignait sur France Inter : « Richard Millet vit une sorte de dépression parce qu’il considère que la civilisation chrétienne est en chute libre, menacée par ce qu’il appelle le multiculturalisme. Millet ajoute que le multiculturalisme ce sont l’Islam et les arabes. Il est très malheureux parce que la société telle qu’elle est ne lui plaît pas. J’étais un peu habitué à son délire raciste, mais là il va beaucoup trop loin.  La littérature ne doit pas être à côté des criminels et des salauds. Millet me vise directement lorsqu’il dit que si la littérature parle souvent petit nègre en France c’est qu’elle se tiers-mondise. Il a une haine de tous ceux qui écrivent en français et qui ne sont pas Français de souche. » L’auteur franco-marocain écrit sur son blog (taharbenjelloun.org) le 05 septembre : « (pour Millet) le fait que tant d’écrivains viennent d’Afrique, du Maghreb et du monde arabe et écrivent en français, participent de ce fait à la « décadence »  de cette littérature. »

Je suis tombé sur des extraits de livres de ce Richard Millet qui m’ont laissé sans voix. Il écrit en effet : « Anders Breivik est un enfant de la ruine familiale autant que de la fracture idéologico-raciale que l’immigration extra-européenne a introduite en Europe depuis une vingtaine d’années. » Quant aux jeunes tués par Anders Breivik en 2011, ils « n’étaient que de jeunes travaillistes, donc de futurs collaborateurs du nihilisme multiculturel. » Millet suggère-t-il qu’on pouvait donc les éliminer ? Je cherche encore et encore pour découvrir des écrits infects, nauséeux. Voici ce qu’il disait sur France-Culture, le 11 juin 2011, répondant à la question d’Alain Finkelkraut, « que désigne pour vous le mot France ? », Millet répondit : « Pour moi, la France je la définis comme  un drame. Le contenu du mot France est déjà défait (…) Je suis, notamment dans un espace comme dans le RER dans une situation ‘d’apartheid’ volontaire, c’est-à-dire que je m’exclus moi-même d’un territoire et d’un groupement humain où je ne me sens plus moi-même. Quand je suis le seul Blanc, ça me pose de telles questions. Je ne peux que m’exclure moi-même. Moi, je n’ai pas de réponse à cela, et si cette population est fortement maghrébine, je le suis encore moins…Quelqu’un qui, à la troisième génération, continue de s’appeler Mohamed quelque chose, pour moi il ne peut pas être français ». L’excellent humoriste Guy Bedos dirait : « libanais ou quelque chose ». Faut-il que Mohamed le français se renie au point de ne pas donner le prénom de son grand-père à son fils, faut-il qu’il éradique son passé au nom de l’intégration ? Cela n’est pas étonnant dans la bouche de cet individu qui aimait à parler du « plaisir qu’il avait eu à tirer sur des Arabes. » (Jean-Marie Laclavetine in bibliobs 28 08 2012). Il a même prétendu avoir tué «des hommes, des femmes, des vieillards, peut-être des enfants» aux côtés des Phalanges d’extrême droite libanaises. Abjecte homme.

Dans De l’antiracisme comme terreur littéraire le sulfureux Richard Millet écrit : « Ainsi, constatant que je suis le seul Blanc  dans la station de RER Châtelet-Les Halles, à six heures du soir ou déclarant que je ne supporte pas de voir s’élever des mosquées en terres chrétiennes, ou encore trouvant que prénommer, à la troisième génération, ses enfants Mohammed ou Rachida relève d’un refus de s’assimiler, c’est-à-dire de participer à l’essence française, tout cela ferait de moi un raciste. » Non, c’est de l’amour fou. Cette exécrable répugnance parmi les répugnances, toutes ces ignobles paroles sont un acte politique assis sur de la littérature, l’utilisant, l’exploitant. C’est selon D. Caviglioli « une logorrhée digne d’un PMU toulonnais » (in bibliobs 30 08 2012).

L’écrivaine Raphaëlle Rérolle écrit in Le monde. fr du 27 08 : « En dix-huit pages, Richard Millet déroule avec rage la litanie des haines qu’il a déjà déversées dans d’autres écrits, notamment Opprobre, paru chez Gallimard en 2008. Inscrit dans une pensée d’extrême droite qui n’hésite pas à esthétiser la violence, Millet n’en est pas à ses débuts, en matière d’anathème. »

Le Clézio est connu pur sa grande discrétion. Mais les outrages de ce Millet l’ont fait bondir : «Au nom de quelle liberté d’expression, à quelles fins, ou en vue de quel profit un esprit en pleine possession de ses moyens (du moins on le suppose) peut-il choisir d’écrire un texte aussi répugnant?» écrit-il dans une tribune in bibliobs.nouvelobs.com le 05 septembre. « Richard Millet recherche très consciemment le scandale. Cela fait partie de sa stratégie d’auto-victimisation » écrit Pierre Jourde sur son blog (pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com) Pour Le Clézio  (qui n’est selon Millet qu’un « chien de garde qui aboie comme d’habitude ») «la question du multiculturalisme, qui semble obséder si fort certains de nos politiques et quelques-uns de nos prétendus philosophes, est une question déjà caduque», puisque «nous vivons dans un monde de rencontres, de mélanges et de remises en causes». (in bibliobs 05 09 2012)

Annie Ernaux écrit (Le Monde.fr du 10.09) : Les propos de Millet « exsudent le mépris de l’humanité et font l’apologie de la violence au prétexte d’examiner, sous le seul angle de leur beauté littéraire, les « actes » de celui qui a tué froidement, il y a un an, 77 personnes en Norvège. Des propos que je n’avais lus jusqu’ici qu’au passé, chez des écrivains des années 1930. » 118 écrivains ont approuvé le texte d’Ernaux  (dont Amélie Nothomb, Alain Mabanckou, Camille Laurens, Tahar Ben Jelloun, Bertrand Leclair, JMG Le Clézio, Boualem Sansal, Christian Prigent, Marie Desplechin). A cela Millet répond «l’antiracisme (c’ est du) terrorisme».

Qui est responsable selon Millet de la misère culturelle, littéraire en France, je vous le donne en mille ? Les colons du 20° et 21° siècle, montés du sud, ces immigrés asiatiques ou pire encore africains, arabes et musulmans bien sûr : « le repeuplement de l’Europe par des populations dont la culture est la plus étrangère à la nôtre » écrit Millet. Il y aurait ainsi les Français de souche, ceux du premier cercle, et les autres, les Français de seconde zone, qui n’auraient pas dû l’être (français).

« Les positions idéologiques de Richard Millet me paraissent lamentables » écrit Pierre Nora (in Le Monde.fr  – 11 09). Nora est un historien, académicien et membre, comme Millet,  du comité de lecture chez Gallimard. Mais hélas, Millet n’est ni le premier ni le dernier à propager la haine contre « les autres », ces étrangers, même devenus des nationaux.  Des hommes politiques, des « artistes », chroniqueurs radio et télé…. diffusent en France (je ne connais pas la situation des autres pays européens) et de manière récurrente des paroles suggestives, parfois directes, parfois très subtilement,  contre les immigrés arabes, musulmans, africains  (Zemmour, Houellebecq, Finkielkraut – oui, oui – et tant et tant). Il y a à l’évidence une « certaine corruption de la pensée contemporaine et de la responsabilité des écrivains dans la propagation du racisme et de la xénophobie. » (Le Clézio dans La lugubre élucubration de M. Millet)

A la périphérie de toute cette affaire c’est que ce triste homme en tire un bon profit : sa Langue fantôme a été vendue à  7500 exemplaires  et son Antiracisme comme terreur littéraire à 6500. Et ce n’est pas fini.

Millet a démissionné ce jeudi  13 septembre du Comité de lecture de Gallimard, mais il reste néanmoins salarié.

Ahmed Hanifi

Marseille, le 15 septembre 2012

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