La revue « A » (ex « Algérie Littérature/Action)

Je suis descendu à Marseille vendredi 10 pour assister à une soirée NUPÈS en vue des élections législatives. Comme il m’arrive souvent lorsque je descends à Marseille, j’ai été pris ce vendredi par une irrésistible envie, celle de faire un tour à l’Alcazar, LA grande bibliothèque, au deuxième étage, « Littérature », en attendant la soirée NUPÈS.

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Je suis donc dans l’Alcazar, je m’installe avec « L’anomalie » de Hervé Le Tellier entre les mains. À mes côtés, le roucoulement continu de deux tourtereaux, probablement étudiants, me dérange. Je change de place et m’installe sur un siège devant une petite table ronde, seul près d’un espace silencieux. Je continue ma lecture de L’Anomalie, mais lorsque je lève les yeux, sur ma droite, en direction des rayons, une affiche attire mon attention, une feuille rose 21X27, sur laquelle il est écrit en caractères majuscules : « Espace magazines et littératures à emprunter ou à feuilleter sur place. » Juste en dessous, il y a plusieurs casiers remplis de revues sur le fronton desquels il est écrit : « NRF » pour le premier casier, « L’indice dei libri (italien) » pour le deuxième, « Nuit Blanche (revue québécoise) » et « A-Littérature-Action » sur d’autres. Immédiatement ce dernier titre me renvoie à une revue que j’avais beaucoup appréciée en son temps « Algérie Littérature/Action » dont le directeur de publication était Aïssa Khelladi et la responsable de la rédaction Marie Virolle. Une revue éditée en France par Marsa Éditions.

Je range Le Tellier dans mon sac-à-dos (j’ai toujours un sac à dos, je peux y fourrer tout et n’importe quoi) et retourne à l’espace « Magazines et littératures ». Il y a en tout et pour tout dix numéros de cette revue (du N° 4, janvier- avril 2019 au N° 13 janvier-avril 2022). Les trois premiers numéros soit ont été empruntés, soit n’ont jamais figuré dans les rayons de l’Alcazar. 

Ce qui frappe en premier c’est d’abord le format. Il était plutôt classique, 15 cm X 21, passant à un format carré de 20,50 X 20,50, puis ce qui attire l’attention également c’est l’évacuation d’un des responsables initiaux de la revue. Peut-être a-t-il de lui-même refusé cette nouvelle aventure ? Exit donc de la nouvelle revue Aïssa Khelladi qui a complètement disparu des médias depuis le retrait et la disparition de l’ancien président algérien dont il avait écrit un panégyrique « Bouteflika, un homme et… ses rivaux » (Ed Marsa/Alger, 2004). Un livre débordant de haine, notamment à l’encontre de Hocine Aït-Ahmed. Je demeure convaincu qu’il s’agissait là d’un brûlot, un libelle de « commande ». J’appréciais les écrits de Aïssa Khelladi (ou d’Amine Touati), mais là je suis tombé de haut et à la renverse (je savais qu’il avait été officier des Services, un frère parmi les frères, mais je ne pensais pas qu’il avait encore un fil à la patte. Aussitôt après la lecture du brûlot j’ai adressé un courrier de désabonnement à la revue « A.L/A » dont j’appréciais beaucoup les contenus et le travail des collaborateurs. Je me dois d’ajouter que Marsa a été la première maison d’édition à me publier avec « Le temps d’un aller simple » (en 2001 en France et l’année suivante en Algérie). Je ne pouvais pas continuer après ce que j’avais lu dans le livre de Khelladi. J’avais écrit une lettre (cf photo) très sévère. Je la récrirais identiquement aujourd’hui. Mais il me faut être clair, le talent d’écrivain, certain, de Khelladi, n’a rien à voir ici.  

Je reviens à mon mouton pour dire que je suis très content de ce « retour ». Ce type de revue fait cruellement défaut en Algérie (même si, a priori, elle ne traite pas exclusivement de l’Algérie), et puis, c’est une revue française, pas algérienne. Je suis surpris qu’on ne trouve nulle trace de « A littérature-action » dans la presse algérienne qui bizounourse (du verbe bizounourser) en rond. Toujours les mêmes encore et encore. À moins que je sois un mauvais lecteur de cette presse. C’est vrai aussi, mais si tel aurait été le cas je pense qu’on en aurait eu vent via Facebook non ? Là encore je n’ai peut-être pas les « bons amis » qu’il faut ? Je commence à tourner moi-même en rond. Je me reprends et continue sur « A ».

La direction de cette nouvelle revue « A littérature-action » « Appelons-la ‘‘A’’ », est assurée par Marie Virolle et Laurent Doucet (« poète et professeur de lettres, d’histoire et de géographie dans un lycée professionnel de la banlieue de Limoges »). La revue est éditée par « Mars-A Publications Animations » (Marsa était le nom de l’ancienne revue). Le A « Algérie » de la précédente revue s’est transformé en « A comme le A de Ailleurs, le A de Autre, A des continents, des rives et des dérives, Afrique, Asie, Amérique… » Mais pas Algérie ? il y a là quelque malentendu ou méprise (ou impasse).

Si Algérie Littérature/Action était bimestrielle, la revue « A » est plutôt irrégulière. Elle couvre tantôt une période de trois mois (N° 9 et 12), tantôt quatre (N° 4, 5, 6, 8, 11, 13) ou même cinq (N°10). « ‘‘A’’ s’inscrit dans la continuité de l’action de ‘‘Marsa Éditions’’ et reprend à son actif le bilan de vingt années de publications et d’animations de cette structure » est-il précisé sur son site Internet ( https://revue-a.fr). Si tracasseries il y eut, elles sont d’ordre administratif (tout refaire : Urssaf, impôts, Afnil, Bnf…) et ce n’est pas rien ! 

J’ai emprunté les quatre derniers numéros, à savoir 10 à 13 couvrant la période de janvier 2021 à avril 2022. Ce sont ces quatre numéros que je vais exposer, détailler.

Des trente-quatre anciens collaborateurs et parrains (plusieurs y figuraient alors que décédés) de la revue Algérie Littérature /Action, seuls deux poursuivent l’aventure avec « A » la nouvelle revue : Denise Brahimi et Christiane Chaulet-Achour plus Marie Virolle (sans cette dernière la revue disparaîtrait sur le champ ou illico). Si le nombre total des collaborateurs (ne pas confondre avec contributeurs ou coordinateurs) indiqués sur le site Internet est de quarante-neuf noms, celui mentionné sur la revue papier diffère selon le numéro. Ils sont 23 collaborateurs aux numéros 10 et 11, 18 au 12 (dont une modification de nom) et 19 pour le dernier. Sept personnes sont en charge de la Rédaction de l’actuelle revue (dont Marie Virolle et Christiane Chaulet-Achour). La direction est assurée par Marie Virolle et Laurent Doucet. La revue « A » est domiciliée en France et publiée « avec le concours du CNL et de l’ANCT (CNL et FAS pour la revue disparue).

La lettre A occupe systématiquement une importante partie de la Une de la revue (voir photos). Quant au contenu de « A », les unes des numéros 4 au 13 mentionnent, dans l’ordre, jusqu’à la plus récente : Armand Gatti, Frantz Fanon, Marcelle Delpastre, Peter Diener, Kateb Yacine, échanges avec le Japon, Hôtel La Louisiane, Isabelle Eberhardt, Engagement et création, Jean Sénac. Il y a quatre grandes rubriques (elles n’apparaissent pas toutes systématiquement). Prenons-les dans l’ordre des numéros, du 10 au 13 :

1- En Une (82 pages au numéro 10, 73 pour le n° 11, 44 p pour le n° 12, et 120 pour le 13)

2- Études, lectures, regards (22 pages, 48, 50, 115)

3-Création-monde (89 pages, 60, 48, 28)

4- Arts plastiques (néant pour le n°10, 26 pages, 34 pages, et néant)

De quoi de qui traitent-elles ces rubriques ? Je les propose (très grossièrement) dans l’ordre de parution.

1- Rubrique « En Une »

N° 10 de la revue : 82 pages sont consacrées à l’hôtel littéraire La Louisiane (60 rue de Seine à Paris) où ont été accueillis de nombreux écrivains, artistes dont Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Boris Vian, Oscar Peterson, Gene Vincent, Étienne Daho… magnifiques textes accompagnés de photos, dessins… la rubrique est scindée en deux : a- Gens de La Louisiane, b- Femmes de La Louisiane.

N° 11 : Isabelle Eberhardt (Mahmoud Saadi), un dossier de 73 pages coordonné par Marie Odile Delacour (notre MOD de Libé d’antan, pas Libération non, Libé des belles années) et Jean-René Huleu (même parcours !) Je me demande si ce n’est pas elle qui a mis (la première) en lumière notre Alla du Foundou de Bechar. MOD et Huleu sont des spécialistes de la belle « perturbatrice ». On trouve parmi les contributeurs ces mêmes auteurs ainsi que… Leïla Sebbar, Christiane Chaulet Achour, Karima Berger (bonjour !), Patti Smith (une de ses chansons) : « … il me faut un radeau/ pour m’emporter sur/ la rivière jaune/ un harem de cloches à pierres/ carillonnant Isabelle/ la ballade d’une fille/ violon ivre/ qui s’est noyée dans le désert… »

N°12 : Sa « Une » porte sur des questions-réponses, précisément « 10 questions ; 10 réponses pour aujourd’hui et pour demain », sur 44 pages. J’ai trouvé certaines des questions (pardonnez-moi) un peu naïves, plutôt lisses que rugueuses. Sont conviés à y répondre onze (pourquoi pas 10 ?) artistes, philosophes, une cantatrice, des auteurs… dont Sapho, Boualem Sansal, Cécile Oumhani, Sophie Bessis… Les questions : Quels sont les événements qui vous ont le plus marqué…, quel est le plus grand enjeu actuel, quels sont les plus grands dangers pour les sociétés humaines, le mot ‘‘engagement’’ a-t-il un sens, l’art et le politique peuvent-ils encore transformer le monde ? etc.

N° 13 : Sur les pas de Jean Sénac. Un dossier de 120 pages avec des contributions de feu Hamid Nacer-Khodja, de Marie Virolle, Jean Bénisti ainsi que des textes de Jean Sénac. Il est question bien sûr des portraits de Denis Martinez, de son Talisman dédié à Sénac… Il est important de noter que l’ancienne revue Algérie Littérature-Action a produit un numéro (410 pages, publié au 1° trimestre 1999) entièrement dédié à Jean Sénac, « un volume réalisé sous la direction de Jacques Miel et de Jean de Maisonseul ».

2- Rubrique « Études, lectures, regards » 

(je commence à fatiguer)

N° 10 de la revue : critiques de textes (François Augiéras, poésie de Lahiri, ) commémoration (La Commune de Paris), dialogue autour d’un auteur, notes de lectures (Idir Tas,  Pierrette Epsztein)

N°11 : lecture de « 2 siècles de solidarités en Limousin », le verlan dans la BD, hommage à Bruno Krebs, un beau texte de Kamal Guerroua sur « l’exil linguistique » ou les écrivains algériens « placés par l’Histoire en position de rupture avec leurs racines », des fiches de lectures (Un Afghan à Paris,  Une embuscade dans les Aurès…)

N°12 : Un entretien avec Catherine Simon (« Un baiser sans moustache » notamment) par Kinda F.Z. Benyahia (auteur d’une thèse sur « poétique du roman policier, cas de trois autrices… », une note de lecture de « Le doigt » de Dalie Farah (par Denise Brahimi), d’autres notes par Françoise Bezombes… Mais aussi un texte de Christiane Chaulet Achour sur l’intertextualité en prenant pour exemple deux romans, celui de Mohamed Mbougar Sarr « La plus secrète mémoire des hommes » et celui de Yambo Youologuem « Le devoir de violence ». La recension (c’en est pas à proprement parlé d’une recension) commence ainsi : « Il y a souvent une certaine perplexité quand la critique journalistique en France s’entend pour encenser dans un concert de louanges un roman d’un auteur francophone. Pourquoi, alors que tant d’autres publient en même temps et qu’on les ignore ?… » L’interrogation de Christiane Ch.A. me fait sourire. Car on peut la compléter en la transposant à l’environnement algérien. « Pourquoi ‘‘les critiques’’ de la presse algérienne (par flegme ou dépourvus d’instruments ?) tournent-ils en rond ? Pourquoi 40, voire 50 ans plus tard ils en sont encore à encenser plus que tous les autres, des écrivains qui n’en ont pas besoin, des hommes comme K. Yacine, M. Haddad, R. Boudjedra (qui ne produit plus), Mimouni, Jean Sénac… matin et soir (j’exagère à peine), alors qu’il y a des talents à la pelle (jeunes) à peine trentenaires (ou quadra) formidables ! (il suffit de tendre l’oreille et d’ouvrir l’œil, notamment lors du SILA). La réponse (indirecte) a été donné mille fois par Bourdieu. Et c’est dommage (dommage que Bourdieu ait mille fois raison). 

N°13 : 115 pages sont dédiées à cette rubrique (y compris les Arts plastiques) dans ce numéro. On y trouve pêle-mêle Nawal El Saadawi, Assia Djebar, Al Hallaj, Leïla Sebbar et un long entretien avec Abdellatif Chaouite (par Bruno Guichard)

Deux autres rubriques, Création-monde et Arts plastiques complètent la revue, ainsi que des critiques de films, documentaires… (Je suis fatigué). Je m’arrête là car l’heure tourne. La combinaison fatigue et temps agissent comme un boa constricteur. 

Je reprendrai et retravaillerai entièrement cet article lorsque j’aurai lu l’ensemble des 13 (ou plus) numéros de la revue et si le courage m’accompagne. Je souhaite à « A » bonne route (elle a quand-même quatre ans ! –  elle est née en 2018 alors même que j’étais sur le point me concernant, de mettre un terme à ma maison d’édition « Incipit en W » hélas.)

Allez, il me faut quitter la bibliothèque et filer droit à la soirée NUPÈS.

Quant à l’ « A », je m’y abonnerai pour sûr, promis, juré, craché, croix de bois, croix de fer, si j’mens…

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