Aïn Fouara martyrisée

Tu as depuis longtemps été adoptée

Par la communauté, adulée.

Femme au monde-fontaine,

De ta source jaillit l’universel.

Depuis le premier jour

Tu offres au passant assoiffé ta générosité.

L’invitation permanente gicle de tes yeux voilés,

De ton corps en alerte, ton cœur en ébullition.

Même s’ils savent que tu n’as jamais froid,

Que tu restes de marbre devant leur turpitude

Qu’il vente ou pleuve,

Tu es, femme, la cible ad vitam æternam

Des esprits torturés.

On croyait l’abjection hors de la mémoire de l’esthétique

Mais l’histoire bégaie,

La voilà de retour, armée d’une machette

Pour, comme jadis,

Te récuser, te violenter,

Pour t’amputer,

T’anéantir.

Tes amis t’implorent de nouveau,

Ne cède pas ta beauté aux écervelés torturés

N’abdique pas devant l’acharnement

Des ignorants

Dévots du vide.

Que ta grâce exauce nos vœux ya Fouara*.

Miramas, 20 décembre 2017

* ya Fouara = ô Fouara. Aïn Fouara est une fontaine avec statue, emblématique de la ville de Sétif (Algérie). La sculpture est l’œuvre du Français Francis de Saint-Vidal (1899). La statue représente une femme nue assise sur un rocher, au-dessus d’une fontaine, un bras posé sur la pierre, l’autre sur un côté de la stèle, et une jambe repliée. Sa longue chevelure ondule jusqu’au bas du dos. Elle semble contempler la ville ou le monde…

La statue a été vandalisée le 22 avril 1997, le 31 mars 2006, puis le 18 décembre 2017.

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