Fin mars 2016 à Oran

Récemment je m’étais rendu en Algérie pour animer des ateliers d’écriture. Le jeudi 31 mars je devais prendre l’avion du retour pour Marseille, mais je n’ai pas pu. « Grève générale en France » nous dit l’employé d’Air Algérie de l’aéroport d’Oran-Ben-Bella. Je le savais depuis plusieurs semaines, mais voyez-vous, le temps qui vous voit avancer dans la vie, peut parfois tisser de sympathiques ruses, des reginglettes sur-mesure, appropriées à l’homme perdu que vous êtes. Juste pour s’amuser de vous, pour vous narguer… Je le savais bien avant de me rendre en Algérie qu’il y aurait grève « le 31 », mais bon…

Ce jeudi 31 mars, donc, je n’ai pas pu prendre l’avion pour Marseille, et par conséquent pas pu participer au rassemblement contre « La ‘loi travail’ d’El-Khomri ». Le vendredi est une journée partiellement morte au bled, et pourtant mes amis (le toubib comme l’affairiste naïf) étaient ce jour-là fort occupés. Alors je me suis résolu à faire une virée sur la côte. Ce que je n’avais pu encore faire jusqu’à ce jour. Faire une virée, seul. J’ai choisi la côte est. Jusqu’à Belgaïd ce ne sont que constructions, les unes sur les autres. Le béton se conjugue à tous les temps, à toutes les formes : villas, immeubles, commerces. Aucune harmonie. Aucun arbre. Pitié et prières. Sur les routes, à chacun son propre code, et que Dieu reconnaisse les siens. Les policiers chargés de la circulation se racontent des histoires de policiers chargés de la circulation qui se racontent des histoires qui tournent en rond. « Il faut réagir à cette hécatombe et trouver les solutions adéquates car la route en Algérie est l’une des plus meurtrières au monde » (Liberté 30 juillet 2013)

La solitude (contrairement à ce que l’on pense) à ceci de bon qu’elle vous rapproche – si vous vous donnez la peine de la disponibilité – de ce que profondément vous êtes, de ce que profondément vous ressentez, aimez… La solitude peut vous délivrer de l’artifice et vous ouvrir à la vie, la vraie.

C’est dans cette disposition-là, dans cet état d’esprit que j’étais ce vendredi lorsque je suis arrivé sur la grande baie de Aïn Franin… à une dizaine de kilomètres à l’est du centre d’Oran. Un joyau naturel, qui échappe encore (et pour pas longtemps hélas) à la main terrible de l’homme. Hormis quelques légers aménagements, les lieux sont tels que je les ai découverts et fréquentés souvent depuis 1967. Je vous laisse admirer les photos et vidéo.

« À certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L’odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. À peine, au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village, et s’ébranle d’un rythme sûr et pesant pour aller s’accroupir dans la mer. » (Albert Camus, Noces à Tipasa). Je ne m’en lasserai jamais. Remplacer Tipasa par Aïn Franin (sans les ruines) et le mont Chenoua par la Montagne des lions.

Le lendemain, samedi 2 avril, je suis rentré à Marseille. Le 4 avril je notais cet extrait de Politis pointant la « naissance d’un mouvement inédit », et ajoutais en clin d’œil familial – mais cela ne vous concerne point : « (Lina aussi !) ». Le mouvement en était à sa 4° nuit consécutive à débattre sur la place de la République, alors que Lina n’avait que quelques heures. Quelques jours plus tard je m’incrustais dans la manif contre la loi travail « Tous ensemble, tous ensemble, etc… », sur les boulevards Garibaldi et Lieutaud. Plus tard, en aval des Réformés, je remonterais la belle rue Curiol fleurie par ses habitants rejoindre sur le Cours Julien, le début d’un rassemblement pour une nouvelle « nuit debout », et où m’attend mon ami O.M., un verre à la main. La semaine prochaine je me rendrai au MUCEM.

A.H

Mardi 12 avril 2016

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