Kamel Daoud à « Voix nue »

Je vous propose d’écouter « À voix nue » une émission de France Culture. L’invité est Kamel Daoud. Il s’exprime durant cinq épisodes de 30 minutes chacun, diffusés du 29 novembre au 3 décembre. Son discours est franc et intelligent. Il dit les choses, ses convictions, son parti-pris, ses réflexions, ses doutes, comme à son habitude en vous regardant droit dans les yeux. Il faut prendre parfois sur soi et surtout ne pas rejeter ou s’offusquer « bêtement » (pardonnez-moi). Je n’adhère pas à tout ce qu’il dit, non, mais je trouve qu’il fait beaucoup avancer les débat si tant est qu’on lui oppose, lorsqu’on n’est pas d’accord avec lui, non des stigmatisations et autres noms d’oiseaux mais un argumentaire. Il est de mon point de vue primordial que nous arrêtions avec cet esprit et propos constrictifs « plus nationaliste que moi tu meurs » ! Personnellement j’aurais quelques réserves sur certains passages (la presse, l’écriture, le militantisme…) Je regrette qu’il ne rende pas hommage à feu « Moussa » Bennaoum son 1° employeur (lui, K.D., qui était alors un jeune en recherche d’une stabilité, d’un salaire) « Moussa » dont il cite furtivement le nom de son journal.

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Kaoutar HARCHI « Comme nous existons », à Marseille

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LA VIDEO SE TROUVE EN BAS, À LA SUITE DU TEXTE

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Kaoutar Harchi a présenté hier samedi 27 novembre son dernier ouvrage, « Comme nous existons » (Actes Sud) , une « enquête autobiographique », à la médiathèque Alcazar de Marseille. 

Je vous propose ces vidéos et à leurs suite une lecture de quelques extraits de son intervention qui a duré une heure et demie. 

La séance s’ouvre sur une question du cheminement entre les différents ouvrages écrits par l’autrice.  « La question de la trajectoire est une question complexe. Le point de départ qui est sûrement partagé par de nombreuses personnes, c’est le sentiment de la privation dans les deux sens du terme, être dans un espace domestique, familiale il y avait quelque chose qui paraissait complexe à cet endroit-là… et il y avait aussi la notion du sentiment d’être privé et aspiration à devenir publique au sens d’aspiration à faire des choses qui revêtent un caractère collectif, quelque chose qui relève d’une certaine forme d’utilité ou d’une certaine forme de réponse aux nécessités qui pouvaient être les miennes quand j’avais 17 – 20 ans. Beaucoup de choses se forment à ce moment-là et en tant que jeune fille de l’immigration post-coloniale comme je peux l’expliquer dans ce récit, la question scolaire était une question assez importante, assez centrale et l’écriture a fait naturellement au regard de la place que prennent les écritures scolaires quand on est enfant puis adolescent, la question de l’écriture a pris une place importante mais aussi parce que l’écriture c’est quelque chose d’assez paradoxal au sens où en France c’est très fortement érigé comme une sorte d’art suprême, mais c’est aussi un art plus accessible que peuvent l’être d’autres formes d’expressions artistiques qui exigent des instruments, qui exigent des cours, qui exigent une maîtrise technique. 

Donc j’ai été une jeune fille soucieuse de sortir dehors mais aussi inquiète à l’idée d’être confrontée à ce dehors-là que nous connaissons tous et qui est marqué par une sorte de violence qu’elle soit intellectualisée, analysée ou qu’elle soit simplement vécue de manière brutale et immédiate. Je m’interrogeais beaucoup sur ces questions. J’essayais de trouver un sens partageable aux différentes formes de sacrifice qui avaient accompagné la trajectoire et comment elles étaient aussi principalement un sacrifice d’ordre parental. Ces récits ont traversé cette histoire et j’essayais à chaque fois de résoudre quelque chose en me disant qu’après cet ouvrage-là les choses seront plus résolues. Les choses n’étaient pas plus résolues au sortir du livre, mais j’avais peut-être gagné en lucidité en radicalité. »

Sur la question la mise à jour de l’intime, sur les limites, les ressources… 

« La question autobiographique m’intéressait depuis un certain temps. J’avais commencé à écrire des récits de fiction. Le roman est un genre dominant. On y entre en tant qu’écrivain convaincu que c’est la forme la plus importante qui soit. À travers cette expérience de l’écriture romanesque qui était une expérience que je définissais avec beaucoup d’assurance comme une écriture émancipatrice, comme une écriture de la progression, comme une écriture de l’ouverture. Progressivement je me suis rendue compte que les choses, matériellement, ne se présentaient pas ainsi et que mon statut d’écrivaine qui était assez légitime à mes propres yeux ne l’était pas forcément aux yeux des personnes qui m’entouraient et des personnes dont le travail était de produire des formes de jugement sur ce type de récits. J’ai donc été confrontée à des formes de situations parfois paradoxales quand en tant qu’écrivaine je cherchais à affirmer une forme de singularité ou une forme de spécificité et que je mobilisais le ‘‘je’’ en disant ‘‘moi je pense, moi j’estime, moi je considère’’… les réponses qui pouvaient m’être faites étaient souvent des réponses qui pouvaient mobiliser non pas ma propre subjectivité mais mobiliser une certaine forme de groupe d’appartenance imaginaire, à ‘‘moi je pense, moi je considère, moi j’estime’’, on pouvait me répondre ‘‘mais vous les musulmans, vous les femmes arabes, vous les habitants des quartiers populaires’’ et j’étais toujours dans une forme de décalage en tout cas dans une forme de désajustement très fort entre le point, la situation qui était la mienne et la difficulté à faire reconnaître l’individualité qui était constitutive de mon travail et cette difficulté à faire reconnaître une individualité elle est absolument centrale dans le cadre des rapports qui régissent les populations minoritaires et les populations majoritaires. Elle est centrale aussi dans les processus de désubjectivation et dans les processus d’identification qui sont souvent des processus d’identification qui réduisent ce que vous êtes à ce que vous semblez être. La question de l’apparence est absolument fondamentale et on peut y entrer par la question du genre, par la question de la classe et bien évidemment par la question de la race. Donc à partir d’une expérience apparemment anodine et apparemment simple, celle d’être une jeune femme dans le champ littéraire français se sont redéployées des problématiques d’ordre général que j’aurais pu expérimenter à partir d’un ensemble infini d’espaces sociaux, mais je les ai expérimentées à partir d’un espace où le symbolique où la catégorie où la valeur où le jugement où la qualification sont absolument fondamentaux, et cela a exacerbé un certain nombre de choses et j’ai toujours été par la suite à la recherche de ce ‘‘je’’ en fait, j’ai toujours été à la recherche de cette forme d’individualité. 

Je crois de manière très simple et très élémentaire et avec des formes de sédimentation très profondes dans le temps, le temps de ma vie, mais aussi le temps qui précède ma vie, c’est-à-dire tout ce qui s’est passé avant moi et avant nous tout cela a pris une forme qui ressemblait à quelque chose, a pris une forme qui était celle d’un pouvoir qui s’exerce et d’une résistance qui est appelée à se faire connaître.  »

De nombreux thèmes ont été développés, ainsi les ruptures entre les attentes de la société français et le milieu d’origine… la peur à travers les personnages (personnes) du récit… le choix du collège de l’auteur par ses parents… les questions d’actualité, la violence, le précariat, les inégalités, le politique, les formes d’apartheid, les corps en survie…  

Je vous laisse apprécier des extraits de vidéos que j’ai prises à cette occasion.

ahmedhanifi@gmail.com

Marseille, 28 novembre 2021

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Oran-Tamanrasset

« Pour beaucoup ici la mesure du temps est une abstraction, une fantaisie étrangère dont on se moque éperdument comme on raille les instruments – la montre ou le sablier – chargés de cette énigmatique et impossible opération. Les éléments et les vicissitudes de la vie des hommes sont plus importants, parfois plus inquiétants, que l’horloge et le faux temps qu’elle dissèque. L’une et l’autre sont mis à distance par les hommes qui les observent avec le juste intérêt qu’ils leur doivent. Aucun sablier ne sied au temps éternel. » À Béni Abbès – El Ouata, 2014.Alors, installez-vous, prenez un thé, ce que vous voulez, respirez. Cool…

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Un thé à El-Ouata

Les derniers jours de janvier s’effilochent à leur tour, paisiblement, en lambeaux ou en débris, naturellement ou au gré du Zef ou du Chergui comme tous ceux qui les précédèrent. Je me trouve dans le désert algérien. À El-Ouata exactement. Latitude 29°51’50 nord, à cinquante kilomètres au sud de Béni-Abbès. Le thé rouge que je déguste sous la tonnelle qu’ombragent de respectables bougainvilliers fleuris à faire rougir de lointains congénères mieux lotis, a le goût suave de l’immuabilité.  Pour beaucoup ici la mesure du temps est une abstraction, une fantaisie étrangère dont on se moque éperdument comme on raille les instruments – la montre ou le sablier – chargés de cette énigmatique et impossible opération.  Les éléments et les vicissitudes de la vie des hommes sont plus importants, parfois plus inquiétants, que l’horloge et le faux temps qu’elle dissèque. L’une et l’autre sont mis à distance par les hommes qui les observent avec le juste intérêt qu’ils leur doivent. Aucun sablier ne sied au temps éternel.

J’arrivai à Béni-Abbès hier en fin de journée. Je passai la nuit dans l’hôtel du Grand Erg, chambre 187.  Cet hôtel est une sorte d’îlot, très peu nombreux ici, dont les responsables – ils viennent du Nord –, par souci de « bonne gestion », ont souvent les yeux rivés sur la trotteuse et la grande aiguille qui tournent sans fin, chacune à son rythme, sous un cadran impassible. « Le petit déjeuner est servi entre 7 h 30 et 9 h » m’avait-on averti. Parmi les autochtones, nombreux poufferaient de rire. Ce matin, aussitôt réveillé je pris une douche froide avant de me rendre dans la salle de restauration pour le petit déjeuner – ce fut café au lait, khobz*, mini plaquette de beurre et confiture d’orange –, que je pris bien après l’horaire indiqué. Je saluai le réceptionniste très attentionné et me rendis au cœur de la ville, à hauteur du carrefour, sous les arcades. Les boutiques étaient ouvertes. Un marchand de journaux, des vendeurs à même le sol d’amulettes, de sandales, de bracelets et autres bijoux et souvenirs. Et un café. À droite, à quelques centaines de mètres sur l’artère principale, face au café-restaurant El-Aurès, des minibus et taxis collectifs attendent les clients. Mon intention était de me rendre à El-Bayada pour découvrir ses réputés artisans qui reproduisent à l’identique des ustensiles de cuisine en terre cuite tels qu’on les fabriquait dans les temps les plus reculés. El-Bayada se trouve à quelques kilomètres au sud d’El-Ouata. Des chauffeurs de minibus accostent les passants : « Taghit, Bechar ! », d’autres « El-Ouata ! »

El-Ouata, où je me trouve devant un verre brûlant et des dunes tout autour délaissées par les ombres, est un village offert au silence et à la torpeur, posé à cinquante kilomètres au sud de Béni-Abbès. 

« À El-Ouata tu prendras un taxi » me répondit le propriétaire du minibus qui fit encaisser par son employé 80 dinars. Je m’assis au fond du véhicule, au cinquième et dernier rang, à gauche, prêt de la fenêtre. Sur ma droite un homme, vêtu d’un boubou de soie bleu et d’un chèche de même couleur mâchait une gomme. L’heure prévue pour le départ était depuis longtemps passée, mais personne ne se souciait de cette contrariété. Le véhicule démarra lorsqu’aucune place des cinq rangées de sièges n’était plus disponible, y compris les quatre strapontins du couloir. Au premier rang, deux hommes occupaient les deux sièges à côté du chauffeur. Les commentaires de l’un m’amenèrent à penser qu’il était fonctionnaire. Le deuxième, très jeune, avait en charge la vente des billets. Juste derrière le chauffeur, au deuxième rang, deux femmes discutaient. La plus jeune tenait dans ses bras un nouveau-né silencieux, emmitouflé dans une couverture en laine pourpre, complètement. Lorsqu’elle se retournait pour parler au jeune garçon assis derrière elle, je devinais les traits fins de son visage dissimulé par un âjar*. Les deux sièges de droite étaient pris par un vieux couple. Une jeune collégienne occupait le premier strapontin.

Nous abandonnâmes Béni-Abbès par l’est, par l’hôpital Mohamed Yagou. La température ne cessait de grimper. Le ciel était et demeure aussi pur que les eaux du lointain et pacifique lagon de Tetiaroa. Une traînée ridicule au loin, blanche, se lova quelque temps dans un creux de l’immensité, puis s’évapora. La route était libre. Peu de véhicules l’empruntent. Les portables ne cessaient de vibrer, de sonner, tout le long du voyage. Mélodies inconciliables. Les discussions étaient hautes et les intimités des jaseurs partagées avec les autres passagers qui ne rouspétaient pas, mais n’en pensaient pas moins : « et toi pourquoi tu es allée les voir ? Je t’ai déjà dit qu’il était inutile d’aller les voir ». Cherchaient-ils à dissimuler leur état émotionnel, leur angoisse ? Nous étions tous, j’en suis certain, tous, à des degrés divers, plus préoccupés par la conduite du chauffard qui s’imaginait à portée d’une victoire d’un rallye automobile quelconque que par le contenu imposé des échanges téléphoniques. Aucun d’entre nous n’osa rouspéter. Ceux qui téléphonaient, peut-être le faisaient-ils pour détourner leur esprit de l’inquiétude et de la peur qui l’auraient assiégé du fait de cette folle conduite ? J’eus moi-même grand-peine à prononcer ces mots à mon voisin « il roule trop vite ». Le voisin feignit l’indifférence : « Hum » fut sa seule réaction bien réfléchie. Ou complètement spontanée. Peu après le panneau qui indiquait « Béchir », le receveur descendit. Le chauffeur quitta la grande route pour se diriger vers ce village, à droite. À deux kilomètres, le hameau sorti de nulle part pointa ses premières façades ocre. Un passager descendit avec un impressionnant sac bariolé rempli d’une douzaine de baguettes de pain. Ou une vingtaine. Il ne regarda pas derrière lui, ne fit même pas un geste de bienveillance au chauffeur. Cet apparent désintérêt ne me parut pas s’inscrire dans les mœurs locales très chaleureuses, quel qu’ait pu être son sentiment d’inimitié à l’encontre du chauffeur, que néanmoins je comprenais et partageais. Le minibus revint sur sa route. À l’embranchement qu’il avait quitté, il ralentit. Le receveur reprit sa place. Dix minutes plus tard, une localité un peu plus étalée apparut. Je demandai à mon voisin si nous étions arrivés à El-Ouata. Il hocha la tête et dit : « Taansel », gêné, me sembla-t-il, par la mastication de sa gomme. Je le fis répéter. « Taamtel » fit-il en se levant, pressé sous son chèche bleu, mais je n’étais point satisfait. Il demanda de libérer le passage, pour descendre, soulagé. Lui non plus ne fit pas signe et cela me contraria. Un homme monta en articulant un « Tchalem alikum »* à l’assemblée. Il prit la place de l’homme au chèche, rota et remercia l’Invisible en faisant la main droite du front aux lèvres et en murmurant « Hamdjoullé* ». Au loin, des enfants jouaient au foot dans un mini-stade neuf de volley-ball sans gradins. L’avenue principale est bordée, de part et d’autre, de nombreux arbres. Un journal révèle : « Entamé il y a trois années, un projet permit à ce jour la plantation de 15.000 ha en brise-vent autour des périmètres de mise en valeur des terres sahariennes, à travers les daïras de Béchar, Béni Abbès, Tamtert… Ces opérations de lutte contre la désertification furent aussi marquées par la plantation de 150 ha d’oliviers et de près de 9000 ha d’espèces forestières adaptées aux conditions climatiques de la région… » Un oued sans eau traverse le village. Le pont qui l’enjambe est en travaux. A la sortie, son nom est barré d’une bande rouge. Je réussis à lire : Tamtert. Les téléphones chantaient toujours. Trois personnes dont une femme, racontaient dans leurs combinés des histoires qui nous encombraient certes, mais qui nous aidaient, car nous ne pouvions totalement les ignorer, totalement supporter la folie du chauffeur.

Le temps passa et de nouveau la fourgonnette ralentit, puis s’immobilisa. La belle jeune femme et son nourrisson – il fut silencieux ou pensif, peut-être dormit-il durant tout le transport – nous abandonnèrent à l’entrée du dernier village. Nous arrivions à El-Ouata. Le garçon qui était assis derrière elle, peut-être son jeune beau-frère, descendit aussi. Un homme les attendait. Il embrassa le jeune garçon et soulagea la femme de son sac sans la regarder. Il avançait, la main pressant celle du garçon. La jeune femme les suivait. Le terminus se trouve au centre de la daïra*, près du marché. « Tout le monde descend, Ham-waldjikum* ». Le chauffeur d’un autre minibus m’expliqua que je ne trouverai probablement pas de transport pour El-Bayada. L’objet de mon déplacement était la découverte de ce village et ses réputés artisans, à dix kilomètres d’ici. Mais « la route n’est pas bonne pour nos voitures ». Je n’irai donc pas plus au sud. 

Au café du marché, je commandai un thé rouge « dans un grand verre merci ». Puis un second. D’une fourgonnette grise, un homme extrait des plantes vertes et de jeunes arbres fruitiers qu’il dépose et déploie derrière, à même la chaussée. Quelques personnes s’avancent, interpellent le vendeur. La saveur de ce thé rouge que je savoure sur cette place cernée de dunes sans ombre « Vingt-cinq dinars le grand verre », sous la frondaison des bougainvilliers écarlates est, je l’affirme, aussi exquise que la douceur de l’éternité.  

*Khobz : pain

Âjar : une voilette. C’est un tissu triangulaire, symbole de pudeur, traditionnellement porté par les femmes voilées. Il est posé sur le bas du visage, et qu’on attache derrière la tête.

Tchalem alikum ou salam alikoum : que la paix soit sur vous

Hamdjoullé ou Hamdou Allah (lillah) :  Remerciement à Dieu

Daïra : sous-préfecture.

Ham-waldjikum ou rham weldikoum : que Dieu bénisse vos parents.

El-Ouata le 26 janvier 2014.

______________________________________ Photos 2019____________________________

Il y a cinq ans disparaissait Léonard Cohen

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Il y a cinq ans disparaissait LEONARD COHENPour ne pas oublier Léonard et SuzanneC’était en 1973. J’avais l’âge de toutes les folies et même deux ans de plus. Et le diable au corps. Je me trouvais dans un pays lointain, aujourd’hui à deux clics de souris, à deux doigts donc. Mais à l’époque, ce pays qui nous faisait rêver était pour nous le bout du monde. Par ce « nous » j’entends la bande Snouci and C° du quartier Michelet d’Oran – bande à laquelle s’est jointe Suzanne L. fraîche émoulue de La Sorbonne, enseignante à la fac de Lettres d’Oran Sénia. Dès qu’arrivait le vendredi, veille de week-end, nous délaissions la brasserie Le Majestic, notre quartier général, pour aller fureter les quartiers autour de la place des victoires, du marché, de la cinémathèque. Mais LGF, « el-khawa » nous empêchaient de tourner en rond. Treillis verts et triques noires, non merci. Où que nous allions, ils exigeaient de nous qu’on écrase l’Afras ou la Marlboro et qu’on leur montrât le livret de famille, ou de rentrer à la maison. Le temps était venu pour notre groupe, la bande Snouci and C°, d’aller voir ailleurs. Au début des années soixante-dix, notre plus bel ailleurs, à l’unanimité, était la Suède. Chacun a fait comme il a pu pour quitter (déjà !) notre pays d’enfer (le terme est ici très négatif). Il nous fallait bouger.En 1973, je me trouvais donc en Suède et plus exactement à Farsta dans un grand appartement de son centre. Farsta est un joli bourg dans le sud de Stockholm. J’étais à moitié allongé sur un sofa. J’étais plus ou moins allongé avec dans la main une cannette de je ne sais plus trop quoi. Il me reste dans mes souvenirs que le jus était sacrément énergisant. Dans la pile de vinyles j’avais choisi « Suzanne » un morceau très en vogue, « Suzanne takes you down to her place near the river/ You can hear the boats go by/ You can spend the night beside her/ And you know that she’s half crazy… » Dans le spacieux appartement vivait une demi-douzaine de personnes, toutes – je le découvrirais – aussi sympathiques et farfelues que déglinguées. C’était Suzana, une fille que j’avais connue dans une auberge de jeunesse « L’auberge du quai de Jemmapes » à Paris qui m’y avait invité. Nous avions fait le trajet ensemble en stop de la Porte de Clichy jusqu’à la banlieue de Stockholm grâce à un routier sympa de Max Meynier (vous ne connaissez pas Max ? un jour je vous raconterai). Trois jours de route. Ce jour à Farsta était un samedi, je m’en souviens bien, Suzana m’avait proposé d’aller voir ensemble Viskningar och rop de Bergman, à son retour. Elle était partie voir sa mère je ne sais plus où. Les autres co-locataires étaient eux aussi absents. J’étais seul, allongé sur un sofa blanc, une canette à la main, captivé par Suzanne de Cohen. « But that’s why you want to be there/ And she feeds you tea and oranges/ That come all the way from China/ And just when you mean to tell her/ That you have no love to give her » Les Suzanne m’envoutaient. De sa voix profonde Cohen nous embarquait auprès de lui, il nous invitait aux voyages les yeux fermés en toute confiance. J’étais plus ou moins allongé en sirotant mon jus de je ne sais plus quoi, lorsque j’entendis le bruit d’une clé dans la serrure de l’appartement suivi par le grincement de la porte. Le temps de me retourner, un mec était planté là, courbé, un pack de Carlsberg V dans les bras. Il a dit quelques mots en suédois. J’ai compris « vän » (ami). Son allure générale n’inclinait guère à la bienveillance. Manifestement il semblait bien éméché. Et même plus qu’éméché. Je me suis levé comme un soldat prêt à se mettre au garde-à-vous. Que faire d’autre lorsqu’à vingt ans on se trouve dans de tels draps ? « Hi » j’ai dit en tendant la main, peu rassuré. Le gars m’a regardé un moment. N’a pas répondu à la main tendue. Il s’est affalé dans un fauteuil, puis a posé sans délicatesse le pack de bière sur la table basse à côté. « U come here with Suzana, is n’t man ? » Et l’autre là-bas qui sillonnait sur le tourne-disque, se fichant de la situation. Il chantait encore « Then she gets you on her wavelength/ And she lets the river answer/ That you’ve always been her lover ». J’ai dit « Suzana, heu, yes, yes… » Je ne savais quoi dire en fait, car le type ne m’inspirait pas confiance. Le visage déformé il a baragouiné je ne sais quoi d’autre, a porté son bras droit dans la poche arrière de son pantalon pour en extraire un objet noir qu’il a tendu vers moi. « Cohen se fiche de moi » ai-je pensé. Il n’arrêtait pas. « And she shows you where to look/ Among the garbage and the flowers/ There are heroes in the seaweed/ There are children in the morning/ They are leaning out for love/ And they will lean that way forever/ While Suzanne holds the mirror ». Le voyou cracha « This is for you guy ». Le « this » signifiait l’objet qu’il tenait fermement dans la main. Et il disait qu’il me le destinait. Je n’avais pas trop vite saisi. Était-ce une plaisanterie ? Le gars ne souriait pas. Son regard, sa bouche, son visage, exprimaient plutôt de la colère. Je compris au terme d’un moment qui me parut une éternité que décidément non, le malfrat ne rigolait vraiment pas. Mais alors pas du tout. J’ai tenté d’entamer une discussion avec lui. Sur le bout des doigts ou des pieds. Plutôt des pieds. Le type était occupé à dégoupiller une Carlsberg, il cherchait dans sa poche avec sa main libre un instrument pour. L’autre main tenait fermement un révolver. Le moment était propice si je voulais connaître la suite du temps qui passe. En une fraction de seconde, de celles qui nous motorisent, qui nous galvanisent lorsque nous nous trouvons dans d’identiques situations, j’ai réussi à m’extraire de la nasse qu’était devenu l’appartement. J’ai dévalé je ne sais comment les trois étages de l’immeuble, traversé la cour, suis sorti dans l’avenue, ai couru, couru, couru, sans me retourner jusque dans Djurgarden, un grand parc où se promenaient des centaines de personnes au sein desquelles je me suis fondu. « Peut-être pas des centaines » ai-je penssé, mais enfin, ce n’était pas l’heure de ronchonner. Il faisait lourd, il faisait beau, je ne sais plus. Ces petits détails n’ont pas marqué mon esprit. J’entendais au loin Suzanne, « And you want to travel with her/ And you want to travel blind/ And you know that you can trust her/ For she’s touched your perfect body with her mind. » Je ne voulais rien d’autre que « voyager avec elle… voyager les yeux fermés » Je savais que je pouvais lui faire confiance… »Le soir, lorsque la nuit se fut bien installée, Suzana me raconta l’histoire de ce type « il est un peu dérangé, il n’est pas méchant, non, il dit toujours qu’il va tuer quelqu’un. He always says that ! ». C’était en 1973. J’avais l’âge de toutes les folies et même plus.Aujourd’hui, lorsque j’écoute cette chanson, je retrouve mes vingt ans. Finalement le temps, est d’une certaine manière, défait.Leonard Cohen est mort, mais pas Suzanne. Aucune des trois. La suédoise est grand-mère, l’égérie d’Oran a retrouvé Paris et Suzanne l’éternelle est en nous tous. Elles sont toutes plus vivantes que jamais. Je les entends encore, près de cinquante ans plus tard, les cheveux blanchis, me fredonner notre air préféré, « And you want to travel with her/ And you want to travel blind … »

Ahmed Hanifi,Marseille le 6 novembre 2021Ce texte (modifié) a été initialement écrit le 12 novembre 2016

Léonard Cohen est mort le 7 novembre 2016 à Los Angeles à l’âge de 82 ans

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Sur Facebook, il y eut des réactions au texte…

Il y eut des réactions quant à la proximité de Léonard Cohen avec l’état (colonial) d’Israël. Je ne les ai pas reprises ici, car mon propos se veut axé sur la poésie, la chanson, la littérature, le souvenir d’une époque… Nous savons tous les ravages de l’État d’Israël et nous savons que beaucoup de chanteurs, écrivains… sont proches de lui hélas, mille fois.

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Suzanne takes you down to her place near the riverYou can hear the boats go byYou can spend the night beside herAnd you know that she’s half crazyBut that’s why you want to be thereAnd she feeds you tea and orangesThat come all the way from ChinaAnd just when you mean to tell herThat you have no love to give herThen she gets you on her wavelengthAnd she lets the river answerThat you’ve always been her lover Etc.

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Et sa muse, la connaissez-vous ? Vous ne connaissez pas Suzanne VERDAL ?

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LES PAROLES

(en français = de Graeme Allright°

Suzanne takes you down to her place near the river

Suzanne t’emmène chez elle près de la rivière

You can hear the boats go by

Tu peux entendre les bateaux voguer(1)

You can spend the night beside her

Tu peux passer la nuit auprès d’elle

And you know that she’s half crazy

Et tu sais qu’elle est à moitié folle

But that’s why you want to be there

Mais c’est pour ça que tu veux rester

And she feeds you tea and oranges

Et elle te nourrit de thé et d’oranges

That come all the way from China

Qui ont fait tout le chemin depuis la Chine

And just when you mean to tell her

Et juste au moment où tu veux lui dire

That you have no love to give her

Que tu n’as aucun amour à lui donner

Then she gets you on her wavelength

Elle t’entraîne dans ses ondes

And she lets the river answer

Et laisse la rivière répondre

That you’ve always been her lover

Que tu es son amant depuis toujours

And you want to travel with her

Et tu veux voyager avec elle

And you want to travel blind

Et tu veux voyager les yeux fermés

And you know that she will trust you

Et tu sais qu’elle aura confiance en toi

For you’ve touched her perfect body with your mind.

Car tu as touché son corps parfait avec ton esprit.

And Jesus was a sailor

Et Jésus était un marin

When he walked upon the water

Quand il marchait sur l’eau

And he spent a long time watching

Et il passa très longtemps à observer

From his lonely wooden tower

Du haut de sa tour solitaire en bois

And when he knew for certain

Et quand il eût la certitude

Only drowning men could see him

Que seuls les hommes sur le point de se noyer pouvaient le voir

He said All men will be sailors then

Il dit tous les hommes seront des marins alors

Until the sea shall free them

Jusqu’au moment où la mer les libérera

But he himself was broken

Mais lui-même fut brisé

Long before the sky would open

Bien avant que le ciel ne s’ouvre

Forsaken, almost human

Abandonné, presque humain

He sank beneath your wisdom like a stone

Il sombra sous ta sagesse comme une pierre

And you want to travel with him

Et tu veux voyager avec lui

And you want to travel blind

Et tu veux voyager les yeux fermés

And you think maybe you’ll trust him

Et tu penses que peut-être tu lui feras confiance

For he’s touched your perfect body with his mind.

Car il a touché ton corps parfait avec son esprit.

Now Suzanne takes your hand

Maintenant Suzanne prend ta main

And she leads you to the river

Et te conduit à la rivière

She is wearing rags and feathers

Elle est vêtue de haillons et de plumes

From Salvation Army counters

Venant des guichets de l’Armée du Salut

And the sun pours down like honey

Et le soleil coule comme du miel

On our lady of the harbour

Sur notre dame du port

And she shows you where to look

Et elle t’indique où regarder

Among the garbage and the flowers

Au milieu des déchets et des fleurs

There are heroes in the seaweed

Il y a des héros dans les algues

There are children in the morning

Il y a des enfants dans le matin

They are leaning out for love

Ils s’inclinent par amour

And they will lean that way forever

Et ils s’inclineront ainsi pour l’éternité

While Suzanne holds the mirror

Pendant que Suzanne tient le miroir

And you want to travel with her

Et tu veux voyager avec elle

And you want to travel blind

Et tu veux voyager les yeux fermés

And you know that you can trust her

Et tu sais que tu peux lui faire confiance

For she’s touched your perfect body with her mind.

Car elle a touché ton corps parfait avec son esprit.

(1)  littéralement passer ( mais fallait éviter la répétition de passer )

Merci à : w.lacoccinelle.net

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Suzanne, la femme qui fit chanter Leonard Cohen

le 13 novembre 2016, 

(modifié le 21 juin 2017)

La légende folk Leonard Cohen s’est éteinte jeudi. Cohen devait son tube planétaire à une danseuse hippie de Montréal, Suzanne Verdal, qui l’obséda toute sa vie.

Leonard Cohen est mort jeudi. (Reuters)

A-t-elle écouté son dernier album, You Want It Darker, chant funéraire paru il y a trois semaines? C’est peu probable. Écouter Leonard Cohen lui était devenu insupportable. Pourtant, qui d’autre connaissait mieux la légende folk, le plus sérieux concurrent de Bob Dylan, qui s’est éteint jeudi à l’âge de 82 ans? Justement, Suzanne Verdal le connaissait peut-être un peu trop. Le chanteur lui doit son premier succès et probablement la plus belle histoire d’amour de ce séducteur impénitent. Plutôt que de lui offrir son corps, la femme qui survit aujourd’hui avec ses rêves hippies dans un cabanon au bord du Pacifique, lui a inspiré la chanson qui restera à jamais associée à son œuvre.

« Je touchais son corps parfait par l’esprit »

L’histoire de Suzanne commence au début des années 1960. Poète et écrivain sans le sou, ­Leonard Cohen retrouve au Vieux Moulin, un club de jazz de Montréal, son ami, le sculpteur Armand Vaillancourt, dont la complicité avec sa très jeune fiancée sur la piste de danse le fascine. Trois ou quatre ans passent. Son ami a divorcé de sa danseuse. À l’été 1965, Leonard Cohen décide de rendre visite à la belle dans la maison au bord du fleuve Saint-Laurent, où elle élève seule sa fille, Julie.

Dans les rues de Montréal, ils se promènent à l’unisson, allument des bougies à l’église Notre-Dame-de-Bon-Secours. Chez elle, Suzanne lui offre du thé venu de Chine. « Nous n’avons jamais été amants sur un plan physique s’entend, c’était beaucoup plus profond que cela. Vous savez combien ­Leonard est un homme sexuel! Il est très attirant pour les femmes et je ne voulais pas être une de plus dans la foule », confiera Suzanne Verdal. « C’était un loft à une époque où l’on ne connaissait pas l’existence de ce mot. Elle m’a invité en bas à prendre du thé avec des zestes d’orange dedans. Les bateaux passaient devant les fenêtres et je touchais son corps parfait par l’esprit, faute de pouvoir faire autrement », racontera ­Leonard Cohen.

La chanson naît d’abord sous forme d’un poème, Suzanne Takes You Down. Quand le chanteur le psalmodie à Judy Collins au téléphone, elle lui demande d’en faire une chanson qu’elle enregistre en premier. Puis Suzanne ouvre en 1967 le premier album de Leonard Cohen, Songs of Leonard Cohen, avec pour autre succès, So Long Marianne, inspirée par Marianne Jensen, encore une ex-épouse d’un de ses amis artistes, avec laquelle Leonard Cohen vivra. Mais les histoires qui se concrétisent n’ont pas le privilège de l’éternité. ­Leonard Cohen rencontrera une autre Suzanne (Elrod), avec qui il aura deux enfants. La première devient un classique, bientôt repris par les compagnes et muses de Bob Dylan, Joan Baez et Françoise Hardy, mais aussi plus tard par la chanteuse de Abba, Anni-Frid Lyngstad, Graeme Allwright ou Alain Bashung. ­Leonard Cohen comparera sa Suzanne à un Château Latour de 1982.

Elle devient sans-abri à Los Angeles

À la fin des années 1970, ­Leonard Cohen se produit à Minneapolis. Suzanne Verdal s’est acheté un billet et vient le voir dans les coulisses à la fin du concert. « Tu m’as offert une belle chanson », la remercie le chanteur, devenu une superstar. Celle qui a voyagé de San Francisco à New York via Paris est retournée vivre à Montréal, où elle élève trois enfants de trois pères différents, toujours seule. Vingt ans après l’été 1965, Leonard Cohen est lui aussi à Montréal, où il reprend ses promenades lorsqu’il aperçoit sur la place Jacques-Cartier un spectacle de rue. Il s’approche, la danseuse le remarque. C’est Suzanne qui se présente à lui en mimant une révérence. Brutalement, il tourne les talons. On ne saura jamais pourquoi et s’il l’a reconnue ou bien ignorée.

En 1999, la danseuse tombe d’une échelle. Dos et poignets brisés. L’ancien rayon de soleil du Vieux Moulin ne peut plus enseigner la danse et sombre dans la dépression. Sa chanson la poursuit jusque dans les restaurants, qu’elle quitte dès qu’elle en entend les premières notes. Sans aucune ressource, elle est sans-abri à Los ­Angeles, survivant sur un parking de Venice Beach. L’eau toujours devant soi mais sans amour. L’ancienne fille qui faisait tourner la tête à toute la Beat Generation ne se doute pas que son ancien prétendant a déménagé à quelques ­kilomètres. Il vit dans un monastère bouddhique sous le nom de Jikan.
Ils ne se reverront plus jamais. En 2008, Leonard Cohen reprend la route, ruiné par sa manageuse mais sauvé par Suzanne. La vraie n’écoute plus la chanson, mais a gardé les mêmes « haillons », ce manteau de bohème qu’elle n’a jamais quitté.

Source: JDD papier

www.lejdd.fr

Le Goncourt à Mohamed Mbougar Sarr

Le prix Goncourt a été décerné ce matin mercredi 3 novembre 2021 à l’écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, 31 ans, pour son roman « La plus secrète mémoire des hommes » édité chez Philippe Rey. Il est « l’un des meilleurs romans de cette rentrée littéraire » (François Busnel, F5_ 09.09.2021_ LGL.)

« Mohamed Mbougar Sarr signe l’un des meilleurs romans de cette rentrée littéraire. « La plus secrète mémoire des hommes », chez Philippe Rey, est une quête labyrinthique qui dit le pouvoir de la littérature. » (Vidéo La Grande librairie 9.09.2021)

Chez Busnel il évoque 

À écouter et à lire Mohamed Mbougar Sarr.

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En 2018, Diégane Latyr Faye, jeune écrivain sénégalais, découvre à Paris un livre mythique, paru en 1938 : Le labyrinthe de l’inhumain. On a perdu la trace de son auteur, qualifié en son temps de « Rimbaud nègre », depuis le scandale que déclencha la parution de son texte. Diégane s’engage alors, fasciné, sur la piste du mystérieux T.C. Elimane, se confrontant aux grandes tragédies que sont le colonialisme ou la Shoah. Du Sénégal à la France en passant par l’Argentine, quelle vérité l’attend au centre de ce labyrinthe ? 

Sans jamais perdre le fil de cette quête qui l’accapare, Diégane, à Paris, fréquente un groupe de jeunes auteurs africains : tous s’observent, discutent, boivent, font beaucoup l’amour, et s’interrogent sur la nécessité de la création à partir de l’exil. Il va surtout s’attacher à deux femmes : la sulfureuse Siga, détentrice de secrets, et la fugace photojournaliste Aïda… 

D’une perpétuelle inventivité, La plus secrète mémoire des hommes est un roman étourdissant, dominé par l’exigence du choix entre l’écriture et la vie, ou encore par le désir de dépasser la question du face-à-face entre Afrique et Occident. Il est surtout un chant d’amour à la littérature et à son pouvoir intemporel. 

In : www.leslibraires.fr/livre

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Bibliobs. 

10 choses à savoir sur Mohamed Mbougar Sarr

L’inattendu lauréat du Goncourt 2021 est un jeune auteur sénégalais coédité par deux petites maisons d’édition indépendantes.

Par Arnaud Gonzague

3 novembre 2021

1. Surprise

Sur le papier, le Goncourt 2021 n’avait rien pour décrocher ce Graal. Natif de Dakar (Sénégal) en 1990, Mohamed Mbougar Sarr n’appartient pas au « milieu », n’habite pas Paris, mais Beauvais (Oise) et son roman, « la Plus Secrète Mémoire des hommes », est copublié par Philippe Rey et Jimsaan – deux maisons d’édition indépendantes fort éloignées des habituels favoris du prix.

2. Sang-froid

Là où le journaliste s’attend à rencontrer un tout jeune écrivain, surexcité d’avoir été reconnu, il tombe sur un vieux sage de 31 ans, sourire discret, phrasé choisi : « Il faut accueillir les choses comme elles viennent, avec joie mais lucidité. Ce qu’on appelle le succès est très relatif. Je m’inspire des stoïciens : n’agir que sur ce qui dépend de nous. Et moi, je ne peux agir que sur l’écriture. »

3. Carton

Pourtant, sa « Plus Secrète Mémoire des hommes », qui lui a réclamé trois ans de travail, a connu une fortune commerciale et critique inattendues. Après plusieurs réimpressions, il a déjà été diffusé à 30 000 exemplaires grâce à un vif bouche-à-oreille. « Nous avons reçu vingt-trois demandes de traductions et plusieurs coups de fil de producteurs, c’est un record pour notre maison ! », s’exclame son éditeur Philippe Rey.

4. Enquête

Comment expliquer pareil succès ? Le récit est porté par une enquête, menée par un jeune écrivain africain sur les traces d’un autre auteur africain, le mystérieux T.C. Elimane. Ce dernier a publié en 1938 un chef-d’œuvre, « le Labyrinthe de l’inhumain », qui lui vaut le surnom de « Rimbaud nègre ». Hélas, Elimane a sombré dans le déshonneur après qu’un expert a trouvé son roman trop copié-collé sur une cascade d’auteurs classiques. Que s’est-il passé au juste et qu’est devenu l’auteur maudit ? C’est tout le nœud de l’intrigue.

5. Histoire vraie

Si Elimane est inventé, Mbougar Sarr s’est inspiré de la figure de Yambo Ouologuem, auteur malien récompensé par le Renaudot et accusé en 1972 d’avoir trop « emprunté » à d’autres, notamment Graham Greene. « Ouologuem est rentré au pays, humilié et n’a plus parlé. C’est un sort injuste, car il n’a plagié personne. Il s’agissait d’un jeu littéraire plein d’ironie. Mais un auteur africain a-t-il le droit de jouer avec les classiques de l’ancien colon ? »

6. Labyrinthe

Qu’on n’attende pas avec « la Plus Secrète Mémoire des hommes « un « roman africain » : Mbougar Sarr s’inscrit plutôt dans la lignée des grands bâtisseurs de labyrinthes narratifs, comme Jorge Luis Borges, Roberto Bolaño ou Witold Gombrowicz. L’intrigue repose ainsi sur une succession de récits enchâssés, dans divers formats (journal intime, articles de presse, mail…), à diverses périodes historiques et sur plusieurs continents. Pourtant, petit miracle : le lecteur ne s’y perd jamais !

7. Militaire

Mbougar Sarr, fils de médecin généraliste, a passé son enfance à Diourbel, petite ville à l’ouest du Sénégal, avant d’intégrer l’établissement le plus prestigieux du pays, le Prytanée militaire de Saint-Louis. « J’ai hésité à devenir officier avant de me décider pour la littératureLes deux vocations ont des points communs, d’abord une certaine discipline morale. En littérature, cette éthique vous fait refuser toutes les facilités et ce qui réduit un roman à un produit de consommation. »

8. Saint-Cyr

Le jeune bachelier se paie même le luxe de dédaigner Saint-Cyr, l’école militaire française d’élite, pour intégrer une classe prépa littéraire. Il quitte le Sénégal et atterrit donc au lycée Pierre d’Ailly, à Compiègne (Oise). « Un ami de mon oncle, qui vivait en France, pensait que je ne supporterais pas l’ambiance cannibale des grandes parisiennes. Je lui en sais gré ! J’ai été très bien accueilli, je tiens à le souligner. »

9. Etranger

Bien que vivant dans l’Oise depuis une douzaine d’années et ayant pour compagne une Française, il ne songe pas à demander la nationalité française. « Je ne suis pas en couple avec la France, plutôt en relation libre. Etre étranger est la position idéale pour toujours redécouvrir ce pays, même si ça ne simplifie pas les choses, notamment quand vous devez prendre l’avion ! » Il caresse même le projet de retourner vivre au Sénégal.

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Proclamation du 1° novembre 1954

« Qu’ont-ils fait de Novembre ? » demande le petit-fils.

« Une grande forfaiture contre leurs frères » répond le grand-père.

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« Quand trop de sècheresse brule les cœurs,Quand la faim tord trop d’entrailles,Quand on verse trop de larmes,Quand on bâillonne trop de rêvesC’est comme quand on ajoute bois sur bois sur le bucher :À la fin, il suffit du bout de bois d’un esclave Pour faire dans le ciel de dieuEt dans le cœur des hommesLe plus énorme incendie. »

Mouloud Mammeri in L’Opium et le bâton(Plon, 1965)

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Lire en pièces jointes, les 4 feuillets de la « Proclamation au peuple algérien – aux militants de la cause nationale »(Dite Appel du premier novembre 1954) – J’ai une pensée pour mon cher ami, feu Abdelkader Yaddaden (Arzew) et Ali Zamoum (Ighil Imoula) grâce auxquels j’ai eu accès à ces documents rares. La Déclaration dactylographiée a été remise par Krim Belkacem à Ali Zamoum pour la ronéotyper.J’ai ajouté le scan d’une dédicace de Ali Zamoum à Abdelkader Yaddaden (in Tamurt Imazighen, Mémoires d’un survivant- ed: Rahma)

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À partir du Mur FB de Feriel Fy- 31.10.2021

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Langue française et démagogie (en Algérie)

« Emergency issues » pour « Issue de secours » !

La langue et la démagogie

Ici et là, dans certains ministères algériens, on s’active à angliciser les structures, des panneaux indicateurs, des textes en anglais… contre la langue française installée depuis des lustres. Cela relève de la démagogie. La tentative d’introduire de manière cavalière la langue anglaise en Algérie, langue inconnue pour 90% de la population et mal maîtrisée par ceux-là mêmes qui s’y attellent, est vouée à l’échec car cette question majeure (comme beaucoup d’autres) n’est pas sérieusement débattue dans la société où la libre pensée est quasiment interdite. Et puis, l’Algérie se situe à la 81° place sur 100 au classement mondial de l’indice de compétence en anglais » établi en 2020 par www.ef.fr/epi. 

Cette tentative de remplacement vertical du français par l’anglais « pour impératif économique » et parce que le français est « la langue du colon » relève de la démagogie. Sait-on dans ces milieux de direction que la Grande-Bretagne fut longtemps la première puissance coloniale au monde ? Si nous suivons la logique de nos « mkhakh » (cerveaux), la langue anglaise est aussi à bannir car elle est aussi celle du Grand colon. C’est ridicule. En nageant dans la démagogie on confond le véhicule et son contenu ou mieux encore « le message et le messager », la langue française et la France politique. Je parle et écris en français (merveilleuse langue au passage) donc je deviens « un autre », celui qu’il faut stigmatiser, bientôt rejeter. On a un problème politique avec les dirigeants français, alors on va utiliser le levier de la langue. On a les vengeances qu’on peut. Allah ghaleb. Quelle tristesse.

L’Algérie est le troisième pays francophone au monde après la France et la RDCongo, c’est une réalité concrète qu’on le veuille ou non (plus de 11,2 millions de locuteurs, 33,3 pour la RDC). La diaspora algérienne est très importante dans les pays francophones (France, Canada, Belgique). Cette tentative aura pour résultat son éloignement (est-elle si turbulente que cela ?) 

Plutôt que de consolider le français et d’ajouter à ses côtés l’anglais, on procède par démagogie. La division et la démagogie sont au cœur du raisonnement des politiciens du pouvoir. En manque de légitimité et d’inspiration, ils inventent une « affaire », la consolident mais n’y croient absolument pas eux-mêmes. Alors ils la jettent comme une patate chaude.

Il me vient spontanément à l’esprit ces questions qui ne sont pas anodines : sur les 2000 élèves du lycée français international Alexandre Dumas et ses annexes en Algérie, combien sont les enfants de la nomenclature algérienne ? Combien d’autres de leurs enfants ou jeunes adultes sont inscrits dans les institutions françaises en France ? combien parmi eux et leurs premiers cercles investissent dans l’immobilier et autres « affaires » en France ? Quel est le niveau des échanges commerciaux avec la France ? (les chiffres officiels avancent que la France est le 2° fournisseur de l’Algérie et son 2° client ! Les échanges commerciaux avoisinent les 7 milliards d’euros, ce n’est pas rien !- in : direction du Trésor, France)

 Nos dirigeants inventent une « affaire » de langue du colon (faisant de la France du 21° siècle celle des 19 et 20°) et mobilisent leurs chiens de garde pour la lancer à la face des gens comme on lance un os à son toutou, mais les Algériens ne sont ni dupes ni ceux que les responsables croient être.

Avant de rendre illicite l’usage du « butin de guerre » qu’est la langue française, pourquoi ne rendent-ils pas justice à notre (leur !) identité malmenée ? Pourquoi ne rendent-ils pas justice à la langue (plurielle) de nos ancêtres, celle de notre quotidien évacuée sans ménagement depuis toujours : ouvrir les lois, la radio et la télévision (cauchemar du journal télévisé !) à la langue de nos mères, de nos poètes… la langue vernaculaire qui circule dans tous les recoins du pays non officiel, langue parlée par 100% des Algériens (avec des variantes évidemment et peu importe la graphie, derja, tamazight avec toutes leurs variantes, ). 

Nous ne verrons plus des ministres et autres cadres ânonner et bégayer devant les caméras, comme nous ne verrons plus nos parents regarder la télé, la bouche et yeux grands ouverts devant les images, mais l’esprit ailleurs faute de compréhension de la fossha (j’allais écrire « satanée fossha » parce qu’introduite draâ, sans pitié ni pédagogie). Il ne s’agit pas de l’exclure de notre champ, il s’agit dans ce champ justement de ne pas mettre les charrues avant les bœufs.

Voilà des ingrédients solides (la derja, tamazight, l’identité) qui, s’ils ne nous permettent pas de décrocher la lune, ils sont à même de participer à affermir la société algérienne, la nation algérienne, qui en a fort besoin, et définitivement sortir de la démagogie institutionnalisée, des frustrations et des multiples complexes infusés par une administration aux ordres absolus à un système politique complexé en guerre contre ses propres citoyens. Il n’est question ici que de la langue, car pour les autres problématiques, plus lourdes encore, d’autres réponses (beaucoup plus profondes) sont nécessaires, mais cela est une autre histoire. 

Le poète (Abderrahmane El Majdoub) dit:

Rah dhek zmen ou nassou

Ou ja dha zmen bfassou

Ou koul men yetkellem belhak

Kassroulou rassou

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Un temps est parti et ses gens avec

Un autre temps est arrivé avec sa son piolet

Quiconque dit la vérité

Ils lui fracassent la tête

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Un seul héros, le peuple

Entrée de la bibliothèque l’Alcazar (Marseille) (exceptionnellement quelques travaux…)

(lire en bas de texte la vidéo réalisée à partir de la soirée)

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Nous avons assisté hier samedi 16 octobre 2021 à la projection du film « Un seul héros, le peuple » (détail en regardant la vidéo) à la bibliothèque l’Alcazar (Marseille). Nous étions entre 100 et 150 personnes. Il y eut une courte présentation, puis la projection du film (80 minutes) et enfin ont suivi les questions et réponses.

Ma question, adressée à Mathieu Rigouste réalisateur du film, a été celle-ci : Vous montrez dans votre film des manifestations du Hirak en 2019 (contre le régime algérien). Est-ce un clin d’œil aux manifestations de décembre 1961 (pour l’indépendance) objet de votre film ? Est-ce que l’Histoire bégaie ? La réponse c’est Daho Djerbal qui s’y colle : « L’histoire ne se répète pas. Il y a quelqu’un que vous connaissez tous qui a dit ‘‘l’histoire ne se répète jamais, et si ça arrive, la première fois c’est sous forme de tragédie, la seconde fois sous forme de farce’’ (a). Donc tout historien qui fait un travail, il y a une mise en contexte et chaque contexte plaide pour lui-même sans faire des extrapolations, donc l’histoire ne bégaie pas. 

Ce qui reste c’est le regard du dominant sur le dominé. Et donc la dialectique quand je parlais tout à l’heure du maître et de l’esclave se poursuit y compris après l’indépendance. 

À l’indépendance il y a eu une bouffée d’angoisse, ce qui a été très bien décrit (dans le film), et cette bouffée d’angoisse c’est quoi ? On a chassé ‘‘les autres’’ qui étaient sur notre terre, mais ‘‘l’autre’’ après l’indépendance est toujours en nous. 

Alors le problème c’est comment se débarrasser de ‘‘l’autre’’ qui est en nous ? Et donc c’est tout une autre histoire qui n’est pas encore finie. » 

Sur des œufs notre ami Daho.

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(a) Au début de ‘‘Le Dix-huit brumaire de Napoléon Bonaparte’’  (1852) Karl Marx écrit : « Hegel fait remarquer quelque part que, dans l’histoire universelle, les grands faits et les grands personnages se produisent, pour ainsi dire, deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde comme farce. »  Ou comment des bouffons peuvent devenir des « héros » – ah.

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CLIQUER ICI POUR VOIR LA VIDÉO RÉALISÉE À PARTIR DE CETTE SOIRÉE À L’ALCAZAR

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Pour le fun…

IL Y A 60 ANS, LE 17 OCTOBRE 1961, MASSACRE DE CENTAINES D’ALGÉRIENS À PARIS

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Photo: Ahmed TAZIR (FB le 17102021)

Monique Hervo, une héroïne méconnue hélas, au cœur du bidonville de Nanterre pendant plusieurs années. Écoutez-la, elle raconte le bidonville, la terreur du funeste mardi.

Il y a 3 vidéos en une (1_Monique Hervo, 2_le bidonville de Nanterre (photos), et 3_ à propos de la photo ‘‘ici on noie les Algériens »

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