Demain, contre la terreur

Je veux d’abord m’incliner à la mémoire des personnes assassinées hier dans les locaux du journal Charlie-hebdo. M’associer à la douleur de leur famille, exprimer mon indignation et dénoncer l’abjection qui a visé ce journal.

Charlie n’était pas ma tasse de thé, j’étais souvent en désaccord avec son contenu qui me heurtait, blessait. Aujourd’hui néanmoins je suis Charlie.

L’attentat dont il a été l’objet, cette attaque barbare est une volonté d’éradiquer des journalistes, une atteinte extrêmement grave contre la presse, contre les libertés, contre la République, contre les musulmans. En effet, ces gangsters, ces monstres et leurs semblables prennent en otage ma religion. Ces salopards qui assassinent froidement, méthodiquement, au nom de ma religion en criant « Allahou akbar » ne sont pas de ma religion, ils me l’ont confisquée, prise en otage. La religion qui est la mienne et celle de la majorité des musulmans est faite de tolérance, respectueuse de toutes les communautés, de toutes les autres croyances et des non-croyances.

Des attentats eurent lieu contre des tombes, des synagogues, des mosquées, ce matin même, et en réaction, devant un restaurant Kébab près d’une mosquée de Villefranche-sur-Saône. Depuis quelques années le climat en France est à la crispation et à la vindicte. De nombreux intellectuels et hommes politiques stigmatisent des minorités, particulièrement les musulmans. Nous, Français musulmans et immigrés musulmans, sommes aujourd’hui et de plus en plus mis à l’index et au banc de la société française. Des gens comme Zemmour, Camus et d’autres, tiennent un briquet à la main et soufflent sur les braises, attisant la haine de l’autre, du musulman,  ce « juif du 21° siècle ». Hier encore, Houellebecq ce romancier au discours sulfureux –au nom de  l’« irresponsabilité » qu’il revendique et derrière laquelle il se dissimule– déverse sournoisement  sa haine (« littéraire ») contre moi qui ne le lui ai jamais rien fait, contre les musulmans, contre l’Islam. Instrumentalisant les peurs, les fragilités et autres angoisses à la lisière du tolérable. Dans le camp des fondamentalistes la haine a passé depuis longtemps la frontière de l’acceptable et du symbolique en tuant, massacrant.

On objectera, les yeux bandés : « il n’y a aucun lien » ou « ça n’a rien à voir ». Je dis que, même si le fil est ténu, « il y a à voir ». Les extrémismes se rejoignent. « À force d’agiter un épouvantail, on finit par créer nos monstres » rappelait Edwy Plenel, citant Emile Zola. Hier, dès les premières heures de l’ignominie –j’étais avec deux connaissances– j’ai été apostrophé, et moi seul parmi le groupe. J’ai été sommé de donner ma réaction, alors même qu’on ne savait presque rien encore de la tuerie. Pourquoi me montrer ainsi, insidieusement, du doigt ? Nous étions trois, j’étais le seul typé « Nord-Af » ou Arabe, musulman. On me demandait –à moi seul– de me positionner devant ce drame, faisant ainsi le jeu des assassins ou de leurs commanditaires : diviser, amalgamer. Voilà où nous en sommes. Je suis de ceux qui, samedi prochain, descendront crier leur rejet total de la terreur quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne.

Ahmed Hanifi

Miramas, le 8 janvier 2015.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
27 + 10 =