Littérature algérienne: « Liberté » lui ouvre grand ses pages

Par Zeyneb LAOUEDJ, le 23-09-2021 

Ce n’est pas anodin de dire que la littérature est la face intime des sociétés productrices de valeurs symboliques, ou en pleine gestation. On y voit clair, à travers cette littérature, les grandes turbulences et les rêves inassouvis tout le long de l’histoire humaine. Tous les symboles et les peintures et gravures rupestres du Tassili n’Ajjer ne sont que l’image silencieuse d’une vie en plein désert. On est bien sûr loin, même trop loin, d’un juste reflet jdanovien. 
La littérature demeure cette porte grande ouverte sur l’univers qui n’a pas de frontières visibles où ruissellent les richesses cumulées depuis des siècles. Elle est par excellence cette encyclopédie des peuples qui renferme poésie, arts, sagesse, coutumes… C’est le socle sur lequel se maintient et se consolide la mémoire de l’humanité. 

À travers ce prisme, la littérature est devenue le ferment même de la mémoire collective qui a toujours joué, et jouera davantage, un rôle fondamental dans la reconstruction de l’essence de l’être dans toute sa dimension humaine. Elle est vectrice de valeurs humaines et moyen de transmission des cultures et des traditions qui sont l’écho du mouvement des sociétés, à travers les temps. 
Dans son sens le plus large, la littérature englobe, tous genres confondus, poésie, théâtre, roman, nouvelle, chants et cultures populaires dans toute leur diversité linguistique et leur richesse qui ne dément jamais. Écouter un poème, une mélodie, un chant de bonheur ou une élégie funèbre, une musique mystique, s’éblouir devant une citation de sagesse qui vient des fins fonds de l’histoire, suivre les traces d’une légende racontée par une grand-mère et aller plus loin qu’une histoire ; aimer l’Homme et consolider les liens sociaux, renforcer et maintenir les cultures ancestrales. Apprendre dès le jeune âge à lire les pages d’une nouvelle ou d’un roman, apprécier une œuvre d’art, c’est saisir les nuances de toute une société qui s’exprime à travers les mots les couleurs et les symboles qui nous font baigner dans l’émerveillement de la création et éveillent notre imaginaire et ravivent pour l’éternité nos mémoires. 

Je reste convaincue que la littérature n’est pas formalisme ou reflet mécanique de ce qui se trame dans la société ; elle est le miroir de la société dans tout ce qu’elle a de profond. Ainsi, elle n’est pas seulement un objet de plaisir qu’on savoure, mais c’est aussi un outil qui définit une époque, les vrais acteurs de la société, leurs pensées et les influences politico-culturelles. Aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé depuis l’âge classique de la littérature. 

L’ère du postmodernisme des représentations littéraires, où les œuvres littéraires associent un mélange de ton critique et artificiel, nous offre beaucoup de possibilités pour que ce rapport littérature-société soit encore plus solide et plus fort. Les éléments littéraires et artistiques sceptiques telles la métaphore, l’ambiguïté, la satire, la parodie et autres font aujourd’hui de cette relation socio-littéraire un vrai champ d’investigation dans lequel se mêlent histoire et vie de la société. 
Personne ne peut nier le rôle qu’ont joué fondamentalement les grands classiques universels littéraires et artistiques, les grands mythes, les épopées de Gilgamesh et d’Homère, les Mille et une Nuits et autres, dans la genèse de la conscience humaine des peuples pour une vie meilleure, refusant du coup tout diktat faisant de la liberté et les droits fondamentaux un otage afin de sévir librement. 
Se soulever contre les colonialismes, les racismes, l’apartheid et toutes les injustices que risque de subir l’Homme c’est l’apanage de l’art. 

Plusieurs générations de par le monde ont bouleversé les sociétés humaines en secouant les fausses constantes vers un changement radical qui met en avant l’Homme, sa liberté et sa dignité, mais qui met en branle les systèmes archaïques. 

La littérature dans les programmes scolaires, sur des bases bien étudiées, bien choisies, bien réfléchies, en relation permanente avec les choix d’une société moderne, permet de créer les ponts et les passerelles avec la société, mais aussi d’autres peuples et créer des rapprochements des cultures et des histoires. 

Faire de la littérature un élément de défense de la modernité, d’ouverture et d’effacement des préjugés. Plus encore, développer l’art du langage, apprendre à vivre dans un monde vaste et partagé et à se reconstruire constamment. La littérature est l’idéal de la société humaine. 
Les grands écrivains que l’humanité a générés sont là pour nous rappeler la destinée de l’acte littéraire, difficile mais toujours aboutissant: Apulée, Cervantès, Ibn Tufeil, Tolstoï, Dostoïevski, Zola, Hikmet, Stendhal, Almos Oz, A. Foued-Najm, Kateb Yacine, Naguib Mahfouz… 

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