Littérature algérienne: « Liberté » lui ouvre grand ses pages

Par Akli TADJER, le 23-09-2021 

C’est par le livre que les consciences s’éveillent. Pour ma part, je leur dois tout. Ils m’ont toujours accompagné. Ils sont comme des petits amis bien plus savants que moi. Ils m’ont permis de découvrir d’autres cultures, d’autres horizons, d’autres coutumes, d’autres peuples, d’autres religions. Ils m’ont apporté les rires, les chagrins, les tourments, les larmes et mes premiers émois. Certains livres m’ont dérangé, enragé, ébranlé mes convictions, et il m’est arrivé d’admettre que je n’avais pas toujours raison. Lire m’a aussi appris, et c’est peut-être l’essentiel, qu’il ne faut pas avoir peur de se remettre en cause. La lecture met à bas nos préjugés, préjugés sous hérités de nos aînés, de notre culture, de notre histoire. Je plains ceux qui ne lisent plus parce qu’ils ont la certitude de détenir la vérité. Ne plus lire, ne plus s’instruire, c’est ne plus rien  attendre de demain puisqu’ils savent tout sur tout. C’est pourtant le doute de chaque jour qui vous fait réfléchir, imaginer, avancer. Lorsque j’ouvre un roman, je sais que je vais partir à la conquête d’un univers insoupçonné, que des personnages vont me raconter leurs peines et leurs espoirs. Car on ne conçoit pas le monde selon que l’on vive à Alger ou à Tokyo. Mais par-dessus tout, un roman, c’est la vie sans les temps morts, voilà le miracle de la littérature. Ce sont tous ces livres que j’achetais d’occasion par paquet de dix qui m’ont donné le gout des mots, de leurs nuances, de leurs subtilités. Ces mots qui mis bout à bout forment des phrases puis racontent des histoires. Et c’est grâce à tous ces voyages que j’ai, moi aussi, voulu voyager dans le monde des lettres. La littérature n’est pas seulement le fait de nous enchanter en racontant une histoire, elle peut être une arme efficace pour transmettre des idées, dénoncer l’injustice faite aux femmes, moquer la bêtise humaine, lutter contre le fanatisme pour faire évoluer les mentalités. S’agissant de l’évolution de la société, je pense en particulier au plaidoyer de Victor Hugo pour l’abolition la peine de mort dans : “Le dernier jour d’un condamné.” Voilà un texte puissant qui m’a marqué pour toujours. 


On le voit bien, c’est par le plaisir du texte que le lecteur peut prendre conscience des problèmes de la société dans laquelle il vit et de la manière possible de les résoudre. C’est aussi par la lecture et la lutte contre l’illettrisme que l’on combat la ségrégation culturelle. Ainsi, je ne décline jamais d’invitation à me rendre dans des lycées de quartiers déclassés, c’est ce que je considère être la fonction sociale de l’écrivain. À mes confrères qui refusent ou rechignent d’aller vers ces Autres qui ont besoin d’aide et d’attention, je leur dis : vous pouvez avoir du succès, la notoriété, l’argent, si vous n’avez pas le cœur de rencontrer ces jeunes-là laissés au bord du chemin, vous ne valez rien.
Pour conclure, étant issu d’un peuple qui a subi les outrages de la colonisation et depuis son indépendance les affres d’une liberté toujours remise pour une autre fois, je sais qu’écrire c’est mettre son talent au service de ceux qui ne peuvent s’exprimer en leur donnant une voix.

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