Asie centrale, Mai 2022

Dimanche 8 mai 

Nous sommes rentrés à la maison d’hôtes alors que la nuit tombe. J’ai lu quelques lignes de Djamilia de Tchinguiz Aïtmatov, mais le referme aussitôt. Fatigué. Je ne peux voyager sans prendre avec moi quelques livres. Pour ce voyage j’ai jeté dans mon sac Nedjma de Kateb Yacine, Djamilia de Tchinguiz Aïtmatov, Pourquoi lire les philosophes arabes ? de Ali Benmakhlouf et certains de mes ouvrages perso que je distribue dans les Alliances ou Instituts français que je visite. À ce propos il est question que j’anime un atelier d’écriture à l’Alliance française de Tachkent (prévu depuis 2019), mais le directeur joue au chat et à la souris. Avec les fêtes c’est compliqué. Je reviens à mes moutons. La journée fut chargée. Après le petit déjeuner copieux (comme souvent dans les pays du Nord) sous les arbres de la cour de l’hôtel et la chaleur moite, nous filons en direction de la bouche de métro Chorsu qui se trouve au cœur du même marché du même nom. Mais pas évidente à trouver. Un jeune marchand viens vers nous pour nous orienter. Il parle, parle, parle. En ouzbek. Il comprend qu’il parle au vent. Rien compris. Il décide de nous y accompagner. Il continue à dire des choses et moi je lui réponds par des gestes significatifs : « je ne comprends pas ». Alors il poursuit en faisant des signes lui aussi. Arrivés devant le métro je lui fais un grand « rahmat ! » (merci). Direction la gare de chemins de fer. Nous faisons une halte à la belle station de métro Kasmonavtlar avec ses belles colonnes bleues, avec des images de Ulg Beg, petit fils astronome de Tamerlan et de Youri Gagarine. Une des médailles porte cette inscription : « Programma intercosmos ». J’ai omis de vous dire qu’ici on parle russe (la langue maternelle la plus répandue est l’ouzbek près de 90%, il y a aussi la russe et la tadjik). Les langues officielles sont prioritairement l’ouzbek puis le russe qui est parlé partout). À la gare nous prenons des billets et ce fut une affaire. Croyez-moi, je me suis retrouvé au bled. Un gars arrive après nous, alors que nous avions entamé la discussion pour l’achat des billets, que nous avons donné nos passeports à ces fins. Il tend ses billets d’argent à la guichetière, lui dit je ne sais quoi, au bout de trois minutes il se retourne, semble s’excuser. Nous lui faisons comprendre que « ça c’est la meilleure » (sans le dire car nous n’avons pas les mots locaux, si bien qu’on le dit en français « alors ça, c’est la meilleure ! » et on s’esclaffe. Le gars fini son achat et file. Deux jeunes filles ont tenté de nous blueser comme l’autre, mais la guichetière a compris que ce n’était pas sérieux. Elle les fait gentiment patienter (entre parenthèse c’est une pratique tout à fait acceptée, comme au bled, le métro, les files diverses, on passe devant vous sans les salamaleks, tranquillement les mains dans les poches et en sifflotant…) Elle renseigne les billets avec nos noms, dates de départ… et s’excuse. Nous continuons sur la magnifique et immense cathédrale orthodoxe (1871) de la Dormition ou Assomption « Успенский кафедральный собор ». Nous poursuivons sous un soleil de plomb alors qu’il n’est pas encore midi en direction de l’immense parc Navoï avec ses espaces boisés et ses grandes statues dédiées à la littérature ouzbeque. Il y a notamment celle de la poétesse Zulfiya (1915-1969), de son mari Hamid Olimjoy (1909-1944), de Bobur (1483-1530) poète, historien, géographe, fondateur de la dynastie baburi timouride…, Berdag, Ogahiy, et du plus célèbre d’entre eux, Alisher Navoiy (1441-1501), qui trône seul au cœur du parc tout en haut du monument à lui seul dédié. C’est le plus célèbre poète perso-ouzbek de la renaissance timouride. Il a travaillé à la cour du roi Hussayn Bayaqara qui était aussi son frère de lait. On reprend le métro jusqu’à Mustaqilik Maydoni. C’est incroyable ce que les Ouzbeks sont sympathiques. Ils vous abordent pour vous renseigner et dans le métro ils vous offrent leurs places, avec le sourire (parce que nous sommes étrangers ou parce que nous n’avons plus vingt ans ?) La police (Militsia) est très présente dans le métro et moins visible sur les boulevards.

À Mustaqilik Maydoni, un grand hommage est rendu aux soldats ouzbeks morts durant la seconde guerre mondiale avec de géantes statues : La mère affligée devant la flamme immortelle, le mémorial des morts (avec chacun son nom sur de grands panneaux métalliques installés par régions (Vilayat)) ; Nous continuons sur le Mémorial, à trois km au nord, celui-ci en souvenir du terrible tremblement de terre qui a frappé Tachkent le 26 avril 1966 et qui a fait 300 mille sans abri, mais peu de morts (il y eut durant ce mois-là 700 répliques). Certains quartiers furent totalement détruits. Une femme fait promener ses trois chiens. Le plus petit, genre teckel à poils longs, nous en veut. Ne cesse d’aboyer à hauteur de nos chevilles. On fait deux pas de côté et sa maitresse lui gronde des choses pas gentilles, alors il baisse les oreilles et la queue. Elle nous sourit pour s’excuser. La ville de Tachkent fut complètement reconstruite. Aujourd’hui d’immenses boulevards la traversent, énormes, très larges, on se croirait au temps des Soviets et de la démesure, double, triple voies de circulation dans un sens puis dans l’autre. Tachkent est une très grande ville : 3 millions d’habitant intramuros (357 km carrés – Paris : 100, Marseille : 200), la plus peuplée d’Asie centrale. On finit la journée dans un bar « FM Bar » puis dans un resto. Le soleil est tombé, et les bars restaurants on arrêté leur diffuseur d’eau, les brumisateurs. Nous rentrons à la maison d’hôtes alors que la nuit tombe. Sur France Inter, les infos de 19h (22 h ici) nous fatiguent plus encore. Radio que l’on capte via son site internet. On laisse tomber. Je lis trois lignes de Aïtmatov et le referme aussitôt.


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