En Algérie, « l’édition devra aussi se remettre des années Bouteflika »

Éditeur et libraire aujourd’hui à la retraite, Boussad Ouadi a été un témoin direct des dégâts causés par le système de l’ancien président sur le secteur du livre.

Le Monde.fr – Par Dorothée Myriam Kellou Publié le 7 novembre 2019

Cette année encore, les wagons du tramway qui relient le centre-ville d’Alger au Palais d’exposition des pins maritimes, où se déroule le 24e Salon international du livre d’Alger (SILA) du 31 octobre au 9 novembre, sont bondés. En 2018, selon les organisateurs, plus de 2 millions de visiteurs s’étaient pressés au SILA pour découvrir les dernières publications : livres étrangers, éditions algériennes, ouvrages religieux. « La majorité sont des livres religieux », souligne Boussad Ouadi, éditeur et libraire aujourd’hui à la retraite.

Lui ne viendra pas. Peut-être à titre personnel rejoindra-t-il la foule curieuse ou simplement désireuse d’une occasion de flâner en famille. Mais il ne tiendra pas de stand pour exposer les livres de sa maison d’édition, INAS, qu’il ne s’est pas résolu à fermer. « Je n’ai pas demandé à tenir de stand depuis 2007 », raconte-t-il, attablé à la terrasse du jardin d’essai du Hamma à Alger.

« Cette année-là, j’avais publié le livre de Mohamed Benchicou, Les Geôles d’Alger, où l’auteur relatait ses deux années à la prison d’El-Harrach. Il y avait été incarcéré pour une histoire de bons du Trésor. Personne n’avait voulu publier ce livre. Je l’avais fait. L’injustice de son arrestation, après la parution de son livre sur Bouteflika, m’avait été insupportable », précise Boussad Ouadi. En 2004, M. Benchicou, ancien directeur du journal Le Matin, avait publié Bouteflika, une imposture algérienne, aux Editions Jean Picollec. « Il l’avait écrit alors que Bouteflika jouissait encore d’une certaine aura, notamment à l’international. Il a été l’un des premiers à démasquer le président », se souvient Boussad Ouadi.

Piratage de livres

En 2007, lors du SILA inauguré par le président Bouteflika, le stand de Boussad Ouadi est fermé et la séance de dédicace prévue avec l’auteur annulée. La publication du récit a également valu à l’éditeur des dissensions personnelles avec la ministre de la culture, Khalida Toumi, qu’il avait connue militante avant qu’elle ne rejoigne le gouvernement. « J’avais essayé de la convaincre d’accompagner la structuration du métier de l’édition en créant des formations au métier d’éditeur, en développant un réseau de distribution… », raconte-t-il.

Rien ne se passe ainsi et le secteur de l’édition n’échappe pas à la mauvaise gestion de la manne financière générée par la vente des hydrocarbures. « Ils ont mis en place un système de subventions publiques, avec en son cœur une logique de récompenses de loyautés et d’accointances personnelles. Alors que nous étions à peine une vingtaine d’éditeurs au début des années 1990, nous avons atteint le nombre de 800 en 2016. Cela touchait à l’absurde, poursuit-il. Beaucoup se sont improvisés éditeurs pour avoir accès aux subventions distribuées à chaque événement commémoratif. »

Selon l’éditeur, ce système a encouragé le piratage de livres, l’à-peu-près dans la qualité et les contenus éditoriaux. « Si on regarde les livres algériens exposés au SILA, très peu se distinguent. Et je ne parle même pas des livres religieux, en majorité importés du Liban et des Emirats arabes unis. C’est un autre circuit de diffusion. »

Le milieu de l’édition sinistré

L’Algérie ne bénéficiera jamais plus d’une telle manne financière. Les revenus de l’Etat générés par les ressources pétrolières ont chuté depuis la baisse du prix du pétrole en 2014. « Tout est à reconstruire », déplore t-il. Pourtant, il avait beaucoup d’espoirs quand il s’est lancé dans l’édition au milieu des années 1980. « J’étais l’un des premiers à oser briser le monopole public », se souvient-il. Avec les éditions Laphomic auxquelles il s’associe, il publie notamment des auteurs marginalisés dans l’édition officielle. Il se souvient de sa première publication d’un texte politique : Entretien avec Tahar Djaout, de Mouloud Mammeri (1987).

Avec l’ouverture démocratique en 1988, la possibilité de se constituer en association, de publier des journaux, des livres, le milieu de l’édition se développe. Boussad Ouadi se rappelle d’un temps glorieux : création d’un syndicat des éditeurs, formations, large réseau de librairies publiques et privées, participation à des salons du livre en Europe et au Maghreb… Il rejoint l’ENAP, l’Entreprise nationale algérienne de presse, l’une des librairies étatiques à Alger. Il importe des livres introuvables partout ailleurs en Algérie et les vend sous le comptoir. « La librairie dépendait du FLN, véritable Etat dans l’Etat, qui nous laissait une grande marge de liberté. », se souvient-il.

Puis le choc survient avec l’attentat contre son ami, journaliste et écrivain algérien, Tahar Djaout, le 26 mai 1993, tué « par un gamin armé de 19 ans ». Pendant cette décennie noire, guerre civile opposant l’armée aux islamistes qui a causé la mort de près de 200 000 personnes, le milieu de l’édition est sinistré. Malgré les menaces, Boussad Ouadi ne quittera pas l’Algérie. Il ne renoncera pas. Il se lance dans l’importation de livres qu’il part vendre à travers le pays dans les rares librairies encore ouvertes à l’époque : « L’Algérie était en cessation de paiement. La priorité était donnée à l’achat de semoules, de sucre et d’huile. Pas de livres ! », se souvient-il.

« Pas une librairie digne de ce nom »

Aujourd’hui, Boussad Ouadi remonte la rue Didouche-Mourad, anciennement rue Michelet, où se concentrent les librairies d’Alger-Centre : « Regardez, là, il y avait une librairie. Elle est devenue un magasin de vêtements et de chaussures. Ils y vendent du shampoing. » Les librairies étatiques ont été privatisées en 1997, souvent cédées à leurs salariés. « Ils sont nombreux à avoir cédé à la spéculation immobilière et vendu », précise-t-il.

L’éditeur se fraie un chemin dans la foule de l’après-midi jusqu’à une autre librairie : « Celle-ci est encore en activité. Mais ce n’est pas une librairie digne de ce nom. C’est un espace où sont disposés sans réflexion des livres édités localement ou importés. » Il attrape un ouvrage : « Regardez ce livre sur Tlemcen. Il coûte 8 000 dinars [60 euros], c’est la moitié du SMIC algérien. Qui peut l’acheter ? Il n’y a aucune vision éditoriale, juste un choix éditorial motivé par une logique de prédation de la rente. C’étaient les années Bouteflika. Le secteur de l’édition n’y a pas échappé. »

Quand on l’interroge sur des éditeurs algériens comme Barzakh qui ont acquis une réputation internationale, Boussad Ouadi répond que « c’est l’arbre qui cache la forêt, de beaux arbres devant une forêt qui pourrit ». Il s’excuse pour ses diatribes. Le constat est amer et il espère un changement avec le Hirak, le mouvement de contestation qui a débuté en février, « véritable tremblement de terre ». « Il faudrait lutter contre l’argent sale pour récréer des circuits professionnels des métiers du livre, de l’auteur jusqu’au libraire. » Il s’arrête. « Je dis tout ça, mais j’ai baissé les bras », avant d’ajouter : « Momentanément j’espère. »

Il faut tirer à balles réelles sur les jeunes des cités

Zineb El Rhazoui déclare: « Il faut tirer à balles réelles» sur les jeunes des cités « les barbares », « les racailles ».

Zineb El Rhazoui est une ancienne journaliste de Charlie Hebdo. Ses propos sont aussi vulgaires que dangereux, mais pas étonnant venant d’elle. « Il faut tirer à balles réelles », dit-elle, sur les jeunes des cités « les barbares », « les racailles ». C’était ce matin 5 novembre dans l’émission de Pascal Praud sur CNEWS, «L’heure des pros ». Pascal Praud lui a fermé le bec. La gueule.

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Rue d’Aubagne, Marseille

Il y a un an, la rue d’Aubagne à Marseille.

Au-delà du pont, pointe la rue d’Aubagne, interdite aux véhicules depuis l’effondrement de deux immeubles vétustes le lundi 5 novembre dernier. Quelques piétons, des résidents. Et des policiers qui forment trois petits groupes.
Ils discutent entre eux ou avec des passants qui s’interrogent. Une jeune dame dépose une gerbe de fleurs à hauteur du « 56 », une jeune fille pose ses doigts contre la photo d’un jeune homme, elle en caresse le visage. À côté, ceux de deux jeunes-hommes Chérif et Julien et une dame, Marie-Emmanuelle, décédés lors de la catastrophe semblent sourire à l’éternité. Sous l’ombre d’une autre femme (sans photo) il est écrit « Ouloume mère de famille – un fils de 8 ans orphelin ». A deux pas de la colonne-fontaine de Homère.

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Le Monde. Fr – 04 novembre 2019

Un an après le drame de la rue d’Aubagne, la crise se poursuit à bas bruit à Marseille- Le 5 novembre 2018, huit Marseillais mouraient dans l’effondrement de deux immeubles insalubres. Depuis, les évacuations d’immeubles en péril se poursuivent et le dispositif de relogement est à la peine. Par Luc Leroux.

Un temps de silence à l’heure de l’effondrement, un banquet des voisins, des expositions photo, un livre, une radio libre, une marche « contre le mal-logement »… Le quartier de Noailles s’est donné une semaine pour commémorer la mémoire des huit Marseillais tués par l’effondrement de deux immeubles, le 5 novembre 2018, rue d’Aubagne. Marie-Emmanuelle, Simona, Taher, Julien, Fabien, Niasse, Ouloume et Cherif : leurs photos, leurs prénoms s’affichent à nouveau sur les murs de ce quartier meurtri où le grand creux laissé par les immeubles effondrés est désormais d’un blanc aveuglant, la couleur du crépi qui recouvre les murs des bâtiments mitoyens.Un an plus tard, les projecteurs sont de nouveau braqués sur ce quartier du centre-ville, mais, en réalité, c’est partout dans la seconde ville de France que le piéton bute sur l’incurie de la municipalité à gérer la crise. Là, un arrêté de péril grave et imminent affiché au scotch marron sur une porte fermée par une grosse chaîne. Ici, des plots en béton ou de puissants tirants en métal pour empêcher le passage au pied d’une façade lépreuse et menaçante, ou encore des rues entièrement fermées à la Belle de Mai.

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Françafrique

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Cliquer ici pour écouter l’intervention de Nathalie YAMB au forum de Sochi (Russie)

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Sputniknews: « Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’intervention de Nathalie Yamb au sommet Russie-Afrique qui s’est tenu les 23 et 24 octobre à Sotchi aura fait sensation. Sputnik s’est entretenu avec la conseillère exécutive de Mamadou Koulibaly, candidat à la présidentielle ivoirienne de 2020, qui rêve d’une Afrique véritablement libre et prospère.

«Force est de constater qu’après l’esclavage, la colonisation, les pseudo-indépendances, on ne nous a reconnu que le droit d’être libres, mais seulement au sein de l’enclos français. L’Afrique francophone est encore, en octobre 2019, sous le contrôle de la France.»

C’est ce que n’a pas hésité à marteler, entre autres, Nathalie Yamb lors d’un discours prononcé lors du sommet Russie-Afrique où étaient réunis, les 23 et 24 octobre derniers, une quarantaine de chefs d’État africains.

Très vite, des centaines d’internautes de par le monde ont salué le «courage» d’une Africaine en qui ils voient désormais un porte-étendard d’un continent en quête d’affirmation de soi et de liberté.

Un triomphe auquel Nathalie Yamb, conseillère exécutive de Mamadou Koulibaly, candidat investi par le parti Liberté et démocratie pour la République (LIDER) pour la présidentielle ivoirienne de 2020, était loin de s’attendre.

En exclusivité pour Sputnik, la femme politique de 50 ans a accepté de revenir sur des points clés de sa prise de parole à Sotchi – comme le franc CFA et les accords de défense entre la France et certains pays africains, mais aussi sur la vie politique en Côte d’Ivoire.

Sputnik: Comment se fait-il que vous ayez été conviée à prendre la parole au sommet Russie-Afrique?

Nathalie Yamb: «L’année dernière, l’Association pour la recherche libre et la coopération internationale (AFRIC) avait invité le professeur Mamadou Koulibaly à une conférence à Madagascar. L’association m’a par la suite conviée à participer à un séminaire de prospective sur l’Afrique à Berlin. Ce que je leur ai présenté à Berlin leur a plu, ils m’ont alors proposé de prendre part au sommet. Je trouve les autorités russes totalement décomplexées: elles n’ont pas hésité à inviter des opposants, en l’occurrence le professeur et moi, et elles m’ont même offert une tribune.

Il y aura le sommet France-Afrique en juin 2020. Je ne sais pas si le Président Emmanuel Macron, qui s’est pourtant dit ouvert à une réforme du franc CFA, pourrait m’inviter ou le professeur Mamadou Koulibaly pour discuter du sujet.

Au passage, nous avons constaté que la page Facebook d’AFRIC a été désactivée le 29 octobre dernier par le réseau social, sans aucune explication.» »

https://fr.sputniknews.com/afrique/201910311042355177-nathalie-yamb-nouvelle-heroine-de-la-liberation-de-lafrique-depuis-le-sommet-de-sotchi/

___________ Réactions ______________

Elle démonte la Françafrique, Nathalie Yamb, conseillère de Mamadou Koulibaly bannie de Wikipédia, Facebook et interdite de séjour en France

Nathalie Yamb s’est visiblement attirée des ennemis après avoir dénoncé, à Sotchi, les travers de la coopération franco-africaine. La Conseillère exécutive de Mamadou Koulibaly vient de se voir retirée de Wikipédia.

Invité par Vladimir Poutine lors du Forum Russie – Afrique de Sotchi, Mamadou Koulibaly s’est rendu en Russie en compagnie de sa collaboratrice Nathalie Yamb. Appelée à intervenir sur les urgences de développement de l’Afrique francophone, la souveraineté sur les valeurs africaines et le rôle que la Russie peut jouer, la Conseillère du Président de Lider (opposition) a fustigé la Françafrique qui, selon elle, est la cause de tous les malheurs des Etats africains francophones.

La réaction à cette sortie de Nathalie Yamb ne s’est pas fait attendre, et l’éveilleuse de conscience de Liberté et de démocratie pour la République l’a appris à ses dépens. La page Wikipédia créée en son nom vient d’être aussitôt supprimée par des mains occultes. Idem pour celle créée sur Facebook pour ouvrir une lucarne sur cette étoile montante de l’émancipation totale de l’Afrique.

«Je ne croyais pas si bien dire. La page FB d’AFRIC a été désactivée par Facebook hier, ainsi que celle de son animateur. Sans explication. Une page Wikipédia à mon nom a été supprimée » a réagi Madame Yamb sur Twitter, avant d’accuser : « Le Quai d’Orsay qui essaie piteusement de réagir à mon speech. On va sortir. Pian! »

En soutien à sa conseillère, Mamadou Koulibaly, ancien Président de l’Assemblée nationale ivoirienne, a tweeté : « Quelqu’un écrit une page Wikipédia sur Nathalie Yamb. Quelqu’un vient tout de suite effacer la page Wikipédia sur Nathalie Yamb. » Poursuivant, le candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2020 en Côte d’Ivoire prévient, à travers cette citation de Me Yoda : « La peur est le chemin vers le côté obscur : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine … mène à la souffrance. ».

Notons que Wikipédia est une encyclopédie universelle, multilingue, créée par Jimmy Wales et Larry Sanger. C’est le cinquième site le plus fréquenté au monde, et qui donne des informations générales sur divers sujets et divers personnalités à travers le monde.

LA FRANCE EST UN PAYS DÉLINQUANT

La Lettre du continent révèle que la panafricaniste Nathalie Yamb est interdite de voyage en France et fichée S pour ses liens avec La Russie.

La note Fiché S est attribuée par les services de renseignement français pour désigner un individu qui est suspecté de porter atteinte à la sécurité ou l’ordre publique en France. On y trouve à la fois des terroristes, des activistes écologistes ou de simples manifestants Gilets jaunes comme Eric Drouet.

En outre, après son discours vigoureux et véridique prononcé au Sommet Russie Afrique de Sotchi, l’encyclopédie numérique Wikipedia a désactivé sa biographie en ligne.

Voici les odieux agissements de la France qui se prétend terre des droits de l’homme mais intimide ceux qui refusent de faire ses éloges ou révèlent ses pratiques criminelles en Afrique quelle veut occulter . Où est la différence entre ses méthodes et celles des dictatures quelle prétend combattre ?

In : https://firstmagazine.net/apres-son-recent-discours-a-sotchi-russie-nathalie-yamb-interdite-de-sejour-en-france/

Élection présidentielle du 12.12.2019

Élection présidentielle du 12.12.2019: qui sont les candidats?

TOUS CES CANDIDATS SONT MEMBRES RECONNUS DU « SYSTÈME »- LEURS PARCOURS SONT ÉLOQUENTS.

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De gauche à droite (cf photo)

Abdelmadjid TEBBOUNE

Soutien indéfectible à Bouteflika (Il jurait par Dieu qu’il était avec le président Bouteflika « Aqsimou bi Allah el Aliyou el Adim »- vidéo)

Premier ministre en 2017

Ministre du Commerce en 2017

Ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme 2001-2002 puis 2012-2017 (sous SELLAL)

Ministre délégué chargé des Collectivités locales 2000- 2001

Ministre de la Communication et de la Culture 1999-2000

Ministre délégué chargé des Collectivités locales auprès du ministre de l’Intérieur 1991-1992

Wali (FLN) : 1983-1991

Secrétaire général de Wilaya : 1975-1983

Sous la dictature de Boumediène il a été procureur de la République en 1969, et procureur général à Constantine de 1971 à 1974.

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Ali BENFLIS

Président de Talaie El Houriyet

Chef du gouvernement de 2000 à 2003 (donc durant « le printemps noir » de Kabylie, 126 morts, 5000 blessés)

Il se présente aux élections présidentielles de 2004, puis de 2014

Il a été secrétaire général du FLN : 2001-2004

Directeur de cabinet du président Bouteflika 1999-2000

Secrétaire général auprès du président Bouteflika

Directeur de campagne du candidat Bouteflika en 1999

Député FLN en 1997

Membre du FLN : 1988-2004

Ministre de la Justice de 1988 à 1991,

En 1987, il fonde la LADH (impulsée par le ministre de l’intérieur El Hadi Khediri et le général Larbi Belkheir. Le but étant de contrer la LADDH (de maître Ali Yahia)

Sous la dictature de Boumediène il a été procureur de la République en 1969, et procureur général à Constantine de 1971 à 1974.

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Abdelaziz BELAID

Président du Front Al-Moustakbel.

« En 1986, il adhère au FLN et devient le plus jeune membre du comité central. Député de 1997 à 2007, il est élu secrétaire général de l’Union nationale de la jeunesse algérienne (UNJA) » (il le revendique sur son site)

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Azzeddine MIHOUBI

Secrétaire général par intérim du Rassemblement national démocratique – RND

Ministre auprès du Parlement 2017

Ministre de la Culture : 2015-2019 (dans le gouvernement de SELLAL, puis de TEBBOUNE)

Secrétaire d’État chargé de la Communication 2008-2010

Directeur général de la radio algérienne de 2006 à 2008 (poste stratégique)

Il a été président de l’union des écrivains algériens (FLN) de 1998 jusqu’à 2005

Chef de l’information pour la télévision algérienne 1996-1998 (poste stratégique)

Député RND : 1997-2002

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Abdelkader BENGRINA

Président du Mouvement El-Bina.

Député 2002-2007

Ancien ministre du tourisme en 1997-1999

Il a été proche du parti islamiste MSP de Nahnah

(source Wikip)

A. Hanifi – 03 novembre 2019

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Lech ou lech el vot oulech

Non au vote du jeudi 12 décembre 2019 – élection présidentielle en Algérie

Une élection pour que rien ne change est proposée aux Algériens le jeudi 12 décembre 2019. Alors une question se pose: pourquoi voter? et la réponse aussitôt dite. Non, je n’irai pas voter.

  • le jeudi 12 décembre j’irai à la pèche aux moules avec Kamel BELEKEHAL ;(1)
  • le jeudi 12 décembre j’irai au TNA avec Nacer TIMSI ;
  • le jeudi 12 décembre j’irai voir un match de foot avec Ali IDIR;
  • le jeudi 12 décembre je chanterai « La casa d’El Mouradia » au stade avec Mohamed BOUDJEMIL;
  • le jeudi 12 décembre je rendrai visite aux détenus politiques avec Hamza KAROUNE;
  • le jeudi 12 décembre j’irai au concert de musique de Ouled el Bahdja avec Bilal BACHA;
  • le jeudi 12 décembre j’irai pique-niquer aux îles Habibas avec Djaber AIBECHE;
  • le jeudi 12 décembre j’irai au cirque Amar avec Messaoud LEFTISSI;
  • le jeudi 12 décembre j’irai à la supérette avec Khaled OUDIHAT;
  • le jeudi 12 décembre je plongerai dans « La recherche du temps perdu » avec Hamza MEHARZI;
  • le jeudi 12 décembre je ferai la liste de mes spleens avec Tahar SAFI ;
  • le jeudi 12 décembre j’irai à la ziara de Sidi Abdelkader ou Abderrahmane avec Mouloud CHATRI ;
  • le jeudi 12 décembre j’irai à la chasse aux étourneaux avec Samir Idir GERROUDJ ;
  • le jeudi 12 décembre j’irai à la chasse au sanglier avec Akli OKBI;
  • le jeudi 12 décembre j’irai voir à la cinémathèque « les vacances de l’Inspecteur Tahar » avec Amine OULD TALEB ;
  • le jeudi 12 décembre j’arroserai toutes les plantes de mon quartier avec Khaled OUIDIR;
  • le jeudi 12 décembre j’irai faire un tour en Tunisie avec  Makhlouf BIBI ;
  • le jeudi 12 décembre j’irai au musée Zabana avec Abderrahmane BOUDRAA ;
  • le jeudi 12 décembre j’irai au musée du Bardo avec Mohamed AGOUAZI;.
  • le jeudi 12 décembre je jouerai aux échecs avec Hafid BARACHE;
  • le jeudi 12 décembre je ferai du vélo à Tamanrasset avec Bakir BETLICHE;
  • le jeudi 12 décembre au matin je ferai la chaîne au consulat du Canada avec Aala DEROUICHE;
  • le jeudi 12 décembre après-midi je ferai la chaîne au consulat des États-Unis avec Arezki AZOUG;
  • le jeudi 12 décembre j’escaladerai le Djurdjura avec Réda BOUARISSA ;
  • le jeudi 12 décembre je serai dans un chalutier au large de Ténès avec Amokrane CHALLAL ;
  • le jeudi 12 décembre j’irai à la conférence sur les Droits de l’Homme avec Elhadi KICHOU ;
  • le jeudi 12 décembre je crierai « Liberté ! » sur les toits d’Alger avec Mustapha Hocine AOUISSI ;
  • le jeudi 12 décembre j’écrirai à tous les détenus politiques avec Amar ACHERFOUCHE ;
  • le jeudi 12 décembre j’offrirai des fleurs à toutes les femmes que je croiserai avec Arezki CHAMI ;
  • le jeudi 12 décembre je rêverai mon pays libre avec Hilal YAHIAOUI ;
  • le jeudi 12 décembre je chanterai Qassaman et d’autres hymnes avec Abdelbasset KHEBANI ;
  • le jeudi 12 décembre je brandirai tous les drapeaux d’Algérie avec Mohand Ameziane BELHOUL ;
  • le jeudi 12 décembre je taillerai nos jardins avec Nabil BOUNOUH ;
  • le jeudi 12 décembre je guetterai l’arrivée de tous nos frères/sœurs avec Kamel BOUALOUACHE ;
  • le jeudi 12 décembre je tracerai un arc-en-ciel sur toute l’autoroute Est-ouest avec Ghimouz AKRAM ;
  • le jeudi 12 décembre je me rendrai à la rencontre organisée par des mères de disparus avec Abdelkader Toufik BACHA ;
  • le jeudi 12 décembre je me recueillerai à la mémoire de tous les martyrs avec Kheiredine BENZINE ;
  • le jeudi 12 décembre je me rendrai à la librairie du front de mer avec Fazil DECHICHA ;
  • le jeudi 12 décembre je prendrai des photos de la rade d’Alger avec Rachid HIRET;
  • le jeudi 12 décembre je ferai une partie de Ronda avec Sammy ABBAS;
  • le jeudi 12 décembre je raconterai des histoires aux enfants de Port-Saïd avec Boualem OUAHABI;
  • le jeudi 12 décembre je préparerai des couffins aux nécessiteux avec Mohamed SMALLAH;
  • le jeudi 12 décembre j’enverrai une longue lettre inamicale aux députés avec Menad TISSEMLAL ;
  • le jeudi 12 décembre je peindrai en bleu toute la maison avec Menaouar OUAÂZANE ;
  • le jeudi 12 décembre je jouerai au Casse-tête chinois avec Rachid SADAOUI ;
  • le jeudi 12 décembre je me rendrai au marché aux puces de Mostaganem avec Sadek LOUAIL ;
  • le jeudi 12 décembre je ferai les cent pas devant Sidi-M’hamed ou  Serkadji avec Mohamed DAADI ;
  • le jeudi 12 décembre je me rendrai à la galerie d’art avec Nabil BOUALAKMAH ;
  • le jeudi 12 décembre j’irai au restaurant avec Samira MESSOUCI ;
  • le jeudi 12 décembre je ferai du lèche-vitrine à Tizi-Ouzou avec Bilal ZIANI ;
  • le jeudi 12 décembre je dessinerai la Joconde avec Mohamed Amine CHELALI;
  • le jeudi 12 décembre je ferai une sadaqa à la mosquée du quartier avec Ahcene HAMZA;
  • le jeudi 12 décembre j’écrirai un poème aux enfants du Hirak avec Kheireddine MEDJANI;
  • le jeudi 12 décembre je tirerai, avant de prendre le thé, mon chapeau à Bachir ARHAB;
  • le jeudi 12 décembre je ferai du cheval au centre équestre d’Es Senia avec Kader RASSELMA;
  • le jeudi 12 décembre je plongerai à « Cueva L’awa » avec Hakim MIHOUBI;
  • le jeudi 12 décembre j’écrirai des cartes postales aux malades avec Sid Ahmed BOUHRAOUA;
  • le jeudi 12 décembre je planterai des pins à la montagne des lions avec Rabah MAHROUCHE;
  • le jeudi 12 décembre je regarderai d’un mauvais œil les écoles ouvertes avec Wafi TIGRINE;
  • le jeudi 12 décembre je rêverai d’une Algérie libérée de ses jougs avec Laamouri BELAIDI;
  • le jeudi 12 décembre je prierai pour nous tous avec Toufik DJILALI;
  • le jeudi 12 décembre j’observerai au zoo les chacals dans leurs cages avec Mohamed GADI;
  • le jeudi 12 décembre j’écouterai les histoires extraordinaires de Hamidou GARIDI ;
  • le jeudi 12 décembre je lirai des extraits de « 1984 » à Fatehi DIYAOUI;
  • le jeudi 12 décembre je montrerai la Tahraha de M’dina Jdida et Sidi Blel à Mohamed BOUHERAOUA ;
  • le jeudi 12 décembre je présenterai l’Atlas du monde à Yasmina Nour Houda DAHMANI;
  • le jeudi 12 décembre j’irai voir « les 12 salopards » avec Salah MAATI ;
  • le jeudi 12 décembre je participerai à la grande fête du « NON » avec Sadeddine YOUCEF ISLAM ;
  • le jeudi 12 décembre je colorierai les devantures des magasins de Tafourah avec Zineddine BOUGUETAYA ;
  • le jeudi 12 décembre j’écouterai avec toutes mes oreilles les leçons de Lakhdar BOURAGÂA ;
  • le jeudi 12 décembre j’offrirai mes plus belles clefs à Samir BELARBI ;
  • le jeudi 12 décembre je dédierai l’acrostiche du pays à Fodil BOUMALA ;
  • le jeudi 12 décembre j’escaladerai l’espoir avec Khaled CHOUITER ;
  • le jeudi 12 décembre je conjuguerai les plus beaux verbes avec Hamza DJAOUDI ;
  • le jeudi 12 décembre j’offrirai les plus beaux mots d’Éluard à Karim TABBOU ;
  • le jeudi 12 décembre je montrerai mon nouveau roman sur l’Espoir à Hakim ADDAD ;
  • le jeudi 12 décembre j’écrirai une (nouvelle) belle chanson pour le Hirak avec Djalal MOKRANI ;
  • le jeudi 12 décembre je crierai « 22.2 ! 22.2 ! 22.2 ! » avec Saïd BOUDOUR ;
  • le jeudi 12 décembre nous crierons tous ensemble « Lech ou lech el vot oulech ! Libérez les détenus politiques ! »

Ahmed Hanifi,

Jeudi 31 octobre 2019

(1) Toutes les personnes citées sont des détenues d’opinion depuis le début du « Hirak » (mouvement de contestation qui a commencé le 22 février 2019) en Algérie. Toutes ces personnes sont, à ce jour, emprisonnées.


Ghaleb BENCHEIKH 29 octobre 2019

Ghaleb BENCHEIKH surr C.NEWS_ Mardi 29 octobre 2019- À propos de l’attentat de Bayonne, du voile, de l’irresponsabilité…

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CLIQUER ICI pour voir la vidéo de C. NEWS avec GHALEB BENCHEIKH

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LES COMMENTAIRES CI-DESSOUS ONT ÉTÉ AJOUTÉS CE JEUDI 14 NOVEMBRE À 11H15

En postant la vidéo sur Ghaleb Bencheikh, j’étais loin d’imaginer qu’elle deviendrait virale. Depuis neuf jours, plus de cent mille vues, 2100 partages, mille commentaires. Hélas souvent dénués d’analyse, de réflexion, de point de vue argumenté. Définitifs et catégoriques, les commentaires sont rarement interrogatifs, peu constructifs. Parfois (plus que parfois) injurieux. On peut posséder une part de vérité, mais on pérore disposer de LA vérité. Hélas.

À beaucoup d’entre nous il n’a pas été donné l’occasion (études…) d’apprendre à échanger, à donner son point de vue, à argumenter, à respecter le point de vue d’autrui. Nous avons été habitués, dans les pays à régime non démocratique, au Maghreb comme dans tous les pays musulmans, tous les pays arabes, à ne pas réfléchir, à lancer des slogans entendus (souvent dans les médias officiels ou soumis) à les répéter. Lorsqu’il s’agit de l’Islam, cela atteint l’aveuglement. L’intolérance est insensée. Chacun se fait à la fois exégète, imam, juge et procureur de conscience.

En France ou dans d’autres pays démocratiques les citoyens apprennent dès le secondaire à relativiser le propos, à agencer un argumentaire, à écouter les critiques, à ne pas exclure définitivement « l’autre ». Malheureusement et pour des raisons bassement matérielles, ce sont souvent les déclarations radicales, le plus souvent médiocres, mais qui sont à même de faire de l’audimat ou du buzz, qui sont privilégiées. Leurs émetteurs sont le plus souvent convaincus par leurs propres discours, même s’ils s’inscrivent dans une compétition politico-médiatique. On le constate jusque chez des hommes politiques (Sarkozy, Valls, Le Pen.s), médiatiques (Zemmour, Finkielkraut, Galzi…), intellectuels  (Houellebecq, Millet…)

À propos du traitement médiatique, on est loin en France d’un « Conseil de déontologie de la presse ».

Pour revenir à la vidéo montrant Ghaleb Bencheikh, celle-ci fut suivie de commentaires fréquemment inacceptables, déplorables.

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Ci après la transcription de l’intervention de Ghaleb Bencheikh sur C. NEWS:

Ghaleb Bencheikh était l’invité de L’Heure des pros animée par Pascal Praud sur CNews, le mardi 29 octobre 2019.

Il répondait aux questions de Pascal Praud, Gilles Verdez, chroniqueur, auteur, Jérôme Béglé, directeur adjoint du magazine Le Point, Gilles-William Goldnadel, avocat, essayiste, et Arnaud Ardoin, journaliste.

Verbatim

Pascal Praud : Que pensez-vous du climat actuel en France et de l’attentat de la mosquée de Bayonne ?

Ghaleb Bencheikh : Les tensions que vit notre pays ne datent pas que d’hier soir. Il y a sans doute une convulsion paroxystique qui est arrivée il y a quelques semaines, et peut-être même il y a 30 ans avec l’affaire de Creil. Comme citoyen, républicain, je ne veux pas ajouter de la polémique à la polémique, de la surenchère verbale, de l’acrimonie. Il ne faut pas en arriver à la conflagration vers laquelle nous allons à petits pas selon certains, à bas bruit selon d’autres. Vous ne m’entendrez jamais tenir des propos irresponsables comme le font certains relayeurs d’opinion.

Une crise ne se dénoue que lorsqu’elle atteint son paroxysme : l’attentat de Bayonne en est un. Et ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une mosquée. Un lieu de culte quel qu’il soit – synagogue, pagode, temple, église – sous la voûte commune de la laïcité, ne doit pas être attaqué.

Pascal Praud : Partagez-vous l’analyse de Jean-Luc Mélenchon ? Y a-t-il une hystérie autour de l’islam et des propos nauséabonds autour de cette religion ?

Mon attachement est d’abord à la Nation. Nous avons pâti d’un islamisme radical, politique, d’un extrémisme violent. Nous avons connu une annus horribilis, 2015, et les idées wahhabo-salafistes nous ont minés. Hélas, et cela ne minimise pas ce que je viens de dire, dans le tintamarre auquel nous avons assisté, des prises de parole irresponsables ont glissé de la condamnation de l’islamisme politique au fait d’être musulman in globo.

Pascal Praud : A qui pensez-vous ?

On avait le 28 septembre dernier lors d’une convention dite de toutes les droites un rhéteur de piètre qualité oratoire qui a affirmé qu’il y avait un choix à faire entre l’islam et la France…

Pascal Praud : Le débat sur le voile est-il un bon débat ? Un faux débat ?

Le débat doit être d’abord et surtout intra-islamique. Je déplore que les théologiens, les intellectuels, les philosophes musulmans n’aient pas pris cette affaire à bras le corps. Les passages sur le voile ne sont pas aussi clairs que ça.

C’est un bon et vrai débat, mais il faut savoir le mener avec intelligence, raison, objectivité et sans passion.

Pascal Praud : Sans passion ? C’est difficile puisque c’est un point de cristallisation.

Raison de plus pour ne pas perdre la raison !

Pascal Praud : Quel est votre avis sur le voile ?

D’abord, la République a manqué d’autorité il y a 30 ans de cela. Le ministre de l’Education d’alors s’est défaussé sur le Conseil d’Etat et le Conseil d’Etat a fait du droit au lieu de faire de la politique. Ensuite, revenons-en aux faits, indéniables : dans les sociétés musulmanes, à partir des années 1920 et jusqu’à la Révolution de Khomeiny et la collusion avec le wahhabo-salafisme, ces affaires de voile étaient réglées. Dans les années 1960-70, je mets au défi quiconque trouvera une jeune fille allant à l’école ou à l’université voilée. Et je parle des sociétés musulmanes !

Pascal Praud : Que s’est-il passé pour qu’on en soit là 40 ans plus tard ?

Il y a eu de la démission, de la lâcheté, des calculs politiques partout ! Quand on voit ce qui a été investi dans la fameuse politique des Grands frères, la politique de la Ville, alors que la Fondation de l’Islam de France doit quémander parce qu’elle a des moyens epsilonesques pour laisser place à l’éducation, la culture, la connaissance, pour qu’on se réapproprie l’islam aristotélicien qu’on a effacé des mémoires ! C’est comme cela qu’on gagne la bataille des idées ! Il faut extirper des consciences apeurées et culpabilisées l’offensive islamiste salafiste.

Pas plus tard qu’aujourd’hui, nous entendons encore que le voile est une prescription religieuse…

Pascal Praud : Qui a déclaré que le voile était une prescription religieuse ? Le CFCM ?

Ce sont les déclarations de ce que je pourrais appeler “un synode” qui s’est tenu au lendemain de la rencontre entre le Président de la République et des hiérarques musulmans du CFCM. Je ne veux pas aller dans les polémiques, mais il se trouve que cette instance qui n’a aucune compétence théologique s’est prononcée sur ce sujet – d’une manière que l’on a d’ailleurs du mal à comprendre : on nous dit à la fois que c’est une prescription religieuse et que pour celles qui ne le portent pas, ce n’est pas bien grave. Eh bien non ! A un moment donné, il faut déculpabiliser les consciences !

Arnaud Ardoin : C’est une parole qu’on entend très peu sur les plateaux de télévision.. Votre discours, très équilibré, est-il minoritaire ? La communauté musulmane et les gens qui appartiennent à ce mouvement wahhabo-salafiste vous jettent-ils des pierres ?

Premier point : je ne reconnais qu’une seule communauté nationale d’un destin commun au sein de laquelle il y a des composantes. Mais je peux aussi bien évoquer la communauté musulmane, comme la communauté des joueurs de boule…

Sur le second point, pardonnez les propos prétentieux qui peuvent sous-tendre ce que je vais dire mais un Erasme, un Campanella, un Bacon, un Rousseau étaient peut-être seuls quand ils ont commencé à parler ! Même si je reçois des pierres, je dis ce que je crois être juste. Mais nous ne sommes pas seuls.

Jérôme Béglé : Mais alors sur quels fondements ou écrits religieux arrivent-ils à affirmer que le voile est une prescription religieuse ?

Nous n’avons pas le temps pour un colloque ad hoc ! Je dirais qu’il y a d’abord, hélas, l’obsession de la norme religieuse qui commence à nous gagner maintenant. Il y a aussi le fait d’épuiser les questions d’identité, laquelle est multiple et sédimentée, pour les réduire à un unique aspect religieux. Il y a également les relations hommes-femmes, qui étaient pourtant harmonieuses et épanouies dans la civilisation islamique. N’oublions pas qu’il y a eu trois grands Empires : ottoman, safavide et moghol. Si l’on savait ce qui se passait dans les jardins sous Tamerlan à Samarkand, à Tachkent ou à Cordoue, à Séville !

Pascal Praud : Vous semblez dire que l’inculture qui règne dans certains milieux fait que la religion est détournée de ses origines.

Je ne semble pas le dire, je l’affirme. L’antidote est la culture, l’éducation, les belles lettres, les beaux arts, l’acquisition du savoir, l’intelligence hybride du coeur et de l’esprit.

Pascal Praud : Quelle réaction face à ces femmes qui ont visité le Sénat aujourd’hui, certaines portant le voile, alors même que le Sénat examine une proposition de loi visant à renforcer la neutralité religieuse dans le cadre scolaire ?

Ma réaction est simple : je n’entrerai jamais par effraction dans la conscience des femmes. Je suis très attaché à la liberté et je respecte le choix de ces femmes. Mais de grâce, qu’on ne justifie pas le port du voile par des considérations exclusivement religieuses ! On peut trouver d’autres considérations, mais l’élévation spirituelle n’est pas nécessairement médiatisée par un tissu.

Gilles-William Goldnadel : Vous dites que le voile est d’abord un débat intra-islamique. Mais que pensez-vous du regard des Français non musulmans ? Qu’il s’agisse du regard des féministes, d’un regard culturel ou même identitaire ? Quelle est votre appréhension ?

La sagesse recommande de tenir compte de la psychosociologie ou de la psyché collective française. La société française, à tort ou à raison, a bénéficié – ou pâti pour certains – d’un mouvement de sécularisation. Petit à petit, la société est également allée vers l’égalité ontologique et juridique entre les hommes et les femmes, laquelle reste d’ailleurs à parachever sinon nous n’aurions pas aujourd’hui un Secrétariat d’Etat qui lui est consacré.

Je comprends donc cette crainte à l’égard du voile, même si elle pousse parfois à l’hystérie : on peut défendre une cause juste mais on s’y prend mal et on dessert ainsi, par l’outrance langagière, ladite cause juste.

Jérôme Béglé : Comment se fait-il qu’il n’y ait pas, aujourd’hui en France, une voix ou une instance représentative qui puisse imposer une lecture du texte, du Coran, qui s’imposerait à tous ?

Dans l’obédience sunnite de la tradition islamique, il n’y a pas d’autorité cléricale, il n’y a pas de structure pontificale. Chez les chiites il y a un clergé mais il n’est que d’ordre académique et pas d’ordre sacerdotal, ce qui peut régler certaines choses mais pas celle-là pour l’instant. Cette absence d’autorité centrale est concomitamment une source de bonheur, car la relation au divin est directe, il n’y a pas besoin d’un directeur de conscience, c’est une question d’intimité de la conscience précisément : je n’ai pas besoin d’un quelconque intercesseur. Et en même temps, c’est une source de problèmes inextricables pour peu que l’on ait des Savonarole des temps modernes, c’est-à-dire ceux qui crient plus fort que les autres. Or, on a toujours plus radical que soi, plus ultra, et ainsi le glissement vers les radicaux s’opère et malheureusement se matérialise même parfois par des attentats inacceptables.

Alors que faut-il faire ? A travers l’histoire, il y a eu ceux, selon la formule, qui ont su “lier et délier”, sous entendu l’écheveau des questions théologiques et religieuses. De nos jours, on n’a pas ça.. Eh bien il faut que des hommes et des femmes – et je suis ravi que Kahina Bahloul soit la première femme imam – avec leur autorité, leurs compétences, leurs prises de parole sérieuses, nous fassent sortir de l’incurie organique à laquelle nous assistons maintenant.

Pascal Praud : Avez-vous le sentiment que beaucoup de musulmans adhèrent à ce que vous dites ? Qu’ils pourraient se retrouver dans ce que vous venez de dire ? Allez-vous voir les jeunes qui peuvent être en difficulté et ont besoin d’entendre ce que vous dites ?

A la Fondation de l’Islam de France, nous avons institué l’université populaire itinérante. Nous nous rendons de ville en ville, de cité en cité, pour parler avec eux. La prochaine est à Epinay-sur-Seine le 5 novembre à 18h30 à l’espace Lumière. Il faut apprivoiser les peurs, exorciser les hantises, domestiquer les angoisses, bref, crever l’abcès !

Pascal Praud : C’est cette parole dont la France a besoin aujourd’hui ! Ce que vous dites est trop rarement dit.

La France pourrait être à feu et à sang et les plateaux télé invitent des imams ignares qui, titillés sur la burqa, ne savent même pas répondre ! Je ne dis pas que tous les imams de France sont ignares, loin de là, mais malheureusement certains imams autoproclamés viennent nous dire qu’écouter de la musique nous transformera en singes ! La parole publique engage, il faut être responsable et sérieux.

Arnaud Ardoin : Ce que vous dites est un message de réconciliation, de paix et d’unité. Laurent Hénart explique que le danger aujourd’hui ne passe plus par les mosquées mais par l’islam des caves, un discours plus informel. Le confirmez-vous ?

Le danger vient aussi de ce que j’appelle “Cheikh Google” qui décrète des fatwas. Dans cette déshérence culturelle, cette indigence intellectuelle, on se tourne vers internet où il y a à boire et à manger. Il y a un défi, et je lance ici un appel à tous mes concitoyens : aidez-nous à gagner la bataille de la connaissance et de l’instruction !

Pascal Praud : Avec qui avez-vous envie de débattre d’islam ?

Avec quiconque ! Le débat doit être ouvert avec quiconque a envie d’en sortir par le haut. On n’est pas seul détenteur de la vérité absolue.

In : fondationdelislamdefrance.fr

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Octobre à Paris, en 1961

Nuit du 17 au 18 octobre 1961. Kada El-Bethioui se cache dans une canalisation, près de chez lui à Nanterre. Il a quitté la manifestation appelée par le FLN. Il a été pourchassé, matraqué par la police sur le pont de Neuilly. Extrait de mon 4° roman LE CHOC DES OMBRES, pages 32-49

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« Recroquevillé dans une canalisation défectueuse, Kada grelotte dans son costume déchiqueté. Il tremble de froid, d’épuisement et de peur. De temps en temps il passe le bras sur son front pour éponger la sueur. Ainsi ramassé il s’aperçoit combien il est desservi par ce corps maigre et abîmé. Il lui faudra tenir dans cette position jusqu’aux premières lueurs du matin. Il s’applique à remuer le moins possible pour n’émettre aucun signe de présence. Il a soif et faim. Il a l’impression que son crâne est fendu. Il n’en revient pas d’être toujours en vie et de pouvoir appréhender le fil des événements de la veille, et plus encore ceux des jours et des mois passés. Il se tâte la cuisse lourde, l’épaule endolorie, la tête. Du sang séché colle à son cuir chevelu et à ses vêtements déchirés. Tous ses membres souffrent. À quarante ans, l’agilité qui était la sienne à vingt semble l’avoir abandonné. « Pourquoi ? » ne cesse-t-il de se questionner, même s’il sait qu’au cœur de la nuit la réponse ne lui sera pas offerte. « Pourquoi cette haine ? » Il a subitement honte. Il a une pensée pour sa mère, pour son père, pour sa famille, restés au bled. Pour son épouse. Une autre, épaisse, traverse son esprit comme un éclair : et si Messaoud et Hadj El-Khamis lui étaient arrachés ? Un sentiment de répulsion noue son cœur. Il s’en veut. De son poing serré, il martèle sa poitrine, puis sa tête. Il résiste aux larmes. « Pourquoi tant de haine ? »

(…)

En juin 1956, peu avant la naissance de Hadj El-Khamis, leur deuxième enfant, Kada et son épouse emménagèrent dans une baraque du bidonville de La Folie, toujours à Nanterre, acquise au prix de deux mille nouveaux francs. Une somme importante qu’ils mirent plusieurs années à amasser. Comparé au premier taudis, le nouveau toit semble à Kada moins inacceptable. Il n’a bien évidemment ni eau, ni électricité, ni fenêtre, ni sanitaire. Le toit est constitué de toile goudronnée. À l’intérieur, des cartons sont cloués aux planches. Sur certains, on colle des photos de magazines, et on colmate les espaces avec du papier journal pour empêcher le froid de pénétrer. Il y a un coin cuisine avec un évier au-dessus duquel Kada accrocha un miroir de barbier avec un contour rouge plastifié. Des w.c. turcs furent aménagés près d’une décharge d’ordures, suffisamment éloignés des taudis pour ne pas suffoquer. Comme dans le bidonville des Pâquerettes, il n’y a qu’un seul point d’eau, une fontaine pour dix mille personnes, installée dans la rue de la Garenne. L’eau est transportée souvent dans des poussettes Terrot ou des voitures à pédales. Les enfants remplissent une ou deux bouteilles, parfois un seau. L’insalubrité et générale, mais l’insécurité est aggravée pour les Algériens par les effets de la guerre engagée contre la colonisation française. Effets qu’ils subissent quotidiennement. Les provocations sont permanentes. Elles émanent le plus fréquemment de la police qui s’installe devant les bidonvilles des jours durant. Les protestations de monsieur Raymond Barbet, le maire, restent sans conséquence. Des cellules discrètes du Front de libération nationale furent montées au sein même du bidonville. Pour les forces de l’ordre qui encouragent les « harkis de Paris » à dénoncer tout mouvement ou individu suspects, les Français musulmans sont musulmans étrangers plutôt que citoyens français. Pour éviter tout problème, les habitants du bidonville qui ne sont pas Algériens le font clairement savoir en peinturant en toutes lettres sur leur porte et en lettres majuscules « JE SUIS TUNISIEN » ou « ICI MAROUKEN », en choisissant des couleurs criardes. Ils ne sont pas nombreux. Les Portugais se comptent sur les vingt doigts et orteils. Eux aussi placardent leur origine — et un crucifix en bois le plus souvent —  sur la porte d’entrée. Ils vivent à l’est de La Folie, après la zone des célibataires. Les Maghrébins se trouvent à l’Ouest vers la place El Qahira. On ne se mélange pas. Les contrôles policiers sont très nombreux, vexatoires et racistes. Les pleurs des mères et des enfants n’affectent guère les officiers très remontés. Ils extraient les hommes des taudis pour les entraîner brutalement, mains croisées sur la tête, jusqu’aux fourgons bleu sombre stationnés dans la rue. Parfois ils incitent leurs bergers allemands à sauter sur les moins dociles, ceux qui posent des questions, qui rouspètent. De temps à autre une baraque brûle et son occupant emmené menottes aux poignets vers une destination inconnue ou bien assassiné devant son gourbi sans que l’on sache si l’agression était une provocation des FPA, les Forces de police auxiliaire, des Calots bleus, ou bien un règlement de compte politique interne, car les Algériens sont partagés entre messalistes, ceux qui apportent leur soutien au Mouvement national algérien (MNA) de Messali Hadj, et frontistes, ceux qui l’offrent à El-djebha, le Front de libération nationale (FLN). Beaucoup d’Algériens paient de leur vie cette division. Lorsque El-djebha et l’Union des travailleurs algériens ordonnèrent la grève générale, Kada, qui est plutôt messaliste, ne sut pas trop comment il devait réagir. Et puis dans son travail, Mario le représentant de la CGT, auquel il fait grandement confiance, lui dit qu’il n’avait aucun conseil ni consigne à lui donner. Dans l’entourage de Kada on est plutôt FLN. Son cousin l’est, ses proches le sont. Kada se résolut alors à la discrétion. Mais lorsque ce parti lança il y a quelques jours l’appel à manifester le mardi 17 octobre pour dénoncer le couvre-feu discriminatoire instauré par Papon aux seuls « FMA », Français musulmans d’Algérie, et pour revendiquer l’autodétermination, il n’hésita pas longtemps. L’appel — « habillez-vous comme au jour de l’aïd » — fit le tour du bidonville et remplit les cœurs d’espoir. À la sortie du travail — il finit son service à 13 h — Kada se rendit directement aux Bains-douches, au 20 rue des Pâquerettes à deux cents mètres du camp. Il cadenassa son vélo à l’entrée. Il se lava dans la cabine N° 8 qu’il choisit chaque fois qu’il se rend dans ces douches. Si elle est occupée, il attend. Hier elle était libre. Il se rasa et rentra chez lui pour se changer. Exceptionnellement il s’habilla de son pantalon et veste de tergal noir et d’une chemise blanche, son unique costume qu’il réserve aux belles occasions. Puis il lissa ses cheveux avec de la brillantine, aspergea son visage et la chemise d’eau de Cologne. Lorsqu’il finit, il demanda à sa femme silencieuse dont il voyait bien les larmes couler sur ses joues de n’ouvrir à personne avant son retour. Puis il l’embrassa sur le front et lui dit « arrête, ça sert à rien ». Kada ne veut pas que Khadra manifeste. Une autre fois peut-être. Pourtant beaucoup d’hommes accompagnés de leurs enfants et épouse quittèrent le bidonville par petits groupes après avoir été fouillés par des responsables du Front. Aucun manifestant ne devait porter d’arme ou d’objet contondant. Ils sont tous convaincus que la cause qu’ils défendent est juste, qu’elle seule les extirpera de leur misérable condition. Lorsqu’il arriva à hauteur de l’entrée principale du bidonville, Kada se prépara à la fouille. Il leva les bras pour faciliter les palpations du frère de El-djebha. Seuls les hommes étaient palpés. Kada avait rendez-vous avec Lahouari au café-hôtel de la rue de la Garenne, mais il ne l’y trouva pas. C’est son adresse, celle du café de Ali, que beaucoup parmi les habitants de La Folie donnent pour toutes leurs correspondances, parfois même pour les rendez-vous. C’est chez Ali également que l’on dépose très discrètement les cotisations pour le FLN. Lors d’une ronda entre deux distributions de cartes ou d’une pioche pendant une partie de dominos, on adresse un signe à la personne chargée de la collecte et le tour est joué. À la fin de la partie, le militant attend le donateur derrière le comptoir, l’échange est voulu banal avec salamalecs et embrassades. Le client remet discrètement au militant une enveloppe (les billets sont toujours glissés dans une enveloppe qu’on cachette sans y porter d’inscription), on rajoute quelques mots et on se quitte jusqu’à la prochaine rencontre. Parfois c’est dans l’escalier interne qui mène à l’hôtel, ou dans une chambre que l’enveloppe passe d’une main à l’autre. Si la personne ne peut se présenter, c’est Ali qui a la charge de donner l’argent au collecteur en spécifiant le nom du bienfaiteur. C’est précisément à Ali que Kada remet plus ou moins régulièrement les 9500 anciens francs que ses parents récupèrent à Saint-Leu. Kada continue d’aider sa famille, même si c’est encore plus difficile qu’aux premières années. Lorsque Ali ou quelqu’un d’autre pose des questions, parfois délicates, concernant l’engagement politique de Kada, Lahouari remet aussitôt les choses dans l’ordre qu’il décida. Il protège en toutes circonstances son cousin. Ce mardi, Ali ferma plus tôt son café pour signifier aux habitués leur responsabilité. Mais lui-même ne se rendit pas à la manifestation, il resta pour avoir l’œil sur les va-et-vient dans son hôtel. « Wallah je ne l’ai pas vu » dit l’hôtelier à Kada qui alla alors se fondre parmi les milliers de manifestants partis à l’assaut des beaux quartiers de Paris. Kada trouve que même sous un temps maussade comme hier, sombre et pluvieux, ces quartiers sont magiques, comme sortis d’un rêve de vacances. Lorsqu’il s’y rend, à l’occasion de circonstances extraordinaires, il les traverse les yeux rivés au sol, car il ne veut déranger personne ni quoi que ce soit, « mais aujourd’hui c’est une autre histoire » pensa-t-il alors qu’il atteignait Neuilly. Il transita par le Rond-point de La Défense, un des lieux de rassemblement. Il continua sur l’interminable avenue de Neuilly avant de gagner la Seine et le pont qui porte le même nom. Ni la nuit qui s’installait, ni le froid qui se faisait plus vif, ni la pluie qui se remit à tomber, fine et perçante, ne découragèrent les manifestants qui arrivaient de toutes parts par flots ininterrompus : Puteaux, Courbevoie, Asnières, La Garenne… La masse des gens était devenue si dense que rares étaient les véhicules à moteur qui pouvaient circuler normalement. On n’entendait aucun slogan, juste le bruit des pas sur la chaussée mouillée, le clapotis de l’eau et les voitures au loin. C’est là, sur le pont de Neuilly, au-dessus de l’Île du Pont, que Kada reçut les premiers coups de bidules. Au loin on entendit des bruits secs, comme des coups assenés avec violence, suivis d’un mouvement de foule, des cris de femmes. Lorsque des fusillades retentirent, se sont ses enfants qui apparurent spontanément à Kada. Il prit peur et aussitôt se déprécia de se laisser gagner par cet état et les tremblements qui s’emparaient de ses jambes, mais c’était au-delà de ses forces. Il tenta de se ressaisir, fit demi-tour. La peur gagnait d’autres manifestants. Des enfants et des femmes couraient dans tous les sens et, de nouveau, Kada pensa à sa famille, à ses fils. Monique avait promis de passer à la maison, comme souvent les mardis, pour consacrer une heure de son temps — qu’il ne lui viendrait jamais à l’esprit de compter — au petit Messaoud pour qu’il apprenne à lire correctement et comprenne la leçon. Mais le matin il avait entendu dire que Monique avait la ferme intention de se joindre aux manifestants. Il la revoyait dans ses pensées. Il l’entendait : « Messaoud, retiens bien ceci, le mot qui dit ce que font les personnes, les animaux, ou les choses… » Kada ne savait plus, il ne retint pas la suite, « est un verbe, un verbe. » Il la voyait, penchée sur son enfant « lit Messaoud, lit : la fille rit. Le chat miaule. Le train roule. » Et Messaoud reprenait les phrases écrites sur son premier livre de grammaire française, à la lueur de la bougie, en faisant glisser son doigt le long des jambages et traverses des lettres, et il répétait encore à la demande de Monique : « la fille rit… » Kada sourit à cette pensée. Comment son fils, qui n’a que sept ans, pouvait saisir ce que lui-même ne comprend pas ? Des policiers, groupés, chargèrent de plus belle : « ratons ! », « fellouzes ! », « crouillats ! » La présence des Français musulmans d’Algérie dans les rues est perçue comme un défi, comme la violation du couvre-feu instauré pour eux seuls, dès 20 h 30. Des Forces de police auxiliaire sautèrent des cars Renault noirs qui venaient des rues adjacentes et se mirent à frapper au hasard avec leurs armes. L’un d’eux se rua sur Kada qui avançait le long des immeubles, tête basse. Plongé dans ses pensées il ne comprit pas de suite ce qui lui arrivait. Il projeta ses bras devant lui pour protéger son visage, son corps. L’agent de police redoubla de férocité. Il lui assena de violents coups avec la crosse de son arme qui causèrent de nombreux hématomes et fendirent son arcade sourcilière. Le policier hurlait, ahanait entre deux injures « pourri, fellaga ! » Dans sa tentative de se dégager de l’emprise de cette force tombée sur lui qu’il ne voyait pas, Kada ne réalisait pas qu’il avait affaire à un agent de l’ordre public. Il était submergé par une force physique, un rocher, un camion, un monstre. Il revit madame Hervo, son fils Messaoud, sa mère. Puis il bascula. Il tomba à terre, face contre le trottoir ruisselant d’eau boueuse. Il demeura ainsi, immobile, pendant un temps dont il ne sait s’il dura dix minutes ou soixante, avant de se relever, aidé par des manifestants. Les FPA avaient, lui dit-on, embarqué dans leur fourgon plusieurs marcheurs. Kada entendait comme des échos au loin, un brouhaha. Il devinait les slogans : « les racistes au poteau, l’Algérie algérienne ! » Celui-ci avait fait plusieurs fois le tour du bidonville. L’homme qui le soutenait par la main lui demanda de relever la tête « Rfâ rassek ya si Mohamed ». Au ton sec de sa voix, Kada supposa que l’homme appartenait au service d’ordre ou d’encadrement. Il le remercia du regard. Ses lèvres tremblaient comme ses paupières. Puis il reprit la marche, incertaine, sur une centaine de mètres. Les tiraillements de son cuir chevelu l’obligèrent à des grimaces qui déformaient son visage. Kada décida d’abandonner. Il s’éloigna des marcheurs malgré la garde des membres du FLN. L’homme qui aida Kada poursuivit son travail, loin de lui. Mais la surveillance devenait moins sévère, du fait de la nuit. Kada entama une marche à travers d’autres rues moins chargées, une marche à contresens des manifestants. Il atteignit La Folie en rasant les murs, trempé, flageolant sur ses jambes, la honte au cœur et la peur au ventre d’être découvert ou d’être tué. La semaine précédente, à Gennevilliers, un jeune Algérien qui sortait d’un cours du soir de rattrapage, fut froidement abattu. Un autre, âgé de 13 ans, fut tué par une rafale tirée par des policiers à Boulogne-Billancourt, rue Heinrich. Depuis le début du mois, il ne se passe pas un jour sans que l’on apprenne l’assassinat ou le meurtre d’un homme, parce qu’il est Algérien ou apparaissant comme tel. Un Portugais et un Sicilien basanés furent ainsi tués durant ce mois d’octobre. Un journal titra : « Événements d’Algérie : deux Européens victimes d’une bévue policière à Paris. »

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Dans le tuyau asséché, Kada se remet peu à peu. « Pourquoi cette haine ? » se demande-t-il. Il tente de se redresser, mais la canalisation dans laquelle il se terre est trop étroite, même pour lui. Ses bras, ses jambes, sont endoloris. Il ne s’en veut pas d’avoir fait le choix de la manifestation contre les autorités, mais il ne s’attendait pas à une telle fureur. Mourir pour avoir marché avec les frères ! Tôt le matin, il abandonne discrètement sa cache. Il est transi de froid. Il a faim et soif. Avant que l’animation plus ou moins habituelle ne gagne de nouveau le bidonville, Kada atteint sa baraque, de l’autre côté. Lorsqu’il ouvre la porte, il comprend à la vue de ses yeux rougis que Khadra ne dormit pas de la nuit et qu’elle pleura toutes les larmes de son corps. Elle ne se risque pas à flageller ses cuisses comme elle est tentée de faire et comme il est de coutume de procéder dans de telles situations, et la situation en l’occurrence se manifeste en cet homme devant elle, hagard, au front marqué par des plaies, le corps recouvert de lambeaux dégouttant d’eau sale, un homme qu’elle reconnaît à peine. Mais c’est la guerre et Kada la prie de se calmer, de reprendre ses esprits « ma ândi walou, ma ândi walou », je n’ai rien répète-t-il. Khadra, nerveuse, va chercher du bois pour lui faire chauffer de l’eau, en gémissant, la main sur la bouche. Les enfants dorment.

Ce mercredi, un autre silence plus grand et plus lourd, semblable à ceux de trois cimetières réunis, plane sur le bidonville. Dans un murmure partagé, des hommes de bonne volonté soulagent les blessés qui se comptent par centaines et qui ne veulent surtout pas se rendre à l’hôpital. Ils prendraient le risque d’être arrêtés et torturés. Il faut à Kada trouver des arguments suffisamment solides pour justifier son absence et son état physique auprès du chef d’équipe. Il soupire à la pensée qu’il aura le soutien de Mario, même si son chef n’est pas dupe.

Alors que Le Populaire de Paris compare la vie des Algériens à celle des prolétaires du siècle passé, l’Express fait un long compte-rendu de son correspondant « chez les melons, les crouillats, les bicots… » et titre en une sur le visage d’un fils de ceux-là : « Jean Cau chez les ratons ». Pour 1,25 NF. »

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