Les disparitions forcées durant les années 90

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Le 8 mars c’est aussi ça. Radio M (grand merci) consacre une émission aux disparitions forcées en Algérie. Un dossier parmi les grands tabous des années 90. Le silence sur cette question dramatique fut quasi total. C’est LE dossier noir de la presse publique et « indépendante » qui en fit le black out pendant des années, accusant les familles des disparus de « familles de terroristes » sans aucun autre jugement, au-delà du droit, au nom de l’éradication. Merci aux ONG internationales de défense des Droits de l’Homme, à la LADDH et aux valeureuses mères courages algériennes comme celles que nous voyons sur cette vidéo, ces « folles de mai » comme en Argentine, comme au Chili, comme en Afrique du Sud, etc. qui ont réussi à faire entendre au plus haut la voix des disparus forcés

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Un drame très peu évoqué dans les médias. Un roman publié en 2012 en a fait le cœur de son intrigue. Lisez ici : http://ahmedhanifi.com/la-folle-dalger/

Le Banc public

LE QUOTIDIEN D ORAN

25 MARS 2019

Le Banc public- Ceci n’est pas une mise au point

Par Kamel Daoud

Un pays est à venir. Il est aujourd’hui possible. Mais nous ne pouvons le construire ni par les radicalités intimes, ni par la reconduction des mœurs du Pouvoir, ni par ce nombrilisme populiste. Lui, le Régime, il aime contrôler les libertés, censurer, s’immiscer dans l’intime conviction, douter et faire douter de la bonne foi. On ne doit pas lui ressembler.
Internet nous a aidés à surmonter le manque de liberté, son impossibilité dans notre pays. Il a été l’instrument de notre triomphe.


On ne doit pas transformer cet outil en espace pour des tribunaux populaires qui s’installent et déjà jugent, condamnent, empoisonnent et lapident.


Aujourd’hui, certains ont prétendu que j’en suis venu à négocier avec un représentant du Régime sur le dos des manifestants. Comme si j’étais un politique, un élu, un chef de parti, un président ou un délégué qui a la possibilité de négocier ou de dialoguer.


J’en fus blessé mais j’ai refusé, par fierté, d’y répondre dans l’immédiat et sous l’injonction de l’affect ou des inquisiteurs. Parce que je n’aime pas me justifier, ni le faire croire, ni me soumettre aux ordres de quelques nouveaux commissaires politiques (je ne l’ai pas fait avec les anciens !). Et je n’ai rien à cacher, ni à me faire pardonner. Fier et libre et révolté. Ce que je vis, ce que je pense, je l’écris et depuis deux décennies. A l’époque des grands silences de certains. Dans mon droit à la singularité, à la différence ou à l’erreur.


Et si j’en parle aujourd’hui, dix jours après, c’est pour trois raisons.


D’abord, sur insistance d’amis, pour éclairer et aider à la lucidité : j’ai rencontré Brahimi Lakhdar à Sciences Po où j’enseigne et où il est bénévole, parfois. Deux fois. Et avant sa mission à Alger et bien sûr hors du cadre de ses consultations tentées et jamais abouti à Alger. Je suis libre de le faire, je ne suis ni représentant d’un mouvement, ni un politique, ni un chef de parti, mais journaliste et écrivain. Je rencontre qui je veux et quand je le décide. Si aujourd’hui au nom d’une révolution on veut me priver, par inquisitions et insultes, de ma liberté, c’est que ce n’est plus une révolution, mais une future dictature qui va seulement changer de personnel. Certains médias électroniques y versent déjà pour décrédibiliser des gens qui ne se casent pas dans leurs projets. Certains journaux électroniques en sont déjà à la diffamation après avoir excellé dans le chantage et le régionalisme pour obtenir l’argent des annonceurs.


Quant à moi, je fais mon métier, j’exerce ma vocation et ma liberté m’est essentielle, pour mes opinions, mes livres et mes chroniques et je n’en rends compte à personne, hier comme demain. J’ai écrit quand beaucoup se taisaient et je vais continuer à écrire alors que certains bavardent et lapident.

L’autre raison, est plus urgente : dénoncer ce climat qui s’installe ou se réveille en nous. Nous avons su entrevoir, dans le chant et la solidarité, la possibilité de vivre ensemble dans nos différences. C’est encore fragile et nous pouvons détruire cet espoir. Les tribunaux populaires d’internet, les insultes et la méfiance radicale envers la bonne foi possible sont un danger pour notre futur. Nous allons provoquer la rupture et l’hésitation chez ceux qui ne nous ont pas rejoints, à force de ce révisionnisme comique. De ces tribunaux rétroactifs sur les uns et les autres. La nouvelle république donnera leur place aux héros, aux fervents, aux militants, mais aussi à ses enfants qui reviennent à la raison, et ses femmes et hommes qui se sont trompés. La radicalité peut nous mener aux pelotons d’exécution. Pas à la Réconciliation.


Il nous faut cesser avec cela. Respecter la liberté, sous toutes ses formes, l’intimité des personnes, refuser l’inquisition et ne pas ressembler à ce Régime. Il n’y pas de vérité, il n’y a que des femmes et des hommes de bonne ou de mauvaise foi. Seuls les morts détiennent la vérité. Et elle leur est inutile. Et si cette révolution commence par ma pendaison, elle ne m’est pas utile, déjà.


Alors sauvons ce que nous n’avons pas encore vécu : la liberté de chacun, son droit de penser, écrire, vivre. Arrêtons avec ce doute et cette fabrication du traître. Arrêtons. Ou partons chacun de son côté. Qu’on en arrive à m’exiger ce que j’ai dit et ce que m’a dit cette personne est un scandale moral. La liberté et la sommation ne sont pas synonymes. Et si j’ai réussi à défendre ma liberté face à un régime et face à ses corruptions durant toute ma vie professionnelle, aujourd’hui je n’irais pas à me justifier devant des tribunaux derrière des écrans. Devant des radicalités anonymes ou devant les procès de quelques agités de l’ordre de mon métier.


Certains juges algériens en sont à se battre pour libérer la Justice de l’injustice et il faut les soutenir. Alors que des amateurs des réseaux se bousculent déjà pour mener les procès de ceux qui ne sont pas comme eux.


Ce pays je l’ai rêvé meilleur, par l’exigence sévère envers les miens et envers ma propre personne. Et je vais continuer. Comme depuis vingt ans.

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LE QUOTIDIEN D ORAN

19 MARS 2019

Le Banc public- C’est si nouveau pour nous que d’enfin choisir

Par Kamel Daoud

Le Mal est profond. En Algérie, on aime bien le dire, le penser.


Parfois, cette sentence exaspère, ou aboutit au fatalisme. Mais parfois, elle se révèle comme une occasion de dépassement. Aujourd’hui, les Algériens se retrouvent dans la rue, puissants, rassemblés, rieurs et heureux, comme plongés dans le vertige des retrouvailles. Et ils découvrent l’angoissante question du «politique» dont ils ont été depuis toujours dépossédés. Qui est qui ? Qui représente quoi ? Expérience de l’obligation de déléguer pour parler sans cacophonie, mais aussi d’accepter les différences. Le Pouvoir nous a habitué à la pensée unique, le parti unique et la non-pensée unique. Aujourd’hui, pour nous, la différence est inquiétante, nouvelle, angoissante et presque heureuse. On a l’intuition qu’être différent n’est pas être traître mais être riche. Mais cette intuition est encore fragile.

L’angoisse de la représentativité face au Régime, de l’obligation de trouver des «représentants», des porte-parole se heurte à la méfiance. Le Régime a depuis toujours fraudé, corrompu la notion d’élu et de délégué. Elle signifie, depuis des décennies, triche et trahison. Du coup, on en a peur. On veut continuer une Révolution mais sans accepter son aboutissement politique. «Il ne me représente pas» est l’autre slogan triste de «Dégagez». Pire encore, on est dans l’élan de l’absolu : on croit que celui qui va porter notre parole, aujourd’hui, va le faire à vie, pour toujours, alors qu’il s’agit seulement de délégation pour une transition. Une période fixe pour permettre de faire survivre l’Etat et la passion, au temps. La méfiance est de mise mais la transformer en loi est une impasse. On se retrouve, alors, tenté par l’exclusion au nom de l’unanimisme. Et pourtant nous sommes là dans nos différences. Et si nous devons déléguer, nous le ferons avec le prisme large de ces différences, pas avec l’idée de l’absolu et de l’exclusion. Aucun Algérien ne peut représenter toute cette révolution, mais certains peuvent aider à représenter certains de ses courants de fond, corporations, passions, régions, classe d’âge… etc. Il ne faut pas trop se hâter, mais cette voie nous aidera à apprendre ce qu’est le consensus tout en maintenant vives et riches nos différences. Un pays n’est pas la terre uniquement. C’est cet équilibre qui vous maintient debout ou vivant, entre les mille contradictions de l’apesanteur, de l’histoire, des langues et des cultures. Un pays, c’est un choix de vivre ensemble et pas un lot de terrain morcelé.

Cela fait donc peur cette question de la représentation et du soupçon, réveille la paranoïa, le doute sur la bonne foi des autres, le malheur. Et cela se comprend. Nous avons été soumis au conditionnement de ce régime depuis l’indépendance. Nous avons été dépossédés du choix si longtemps, qu’aujourd’hui il en devient angoisse. Nous avons été poussés à nous exclure, les uns les autres, au nom de beaucoup de choses et cela n’est pas facile à oublier.

Pourtant, la possibilité de guérison est là : il suffit juste de remplacer l’affect par la raison et le souci de ne pas être trahi, par le souci de ne pas trahir nos descendants.

Tant de choses à rétablir et à guérir : l’effort, le salaire, le corps, la confiance, la différence, le désir, l’acceptation, la souveraineté et la vraie, la grande réconciliation. Pas celle des milices et du Régime. Nous avons déjà montré que l’on peut marcher tous ensemble, on peut démontrer que nous pouvons continuer. Le ton peut paraître sentencieux, mais ce n’est pas le but. Le chroniqueur essaye juste d’apporter sa réflexion sur ce qui le concerne : le pays où il vit et où il mise sa vie et celle des siens et de ses enfants. Une réflexion pour empêcher une pente dangereuse : nous ne pouvons pas demander le départ du Régime et reconduire ses tares, ses cultures, sa méfiance, ses inquisitions, ses diffamations et son mépris. Nous ne devons plus ressembler à ces gens-là. Je me dis, avec imprudence, que peut-être, que chaque fois que nous devons faire un choix, examinons ce que fait ce Régime depuis toujours et faisons le contraire. Souvent.

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LE QUOTIDIEN D ORAN

11 MARS 2019

Le Banc public- Dissoudre le FLN pour le libérer

Par Kamel Daoud

«F LN dégage». C’est l’un des slogans majeurs de ce soulèvement des Algériens contre la Régence d’Alger. Des jeunes le criaient sous les murs du siège de ce parti, à Oran, ce premier Mars. Mais aussi partout dans le pays. On y retrouve l’envie de naître, renaître, retrouver Larbi Ben M’hidi sans passer par Ould-Abbès, se libérer des courtiers et des Saidani. Car le FLN a été volé, depuis longtemps, pris en otage, cambriolé et obligé à vivre par le faux et l’usage de faux. Ce parti, auteur d’une magnifique épopée de décolonisation, a fini en sigle pour manger mieux que les autres, grimper sur le dos des autres et parler en leur nom. Les décolonisateurs en chefs, ou ceux qui se revendiquent de ce statut, en ont fait un parti de nouveaux colons. Il faut libérer, donc, le FLN qui a libéré ce pays.

Comment ?

Par la dissolution. Immédiate, sans retard ni sursis. Dissoudre le FLN c’est le libérer, le restituer à la mémoire collective, à tous les Algériens. Il nous appartient, à tous et pas à un comité, un président d’honneur qui l’a déshonoré, ni à ces clowns cycliques que sont ses récents secrétaires généraux et ses comités centraux. Le FLN est un patrimoine, pas un club, ni une licence d’importation. C’est une mémoire, pas une veste et un pin’s. C’est une épopée, pas une autobiographie ou une association de malfaiteurs. Sauvons le FLN de ses kidnappeurs. Faisons-en un souvenir et pas une machine de fraude. Il faut aussi consommer la rupture avec les courtiers de notre mémoire : nous devons le respect à ceux qui se sont battus mais le ministère des Moudjahidine ne doit plus exister. Ni l’association de leurs fils, ni les autres appareils dentaires comme l’ONM, l’organisation nationale des Moudjahidines. Il faut arrêter le scandale immonde des fausses fiches communales.Fermer cette page. Cette population a le droit à des prises en charge, une pension, l’immense remerciement d’un peuple, a le droit à la mémoire et au respect, mais nous aussi. Il faut dissoudre cet apartheid, ce système des intouchables avec ses privilèges honteux. Ceux qui ont fait la guerre pour libérer ce pays n’ont pas le droit de transformer le pays en butin pour eux et leurs enfants. Nous avons libéré la rue, le drapeau, l’hymne et le vendredi, il reste à libérer la mémoire, le FLN, les nouveau-nés.

Tous les Algériens ont été, d’une manière ou d’une autre anciens moudjahidine. Tous sont enfants de martyrs. Tous sont FLN sans en faire une mangeoire, tous sont morts et tous sont vivants, tous sont égaux et il n’y a pas de privilège autre que celui de sa propre vertu et de son courage.

Fonder une deuxième république passe aussi par la libération du présent, de l’avenir et surtout, du passé.

Pour moi, c’est le premier pas. Le symbole fort d’une nouvelle époque.

C’est le signe radical d’une rupture saine et courageuse. En attendant un conseil national de transition, une assemblée constituante, une refonte de la gouvernance et un contrôle public direct sur les dépenses locales, l’armée, la gouvernance des wilayas, un haut conseil des Magistrats indépendant et autonome… etc.

Le FLN d’aujourd’hui est la liste exacte des gens qui ne doivent plus avoir de postes de responsabilité, dans ce pays, des personnes à écarter, des noms à ne jamais élire ni écouter, des visages à qui il ne faut plus jamais faire confiance.

Alors commençons.


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LE QUOTIDIEN D ORAN

04 MARS 2019

Le Banc public- Un terrifiant retour de la beauté

par Kamel DAOUD

Un peuple peut renaître. Peut mourir. C’est fragile, immense, rare et puissant, imprévisible. Nous étions longtemps morts. Corps gris, muscles défaits, cheveux dressés, regards durs sur soi et les siens, la peau en parchemin juste pour raconter le passé. Tout appartenait à ce Régime et nous étions sur sa terre à lui, hagards et tristes, indignés et en colère parce qu’indignes. Radicalisés ou démissionnaires. Tout était au Régime : l’arbre, la route, l’eau, les choses courantes, l’histoire, le verbe, la télé et le drapeau. Le seul territoire qui restait en dehors, un peu, de sa poigne cendreuse était Dieu ou le ciel ou Internet. Alors beaucoup allaient à la mosquée, ne la quittaient plus dans leur tête parce qu’il fallait remplacer la terre par le paradis, espérer encore malgré l’état des routes, croire en quelque chose, déplacer le souffle vers l’au-delà. A défaut d’un pays, un paradis. Pour certains c’était Internet. A défaut de vivre, regarder. Se regarder. Pour d’autre c’était la mer. Elle était un grand mur, une montagne, un maquis, une épreuve, un chemin. On plongeait dedans pour ressortir ailleurs. Il fallait retenir son souffle sous l’eau. Certains y arrivaient et ressortaient vivants. D’autres non, mourraient. La chaloupe était un endroit étrange : dès que des Algériens y embraquaient, dès qu’ils franchissaient les eaux territoriales, ils se mettaient à chanter et à rire. Regardez leurs vidéos : ce n’étaient plus des chaloupes, mais des salles de fêtes.

La chaloupe remplaçait la rue, l’espace, l’air et la salle des fêtes impossibles. La prière enjambait le temps. L’écran et les réseaux sociaux étaient le pays par défaut. Et tout le reste était le champ du Régime, ses dents, ses hommes minables et carnivores.


Aujourd’hui, cela s’inverse. La chaloupe devient la rue. On peut y danser et rire. Y respirer. Libérer le pays de la caste féodale de ceux qui croient qu’il est à eux et que nous y sommes en trop. Trop nombreux, violents, haineux et jaloux de leur immortalité.


Cela va-t-il durer, cette rue, cette liberté, cet espace, ce grand poumon ? Il faut faire attention. Ce régime ne partira pas facilement, il est haineux, méprisant et croit qu’il peut régler la question du sens par la matraque et la semoule. Il nous méprise. Il va manipuler, corrompre, ruser, attendre, frapper, tuer. Il ne faut pas se tromper sur sa nature, sa nature est mauvaise. Il a pris trop d’argent pour céder aussi facilement. Il a trop mangé et tué. Il nous faut aussi cesser la haine des élites. C’est une maladie du régime, pas la nôtre. L’élite n’est pas la trahison, mais la possibilité d’éclairage, d’aide, d’union. Ils nous ont appris à détester l’élite, à la mépriser, à la croire traître et faible. Depuis la guerre de libération, et jusqu’à aujourd’hui. Le 22 février et le 01 mars n’ont été possibles que parce que, des années durant, certains ont maintenu vivante l’idée d’être libre, l’idée d’être digne.


On peut être dépossédé de cet élan ? Comme en Égypte ou en Tunisie ? Oui. Mais on peut aussi rester vigilant, car ce qui s’est passé dans ces deux pays, nous l’avons connu il y a vingt ans. Il y a vingt ans nous avons subi le vol de la démocratie comme en Égypte, la guerre comme en Syrie, le complot comme en Tunisie, le cauchemar du chaos possible comme il advint en Libye. Nous avons vingt ans d’avance et d’expérience. Cela ne garantit rien, mais rend possible de sortir de ce cercle vicieux qui tue et fait s’agenouiller les bonnes volontés.


Nous allons céder devant Bouteflika & Cie ? Si nous le faisons, nous sommes morts pour toujours. Le Régime pourra nous faire élire un âne ou même un crachat. Nous serions alors les serfs et nos enfants après nous.


Il faut donc accentuer, aller vers la grève, le sit-in permanent, la résistance pacifique, la vigilance accrue pour contrer ses médias en mode chiens de service. Il faut avancer. Démissionner de l’APN et du FCE pour les plus honnêtes. Libérer le FLN et le rendre à l’histoire et le séparer de l’alimentation générale. Contrer l’argument fallacieux de «il a le droit de se porter candidat». Oui, s’il était vivant, en bonne santé et dans un système électoral sain. Pas en mode photo. Pour retirer un chèque il faut la présence de l’intéressé, disent les internautes, et pas pour gouverner un pays ?

Passons. Un peuple peut mourir. Nous le savons tous. Nous sortons tous d’un cimetière qui avait un drapeau. Nous avons le corps désarticulé, le teint pâle. Nous les avions jusqu’à ces dernières semaines. Nous nous sommes fait volé l’indépendance et le 1er novembre. Il ne faut pas se faire voler le 01 mars. Il faut continuer. Ils ont eu droit à soixante ans de dictature et de rapine, nous avons droit à des années de protestation et de joie.


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LE QUOTIDIEN D ORAN

26 MARS 2018

Le Banc public- Un rêve simple et pratique

par Kamel DAOUD

«…Rares sont les journées heureuses. Elles valent mille ans au décompte. Ou plus. Hier ce pays  était beau comme réconciliation. Des milliers d’Algériens candidats à la Omra ou au Hadj ont rendu leurs «passeports spéciaux» et se sont fait rembourser. «L’argent est pour vivre, pas pour tuer», a titré Echourouk. Ce journal comme tant d’autres, a fait campagne pour que les devises algériennes restent dans le pays, aillent aux écoles, à financer des lunettes ou à faire manger les migrants subsahariens. «Le cœur peut être noir, pas la peau», ont crié des manifestants solidaires avec les errants de nos rues. Des milliers d’Algériens ont préféré donner leur argent à ces passants du continent qu’aux familles royales saoudiennes. «Dieu est partout et pas seulement en Arabie», ont expliqué des imams. L’argent réuni ainsi a servi à financer des campagnes de vaccination, d’hygiène dentaire, à achever des chantiers de piscines dans les Hauts Plateaux et à former les femmes dans les villages à exercer un métier au lieu d’attendre des coups. «La femme n’est pas la moitié de l’homme, mais la moitié du pays, la moitié de l’économie, la moitié de notre futur, la moitié de notre armée et la moitié de notre produit intérieur brut», a conclu le cheikh Abou, cheikh qui a compris qu’un sac vide ne tient pas debout, même avec cinq prières chaque jour.

C’est que le pays a changé. L’Algérie a retrouvé sa vocation ancienne d’être du côté des spoliés et des endoloris, la Mecque des colonisés. Dans presque tous les villages, il y a eu des rassemblements pour soutenir les Yéménites, les Kurdes, les Nigérianes kidnappées par Boko Haram, etc. «Nous sommes avec la Palestine, mais aussi avec les enfants tués au Yémen ou les gosses bombardés par Erdogan au Kurdistan». Pas de distinction dans la compassion. «C’est quoi la différence entre un enfant tué en Syrie ou à Gaza ? Aucune. Alors mon cœur n’est pas raciste. Ce n’est pas parce qu’on est noir qu’on n’est pas palestinien», expliquera un jeune enseignant à Bougtob. Nous avons connu la guerre et la mort et nous savons qu’ils sont les mêmes, partout. Des associations ont appelé à des dons et le gouvernent a autorisé un immense rassemblement à Alger pour dénoncer les victimes au Yémen et au Tibet. Pas seulement en Palestine. Des partis conservateurs et islamistes ont même soutenu des campagnes de nettoyage des rues et villages, des appels au devoir écologique : «Aller au paradis ne veut pas dire fabriquer un enfer pour nos enfants», a crié un leader islamiste, soutenant l’imam de la Mosquée d’Alger qui avait appelé les fidèles à faire des ablutions, une fois par mois, au pays au lieu d’en faire cinq par jour pour eux-mêmes. Des campagnes pour «une heure de plus est une zakat» ou «travailler c’est aussi prier» ont été lancées aussi, incitant les fonctionnaires de l’Etat à faire du volontariat et à assurer les horaires pour lesquels ils perçoivent un salaire. «Une heure de volontariat pour un fonctionnaire, ce n’est rien et cela vaut mieux qu’une fatwa, qu’une prière surérogatoire, une ablution, ou que le temps d’un café», expliquera un Algérien sur la radio. Des leaders de partis islamistes et du FLN ainsi que du RND ont décidé de s’investir dans le mouvement associatif bénévole au sud algérien et de scolariser leurs enfants dans les villes du Sud pour mieux comprendre le sud algérien, ses carences et ses besoins. «Un an de ma vie» est le slogan de cette gouvernance tournante. Chaque ministre est soumis à cette loi solidaire. En service civil.

Un vent de révolutions : à l’aéroport, les policiers sourient et ne disent plus «passes !» avec colère et mépris, mais disent «Bienvenue au pays ! Vous pouvez passer s’il vous plaît !». Les Algériens refusent d’utiliser le sachet bleu pour leurs achats : «La tête est une poubelle, pas le pays», lit-on sur les pare-brises des voitures. Les écrivains algériens ne sont pas insultés mais enseignés, dans leurs différences et leurs révoltes, dans les manuels scolaires. Pour la première fois depuis l’indépendance, le nombre de PME/PMI a dépassé celui des mosquées et des salles de loisirs ont été financées par des particuliers pour aider les jeunes à ne pas se pendre aux cordes, aux chaloupes, aux minarets ou aux drogues. Les Kabyles ne sont pas traités comme des Kurdes et les Kurdes ne sont pas traités comme des champignons. L’arabité n’est plus une matraque mais une arabesque. L’islam a été déclaré religion universelle, ouverte au monde. L’âge officiel de l’Histoire algérienne a été reconnu comme de trois mille ans ou plus et ne commence pas seulement en 1954 ou 1830. «L’identité c’est travailler, pas se souvenir», a clamé un célèbre présentateur TV à Alger, surprenant ses invités venus expliquer qu’ils «sont arabes, arabes, arabes !» en criant comme des hystériques. Le pays bouge ! Il n’attend pas que le régime lui donne à manger ou lui redonne le pays. «Le régime c’est nous !» a expliqué un célèbre chroniqueur qui ne jette plus ses mégots dans la rue.

Oui, un vent de changement. Il n’y a qu’à méditer le chiffre des baguettes de pain qui ne sont plus jetées dans les poubelles : 20 millions de baguettes par jour il y a un an, presque trois mille par jour aujourd’hui. Des gens sont morts, durant la Guerre de libération, pour qu’on ait du pain, pas pour qu’on le jette. Quelqu’un l’a dit. On s’en est souvenu. Tout le monde le pense aujourd’hui.

Un jour qui vaut mille ans. Chaque baguette vaut onze martyrs et demi de la Guerre de libération. Dans les écoles, on enseigne à compter, écrire, parler dix langues, penser même en dormant, dessiner et nettoyer les classes et les lieux comme des Japonais. Il y a eu un consensus soudain et inattendu. Tous ont compris qu’il fallait arrêter de tuer les enfants et de les manger chaque jour. Personne ne parle de la CIA, d’Israël et du Mossad pour se laver les mains d’avoir jeté sa poubelle en pleine rue. La France ? «La guerre est finie. On ne veut pas être français, on veut être mieux. On ne lui demande pas des excuses car nous avons vaincu. On demandera des excuses à nos enfants, car nous n’avons pas tout réussi». Ce discours est resté dans les mémoires. C’étaient les derniers mots du dernier moudjahid véritable, certifié vrai. Avec photos et blessures sur la peau du dos. Oui, mille ans. J’ai déjeuné à Tunis, j’ai dîné au Maroc, je suis passé par Alger pour serrer une main. En une seule nuit. Le Maghreb est un train, pas une crevasse. «Que Dieu nous pardonne : il nous a donné une terre, nous avons voulu en faire un trou pour chacun», murmura un ancien cadre du MALG. Que dire d’autre ? Le pays a changé en une nuit sacrée, en un jour long. D’un coup. Chacun a compris qu’il est responsable de tout, lui, pas un autre. Que c’est à cause de lui qu’on a été colonisés depuis mille ans, qu’on a de mauvaises routes et qu’on ne marche pas sur la lune. Chacun a compris qu’il est responsable de tout ce qui s’est passé avant même sa naissance car la preuve est que sa naissance n’a servi à rien depuis qu’il est né. Chacun a saisi le sens angoissant de sa liberté et de sa responsabilité. De chaque acte qu’il fait depuis son éveil, à sa mort, de chaque dinar dépensé, chaque baguette de pain jetée.

Le régime c’est nous, nous c’est «je» et chacun est fautif de ce qui advient au pays. «Moi», pas les mille autres…»
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LE QUOTIDIEN D ORAN

19 MARS 2018

Le Banc public- S’acheter une île dans sa tête

par Kamel DAOUD

Il neige à Paris. Cela provoque un curieux effet ces flocons qui tombent sur des pierres et des monuments. Des lions en fer, à un rond-point, mouillés par des blancheurs, luisants et immobilisés dès la naissance. Ponts qui traversent des champs de dentelle, des affiches aux couleurs chaudes et des passants aux pas prudents. A l’hôtel, rencontre avec des documentaristes canadiens qui font un film sur Raïf Badaoui. Ce jeune Saoudien, condamné à 1000 coups de fouet et dix ans de prison en Arabie. Le monde l’oublie peu à peu. La mode est pour le nouvel homme fort qui veut « réformer ». Le blogueur a ce malheur d’être le prisonnier le plus faible de l’homme le plus fort. Personne n’y peut rien : l’Arabie est trop riche, achète beaucoup à l’Occident. « Ne trouvez-vous pas paradoxal que le nouveau prince héritier soit plus réformateur que Badaoui lui-même mais qu’il le maintienne en prison ? », me dit l’intervieweur. Vrai. C’est le propre du politique : décapiter l’opposant pour le remercier, quelques années plus tard, pour ses idées. Ce que j’en pense ? « Le prince devrait réformer les prisons : libérer Raïf qui appelle à la vie et mettre en prison ceux qui ont appelé à la mort, chez eux, chez nous, partout dans le monde ». Libérer Raïf est la meilleure preuve que peut apporter ce prince quant à ses intentions de réformer. C’est loin, c’est flou, cela n’a aucun lien avec nos pains et nos villages en Algérie, ni avec le 5ème mandat, mais il fallait en parler, le rappeler. L’Arabie ce sont trente mille hadjis algériens et un prisonnier condamné à 1000 coups de fouet et dix ans de prison. Et que chacun décide en son âme et conscience.



Dans la rue, encore la neige qui cède à l’eau dès qu’elle touche au sol. Question qui taraude : comment « parler » en Occident ? Quels mots dire pour à la fois ne pas être dans le spectacle de l’opposant, ni dans la complicité du crime contre le sens chez soi, avec les siens ? Faut-il se taire sur nos sorts, nos misères et nos lâchetés pour ne pas « faire le jeu de… » ? Ou parler, quitte à être insulté comme traître pour avoir brisé l’omerta postcoloniale ? La vérité est qu’on est témoin de son époque, ou son complice. C’est lent, laborieux, parfois agaçant, mais il faut trouver les mots justes, dénoncer, dire. L’Occident veut entendre certaines paroles et pas d’autres ? J’en profite pour lui dire des mots qu’il ne veut pas entendre aussi. Mais la neige est si belle qu’elle ressemble à une métaphysique apaisée. Pourquoi alors ne pas écrire des contes, des livres, acheter une île dans sa propre tête, cultiver l’apesanteur et voyager jusqu’au sommaire final du monde, sa dernière page ? Parce que ce n’est pas aussi simple que de plier des bagages. Il faut avoir la conscience apaisée, et celle du siècle ne l’est pas. Il faut voyager léger et donc s’acquitter de son devoir de témoin, de lutteur et de refuznik de son époque. Il faut que la prison change de lieu et de camps : elle ira enfermer ceux qui tuent, appellent aux meurtres dans les prêches ou les discours, ceux qui avilissent l’homme ou le sens de l’humain, poussent aux radicalismes qui tuent et à marcher sur le corps du plus faible ; et il faut que la liberté soit le royaume des Raïf et des autres qui veulent juste marcher sous la neige, choisir un dieu ou une route, embrasser sans l’intermédiaire d’un courtier, et travailler pour que le pain soit comme l’air, partout. Vœux naïfs ?

Oui, mais bon Dieu à quoi s’accrocher sinon ? Que vaut une vie si elle n’a pas un chant muet à l’oreille ?


Ces mots magnifiques et durs d’Asli Erdogan que je vais voir l’après-midi. Dans « Le silence même n’est plus à toi », la Turque, fière et libre, écrira : « l’écriture, comme cri, naissant avec le cri… une écriture à même de susciter un grand cri qui recouvrirait toute l’immensité de l’univers… Qui aurait assez de souffle pour hurler à l’infini, pour ressusciter tous les morts… Quel mot peut reprendre et apaiser le cri de ces enfants arméniens jetés à la fosse ? Quels mots pour être le ferment d’un monde nouveau, d’un autre monde où tout retrouverait son sens véritable, sur les cendres de celui-ci ? Les limites de l’écriture, limites qui ne peuvent être franchies sans incendie, sans désintégration, sans retour à la cendre, aux os et au silence… si loin qu’elle puisse s’aventurer dans le pays des morts, l’écriture n’en ramènera jamais un seul. Si longtemps puisse-t-elle hanter les corridors, jamais elle n’ouvrira les verrous des cellules de torture. Si elle se risque à pénétrer dans les camps de concentration où les condamnés furent pendus aux portes décorées et rehaussées de maximes, elle pressent qu’elle n’en ressortira plus. Et si elle en revient pour pouvoir le raconter, ce sera au prix de l’abandon d’elle-même, en arrière, là-bas, derrière les barbelés infranchissables… Face à la mort, elle porte tous les masques qu’elle peut trouver. Lorsqu’elle essaie de résonner depuis le gouffre qui sépare les bourreaux des victimes, ce n’est que sa propre voix qu’elle entend, des mots qui s’étouffent avant même d’atteindre l’autre bord, avant les rives de la réalité et de l’avenir… la plupart du temps, elle choisit de rester à une distance relativement sûre, se contentant peut-être, pour la surmonter, de la responsabilité du “témoignage”… ».

Mais qu’y peut-on ? Que reste-t-il quand on n’a même plus le courage d’être témoin ? De l’indignité. Contrairement à l’argent et au reste, elle peut vous poursuivre dans la tombe.

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LE QUOTIDIEN D ORAN

12 MARS 2018

Le Banc public- L’angoisse des chaussures neuves qui n’ont pas de routes

par Kamel DAOUD

Question obsédante : pourquoi on a peur de la différence ? On répète que c’est à cause de la mer : tout ce qui est différent nous vient de la mer et tout ce qui nous est venu par la mer nous a tué, blessé, colonisé, spolié. Ottomans, Français, Romains…etc. La différence est le signe avant-coureur de l’agression. Du coup, on n’aime pas la différence. On n’aime pas les autres (Français, Marocains, Maliens, Mauritaniens, Tunisiens, Libyens… etc.), on n’aime pas la pensée différente, l’idée qui diffère, l’Autre. Le soupçon s’étend même à la notion du pluriel : enfants de la guerre unique, née de l’histoire unique, aboutissant au parti unique, on continue dans cette voie qui nous évite le poids du monde et la naissance au monde. Nous nous rêvons, alors, unis, uniques, soudés, uniformes. Cela va du religieux à la politique, à la culture. Le différent est toujours accusé d’être traite, agent, venu d’ailleurs ou travaillant pour l’ennemi. Cela frappe tout de la méfiance et colorie le monde en gris et nuit.


Du coup l’unanimisme nous a fabriqué une seconde nature de violence. On l’exerce dès qu’un esprit, un leader ou un assis ou un croyant veut exprimer une différence. L’unité nous obsède jusqu’à la catastrophe actuelle de la gouvernance. Et la paranoïa carie notre regard sur le monde que l’on accuse de tous nos malheurs.


L’unanime est fascinant : enfermant, refus de vivre, réclusion, pathologie de l’universel, exacerbation du particulier. Nous sommes nous. En entier, en un seul morceau et indifféremment jusqu’à en étouffer. Celui qui veut respirer ne peut le faire que s’il part ou s’il meurt ou épouse une calotte glacière et un méridien. Nous nous voulons en bloc, dans l’étreinte du dominé et dominant, incapables de partage et de cohabitation. Tout est un. Le reste c’est zéro. Nation binaire. Ou même pas.


Et tout ce qui est différent du Un majeur, est une menace. Alors on le pourchasse et on le tue. On ne peut débattre, tolérer les champs des différences, sortir de l’unanime sans se faire lyncher. Le mouvement est inacceptable car il remet en cause le principe fondateur de cette nation : nous sommes le tout. Il n’y a pas d’individu, de différence ou de droit de différence. La règle n’est pas de dire «je ne suis pas d’accord avec vous car je pense différemment», mais «je ne suis pas d’accord avec vous, donc vous êtes un traître, je vous tue». Vous êtes un impie. Un agent de la main étrangère. Un vendu. Il nous faut TOUS soutenir la Palestine par exemple. Celui qui fait sienne la cause des enfants tués au Yémen est un traître. Vous devez soutenir, d’ailleurs, la Palestine, non pas selon ce que vous pensez (construire une nation souveraine et forte) mais selon moi : marcher en rond, cracher sur celui qui ne pense pas comme moi (mais qui n’a pas d’armes pour répondre), puis renter chez moi et attendre le prochain tour de piste des enthousiasmes. La guerre d’Algérie ? C’est selon une unique version. Elle s’étend dans les journaux, récit ravageur et soucieux, s’impose dans le film, les discours, les manuels. Celui qui n’est pas dans le casting de cette orthodoxie est un traître. L’histoire algérienne commence en 1830 (fondée donc non par notre mémoire mais par l’invasion française !! La France, se retrouvant au centre de nos datations est donc fondatrice de notre histoire, à la place de nos ancêtres !). La religion ? C’est selon «je» qui parle au nom du «nous». «Et si je pense autrement ?», Je te tue. L’Islam c’est moi car je suis le musulman. «mais vous n’êtes qu’une personne, vous ne vivez pas être une religion?». Non, les deux sont un et ce «un» c’est moi.

Je t’insulte d’abord en puisant dans la poubelle pour l’insulte et dans un verset pour me donner du courage. Le reste du monde ? C’est un ennemi composé des sionistes, de la France, la CIA et toi. Mais c’est simpliste comme vision ? Et notre responsabilité dans le présent de notre pays ? Non, cela est de ta faute à toi, comme le séisme est la faute de la jupe et la saleté est la faute d’Israël. Et les langues ? Elles sont à nous toutes ? «Une seule». Sacrée, venue du ciel et marchant pieds nus dans les mosquées, pure et dure. Les autres langues sont des dialectes, c’est-à-dire des blabla, c’est-à-dire des croassements, des restes de la France, des stratégies pour nous affaiblir, des impiétés, des expressions des phalanges de la colonisation qui n’ont pas été rapatriées. La langue c’est l’arabe et l’arabe c’est l’Islam et l’Islam c’est Dieu et Dieu c’est moi. Pas d’issue. Sauf l’échine courbée.

Et l’Algérie ? Elle est à nous c’est-à-dire moi. Je suis son fils unique, son ancêtre, son chef et son peuple. Je suis le peuple. Nous sommes «je» et je suis tout. Il n’y a qu’un seul drapeau et c’est ma coupe de cheveux. Je déteste la femme belle mais je la veux, la France est un ennemi mais je veux y vivre, l’Islam c’est moi, la langue arabe est la langue du paradis, j’irai au paradis alors pourquoi me fatiguer à le construire chez moi ? Je prie et le Chinois travaille et l’Occidental invente, et le reste du monde doit se convertir. Je suis Tout. Eternité, arabité, unanimité, café et thé et tu es le contraire. L’adversaire donc. L’ennemi, évidemment.


Pourquoi avons-nous peur de la différence ? Parce que nous ne sommes pas solides, nous sommes fragiles, peureux, impuissants devant la lourde variété du monde. Nous sommes dans le repli. Alors tout est à nos yeux invasions, néo- colonisations, traîtrises, menaces, peurs, agressions. Nous en devenons violents par la force du déni. Nous tuons car c’est le versant le moins fatiguant du suicide. Et le plus lâche. Nous ne voyageons pas et on ne laisse personne, presque, venir chez nous. C’est une philosophie et pas seulement une question de visa que les étrangers peinent à obtenir. Nous sommes une île sous une veste qui sur le dos d’une personne qui tourne le dos à tous, y compris à elle-même. Fiers que nous sommes. Parce que depuis l’indépendance nous avons, tous, des chaussures. Mais pas de routes qui vont vers le monde. Alors nous insultons. Nous nous insultons dans l’étreinte de nos paniques.

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LE QUOTIDIEN D ORAN

05 MARS 2018

Le Banc public- Oran, Mostaganem… : on déteste ce pays !

par Kamel DAOUD

A Mostaganem, à l’ouest du pays, un bidonville tout neuf. Il s’est installé, là, entre nuit et lune, sur un terrain agricole à l’entrée sud de la ville. C’est l’effet d’appel de la rente et des logements sociaux. C’est la nouvelle méthode de chantage au social. Le régime « tient » la population par la promesse de logement, il en obtient votes et soumission; les demandeurs « tiennent » le régime par la demande de logement gratuit, le bidonville et les constructions illicites ou le blocage des routes. Juste à côté, une immense mosquée, hideuse, en deux ou trois étages. C’est la troisième donne de l’équation algérienne : le religieux comme occupation de l’espace, de l’esprit, du bras, avant-bras, tête et vision du monde.


La ville de Mostaganem, ses villages, sont devenus d’une saleté repoussante. Il n’y a qu’à s’y promener pour en avoir le cœur en semelle. On compare alors, sans cesse, la mémoire de l’enfance et le champ traversé de sachets en plastique, de déchets de chantiers. Et revient cette interrogation métaphysique : pourquoi ce peuple construit des mosquées partout, à bras-le-corps, sans esthétique ni architecture, et ne s’occupe ni de la saleté ni du travail, de la justice ou de la légalité, de l’école et de donner des noms aux étoiles ? Il y a une mosquée inachevée chaque cent mètres presque et surtout près des plages, dernier lieu de refuge du corps et de son droit au bronzage. Bien sûr, on va crier à l’impiété du chroniqueur parce qu’il parle de hideur des mosquées, de leur surnombre comparé aux entreprises, usines et fabriques, de l’insouciance face à l’écologie mais de l’obsession face au rite. C’est chose habituelle et facile de se réfugier derrière le dogme pour ne pas avoir à assumer le réel et de lyncher le premier qui parle de nos défaites. Et pourtant, il faut le dire : il y a trop de mosquées monstrueuses, construites n’importe comment, partout, sans arts ni utilité, destinées au vide et à apaiser les consciences. Et il n’y pas d’entreprises, de campagne pour un pays vert et propre, pour la santé de nos enfants, les loisirs, la joie et la vie. Triste tableau des villages traversés où s’adosser au mur et regarder la route est le seul pendant à la prière aveugle et hâtive. Eucalyptus coupés, stationnement en mode chamelle et pagaille et visages soupçonneux. Le pays est sans bonheur. Au village natal du chroniqueur, une grande salle au centre : « la salle des fêtes ». On s’en sert uniquement pour les obsèques et enterrements. Cela résume tout.


En ville, à Mostaganem, de même qu’à Oran, la nouvelle mode : des affichettes sous les « feux rouges » qui vous appellent à consacrer le temps de l’attente à la prière et au repentir. On rêve alors d’un pays où on appelle à ne pas jeter ses poubelles par les vitres de sa voiture, où on appelle à ne pas salir et cracher, insulter et honnir, qualifier de traître toute personne différente et ne pas accuser les femmes en jupes de provoquer les séismes. On rêve de respect de la vie, des vies. Mais ce n’est plus le but de la nation. La nation veut mourir pour mieux vivre dans l’au-delà, plutôt que construire un pays, une souveraineté, une puissance. On rêve de prier et de mourir. On rêve de mosquées à chaque dix pas pour ne pas avoir à faire dix pas debout sur ses propres jambes. On rêve que Dieu fasse la pluie, les courses du marché, la guerre, la paix, la santé, les hôpitaux, la Palestine, les victoires, les récoltes et les labours, pendant qu’on regarde descendre du ciel des tables garnies. On ne rêve pas, on attend, pendant que les Chinois travaillent. Les Turcs l’ont bien compris au demeurant : ils ont offert à Oran une grosse mosquée (encore une autre tout près de celle de Ben Badis) et se sont fait offrir une gigantesque entreprise de rond à béton. Les Turcs ont offert une mosquée, pas un hôpital, pas une école de formation pour le transfert du savoir-faire, pas une université. Non, juste une mosquée. Nous, on va prier et eux vont construire leur puissance.


Ces mosquées sont construites dans une sorte de zèle, parfois par des hommes d’affaires soucieux de se blanchir les os et le capital. Elles sont laides comme celle construite en haut de Santa Cruz, à Oran, servant juste à sanctifier un promoteur oranais, indécente de disgrâce et de pauvreté. Elles sont partout et le travail et le muscle ne sont nulle part. Et pourtant, on laisse faire l’affiche et l’architecte idiot. On ne demande pas d’autorisation, on n’a pas la foi sourcilleuse et la légalité en alerte. Aucun administrateur n’aura le courage de s’y opposer. On en aura pour fermer des locaux d’associations féministes à Oran. Là, le DRAG a du zèle en guise de courage et de la puissance. On a de la vaillance pour fermer deux églises car c’est plus facile, c’est du djihad et de la bravoure. On prétextera des agréments qu’on refuse de donner et de la fermeté qu’on n’a pas devant les affichages illégaux. Une question de muraille et de courte muraille selon nos proverbes.

Le mauvais goût national


On rêve. Je rêve de ce moment où on aura une entreprise algérienne chaque dix mètres, un appel à respecter la propreté de ce pays sous chaque feu rouge, une loi qui aura la même force face à une association de défense des droits de femmes que face à une zaouïa servile ou une mosquée clandestine ou une association islamiste. On rêve d’un pays, pas d’une salle d’attente qui attend l’au-delà pour jouir du gazon au lieu de le nourrir ici, sous nos pays, pour nous et nos enfants. On rêve et on retient, tellement difficilement, ce cri du cœur : pourquoi avoir tant combattu pour ce pays pour, à la fin, le maltraiter si durement ? Pourquoi avoir poussé nos héros à mourir pour transformer la terre sacrée en une poubelle ouverte ? Pourquoi avoir rêvé de liberté pour en arriver à couper les arbres et inonder le pays de sachets en plastique ?



Retour. Encore des villages, des moitiés de villes aux constructions inachevées, des hideurs architecturales, entre pagodes, bunkers, fenêtres étroites alors que le ciel est vaste, ciments nus, immeubles érigés sur des terres agricoles au nom du « social », urbanisme de la dévastation. La crise algérienne, sa douleur se voit sur ses murs, son urbanisme catastrophique, son irrespect de la nature. Les années 90 ont été un massacre par la pierre et le ciment. Le « social » des années 2000 a consommé le désastre. Au fond, nous voulons tous mourir. Camper puis plier bagage. C’est tout.

Arrivée près d’une plage à Mers El Hadjadj. Plage d’une saleté repoussante, inconcevable. On comprend, on a l’intuition d’une volonté malsaine de détruire les bords de mer, le lieu du corps et de la nature et de le masquer par des minarets et des prières. Car il y a désormais une mosquée à chaque plage. Insidieuse culpabilisation. Egouts en plein air. Odeurs nauséabondes. On conclut à une volonté nette de détruire ce pays et de le remplacer par une sorte de nomadisme nonchalant. Non, c’est une évidence : on n’aime pas ce pays, on s’y venge de je ne sais quel mal intime. Tout le prouve : la pollution, le manque de sens écologique, l’urbanisme monstrueux, la saleté, les écoles où on enterre nos enfants et leurs âmes neuves pour en faire des zombies obsédés par l’au-delà. Oui, c’est une volonté, on veut tuer cette terre. Et pendant ce meurtre, on ne trouve rien de mieux à faire que de s’attaquer à deux associations féministes à Oran. Bousculades, mots dans la tête, le cœur qui a mal, la main qui tremble sur le clavier. Tellement mal après juste une balade le long d’une route côtière. A revisiter les villages de son enfance devenus des cités-dortoirs et de mosquées défouloirs, des décharges publiques aux arbres coupés. Mais où est notre rêve de puissance et de liberté ? Pourquoi on veut tous mourir pour aller au paradis en fabricant un enfer pour nos descendants ? Pourquoi on veut tous construire des mosquées et pas un pays ? D’où vient cette maladie qui nous a conduits à nous tuer, tuer nos différences, tuer nos enfants qui ne sont pas encore nés et tuer le temps ?


Oran. La ville s’étend vers l’Est et mange ses terres et ses récoltes. Immeubles en cohortes. Procession vers le vide. Cannibalisme de la terre. Il y a de l’irréparable dans l’air. Près d’une cité-dortoir, sous un feu rouge, la même affiche « occupe ton attente par la prière ! » Le pays est une grande mosquée construite par des Chinois, meublée par l’Occident, ravagée par les racines et destinée à surveiller le corps et la lune. On y prie pendant que les Turcs travaillent, le monde creuse et conquiert, les nations se disputent les airs et les cieux.

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CORONAVIRUS _ COVID.19

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VOICI UN EXCELLENT ARTICLE DU PROFESSEUR EN INFECTIOLOGIE AÏT HAMOUDA RABAH PARU SUR FACEBOOK CE JOUR, Dimanche 15 MARS 2020

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De la grandeur d’un peuple 

L’histoire nous apprend que l’humanité a de tout temps été confrontée à des périls, conflictuels, sanitaires, cataclysmiques ou tout autre. Des civilisations combien dominantes ont disparu, d’autres ont été marquées au fer rouge et d’autres ne se sont jamais relevées. Il y a des peuples qui subissent l’histoire et d’autres qui écrivent leur nom dans le livre de l’Histoire.

Je n’ai aucune intention de rentrer et m’embourber dans un débat politique mais en tant que citoyen algérien, médecin, professeur en infectiologie directement concerné et impliqué dans la riposte à cette menace sanitaire mondiale, je ne peux en mon âme et conscience me contenter de surfer sur la toile ou zapper de plateaux en plateaux et puis me mettre sous une couette en me disant ‘’ je ne suis pas concerné, c’est aux autres de se débrouiller’’. Il est temps que chacun, à son niveau, prenne ses responsabilités et une des miennes est d’apporter dans cette contribution des éléments de réflexion et de lever certaines équivoques. 

1) De quoi s’agit-il et que sait-on ? 

Le 29 décembre 2019, A Wuhan, une ville de Chine de 11.000.000 habitants, trois cas de pneumonie ont été notifiés aux autorités sanitaires, dont un décès. Le China-CDC (C-CDC, centre de contrôle des maladies de Chine, organisme chargé de l’étude des maladies) établit un rapport entre les cas et la fréquentation d’un marché où l’on vend des animaux à consommer. Tous les examens recherchant 22 agents pathogènes habituels responsables de pneumonies ont été négatifs. Fort de l’expérience passée en 2002-2003 avec l’épidémie SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère dû à un virus des chauves-souris qui a touché 8.000 personnes) à Guangdong au Vietnam, le C-CDC a orienté les recherches dans ce sens. Rapidement un virus appartenant à la famille des coronavirus a été isolé. 

Les coronavirus sont des virus animaux connus depuis 1930 par les vétérinaires, et en 1960, des variants ont été identifiés chez l’homme ; ce sont les ‘’Human-coronavirus’’ au nombre de quatre circulant continuellement dans la population provoquant des ‘’rhumes’’ banals sans mortalité.  
A ces quatre ‘’gentils’’ virus, viennent s’ajouter deux autres cousins plus méchants et plus morbides provoquant des infections respiratoires graves, souvent mortelles :

• Le premier est apparu en 2002-2003 Guangdong au Vietnam affectant 8.000 personnes dont 623 décès. Ce virus dénommé ‘’SRAS-CoV’’ (Coronavirus du Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) n’est plus en circulation.

 • Le deuxième apparait en 2012 au Moyen-Orient (Arabie Saoudite), appelé MERS-CoV (Middle-East Respiratory Syndrome cornavirus) touchant entre 2012-2019, 2.458 personnes dont 845 décès et toujours en circulation actuellement au Moyen-Orient.

• Et puis ce troisième, l’actuel qui fait la une et qui vient de conquérir le monde et qu’on dénomme ‘’SRAS-CoV2’’. La pathologie respiratoire qu’il provoque s’appelle COVID-19 (COronaVirus Infected Disease, ou maladie du coronavirus)

Ces virus sont fragiles dans le milieu extérieur et sont détruits par les désinfectants habituels comme l’alcool, l’hypochlorite de sodium (eau de javel), les détergents et autres. Ils sont doués d’une grande capacité de mutation qui leur permet d’être plus virulents et de pouvoir à l’occasion passer d’une espèce animale à une autre. Ce nouveau virus a muté trois fois déjà depuis décembre 2019.

Ces trois nouveaux virus sont zoonotiques c’est-à-dire d’origine animale comme beaucoup d’autres (Ebola en Afrique équatoriale, Nipah et Hendra au sud-est asiatique, en Australie).

 L’animal qui les héberge de façon naturelle et pérenne sont des grandes chauves-souris frugivores qui n’existent pas chez nous et le cycle biologique de survie du virus se fait entre-elles. A un moment donné, quand l’occasion se présente, ces virus peuvent passer de la chauve-souris à l’homme. C’est ce qu’on appelle ‘’le franchissement de la barrière inter-espèces’’ qui est un mécanisme très complexe et long à réussir nécessitant des mutations successives qui consistent à ‘’se fabriquer’’ pour faire simple, une clé d’entrée chez l’homme. Ce franchissement se fait rarement directement, mais plutôt en empruntant un chemin détourné par passage d’abord chez un animal proche de l’homme qui devient de ce fait un hôte intermédiaire. Pour le SRAS 2003, c’était un mustélidé, la genette, pour le MERS-CoV c’est le dromadaire et pour ce nouveau venu on suspecte le pangolin, un mammifère recouvert d’écailles.

Ce nouveau virus a muté, il s’est fabriqué la clé et a franchi la barrière en passant chez l’homme : il a réussi son émergence en provoquant une pandémie mondiale c’est-à-dire sortir du foyer originel et circuler dans plusieurs continents devenant une menace sanitaire mondiale. Nul besoin de parler des chiffres galopants qui font la une de tous les médias.

2) Comment se transmet ce virus ?

Ces virus respiratoires se transmettent très facilement par les aérosols de gouttelettes que nous dégageons en parlant, en toussant, en éternuant, en embrassant un parent et nous on aime bien s’embrasser, mais également par le partage d’ustensiles au repas (verre, fourchettes, et la fameuse cuillère que l’on goûte avant de la donner à son bébé ou sa grand-mère) ; ce qui explique que la transmission est de ‘’type rapprochée’’ à moins d’un mètre, la promiscuité et le comportement en sont un facteur déterminant. Pour s’en prévenir, il faut simplement tousser, éternuer et se moucher dans un mouchoir à jeter, ou sur le pli du coude fléchi mais jamais dans les mains, car les mains souillées sont très dangereuses.

En effet, les mains que nous souillons lors de l’effort de toux, d’éternuement ou de mouchage sont un vecteur de transmission très facile et très dangereux. Avec mes mains souillées de mes gouttelettes, je vais contaminer la main de mon copain, d’un parent, la poignée de la porte, la rampe de bus ou de métro, le clavier de mon PC ou mon Smartphone et il suffirait pour mon parent, copain ou ami de porter sa main souillée par mon passage au visage, au nez, aux yeux pour être contaminé. D’où la recommandation de se laver les mains fréquemment et au moins 20 secondes avec du savon liquide et de s’essuyer avec une serviette en papier jetable. La solution hydroalcoolique n’est pas un savon et elle n’a d’efficacité que si les mains sont propres, elle sert à désinfecter et non à laver. 

Le malade est contagieux avant même les signes cliniques et peut le rester plus longtemps c’est pour cette raison que l’isolement est nécessaire jusqu’à négativation des examens. Certains ne présentent pas de signes et sont dits asymptomatiques ou peu-symptomatiques. Ces personnes infectées, transmettent le virus à leurs amis, leurs parents, sans le savoir. 
En faisant simple, pour être contaminé, il faut récolter des postillons de toux, d’éternuements etc.), avoir été en contact physique (embrassade, poignée de main, manipulation d’objets souillés par des mains souillées) ou partager un espace de proximité fermé de transport (avion bus, taxi) ou de vie (classe d’école, cinéma, chambre,) ou ouvert (rassemblent de personnes dans la rue, les stades, les lieux de cultes. C’est pour cette raison que l’on prend des mesures de restrictions de mouvements, d’habitude de vie aboutissant au confinement d’une ville comme Wuhan, une région comme le nord de l’Italie, et annuler la Omra.

3) Quels sont les signes et quelle est la gravité de la maladie ?

Après une incubation (temps écoulé entre la pénétration du virus dans l’organisme et le début de la maladie) estimée à 2-14 jours, le malade va présenter : 

• Dans 80% des cas des symptômes banals d’infection respiratoire avec une fièvre, une toux sèche pénible, des courbatures, une fatigue. Quelques fois, les signes sont tellement légers qu’on n’y prête même pas attention. Ces cas sont les plus dangereux dans la transmission dans une population car ils négligent la maladie, ne consultent pas et souvent ne prennent pas de précautions. Ils continuent à embrasser les autres, à aller à la mosquée, à d’autres rassemblements de famille ou de travail ou autres et disséminent de façon innocente la maladie.

• Dans 15% des cas une forme sévère avec une pneumonie.

• Dans 5% des cas une forme grave avec atteinte de plusieurs organes engageant le pronostic vital. 
• Et dans 2.3% entraîner la mort.

Ces formes graves s’observent essentiellement chez des personnes âgées, ou personnes avec ou cumulant des comorbidités, maladies chroniques telles que le diabète, les maladies cardiovasculaires, les broncho-pneumopathies chroniques liées au tabac ou autres, les personnes en immunodépression etc.

4) Comment fait-on le diagnostic ?

Le diagnostic de certitude est fait par la recherche de nucléotides viraux (des traces de matériel génétique) par la technique dite RT-PCR au niveau d’un prélèvement souvent nasopharyngé. Chez le malade, on introduit dans le fond du nez une tige portant un dispositif pour prélever les secrétions que l’on met ensuite dans un milieu de transport et que l’on adresse à l’institut Pasteur d’Algérie (IPA) qui est le Centre National de Référence (CNR). Bientôt d’autres antennes de l’IPA seront ouvertes dans plusieurs grandes villes d’Algérie.

5) Comment est organisée la prise en charge ?

Dès l’annonce de l’alerte par l’OMS, le MSPRH a réactivé le dispositif ayant servi pour le SRAS en 2003 et pour la grippe A/H1N1 dite ‘’porcine’’ en 2009. Des instructions portant sur la maladie, son diagnostic, sa prise en charge ont été diffusées aux différents responsables de la santé. Ainsi des centres référents ont été désignés dans chaque ville avec des structures d’isolement et de traitement. Les services d’infectiologie, de pneumologie ou de médecine interne et de réanimation ont été chargés de la prise en charge, les services d’épidémiologie pour les enquêtes, la surveillance, la notification et le suivi et l’Institut Pasteur pour le diagnostic. 
Par ailleurs, je pense qu’il est très important au cours des épidémies d’anticiper les événements à venir ; ce qui se passe en France et surtout en Italie nous enseigne de façon simple et caricaturale le déroulement sournois et quelque fois explosif des épidémies ; car avec les moyens dont ils disposent et l’adhésion de la population, ils arrivent tous juste à freiner l’épidémie. Les mesures draconiennes décrétées par les gouvernants, appliquées et respectée par la population en Chine et à Singapour ont permis d’éteindre l’incendie. C’est pour cette raison que l’adhésion de la population en termes d’écoute, d’application des recommandations est un prérequis indispensable dans la lutte.

 
Il est clair que si jamais la situation venait à empirer, et il faut toujours anticiper et avoir cette hypothèse en tête, un redéploiement des structures et des personnels publics et privés seraient étudié.
Quant au traitement, à ce jour, il n’a pas été proposé de façon consensuelle de traitement spécifique contre ce virus par les organisations internationales. Des essais avec des molécules antivirales et autres ont été tentés en sauvetage en Chine avec des résultats jugés prometteurs. Des essais sont actuellement en cours en France. Quant à nous, nous ne pouvons nous inscrire que dans ce qui est validé par les organisations internationales.

Pour le vaccin, plusieurs laboratoires et institutions s’y attellent et quel qu’en soit le résultat, le produit doit passer par les trois phases d’immunogénicité, de tolérance et de protection ; ce qui va demander du temps.

6) Alors, où en est-on ?

Le monde est devenu un village, la globalisation n’est pas uniquement économique ou commerciale, elle l’est également dans la dispersion des agents pathogènes, des résistances bactériennes. Ainsi, l’effet papillon ‘’le battement d’aile d’un papillon à Honolulu peut provoquer un ouragan au Texas’’ vient encore d’être d’actualité.

Comme tout le reste du monde, l’Algérie n’est pas à l’abri des phénomènes microbiologiques mondiaux et le croire c’est faire preuve de crédulité.

 Avec un trafic aérien intercontinental, une grande communauté établie à l’étranger, un mouvement de population permanent pour des raisons commerciales, touristiques ou autres, il était évident et attendu que ce virus finisse un jour par s’introduire chez nous. 
Malgré les mesures-barrières de dépistage aéroportuaire au demeurant scientifiquement et pratiquement peu suffisantes pour repérer des cas en introduction (cas asymptomatique, fausse déclaration de santé, et tous les cas importés de Chine en Europe sont passés à travers les mailles du dispositif aéroportuaire), le premier cas importé a été diagnostiqué chez un étranger travaillant dans un champ pétrolier et je tiens ici à féliciter le ou les médecins qui ne sont pas passé à côté du cas. Dans ces situations d’alerte sanitaire, la veille comme système de détection est impérative. Bravo Docteur, vous méritez une médaille.

Secondairement un cluster familial a été détecté à Boufarik à l’occasion d’un rassemblement familial provoqué par un parent venant de France. D’autres personnes, des algériens en provenance d’Espagne, de France ont également été diagnostiqués. Actuellement, le MSPRH fait état de 48 cas notifiés avec quatre décès. La plupart des cas ont été enregistrés dans la wilaya de Blida, d’autres décrits à Guelma, Skikda, Alger, Mascara.

Par ailleurs, ceux qui me connaissent vous diront que je ne suis pas du genre à caresser dans le sens du poil mais il faut reconnaitre qu’un effort juste et appréciable en communication a été fait par notre autorité de santé. Contrairement à ce que nous avons l’habitude de vivre lors des épidémies précédentes, nous avons chaque jour un état de la situation, des messages de prévention en boucle, des débats sur plateaux, une ouverture de portails-web des organismes concernés (IPA, MSPRH, INSP). C’est la première fois que nous disposons d’un numéro-vert pour répondre aux soucis des patients. Il restera à exploiter d’autres espaces de communication comme le web car tout le monde surfe sur Google, Facebook ou YouTube ou autres et peu suivent les écrans télé. De jeunes blouses blanches, des étudiants ont crée des pages d’informations scientifiques comme le ‘‘Collège des Infectiologues d’Algérie’’, le ‘‘Réseau des Épidémiologistes Algériens’’, ‘‘Formation Médicale Continue’’, ‘‘Avis-doc’’, ‘‘Je suis Médecin’’ pour ne citer que ceux-là. Ils constituent un réseau d’information de sensibilisation et d’alerte qui méritent d’être accompagnés.

7) Quel est l’impact de cette épidémie ?

a) Impact sociétal : au départ quand l’épidémie était concentrée en Chine, les communautés chinoises installées ailleurs ont été victimes de stigmatisation, de rejet et tous les commerces chinois ont vu leur chiffre d’affaire baisser.

b) Impact économique : je ne suis pas expert en la matière mais il est clairement annoncé que l’économie mondiale a subit un choc sans précédent. Le prix du baril de pétrole est au plus bas. La Chine est un pays-usine où beaucoup de sociétés étrangères ont élu domicile. Le confinement régional, l’arrêt des transports ont provoqué une panne dans les circuits de production.

 c) La mésinformation virale : Le monde est devenu une page ouverte, l’information circule 24h/24h et plus la peine d’aller la chercher ailleurs, elle s’impose dans votre tablette, votre Smartphone souvent d’origine chinoise d’ailleurs !! 

La mésinformation c’est-à-dire la diffusion d’informations fausses, insuffisantes, tendancieuses est aussi vieille que l’homme ; elle accompagne ou remplace la rumeur dont le but principal, volontaire ou non, malveillant ou innocent est de créer le doute vis-à-vis d’une information officielle. Cette mésinformation est distillée par une nébuleuse qui écume la toile avec des vidéos virales. Ce phénomène est devenu dangereux et épidémique au point où l’OMS classe la mésinformation comme une des dix menaces sanitaires du 21e siècle. Dans cette nébuleuse, on y trouve des scientifiques antivaccins, des anti-pharma, des conspirationnistes et du n’importe-quoi jusqu’au marabout et le garçon du café d’en face qui découvre ‘‘Eureka’’ sur le flacon de la solution hydroalcoolique fabriqué en 2014 que ce produit agit sur plusieurs bactéries et virus dont les coronavirus. Le raccourci est vite emprunté, si c’est mentionné en 2014 donc le virus corona existait déjà, alors nous en parler maintenant, c’est vite compris comme une manipulation grossière pour vendre des médicaments déjà prêts.

Beaucoup jouent sur l’ignorance et sur la fibre religieuse. Il n’y rien de plus mortel que l’ignorance. Je dis toujours à mes étudiants, ‘‘Quand le savoir est accessible, l’ignorance devient un crime’’.

D’autres, parlent de complot ourdis par des uns et des autres pour casser l’économie chinoise, réduire la population mondiale, briser l’union européenne, se débarrasser des musulmans en faisant fuiter par inadvertance ou par malveillance un virus d’un laboratoire chinois. 
Qu’à cela ne tienne, je réponds toujours de la même façon : ‘‘vous habitez un village entouré de forêt, un incendie se déclare vous passeriez votre temps à réfléchir qui a allumé le feu et dans quel but ou essayer de sauver votre village, votre maison et votre famille ?’’ 

Le fait est là, le virus est chez nous comme il est chez tous les autres, alors que faire ? Continuer à faire la sourde oreille en restant dans la suspicion et la désobéissance ? Nous risquons de le payer très cher car les virus n’ont pas de sentiments et ne reconnaissent aucune frontière et chaque fois qu’une occasion leur est donnée ils en profitent et se répandent. Survivre, muter et se répandre est une des lois de la conservation des espèces.

Loin de moi l’idée de jouer au plus nationaliste que les autres, au plus patriote que les autres, ou être compris comme un ‘‘actionné’’ ; je voudrai simplement exprimer mon avis de citoyen interpellé par cette menace sanitaire et qui est du domaine de ma qualification d’infectiologue. Je suis issu de l’école algérienne, de l’université algérienne, je suis au crépuscule de ma vie professionnelle et il me fait mal de voir mon pays prendre un risque inutile. 

Il y a des peuples qui subissent l’histoire et d’autres qui écrivent leur nom dans le livre de l’Histoire. L’Algérie a écrit son nom dans le livre de l’Histoire. 

Depuis des millénaires elle a fait face et survécu aux différentes invasions, aux différentes crises internationales, à la famine, aux pestilences, aux épidémies. Elle a de tout temps payé le prix de sa survie dans le sang, dans la douleur et les larmes. Peu de pays seraient restés debout.
Depuis une année, le mouvement citoyen ‘‘Hirak’’, porté par des jeunes, des femmes, des enfants, des personnes âgées, des étudiants, ouvriers, chômeurs clame dans la rue un changement. Ce mouvement a stupéfait le monde entier par son originalité de non-violence, sa ‘‘Silmya’’, témoin d’une conscience sans égal. Il a survécu sans fléchir ni se disloquer. Il est libre à chacun de participer à un rassemblement de rue pour exprimer ses idées, il doit assumer le risque de s’exposer à une contagion, il en payera le prix ou il fera payer le prix à ses enfants, sa mère ou ses grands-parents. L’OMS insiste sur les risques de propagation du virus corona encourus lors des rassemblements de personnes. 

Ce mouvement avec cette conscience extraordinaire qui lui a permis de tenir une année dans la ‘‘silmya’’ peut trouver une alternative d’expression sans faire prendre de risques aux personnes, sans aboutir à la promulgation de l’état d’urgence sanitaire et sans provoquer une catastrophe sanitaire. 

Il n’en sera que grandi car c’est dans ces moments que se mesure la grandeur des peuples.
L’ Histoire a une grande mémoire.

AÏT HAMOUDA RABAH, Professeur en infectiologie

Batna, 15 mars 2020

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Qu’est-ce qu’un coronavirus ? | AFP Animé – 20 janvier 2020

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« Sur ce site Web, vous trouverez des informations et des conseils de l’OMS concernant la flambée actuelle de maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) qui a été signalée pour la première fois à Wuhan, en Chine, le 31 décembre 2019. Nous vous invitons à visiter cette page pour consulter les mises à jour quotidiennes.

L’OMS travaille en étroite collaboration avec les experts mondiaux, les gouvernements et les partenaires pour élargir rapidement les connaissances scientifiques sur ce nouveau virus, suivre la propagation et la virulence du virus, et donner des conseils aux pays et aux individus sur les mesures à prendre pour protéger la santé et empêcher la propagation de cette flambée. »

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EN ALGÉRIE

Le Monde, Par Zahra Chenaoui Publié aujourd’hui à 13h00 (mardi 3 mars 2020)

L’Algérie se mobilise face aux trois cas de Covid-19

Après un travailleur italien d’une base gazière, les autorités ont annoncé dimanche que deux femmes ayant reçu la visite de proches résidant en France sont positives au virus.

A l’heure du déjeuner, masque sur le visage, les travailleurs récupèrent un sac contenant un repas individuel. Sur la base de vie saharienne de Menzel Ledjmet Est, où la compagnie nationale algérienne Sonatrach et une filiale de l’entreprise italienne ENI exploitent du gaz, à plus de 1 000 kilomètres au sud d’Alger, la salle de restauration collective est désormais fermée pour éviter les regroupements.

C’est ici que le premier cas de coronavirus a été identifié. Le 25 février, le ministre de la santé algérien, Abderahmane Benbouzid, a annoncé au journal télévisé qu’un Italien, originaire de Lombardie, l’une des zones les plus touchées en Italie, salarié d’ENI et arrivé sur la base le 18 février, était « confirmé positif ». L’homme a été isolé pendant quatre jours dans la base de vie avant d’être rapatrié en Italie par un avion d’AIitalia. Les travailleurs ont eux aussi été confinés.

Parallèlement, les autorités algériennes ont lancé un appel, au lendemain de l’annonce, pour retrouver les passagers du vol Milan-Rome-Alger du 17 février. Dans la ville de Tizi Ouzou, au nord du pays, trois salariés de la base de Menzel Ledjmet Est, en congés, se sont présentés à l’hôpital, affirmant avoir travaillé avec l’Italien contaminé. Ils ont été placés en isolement, puis libérés, après que les prélèvements effectués « se sont avérés négatifs à toute contamination au Covid-19 », selon un communiqué du CHU de la ville.

« Hospitalisation corona »

Dimanche 1er mars, le bilan s’établit à trois cas. Un communiqué du ministère de la santé annonce qu’une femme de 53 ans et sa fille de 24 ans sont « confirmées positives » dans la région de Blida, au sud de la capitale. Comment ont-elles été contaminées ? Deux membres de leur famille, résidant en France, sont venus passer une semaine de vacances en Algérie. C’est lors de l’enquête épidémiologique qui a suivi l’hospitalisation, en France, de ces deux patients, que ces deux femmes ont été approchées par les équipes médicales alors qu’elles ne présentaient aucun symptôme.

A Alger, un étage de l’hôpital El Kettar est désormais réservé à l’isolement de cas suspects. Sur les portes rouges, des feuilles A4 portant la mention « Hospitalisation corona » sont affichées. Des soignants apportent un stock de thermomètres. Une dame habillée d’un long manteau vert demande sa route et s’approche de la porte avant d’être interceptée par une jeune femme : « Vous êtes sûre que vous voulez entrer ? Ici, il y a le corona. Il vaut mieux attendre. »

A l’étage du dessous, des patients sont hospitalisés au service infectieux. Et l’entrée est la même, ce qui ne rassure pas Leïla, la parente d’un patient. « Mais j’ai un proche hospitalisé, il faut bien que je lui apporte à manger. Quand j’ai vu les agents de l’accueil avec des masques, je me suis demandée s’il fallait que j’arrête de venir. Finalement, je me lave bien les mains en rentrant chez moi et j’espère que ça ira », tente de se convaincre la visiteuse.

La panique ne semble pas l’emporter

Dans le pays, la mobilisation est importante. Dimanche 1er mars, le président Abdelmadjid Tebboune a présidé une réunion du Haut-Conseil de sécurité où il a appelé à maintenir « un haut degré de vigilance et une mobilisation active », selon l’agence officielle APS. Dans les médias privés comme publics, des responsables répètent les mesures de prévention. Des médecins publient des vidéos sur les réseaux sociaux pour rassurer l’opinion. Dans les hôpitaux, des masques et des blouses de protection ont été distribués aux personnels, et des affiches informatives sur les mesures d’hygiène ont été placardées sur les murs des services d’urgence.

Le ministère de la santé a par ailleurs affirmé avoir réuni les fabricants de masques pour s’enquérir de leur stock et pour leur demander qu’ils « cessent toute vente et toute exportation pour que cela reste disponible pour l’Etat algérien ». Jeudi 27 février, Air Algérie, qui avait déjà suspendu ses vols vers la Chine, a annoncé qu’elle suspendait également ceux à destination de l’Arabie saoudite, alors que 100 000 Algériens étaient enregistrés pour la Omra, le pèlerinage à la Mecque qui se fait tout au long de l’année.

En dépit de cette série de mesure, la panique ne semble pas, pour l’heure, l’emporter. « Je ne suis pas trop inquiet, explique Hafidh, 40 ans. C’est une maladie qu’on ne voit pas pour l’instant. Mais je surveille quand même les informations à la télévision », poursuit-il, vigilent malgré tout. Certains craignent cependant que la situation ne se complique si le nombre de cas vient à augmenter, du fait de la fragilité du système de santé public, au sein duquel les mouvements de protestation des personnels ont été réguliers ces dernières années.

En attendant, lundi 2 mars, le vol régulier d’Air Algérie en provenance de Pékin a atterri à Alger, avec plus d’une centaine de passagers à bord, après avoir été suspendu pendant un mois, sans aucune explication officielle.

Zahra Chenaoui (Alger, correspondance)

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EN FRANCE

Au 03/03/20, à 13h, la situation épidémiologique nationale fait état de 204 cas confirmés. Ces cas confirmés sont rapportés dans 12 régions en métropole avec au moins un cas confirmé : Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne, Grand-Est, Hauts de France, Ile-de-France, Normandie, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Pays de la Loire, Provence Côte d’Azur et Guadeloupe.

Trois décès ont été rapportés en France depuis le 14/02/2020 : un homme de 81 ans diagnostiqué fin janvier 2020, qui était hospitalisé à Paris ; un homme de 60 ans diagnostiqué fin février 2020 hospitalisé à Paris ; et une femme de 89 ans diagnostiquée début mars, hospitalisée dans les Hauts-de-France.

Caractéristiques des cas, COVID-19, France, 02/03/20, 12h (source : Santé publique France)

1126 cas investigués dont : 178 (16%) cas confirmés, 815 (72%) cas exclus, 133 (12%) cas en cours d’investigation ; parmi les 178 cas confirmés : 99 hommes, 79 femmes, et âge médian : 51 ans (cas âgés de 1 à 92 ans). 
La mise à jour de la définition de cas avec l’ajout des régions italiennes dans la liste des zones d’exposition à risque a été suivie d’une augmentation du nombre de signalements de cas possibles chez des personnes de retour de ces régions.

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LIRE AUSSI in Wikipédia:

CORONAVIRUS

« Une nouvelle forme de syndrome respiratoire, analogue au SRAS, est apparue à Wuhan (province du Hubei, Chine) début décembre 2019. Cette pneumonie, appelée maladie à coronavirus 2019, est due au SARS-CoV-2, un nouveau coronavirus13,14. En janvier 2020, le virus a été nommé provisoirement 2019-nCoV, puis en février définitivement SARS-CoV-2.

La maladie est apparue chez des clients et les commerçants du marché aux poissons de Huanan à Wuhan (où l’on vend aussi des oiseaux, des serpents et des lapins). Elle est d’origine animale et se transmet entre êtres humains15. Le 31 janvier 2020, on constate que le bilan s’alourdit sur 9 776 cas de contamination, la Chine enregistre du début de l’épidémie au 8 février 2020 – 722 décès, épicentre de l’épidémie16. La contagion se répand dans le monde, notamment dans des pays asiatiques, européens, océaniques et en Amérique du Nord : le 29 janvier 2020 plus de 6 000 personnes se retrouvent infectées. L’épidémie devient ainsi plus importante que l’épidémie de SRAS, en 200317. Le jeudi 30 janvier au soir, l’Organisation mondiale de la Santé a décrété l’urgence de santé mondiale. Cette mesure n’avait été décrétée que cinq fois depuis sa création : pour Ebola (deux fois), la grippe H1N1, Zika et la poliomyélite. En date du 2 mars 2020, le cap de 90 000 cas et de 3 000 décès a été franchi. »

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Notes : 13_ (en) Parham Habibzadeh et Emily K. Stoneman, « The Novel Coronavirus: A Bird’s Eye View », The International Journal of Occupational and Environmental Medicine, vol. 11, no 2,‎ 5 février 2020, p. 65–71 (ISSN 2008-6520 et 2008-6814, DOI 10.15171/ijoem.2020.1921, lire en ligne [archive], consulté le 5 février 2020)

14_  (en) Jon Cohen et Dennis Normile, « New SARS-like virus in China triggers alarm », Science, vol. 367, no 6475,‎ 17 janvier 2020, p. 234-235 (DOI 10.1126/science.367.6475.234) .

15_ (en) « China confirms people-to-people transmission of new coronavirus (state media) » (archive), sur France 24, 20 janvier 2020 (consulté le 20 janvier 2020)

16_ « EN DIRECT- Coronavirus: avec 5974 personnes touchées, le nombre d’infections en Chine dépasse celui du SRAS (archive), sur LCI (consulté le 29 janvier 2020)

17_ « Coronavirus: plus de 6000 cas confirmés dans le monde, le nombre d’infections en Chine dépasse celui du Sras (archive), sur L’Obs (consulté le 25 février 2020)

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L’article dans sa totalité, ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Coronavirus

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SITUATION AU 10 MARS:

CLIQUER ICI POUR VOIR LA VIDÉO_ SITUATION AU 10 MARS EN FRANCE___

ET: In: sante.journaldesfemmes.fr/maladies/ [Mise à jour le mardi 10 mars à 12h57]

CORONAVIRUS – Près de 115 000 personnes contaminées par le coronavirus dans le monde, plus de 4000 morts et une épidémie qui avance à grande vitesse en Italie où tout le pays est confiné. En France, plus de 1400 cas et 30 morts sont recensés. Morbihan, Loire, Paris, Ile-de-France… Liste des villes touchées, âge des décès, test coronavirus…

 L’épidémie de coronavirus Covid-19 avance à grande vitesse. L’ensemble de la population italienne est désormais confinée puisque l‘Italie est le deuxième pays du monde le plus touché. Dans le monde, près de 115 000 contaminations sont comptabilisées et plus de 4000 personnes sont mortes. En France, selon le dernier point de Santé Publique France, 1412 cas de coronavirus sont recensés et 30 décès. Il y a 7 regroupements de cas (Bourgogne-Franche-Comté, Haut-Rhin, Morbihan, Oise, Grand Est, Haute-Savoie, Ile-de-France) et un nouveau regroupement en Corse avec 38 cas. Il est recommandé d’éviter les visites aux personnes âgées, tout particulièrement celles des enfants de moins de 15 ans ou des personnes présentant des symptômes ou malades. Dans les établissements de santé, les visites sont limitées à une personne par patient. Les mineurs et les personnes malades ne doivent pas rendre visite aux personnes hospitalisées, y compris en maternité. Comment se protéger pour éviter la transmission ? Est-ce un virus dangereux? Quel est l’âge des personnes décédées en France ? En quoi consiste la quarantaine ? Peut-on toujours voyager ? Comment ne pas céder à la psychose ? Le point en direct. 

Dernières infos en direct :

  • Après la confirmation de 6 nouveaux cas positifs au coronavirus dans l’Aude (14 contaminations au total), tous les établissements scolaires à Quillan et trois écoles de Lézignan-Corbières sont fermés depuis ce mardi 10 mars matin. Les rassemblements sont également limités.
  • En raison d’une possible contamination, Patrick Strzoda, le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, doit rester confiné chez lui et télétravailler, indique l’Élysée. Il devra être testé au coronavirus dans la journée.
  • Le 9 mars, l’ARS a confirmé le cas d’une enseignante de l’école élémentaire Les Sablons de Poissy dans les Yvelines testée positive au coronavirus. L’établissement est fermé jusqu’au 22 mars.
  • Morbihan : 55 cas confirmés dans le département le 9 mars dont une personne décédée, un homme de 92 ans. 4 nouveaux cas confirmés viennent s’ajouter à ceux déjà recensés dans la zone de circulation active du virus constituée par les clusters d’Auray-Crac’h-Brec’h-Carnac-Saint-Philibert-Saint-Anne-d’Auray et de Saint-Pierre Quiberon. 4 nouveaux cas confirmés sont apparus dans plusieurs communes du Morbihan, à Pluvigner, à Plumergat et à Plouharnel.
  • Le ministre de la Culture Franck Riester est testé positif au coronavirus mais s’est dit « en forme » le 9 mars.
  • Une classe de CE2 a été fermée à Paris jusqu’au 17 mars, à l’école élémentaire Blomet du 15e arrondissement. Une élève de 8 ans a été diagnostiquée positive au coronavirus, confirme l’ARS Ile-de-France ce 9 mars : « L’état de l’enfant n’inspire aucune inquiétude. » précise-t-elle dans son communiqué.
  • Un employé du parc Disneyland Paris a été testé positif au coronavirus. Il travaille à la maintenance, dans les équipes de nuit et n’a pas été en contact avec le public selon la direction du parc de loisirs (qui reste ouvert).
  • Le Musée du Louvre a décidé lundi de réguler ses entrées. Seuls les visiteurs munis d’un e-billet et ceux bénéficiant d’une entrée gratuite sont autorisés à y rentrer.
  • Cinq députés français sont infectés par le coronavirus.
  • Le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé l’interdiction de rassemblements de plus de 1000 personnes, sauf les manifestations, les concours ou « le recours aux transports en commun ».
  • 72 cas confirmés de coronavirus en région Paca le 9 mars : 22 personnes dans les Alpes-Maritimes, 25 personnes dans les Bouches-du-Rhône, 12 personnes dans les Hautes-Alpes, 9 personnes dans le Var, 3 personnes dans le Vaucluse et 1 dans les Alpes-de-Haute-Provence.
  • Un cas de coronavirus a été diagnostiqué en Essonne chez un enseignant du lycée Geoffroy Saint-Hilaire d’Etampes. Il a été contact avec un participant du rassemblement religieux de Mulhouse où plusieurs cas de Covid-19 ont été confirmés. Dans un communiqué du 8 mars, l’Académie de Versailles demande aux élèves de certaines classes de rester chez eux jusqu’au 18 mars.
  • 26 cas de coronavirus sont confirmés en Pays de Loire lundi 9 mars dont 4 patients guéris. 8 mars, selon le dernier bulletin de l’ARS :  5 en Sarthe, 4 en Vendée, 8 en Loire-Atlantique, 6 en Maine-et-Loire, 1 en Mayenne et 1 personne hospitalisée dans les Pays de la Loire mais originaire d’une autre région.
  • La ville d’Ajaccio en Corse a été classée en « cluster » (foyer de contagion) dimanche 8 mars. La préfecture de Corse annonce que tous les établissements scolaires d’Ajaccio vont rester fermés deux semaines. Environ 10.000 élèves de 32 écoles, 5 collèges et 5 lycées vont devoir rester chez eux.
  • Les prélèvements pour les tests de dépistage du coronavirus sont désormais réalisables par les laboratoires de ville. 
  • AccorHotels Arena annule tous ses concerts jusqu’au 31 mai sur ordre de la Préfecture de Police de Paris à cause du coronavirus. 24 concerts y sont annulés et seront reportés à des dates ultérieures.
  • Le gouvernement français publie un décret autorisant les pharmacies à fabriquer du gel hydro-alcoolique.
  • La France a engagé le niveau 1 du plan blanc (plan de mobilisation interne), ce qui met tous les hôpitaux en tension pour préparer et anticiper le niveau 2, ainsi que pour mettre en place rapidement des moyens matériel, logistiques et humains indispensables en cas d’afflux de patients dans l’établissement hospitalier. 
  • La France a déclenché le plan bleu dans les Ehpad (Etablissement Hébergeant des Personnes Agées Dépendantes) le 6 mars. Le principe est le même que dans les hôpitaux : le chef d’établissement doit permettre « la mise en oeuvre rapide et cohérente des moyens indispensables pour faire face efficacement à une situation exceptionnelle ». Le plan bleu peut induire notamment « le confinement des résidents, usagers et personnels ; l’évacuation des résidents, usagers et personnels ».
  • Le décret portant sur l’application de prix plafonds des gels hydro-alcooliques est paru le 6 mars au Journal Officiel, et vaut jusqu’au 31 mai 2020. Dorénavant, les contenants à 50 ml ne pourront être vendus plus de 2 euros et les contenants de 100 ml 3 euros maximum. 
  • Le Préfet du Val-d’Oise interdit les rassemblements de toute nature en milieu clos (concerts, salons, expositions, réunions publiques, manifestations culturelles ou sportives, exercice des cultes, …) jusqu’au 20 mars 2020 inclus.

Coronavirus en France : 1412 personnes ont été contaminées

Le virus est désormais présent dans toutes les régions de France métropolitaines et dans trois régions d’Outre-mer (Guadeloupe, Martinique et Guyane). Les cas de contamination au coronavirus en France sont portés à 1412 au lundi 9 mars. Parmi les cas confirmés et isolés :

  • 25 sont décédés : 15 hommes et 10 femmes, 21 personnes de plus de 70 ans ou présentaient des co-morbidités.
  • 66 cas graves.

> En savoir plus sur le profil-type des victimes

Face à l’augmentation des cas en France, le gouvernement a décidé d’annuler tous les événements de plus de 1000 personnes et de fermer des écoles dans certaines villes de l’Oise et de Haute-Savoie, particulièrement touchées par l’épidémie. La France est dans le stade 2 de l’épidémie, c’est-à-dire que le virus circule mais pas sur l’intégralité du territoire. L’objectif est toujours de freiner la diffusion du virus et de protéger les zones non ou peu touchées avec près de 160 établissements de santé mobilisés. Les autorités recommandent de reporter les voyages non indispensables surtout hors de l’Union européenne. Les personnes les plus fragiles sont les plus âgées, atteintes de pathologies chroniques, immuno-déprimées.

• Où sont localisés les cas en France ?

Toutes les régions françaises sont touchées par le coronavirus. Celles qui rapportent au moins 10 cas sont : Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne Franche-Comté, Bretagne, Grand Est, Ile-de-France, Hauts-de-France.

7 regroupements de cas ont été observés :

  • Oise (Crépy-en-Valois / Creil / Vaumoise, Lamorlaye, Lagny Le Sec) 
  • Haute-Savoie (Les Contamines-Montjoie, La Balme-de-Sillingy) : 66 cas confirmés le 9 mars par l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, dont 8 personnes guéries.
  • Grand-Est : 310 cas confirmés par la préfecture du Grand Est. La plupart des cas confirmés sont reliés au foyer épidémique en lien avec la Semaine de Carême de l’Eglise La Porte Ouverte Chrétienne de Bourtzwiller (Haut-Rhin). 5 cas dans la Marne, 1 cas dans l’Aube, 1 cas en Haute-Marne, 1 cas dans les Ardennes, 3 cas dans la Meuse, 11 cas en Meurthe-et-Moselle, 22 cas en Moselle, 17 cas dans les Vosges, 53 cas dans le Bas-Rhin, 193 cas dans le Haut-Rhin et 3 cas originaires de l’Aisne. Ces cas ont été hospitalisés dans les établissements de santé concernés de la région du Grand Est.
  • Morbihan : 55 cas confirmés dans le département le 9 mars dont une personne décédée, un homme de 92 ans. 4 nouveaux cas confirmés viennent s’ajouter à ceux déjà recensés dans la zone de circulation active du virus constituée par les clusters d’Auray-Crac’h-Brec’h-Carnac-Saint-Philibert-Saint-Anne-d’Auray et de Saint-Pierre Quiberon. 4 nouveaux cas confirmés sont apparus dans plusieurs communes du Morbihan, à Pluvigner, à Plumergat et à Plouharnel.
  • Corse : 38 cas confirmés le 9 mars.
  • Bourgogne-France-Comté : 119 cas confirmés le 9 mars par l’ARS Bourgogne-Franche-Comté. A l’exception de la Nièvre, tous les départements de Bourgogne-Franche-Comté sont confrontés au COVID-19 dans des proportions variables, le Doubs et le Pôle métropolitain Nord Franche-Comté concentrant la grande majorité des cas.
  • Ile-de-France où 300 cas sont confirmés au 9 mars.

Et aussi :

  • 72 cas confirmés de coronavirus en région Paca le 9 mars : 22 personnes dans les Alpes-Maritimes, 25 personnes dans les Bouches-du-Rhône, 12 personnes dans les Hautes-Alpes, 9 personnes dans le Var, 3 personnes dans le Vaucluse et 1 dans les Alpes-de-Haute-Provence.
  • 182 cas en région Auvergne-Rhône-Alpes dont 171 habitants actuellement atteints du COVID-19 dans 9 départements (17 dans l’Ain, 6 en Ardèche, 16 dans la Drôme, 1 en Isère, 15 dans la Loire, 9 dans le Puy-de-Dôme, 49 dans le Rhône, 3 en Savoie, 66 en Haute-Savoie). 8 personnes sont guéries (dont les 6 personnes des Contamines-Montjoie) et 3 personnes sont décédées.

•  300 cas en Ile-de-France : quelles sont les villes touchées ?

Le 9 mars 2020, 57 nouveaux cas de Coronavirus Covid-19 ont été confirmés depuis la veille en Ile-de-France. Cela porte à 300 le nombre de cas confirmés pris en charge dans la région. 283 de ces cas confirmés résident en Ile-de-France.

  • 27 cas à Paris.
  • 15 cas en Seine-et-Marne. 
  • 25 cas dans les Yvelines. Un premier cas de coronavirus avait été confirmé le 4 mars à Versailles. Puis celui d’un patient pris en charge le 6 mars à Mantes-la-Jolie avant d’être diagnostiqué positif à Paris. Le 9 mars, l’ARS a confirmé le cas d’une enseignante de l’école élémentaire Les Sablons de Poissy testée positive au coronavirus. L’établissement est du coup fermé jusqu’au 22 mars.
  • 7 cas dans l’Essonne. 1 homme revenant de Suisse, 2 personnes revenant de Mulhouse où plusieurs cas ont été confirmés. Le premier est un étudiant confiné à son domicile, la préfecture n’a pas précisé son lieu d’habitation. Le deuxième est une femme hospitalisée à l’hôpital Bichat à Paris. Trois cas contacts ont été identifiés et sont confinés. Les deux derniers cas n’ont pas été précisés par les autorités. 3 classes sont fermées dans un lycée d’Etampes. Un enseignant du lycée Geoffroy Saint Hilaire d’Etampes (Essonne) a été testé positif. L’enseignant donnait cours aux 3 classes concernées. S’agissant des autres enseignants, 4 d’entre eux ont été identifiés comme ayant eu des contacts avec le malade, avec un risque de contagion faible donc sans nécessité de mesures d’isolement.
  • 20 cas dans les Hauts-de-Seine.
  • 16 cas en Seine-Saint-Denis. Le 6 mars, l’ARS Ile-de-France indiquait qu’une institutrice exerçant au sein de l’école maternelle Jacqueline Quatremaire de Drancy a été diagnostiquée positive au coronavirus. Le préfet de Seine-Saint-Denis, l’ARS et le rectorat ont décidé la fermeture de cette école maternelle jusqu’au 18 mars inclus, puisque l’institutrice a été en contact rapproché avec plusieurs enfants et collègues. Par ailleurs, deux cas ont été confirmés dans la ville de Montreuil (un père et sa fille âgée de 12 ans) et ont été hospitalisés à Paris.
  • 15 cas dans le Val-de-Marne.  5 cas sont recensés dans le Val-de-Marne, deux personnes vivent à Charenton-le-Pontdeux à Vitry-sur-Seine et une au Kremlin-Bicêtre. Elles sont âgées de 20 à 70 ans. Deux sont hospitalisées. Parmi les autres cas, un agent administratif du lycée Mistral de Fresnes, un conducteur de bus du dépôt de Thiais de la RATP testé positif au coronavirus jeudi 6 mars .
  • 45 cas dans le Val-d’Oise. Des cas d’infection au coronavirus ont été diagnostiqués au sein d’une même famille résidant à Louvres, a confirmé l’ARS Ile-de-France dans un communiqué du 4 mars. Un enfant fréquentant le groupe scolaire du Bouteillier et un parent ayant participé à la vie de l’école ont été diagnostiqués positifs. Le maire a décidé la fermeture du groupe scolaire du Bouteillier de Louvres jusqu’au 18 mars 2020 inclus. Le 8 mars une animatrice intervenant au sein de l’école maternelle Delacroix de Louvres (Val-d’Oise) a été testée positive au Coronavirus Covid-19. Elle est confinée à son domicile pour 14 jours et les membres de sa famille ont été testés négatifs. Compte-tenu de cette information et du fait que les échanges entre enfants en bas âge sont réguliers et difficilement traçables, la décision a été prise de fermer l’école maternelle pour 14 jours à compter du 6 mars, date du dernier contact avec le cas confirmé. Le 7 mars, 5 nouveaux cas de coronavirus ont été identifiés à Méry-sur-Oise, s’ajoutant au 9 premiers déjà confirmés dont un patient est décédé (un homme de 86 ans). Un lien a pu être trouvé entre tous ces cas qui vivent dans un périmètre géographique restreint. L’un d’entre eux est dans un état sévère. Le Préfet du Val-d’Oise interdit les rassemblements de toute nature en milieu clos (concerts, salons, expositions, réunions publiques, manifestations culturelles ou sportives, exercice des cultes, …) jusqu’au 20 mars 2020 inclus. Les écoles et établissements scolaires de la commune restent ouverts et les accueils périscolaires sont maintenus. Seules les sorties scolaires sont suspendues jusqu’au vendredi 20 mars 2020 inclus.

Décès en France

« Le taux de mortalité est réévalué  » et tourne autour des 1 à 2%, indique Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé. Soit un taux plus élevé que la grippe, mais moins que celui du SRAS. 30 décès ont été confirmés par Santé Publique France le 9 mars. Parmi eux : 

  • un patient chinois de 80 ans le 14 février à Paris,
  • un enseignant français de 60 ans le 26 février dans l’Oise,
  • un troisième décès a été confirmé le lundi 2 mars, il s’agit d’une femme de 89 ans hospitalisée et décédée à Compiègne et testée positive au coronavirus après le décès.,
  • le mardi 3 mars 2020, la Direction générale de la Santé annonce un quatrième décès dans le Morbihan : il s’agit d’un homme âgé de 92 ans.
  • le jeudi 5 mars 2020, le ministère des Solidarités et de la Santé ont annoncé deux décès supplémentaires : une personne de 73 ans originaire de l’Oise et une autre de 64 ans originaire de l’Aisne.
  • Samedi 7 mars, l’Agence régionale des Hauts-de-France indique que l’un des nouveaux décès est une femme de 83 ans et résidente en EHPAD à Crépy-en-Valois dans l’Oise.
  • Un homme de 86 ans habitant de Méry-sur-Oise est décédé après avoir été infecté par le coronavirus.
  • 3 décès sont confirmés le 9 mars par l’ARS et la Préfecture d’Auvergne-Rhône-Alpes : un homme de 81 ans, originaire de Savoie, et une femme de 76 ans venant du Rhône, une autre personne décédée dans la Drôme. 
  • Quatre décès dans le Grand Est dont une femme décédée le 9 mars, âgée de 94 ans et originaire des Vosges.
  • Premier mort du coronavirus en Corse : un homme de 89 ans à l’hôpital d’Ajaccio dans la nuit de dimanche 9 mars au  lundi 10 mars. 

Stades de l’épidémie 1, 2 et 3 : c’est quoi ?

Il y a trois stades de gestion de l’épidémie de coronavirus en France. La France est actuellement en stade 2. Qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? Et à quoi correspond le stade 3 ?

Stade 1 :  freiner l’introduction du virus sur le territoire national.

Il se traduit par la mise en alerte du système de santé et des professionnels : mobilisation des moyens pour isoler les malades, les détecter rapidement ainsi que les cas contact, contrôles au retour des zones infectées.

 Il n’y a plus de quatorzaine pour les personnes revenant d’une zone à risque comme le virus circule dans plusieurs régions.

Stade 2 : empêcher que le virus ne circule activement sur le territoire. 

Le virus ne vient plus seulement de Chine et d’Italie. Il circule au sein de plusieurs regroupements de cas en région comme dans l’Oise. Il n’y a plus de quatorzaine pour les personnes revenant d’une zone à risque mais des mesures de réduction sociale. La quatorzaine est toutefois maintenue pour les cas contacts à haut risque. Plusieurs mesures strictes sont prises comme la fermeture d’écoles, l’annulation d’événements rassemblant plus de 5000 personnes… Il y a un déclenchement d’une deuxième ligne d’établissements de santé pouvant accueillir les malades du coronavirus (on est passé de 38 à 138). Un hôpital de référence a été désigné dans chacun des départements et régions d’outre-mer.

Stade 3 : le virus circule largement dans la population.

Le stade 3 ou stade épidémique correspond à une circulation active du virus sur tout le territoire. La stratégie repose alors sur l’atténuation des effets de l’épidémie. 

Que faire si on pense avoir des symptômes ?

Les premiers symptômes d’une infection au coronavirus ressemblent à ceux de la grippe : fièvre, toux, douleurs musculaires, fatigue... puis elle dégénère et se caractérise par des difficultés à respirer. « La maladie démarre de façon bénigne et puis vers le 8e jour ou 10e jour, il y a un certain nombre de patients qui s’aggravent de façon conséquente, c’est un processus pas très habituelle en maladie infectieuse » remarque le Dr Catherine Leport, responsable de la mission Coreb lors d’une table ronde au Sénat le 26 février 2020. Il existe des formes asymptomatiques et bénignes, ce qui distingue ce nouveau coronavirus du virus du Sras (un autre coronavirus) qui ne se manifestait que par des formes sévères, et retarde le diagnostic.

En cas de signes d’infection respiratoire dans les 14 jours suivant le retour de Chine (Chine continentale, Hong Kong, Macao), de Singapour, de Corée du Sud, d’Italie ou d’Iran :

  • Contacter le Samu Centre 15 en faisant état des symptômes et du séjour récent en Chine (Chine continentale, Hong Kong, Macao), de Singapour, de Corée du Sud, ou des régions de Lombardie, de Vénétie et d’Emilie-Romagne en Italie.
  • Évitez tout contact avec votre entourage et conservez votre masque.
  • Ne pas se rendre chez son médecin traitant ou aux urgences, pour éviter toute potentielle contamination.

Un virus qui se transmet bien plus par les mains que par la salive : lavez-vous les mains souvent !

Comment éviter la transmission ?

Comme il n’y a ni vaccin, ni médicament efficace contre le coronavirus, le meilleur moyen de s’en protéger est l’application de mesures d’hygiène. Si beaucoup se ruent sur l’achat de masques, il faut savoir qu »ils n’ont « aucun sens si on ne se lave pas les mains puisqu’en pratique on touche des surfaces contaminées. l’hygiène des mains est donc fondamentale » a martelé le Pr Jérôme Salomon. Il est recommandé de se laver les mains après avoir toussé, éternué, avant et après avoir préparé à manger, avant de manger, après être allé aux toilettes, après avoir manipulé des animaux… Autre réflexe à prendre quand on sort de la maison : emmener du gel antibactérien avec soi pour désinfecter les mains en l’absence d’eau et de savon. Enfin, le Pr Jérôme Salomon a recommandé le 9 mars de rester chez soi et de ne pas aller travailler si on tousse et qu’on a de la fièvre.

Port de masque : lequel, pour qui, où en trouver ?

Le port du masque chirurgical est recommandé si vous êtes malades pour éviter de diffuser la maladie par voie aérienne, et pour les professionnels de santé. Il n’est pas recommandé dans les autres cas. La vente de masques de protection est désormais soumise à une prescription médicale. Seules les personnes disposant d’une ordonnance et les professionnels de santé peuvent en recevoir en se rendant en pharmacie. Un décret a été publié au Journal Officiel pour réquisitionner les stocks de masques de protection de type FFP2 détenus par  » toute personne morale de droit public ou de droit privé » et les stocks de masques anti-projections détenus par les entreprises qui en assurent la fabrication ou la distribution. 

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Zones à risque dans le monde

Les zones à risque à cause de l’épidémie de coronavirus sont celles où le virus circule activement. Il s’agit de :

  • La Chine (Chine continentale, Hong-Kong, Macao)
  • Singapour
  • La Corée du Sud
  • Quatre régions d’Italie (Lombardie, Vénétie, Emilie-Romagne et Piémont)
  • L’Iran

Que faire en cas de voyage ?

L’épidémie de coronavirus complique les déplacements à l’étranger. Le gouvernement déconseille les voyages en Chine et recommande de reporter les voyages non indispensables surtout hors de l’Union européenne. Plusieurs conseils aux voyageurs sont affichés dans les aéroports : ne pas manger de viande crue, se laver les mains, ne pas toucher d’animaux… 

PAYS NOMBRE DE MORTS
Chine 3 136
Italie 463
Iran 237
Corée du Sud 54
France 30
Espagne 30
US 26
Japon  9
Irak 7
Japon – Bateau Diamond Princess 6
Grande-Bretagne 5
Australie  4
Pays-Bas 4
Hong Kong 3
San Marino / Saint-Marin 2
Suisse 2
Allemagne 2
Philippines 1
Argentine 1
Taiwan 1
Canada 1
Thaïlande 1
Egypte 1
TOTAL 4026

c

Cas confirmés de coronavirus dans le monde au mardi 10 mars à 11h02
PAYS CAS CONFIRMES DE CORONAVIRUS
Chine 80 756
Italie 9 172
Corée du Sud 7 513
Iran 7 161
France 1 412
Espagne 1231
Allemagne 1 224
Etats-Unis 754
Japon 530
Suisse 374
Pays-Bas 321
Royaume-Uni 321
Suède 261
Belgique 239
Norvège 227
Singapour 160
Autriche 157
Malaisie 117
Hong-Kong 115
Danemark 113
Bahreïn 109
Australie 91
Grèce 84
Canada 77
Irak 71
Koweït 65
Islande 65
Emirats Arabes Unis 59
Egypte 59
San Marino 51
Thaïlande 50
Israël 50
Inde 47
Taiwan 47
Liban 41
République tchèque 40
Portugal 39
Philippines 35
Finlande 33
Vietnam 31
Brésil 30
Palestine 25
Slovénie 25
Irlande 24
Arabie Saoudite 20
Algérie 20
Russie 20
Indonésie 19
Qatar 18
Oman 18
Argentine 17
Roumanie 17
Pologne 17
Pakistan 16
Equateur  15
Géorgie 15
Chili 13
Croatie 13
Macao 10
Estonie 10
Azerbaïdjan 9
Pérou 9
Costa Rica 9
Hongrie 9
Slovaquie 7
Afrique du Sud 7
Mexique 7
Albanie 6
Maldives 6
Lettonie 6
Biélorussie 6
Bosnie-Herzégovine 5
Guinée Française 5
Nouvelle-Zélande 5
République dominicaine 5
Luxembourg 5
Tunisie 5
Sénégal 4
Macédoine du Nord 4
Afghanistan 4
Bulgarie 4
Malte 4
Bangladesh 3
Colombie 3
Cambodge 2
Cameroun 2
Saint Martin 2
Îles Féroé 2
Nigéria 2
Maroc 2
Chypre 2
Martinique 2
Serbie 2
Lituanie 1
Burkina Faso 1
Saint-Barthelemy 1
Monaco 1
Channel Islands 1
Mongolie 1
Togo 1
Arménie 1
Ukraine 1
Vatican 1
Liechtenstein 1
Panama 1
Andorre 1
Gibraltar 1
Brunéi 1
Moldavie 1
Bhoutan 1
Népal 1
Jordanie 1
Paraguay 1
Sri Lanka 1
Autres 696
TOTAL 114 536

In: sante.journaldesfemmes.fr/maladies/

Les petits de Décembre, de Kaouther Adimi

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Je viens d’achever le dernier roman de Kaouther Adimi, « Les petits de Décembre ». Éditions Barzakh, Alger, 2019, 248 pages. Il est dédié « À Koteb, un des petits. » En exergue, figure les deux premiers tercets d’un poème de Mohammed Dib, L’Enfant-jazz. Ce roman a été écrit, probablement, jusqu’au premier semestre 2019. Il est paru en août de la même année. Quel sujet traite-t-il ? Celui de la résistance contre les puissants, précisément de la résistance d’un groupe de jeunes devant la toute-puissance de deux généraux.

Nous sommes à Dely Brahim, dans la périphérie sud-ouest d’Alger, près de Cheraga, et donc non loin du Club des pins, en février et mars de 2016. Des généraux sont sur le point de faire construire leurs villas sur le terrain de football des jeunes de la cité. Un « plan de la cité du 11 Décembre 1960 à Dely Brahim, Alger » est présenté en page dix. La ville est détaillée dans le chapitre 9 (il y en a 34).

Qui sont les protagonistes ? D’un côté des enfants qui ont pour habitude de jouer sur un terrain vague de « un hectare et demi », près de chez eux, appartenant au Ministère de la Défense et laissé à l’abandon depuis la construction de la cité. De l’autre deux généraux qui ont acheté ce terrain pour en faire des villas. Personnages auxquels on ajoute une voyante et une folle. Il faut noter que presque toutes les familles des personnages ont un lien plus ou moins direct avec l’armée.

Les enfants :

Ce sont pour l’essentiel Inès, Jamyl, Mahdi et Youcef. La dizaine en âge pour les trois premiers qui se connaissent depuis leur première année d’école, 20 ans pour Youcef.

Commençons par Inès et sa famille.

– Inès a onze ans. Elle n’a pas connu son père Amine, ni son oncle maternel, tué il y a vingt ans presque jour pour jour par l’explosion d’un camion devant la Maison de la presse. Il était étudiant en journalisme. La maman d’Inès, Yasmine, a été abandonnée par son mari alors qu’elle était enceinte, comme le fut sa grand-mère maternelle, une mère « de mauvaise vie ». Yasmine est très active, elle est juriste (pistonnée) dans une « entreprise publique de l’industrie pétrolière », où elle est harcelée, car sans mari. Yasmine a créé une association d’aide aux femmes, aime le jazz, fume, et elle est superstitieuse. La grand-mère d’Inès, Adila, est une ancienne Moudjahida qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle est connue et respectée. Elle a l’habitude de prendre des notes sur un calepin noir. Elle y raconte son passé, celui de l’Algérie des années 90, « Le GIA » et « Les GIA » (il est juste de faire précéder l’acronyme d’un article pluriel, car contrairement à la propagande officielle relayée par certains médias, ils étaient nombreux les groupes armés islamistes et sans commandement unifié). Raconter « la politique de la purge » menée par l’armée, « ai-je protesté… ai-je aidé ces femmes qui continuent à attendre le retour d’un mari, d’un fils, d’un père ? Les ai-je soutenues ? »

– Jamyl a dix ans. « Il est petit, grassouillet ». Il a un faible pour Inès. Depuis la mort de son père en 2007 dans un attentat à la bombe, il vit chez son grand-père paternel, un général à la retraite. On ne sait pas grand-chose de sa famille sinon qu’elle emploie une femme de ménage plus ou moins complice de Jamyl et des enfants en lutte auxquels elle apporte « un grand couffin plein de plats. » (C’est « une ancienne pauvre, grosse et très laide ».

– Mahdi. Sa maman est militaire. Son père a 47 ans, à 30 ans il fut blessé lors d’une attaque terroriste à Baraki. Depuis, il est sur un fauteuil roulant, sans jambes.

– Youcef a 20 ans. Il a une petite sœur qui fait partie elle aussi des enfants qui résistent. Youcef « est plus grand que son père » Mohamed. Celui-ci est âgé de 56 ans. C’est un colonel à la retraite. Il donne parfois des cours à l’université. Il a créé un parti politique d’opposition.

Les généraux :

Ils sont deux : Saïd et Athmane. Ils ont 70 ans. Ils se connaissent depuis vingt ans, « chacun a des dossiers sur l’autre ».

– Saïd est « un petit homme » qui est atteint d’un cancer. Il a été formé en URSS où on l’appelait « le nabot ». Il fut l’instigateur des purges des années 90. Il a trois enfants qui sont tous boursiers en France. L’un d’eux est impliqué dans une affaire de faux billets.

– Athmane a fait ses études en Grande-Bretagne. Il n’a eu aucun titre universitaire. Il a passé son temps à boire. Il a été recruté dans l’armée avec un faux diplôme. Il a des biens en Europe. C’est un grand et bel homme. Il fait appel à une voyante pour l’orienter dans ses choix. Il a un frère qui possède une entreprise de travaux publics qu’il aide grâce à sa position au sein de l’institution militaire. Avec son épouse « qui est du même village que lui » ils ont trois garçons et deux filles et cinq petits enfants (un par enfant).

Deux autres personnages

Le premier est celui de cette voyante que convoque de temps à autre le général Athmane et qui se fiche de lui (elle : « Quelqu’un vous veut du mal. Méfiez-vous des femmes en rouge », lui : Mon Dieu, mais on ne peut rien faire ?) Le second est celui de cette « vieille folle aux cheveux rouges tressés en couronne », qui apparaît à de nombreuses reprises, pour participer à la sauvegarde du terrain des jeunes, pour aider ceux-ci « Tu as besoin d’aide mon tout petit ? », pour repousser les généraux ou pour alerter du danger « Au feu ! » crie-t-elle à la fin du livre en tambourinant aux portes des maisons. La folie qu’exprime cette vieille édentée « permet à l’esprit d’entretenir un rapport naturel avec la vérité et le réel profond » dixit André Breton (rapporté par Kahina Bouanane.) On retrouve cette folle qui fait partie du groupe, qui se fond en lui, sous d’autres traits dans de nombreux ouvrages algériens ou dans des films.

L’intrigue

Nous sommes mardi 2 février 2016. « Depuis vingt ans maintenant, les enfants de la Cité, mais aussi de tout le quartier ont disputé des milliers de parties de foot. » Inès joue au foot avec ses camarades garçons, Jamyl et Mahdi. Il pleut sans discontinuer, mais les enfants sont heureux et rêvent de célébrité. Le lendemain, deux hommes arrivent « dans une voiture noire aux vitres teintées ». « Ils portent des lunettes de soleil alors qu’on est en février » dit Youcef. Le chauffeur des généraux stationne devant le terrain vague. Les militaires sortent des plans. Ils sont observés par Adila, depuis sa fenêtre. Ces deux hommes sont les généraux Saïd et Athmane. « On y est allés tous les trois et ça a vite dégénéré » en bagarre dit Youcef. Deux colonels à la retraite ont assisté eux aussi à l’altercation de loin d’abord – Cherif et Mohamed le père de Youcef, « deux amis qui, lorsqu’ils se rencontrent, « refont le monde » – puis ont essayé de s’interposer. « Ensuite, les généraux ont sorti leur arme ». Après l’école, Inès, Jamyl et Mahdi « découvrent des adultes en train de vociférer et de gesticuler » Youcef hurle, Adila « essaye de frapper » avec sa canne les deux généraux. Le lendemain, les journaux et les réseaux sociaux s’emparent de l’affaire. Youcef et Adila sont embarqués à la gendarmerie. Adila reconnaît les faits alors que le gendarme est impressionné par elle « je suis l’un de vos grands admirateurs » lui dit le gendarme. « Elle est relâchée avec les excuses des gendarmes. »

Youcef est vertement grondé par son père qui lui reproche d’être mêlé à cette affaire, mais Youcef ne regrette pas son action et « met son père devant ses contradictions » lui, son père, qui a créé un parti d’opposition. Mohamed et son épouse se rendent chez le général Athmane qui les attend ainsi que Saïd et leurs femmes. Ils présentent leurs excuses autour d’un café avant de se séparer. « Si un jour vous avez le moindre problème, appelez-moi. Nous avons besoin d’hommes comme vous » dit le général Athmane à Mohamed. Lui est content, « si on a les généraux de notre côté, on obtiendra enfin gain de cause après toutes ces années » confie-t-il à son ami Cherif.

Une semaine après la bagarre, le 9 février, les jeunes « échafaudent mille plans » car ils ne veulent pas se laisser voler leur stade… Ils font une liste de ce dont ils ont besoin. Trois semaines plus tard, les jeunes ont amassé  une tente, des couvertures, sacs de couchage et toute sorte de nourriture qu’ils entreposent la nuit sur leur terrain. « Ils préparent leur campement et montent un muret de briques, ramassent des pierres ». La révolte des « petits de Décembre » commence le vendredi 25 mars 2016. Des dizaines d’enfants arrivent des environs en solidarité, ainsi que des adultes, dont les généraux concernés eux aussi autrement décidés. Ces derniers demandent aux enfants de partir, car les travaux vont commencer, mais la résistance est forte, Adila filme la scène, la folle secoue leurs manches, les injures fusent. Les généraux se voient obligés de déguerpir, l’arme qu’ils dégainent ne leur sert à rien. Les réseaux sociaux s’y mettent, « la vidéo postée par Adila a été visionnée plus d’un millier de fois. » Les enfants poursuivent leur sit-in sans que les adultes dubitatifs ou même « lâches » s’y joignent.

Le directeur de la Sécurité, en réponse à la doléance exposée par le général Athmane contre les jeunes, promet qu’il va « faire comme d’habitude : création de milliers de faux comptes pour attaquer ceux qui diffusent. » Peu convaincu, le général souhaite que les agitateurs soient arrêtés, ce que veut éviter le directeur de la Sécurité « Si on intervient pour embarquer des mômes et une vieille dame qui a subi la torture des Français, les gens arracheraient les portes des prisons. » Bien au contraire répond Athmane « Les Algériens font ce qu’on leur dit de faire et ils ne sortent plus dans la rue depuis bien longtemps. » De son côté, Mohamed culpabilise « qu’ai-je fait moi pour lutter ? » alors que son fils, Youcef refuse d’écrire aux généraux pour s’excuser. S’il faut se battre « il faut se battre avec les mots » dit Mohamed à son ami Cherif.

Les événements s’accélèrent. Des dizaines d’enfants venus de toute la ville se dirigent vers le terrain pour en découdre, alors même que les adultes se contentent de regarder. Cette histoire des généraux ridiculisés par des enfants a passé les frontières, comme une contagion en Tunisie, au Maroc, « elle se transforma. »  

Athmane ne sait plus quoi faire et se demande « est-ce que j’ai bien fait d’acheter ce terrain ? » Il convoque sa voyante « je vous en prie, il doit être possible de faire quelque chose, non ? »

« Toute l’Algérie est en ébullition. » « Saurons-nous être à la hauteur de ces grands petits ? » s’enthousiasment les journaux. Encouragé par la Sécurité, un imam tente de raisonner les enfants « il ne faut pas se révolter contre l’ordre établi », mais ceux-ci le criblent de cailloux. Un vieux chef de parti, veut récupérer le mouvement de contestation. En vain.

Une nuit de mars, « la folle aux cheveux rouges hurle : « Au feu ! » On accoure, les pompiers sont alertés, la fumée est de plus en plus dense, le feu avale tout ce qu’il trouve » « ça ressemble à l’enfer ». Quelqu’un crie : « Attention, il y a quelqu’un qui tire avec un pistolet. » Le directeur de la gendarmerie conclut que c’est un accident. Les adultes demandent aux enfants, qui refusent, de quitter les lieux. Ils passent une nouvelle nuit sur le terrain mouillé.

Les deux dernières pages du roman sont écrites en italiques, une lettre laissée à la postérité par Inès, Jamyl et Mahdi : « Nous avons peu dormi. Deux ou trois heures, tout au plus… Nous nous sommes réveillés en même temps à cause du bruit des bulldozers sur le terrain… Sur la route, une voiture noire, et adossés aux portières, les deux généraux. Nous avons baissé la tête pour que les généraux ne voient pas nos larmes. Nous ne partirons pas. Ce printemps ne se transformera pas en une anecdote. Nous arracherons chaque brique qu’ils poseront et nous rendrons le terrain aux petits. » La bataille des petits est un échec, provisoire, d’autres batailles sont inscrites dans leur futur, jusqu’à la victoire. Dans le roman, qui est paru en août dernier, Kaouther Adimi a réussi a glisser malicieusement, un clin d’œil au Hirak, bien réel celui-ci.

Le texte :

Ce qui retient notre attention en ouvrant le roman, c’est le nombre de « chapitres » : 34. Le plus long contient 13 pages, le plus court 3 pages. 19 sont construits sur 2 à 5 pages. Un narrateur externe relate des événements qui se sont déroulés dans un passé récent, en février et mars 2016, dans un présent historique, mais aussi aux temps du passé, selon les chapitres. J’ai noté quelques confusions dans la concordance des temps dans le chapitre 3 et 13 avec l’utilisation de l’indicatif plutôt que du conditionnel. Je me trompe peut-être. Les écrits en italiques sont ceux des personnages, Adila au chapitre 13, et en fin de livre ceux des trois jeunes Inès, Jamyl et Mahdi.

On notera certaines invraisemblances qu’on oubliera aussitôt, car il s’agit non d’un récit, mais d’un roman et Kaouther Adimi est toute pardonnée. Je vous en donne quelques exemples. Le premier concerne ces toutes petites filles d’à peine une dizaine d’années qui passent des nuits à l’extérieur, avec des garçons qui plus est, comme si de rien n’était comme si on était en Norvège. Un autre exemple est celui de Yasmine qui fume tranquillement devant la porte de sa maison comme si l’on était en Norvège, en Suède ou au Liechtenstein. Ces hauts gradés de l’armée qui prennent le bus comme la plèbe, la populace (c’est ainsi que les généraux et autres hauts gradés militaires algériens voient ou désignent le peuple), pas même le taxi. Ou encore ce colonel à la retraite, le père de Youcef, qui écrit à la mairie comme un simple citoyen lambda le ferait (plutôt que d’intervenir sèchement en exhibant ses atouts via un subordonné, ce qui est la vérité). Ou les deux généraux (dont Saïd qui fut l’instigateur des purges des années 90 » !) qui se font attaquer par des enfants et qui fuient après avoir sorti leur arme. De vrais pieds nickelés pas sympathique pour un sou. Si c’est ce qu’a voulu exprimer l’auteure, elle a bien réussi. Et son roman est agréable à lire.

Last but not least, comme ont dit (écrit) dans la haute, l’auteure aurait mieux fait de faire appel à des jeunes, des adolescents, des familles éloignées, très éloignées de toute attache avec les militaires (en maintenant celles des généraux Saïd et Athmane, « les salauds ») comme c’est le cas ici. Dans Les petits de Décembre en effet, presque tous les personnages sont issus de familles qui vivent dans le giron de l’armée.

Ahmed Hanifi,

Marseille, le 1er mars 2020

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EXTRAITS:

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ADDI LAHOUARI

Algérie, islamisme, pouvoir, démocratie…

Vendredi 28 février 2020

« Ni Kant, ni Marx, ni Bourdieu ne seraient d’accord avec votre position, M. Addi. Expliquez-vous ! »

J’ai reçu d’un ami internaute sur ma boîte privée messenger un texte dont je cite la fin ci-dessus à la suite de mon post « Faut-il avoir peur des islamistes ? ». Ma réponse à cet ami internaute se fera à un niveau idéologico-historique et ensuite au niveau politique.

1. Le niveau idéologico-historique : L’islamisme est un phénomène idéologique (idéologisation de la religion) qui provient de la société et de son histoire. L’Algérie a connu la modernisation à partir de l’extérieur à travers la domination coloniale. (Nous aurions besoin de définir ce qu’est la modernisation. Nous le ferons plus tard). Cette modernisation suscite des peurs quant à l’identité culturelle et religieuse. Le sens des perspectives historiques (que nous devons avoir) est de dire à ceux qui expriment cette peur que notre société est aussi capable de produire une modernisation endogène à laquelle aujourd’hui s’oppose l’interprétation médiévale de l’islam. Un islam compatible avec la liberté de conscience est possible. C’est ce qu’il faut expliquer aux islamistes et qu’ils renoncent à excommunier des musulmans (takfir) et qu’ils acceptent le principe du monopole de la violence à l’Etat, violence exercée dans le cadre de la loi. L’islamisme est susceptible de suivre l’évolution de pays européens qui ont vu apparaître des partis dits démocrates-chrétiens ou sociaux-démocrates. Rachad en Algérie est sur cette voix, ainsi que Nahda en Tunisie. Ceci indique un début de sécularisation de la conception politique des courants islamistes ou ce que des universitaires appellent le post-islamisme. Surtout que la sécularisation des pratiques sociales est plus avancée dans la vie quotidienne qu’on ne le croit. Je prends un exemple. Une femme qui se verrait proposer un mariage religieux (deux témoins et un imam d’occasion) dirait non. Elle exigera la transcription du mariage à la mairie, parce qu’elle sait qu’elle a besoin de la protection de l’Etat pour la stabilité de son mariage. Même si elle est islamiste, elle ne fera pas confiance à la seule foi religieuse de son futur mari. C’est cela la sécularisation des rapports sociaux qui sont plus en avance que le discours tenu par les gens sur eux-mêmes. Ce qu’il faut, c’est créer un discours nouveau conforme à ces rapports sociaux.

2. Le niveau politique : Les commentaires hostiles à mon post contiennent une contradiction de taille. Leurs auteurs demandent que les militaires ne dominent plus l’Etat et, par ailleurs, ils veulent exclure un courant politique qui pèse, me semble-t-il, entre 15 et 20% de l’électorat. Comment l’exclure si ce n’est pas en appelant l’armée ? Comment faire ? Créer un Code de l’Indigénat de l’administration coloniale où une voix d’un non-islamiste vaudrait 5 voix d’un islamiste ? Il faut garder raison et reprendre le contrat de Rome (Sant’Egidio), et y inscrire en outre le scrutin à la proportionnelle. Les islamistes auraient 15à 20% d’élus à l’Assemblée Nationale et ils seront obligés de faire des alliances et de s’adapter à la réalité. Car un islamiste qui affirme que « le Coran est la constitution », il faudra lui apprendre le contenu du Coran et ce qu’est une constitution.

Voyez-vous cher ami internaute, c’est parce que j’ai lu Kant que j’arrive à cette conception des choses. Un des impératifs catégoriques de la morale de Kant est : « ne fais pas autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse ». Il se trouve que c’est aussi un hadith du prophète. C’est aussi parce que j’ai lu Marx que je suis toujours avec les classes sociales exploitées et avec le peuple, même quand ils ont une conscience peu claire de leurs intérêts. C’était la position de Sadek Hadjeres au congrès du Pags avant de quitter le parti. L’intellectuel doit participer à la prise de conscience des masses et non pas les combattre. C’est la position de l’Iranien Ali Shariati qui a créé un courant politique islamo-marxiste. Enfin, j’ai appris de Bourdieu à écouter la société et non pas à parler en son nom. Un sociologue, disait-il, fait parler la société, et ne parle pas en son nom.

En conclusion, si nous arrivons à construire un champ politique où il n’y a pas d’ennemis à exterminer, mais seulement des adversaires politiques qui s’affrontent par la compétition électorale et qui acceptent le verdict des urnes et l’alternance électorale, nous serons alors prêts à construire la démocratie au profit de tous.

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Mardi 25 février 2020

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La visite du commandant Bouregaa, Mustapha Bouchahchi et Samir Belarbi à Ali Belhadj à son domicile, ainsi que la rencontre entre Sadek Hadjeres et Larbi Zitout, et d’autres rencontres avec des militants du mouvement Rachad, ont suscité des interrogations et des débats sur les réseaux sociaux. Certains internautes se sont dits choqués que des démocrates laïcs comme Moshsen Belabbès, Zoubida Assoul et autres universitaires acceptent de participer à des débats sur la chaîne de télévision Al Magharibia dirigée par un des enfants de Abbassi Madani, ancien dirigeant du FIS dissout. 
Ce débat a pourtant été tranché par le hirak où islamistes et non islamistes se côtoient tous les vendredis pour demander une transition vers un régime civil. La conscience collective du hirak a compris que la société contient plusieurs courants idéologiques qui ne doivent pas s’exclure, même s’ils doivent s’opposer pacifiquement sur le terrain électoral pour laisser les électeurs décider à qui confier la majorité parlementaire pour une période de 5 ans. Les rencontres entre islamistes et non-islamistes, dans la phase actuelle, sont nécessaires pour écrire les règles de jeu de la compétition pacifique pour le pouvoir. 
On ne peut pas interdire à un islamiste d’être un islamiste, mais on peut exiger de lui qu’il signe un contrat où il s’engage à ne pas utiliser la violence, à ne pas décider qui est musulman et qui ne l’est pas (interdiction du takfir), à accepter que la croyance religieuse n’est pas une affaire de l’Etat. L’urgence est d’arriver à un consensus qui stipule que l’Etat est un bien public et que la religion un bien privé. De plus en plus d’islamistes sont ouverts à ce consensus qui vise à établir les règles juridiques entre le citoyen et l’Etat et non pas entre les citoyens et Dieu. Ce qui lie le croyant à Dieu, c’est la foi et non la règle juridique. La raison est simple : Dieu peut pardonner un péché, mais l’Etat ne peut pas pardonner un délit.
L’autre argument avancé par ceux qui sont hostiles à toute rencontre avec les islamistes est qu’ils ont du sang sur les mains. Il est vrai qu’au lendemain de l’annulation des élections remportées par le FIS, des islamistes ont pris les armes et ont exercé une violence militaire. Il s’est ensuite installé une période de confusion où les Algériens se posaient la question « qui tue qui ? ». La question était légitime car dans tout Etat la culpabilité est établie par des juges à la suite d’un procès équitable. Or durant cette période trouble, c’étaient les communiqués de la police qui désignaient le coupable. En la matière, il ne s’agit pas d’être contre ou pour les islamistes ; il s’agit d’être pour le droit qui a des règles qui désignent le coupable.
En conclusion, les islamistes sont un courant d’opinion dans la société et il n’est pas question de faire appel à l’armée pour les exclure du champ politique. Il faut les combattre idéologiquement et pacifiquement, si on ne partage pas leur vision de l’Etat, et avoir confiance dans la société qui, lors des élections, choisira la majorité parlementaire. Deux perspectives se présentent : demander aux militaires d’éloigner par la violence les islamistes du champ politique, ou demander aux militaires de se retirer du champ politique pour affronter pacifiquement les islamistes sur le terrain idéologique. Personnellement, j’ai choisi la deuxième perspective.

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_________________________ AUTRES ÉCRITS DE LAHOUARI ADDI_________________

LAHOUARI ADDI

TSA_

A qui appartient la souveraineté nationale : au peuple ou à l’état-major ?

Débats et Contributions- Par: Lahouari Addi* 10 Avril 2019 à 07:05

Tribune. L’un des premiers résultats de la contestation populaire du 22 février est d’avoir mis à nu le système politique algérien dans lequel il y a désormais deux acteurs politique visibles qui se font face : le peuple qui occupe la rue chaque vendredi et l’état-major qui espère une baisse de la mobilisation pour reprendre l’initiative.

Engagés dans un rapport de force sans concessions, ces deux acteurs cherchent à influer sur le cours des événements pour atteindre leurs objectifs respectifs divergents. Le peuple veut enlever à l’état-major l’attribut de la souveraineté nationale qui lui a permis jusqu’à présent de désigner le président à travers des élections truquées et de choisir les députés qui représentent la population.

En s’attribuant une prérogative qui appartient au peuple, l’état-major se comporte comme le Bureau Politique d’un parti stalinien et non comme le commandement militaire d’une armée républicaine. En confiant au DRS la mission de gérer le champ politique, le commandement militaire a coupé l’Etat de ses racines sociales et idéologiques et l’a orienté vers la corruption généralisée.

L’objectif du peuple est de casser ce mécanisme qui empêche les institutions de l’l’Etat d’être représentatives de la population. Il veut que l’Etat se réarticule à la société et qu’il tienne compte de ses demandes. Le peuple veut le transfert de la légitimité militaire, héritée des vicissitudes de l’histoire, à la légitimité populaire véhiculée par l’alternance électorale.

Face à la revendication exprimée par des millions d’Algériens depuis le 22 février, l’état-major a donné l’impression d’avoir entendu le peuple, et a congédié le cadre à la chaise roulante qui faisait fonction de chef d’Etat. Le général Gaid Salah a même affirmé son attachement à l’article 7 de la constitution stipulant que le peuple est la seule source du pouvoir.

Les révolutionnaires du 22 février avaient le sourire en croyant que la fibre nationaliste et l’amour de la patrie avaient enfin pénétré les bureaux du ministère de la défense. Mais la désignation le 9 avril de Bensalah comme président intérimaire, sur instruction de l’d’état-major à ses marionnettes du FLN et du RND, a montré quelles étaient les véritables intentions de la hiérarchie militaire.

Avec le recul, la stratégie de l’état-major devient plus claire ; elle cherche à remplacer les anciennes marionnettes discréditées et démonétisées par des marionnettes qui n’ont jamais servi. Ce qui signifie que le général Gaid Salah a menti, et qu’il a confié à Bensalah la mission de mener une transition avec un nouveau personnel coopté à travers des élections truquées.

Ceci n’est pas un procès d’intention puisque le président par intérim n’avait pas de légitimité en tant que président du Conseil de la nation. En tant que sénateur, il n’était pas représentatif de la circonscription où il habite. Par conséquent, la transition ne peut être menée par le personnel discrédité et illégitime de l’ère Bouteflika. Le peuple parle de la légitimité et l’état-major parle de la légalité. Mais quelle est la source de la légalité si ce n’est pas la légitimité populaire ?

C’était cependant naïf de croire que les généraux allaient accepter une transition réelle vers l’Etat de droit qui signifie la séparation des pouvoirs et la liberté de la presse. Non pas qu’ils soient opposés à l’Etat de droit pour des raisons idéologiques. La réalité est qu’ils ont peur que le nouveau régime leur demande des comptes sur les violations de droits de l’homme et sur la corruption. Ils comptent sur une décrue de la mobilisation pour faire sortir les chars à Alger. Les généraux jouent avec le feu car ni l’Etat et encore moins l’armée ne leur appartient. Ils font face à un problème politique qui demande une réponse politique. Et les Algériens sont décidés à entrer en possession de ce qui leur appartient : l’Etat et l’armée.

Les généraux répondent par la ruse en attendant d’utiliser la force. En pleine tempête révolutionnaire, comme tout régime sur le point de s’effondrer, ils se réfugient derrière « leur » constitution. Mais les Algériens savent, par expérience, que la constitution a toujours été invoquée pour réprimer leurs revendications légitimes. La constitution algérienne a été conçue pour protéger le pouvoir exécutif et non le peuple ; c’est un texte qui donne une base juridique à l’autoritarisme du pouvoir exécutif et qui lui permet d’emprisonner les syndicalistes et de poursuivre devant les tribunaux les défenseurs des droits de l’homme.

En invoquant la légalité constitutionnelle pour remplacer Bouteflika par Bensalah, l’état-major se coupe de la nation et prend la direction de la contre-révolution. Les généraux devraient demander à Vaujour et à Massu ce qui se passe quand un peuple entre dans une phase révolutionnaire.

* Lahouari Addi est universitaire

Important : Les tribunes publiées sur TSA ont pour but de permettre aux lecteurs de participer au débat. Elles ne reflètent pas la position de la rédaction de notre média.

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TSA

Qui gouverne en Algérie ?

Débats et Contributions: Par: Lahouari Addi* 29 Mars 2019 à 07:55

Cette question se pose depuis longtemps en Algérie dans les discussions quotidiennes et dans les articles de presse où est utilisée l’expression « le pouvoir » pour désigner les gouvernants. Malgré le flou qu’elle implique, nous savons cependant plus ou moins que cette expression renvoie à un mécanisme d’exercice de l’autorité de l’Etat au centre duquel il y a la hiérarchie militaire.

Pour des raisons historiques, l’Etat algérien s’est construit à partir de l’armée, mais l’élite militaire a raté l’occasion d’octobre 1988 pour se retirer du champ de l’Etat. Se substituant à la souveraineté populaire, la hiérarchie militaire ne déclare pas officiellement qu’elle est la source du pouvoir en lieu et place de l’électorat. Mais tout le monde sait que c’est elle qui désigne le président.

Comment alors analyser le régime algérien alors qu’il est incompatible avec l’ordre constitutionnel ? La science politique a des difficultés à étudier le régime algérien qui relève plutôt de l’anthropologie politique mieux outillée conceptuellement pour analyser les rapports d’autorité formels et non formels. Sa particularité est que les institutions ne véhiculent pas toute l’autorité de l’Etat. Ces derniers jours, des responsables de partis de l’administration parlent de « forces extraconstitutionnelles » qui interfèrent dans la prise de la décision politique.

Quelle est la structure officielle de l’Etat en Algérie ? Théoriquement il est dirigé par un président élu au suffrage universel à l’issue d’une campagne électorale à laquelle prennent part différents partis, y compris ceux de l’opposition légale. Le président met en œuvre une politique traduite par des lois votées à l’Assemblée nationale par des députés eux aussi élus au suffrage universel. Théoriquement, il y a donc un pouvoir exécutif issu des urnes, un pouvoir législatif représentant de la volonté populaire et un pouvoir judiciaire indépendant qui protège l’exercice des droits civiques des citoyens. Il y a même un conseil constitutionnel qui veille à la constitutionnalité des lois et décrets. Cette structure institutionnelle est portée par des partis politiques qui expriment les différents courants idéologiques de la société et qui se disputent le pouvoir exécutif à travers des élections libres et pluralistes.

Le seul problème est que ce schéma ne correspond pas à la réalité. Par le trucage des élections, le pouvoir exécutif, mandaté par la hiérarchie militaire, empêche le corps électoral de se donner les représentants qu’il veut. La réforme de la constitution de février 1989 a mis fin au système de parti unique, mais le régime a perverti le pluralisme en truquant les élections pour empêcher toute alternance. Le pluralisme a été une façade derrière laquelle l’armée a continué d’être la source du pouvoir en lieu et place du corps électoral.

Si le régime post-88 est sur le point de s’effondrer, c’est parce qu’il n’a pas de cohérence politico-idéologique. En comparaison, le régime de Boumédiène était plus cohérent. Celui-ci disait : les chouhadas m’ont demandé de diriger le peuple pour faire son bonheur. Par conséquent, je suis l’Etat, et celui qui n’est pas content, il n’a qu’à quitter le pays. L’autoritarisme de Boumédiène était cohérent et clair et ne s’encombrait pas d’arguties d’une constitution copiée sur celle de la 5èm république française. Le modèle de Boumédiène a survécu à son fondateur avec un faux pluralisme.

Evidemment, les militaires n’interviennent pas directement en tant que tels dans le champ de l’Etat. Les généraux de l’Etat-Major ont d’autres tâches à accomplir, notamment l’entretien du niveau opérationnel des troupes. Ils ont cependant confié à la direction de l’espionnage la tâche de gérer le champ politique. A l’exception du président désigné par la hiérarchie militaire, ce service d’espionnage appelé DRS, désigne le Premier ministre et supervise avec le président la formation du gouvernement.

Les dernières déclarations de Amar Saidani à TSA le confirment. Ouyahya est désigné comme premier ministre par le DRS. Ce qui signifie que Bouteflika ne nomme pas le premier ministre, et ne choisit pas son équipe ministérielle. Tous ses fidèles ont été éjectés du gouvernement : Belkhadem, Zerhouni, Ould Abbès, Benachenhou.

Le DRS filtre aussi les listes des candidats aux fonctions électives nationale et locale (APN, APW, APC). Il décide des résultats électoraux en donnant aux partis des quotas de sièges en contrepartie de la fidélité au pouvoir administratif. En outre, il noyaute toutes les institutions de l’Etat (police, douanes, gendarmerie…) pour s’assurer que les fonctionnaires ne remettent pas en cause la règle non écrite du système politique algérien : l’armée est seule source du pouvoir. Le service politique de l’armée infiltre aussi les partis d’opposition, pour les affaiblir de l’intérieur en créant des crises au niveau des directions. Le dernier parti victime de cette pratique est le FFS. Il contrôle la presse par le chantage à la publicité.

La mission du DRS est de dépolitiser la société pour se poser en seule expression politique émanant de la hiérarchie militaire. Ce modèle a pu fonctionner dans les années 1970 parce que l’armée comptait 40 colonels. Il ne peut pas fonctionner aujourd’hui avec 500 généraux qui exercent peu ou prou une parcelle de l’autorité de l’Etat, avec en plus leurs réseaux de clientèle se disputant des parts de la rente pétrolière. L’anarchie militaire au sommet de l’Etat a empêché celui-ci de fonctionner conformément à ses institutions formelles. L’affaire Tebboune le montre clairement.

Après l’annulation des élections par les généraux janviéristes en 1992, le DRS a eu un rôle stratégique dans la lutte anti-terroriste, ce qui lui a donné un poids important dans la prise de la décision politique. Au fil des années, il s’est quasiment autonomisé de l’Etat-Major dont formellement il dépend organiquement. Des généraux se sont plaints de la concentration de pouvoir entre les mains du chef du DRS, le général Tewfik Médiène, connu aussi sous le nom de « Rab Edzair » (Dieu d’Alger). Un conflit larvé divisait la hiérarchie militaire, surtout que les officiers du DRS occupaient des places stratégiques dans les circuits de répartition de la rente pétrolière.

Le conflit entre l’Etat-Major et la direction du DRS éclatera au lendemain de l’attaque du complexe gazier de Tiguentourine en 2013. Selon les informations qui circulent à Alger, l’Etat-Major a reproché au DRS soit d’avoir manipulé des islamistes pour planifier l’attaque de ce complexe gazier (c’est ce que affirme Amar Saidani), soit d’avoir été incapable de protéger un endroit stratégique d’extraction de la rente pétrolière. L’Etat-Major a décidé la réorganisation du DRS, après avoir mis à la retraite plusieurs généraux. L’un d’eux, le général Hassan a été arrêté et condamné par un tribunal militaire à 5 ans de prison.

Mais l’Etat-Major n’a pas informé le public sur les raisons de cette restructuration des services de sécurité. Il a demandé à Amar Saidani, responsable du FLN à l’époque, d’attaquer le général Tewfik qu’il a accusé de s’opposer à l’Etat de droit, à la liberté de la presse et à l’autonomie de la justice. Un étudiant en sciences politiques avait écrit sur sa page Facebook : « A la tête du FLN, Saidani a eu le temps de lire Jean-Jacques Rousseau ! ». Une fois le DRS réorganisé, l’Etat-Major a mis fin aux fonctions de Saidani à la tête du FLN.

Suite à cet épisode, le DRS a été divisé en deux parties. L’une sera chargée de l’espionnage pour défendre les intérêts du pays contre les ingérences de puissances étrangères, et l’autre confiée au général Bachir Tartag chargée de la gestion de la société civile et aussi de la surveillance des fonctionnaires de l’Etat. Le bureau de Tartag a été domicilié à la présidence pour montrer qu’il est sous l’autorité du président. Le DRS propage les rumeurs selon lesquelles Bouteflika aurait domestiqué l’armée. Avant de mettre à la retraite le puissant général T. Médiène, il aurait mis fin aux fonctions de Mohamed Lamari, alors chef d’Etat-Major. La vérité est que ce dernier a été démis par l’Etat-Major après ses déclarations au journal Al-Ahram et à l’hebdomadaire français Le Point en 2004 où il montrait que l’armée est au-dessus du président. Les généraux, dont l’autorité est en effet au-dessus de celle du président, ne veulent pas que cela se sache.

Cette propagande vise à cacher la véritable nature du régime algérien où la hiérarchie militaire exerce le pouvoir réel. Il existe bien sûr le clan de Bouteflika, composé de ses frères, d’importateurs et d’entrepreneurs de travaux publics. Ce clan a le pouvoir de relever de ses fonctions un responsable de douane qui refuse de violer la règlementation, de suspendre un wali qui aura été nommé par un clan rival, de muter au sud un magistrat soucieux de l’application de la loi, de bloquer une entreprise comme Cevital, etc. Mais le pouvoir, ce n’est pas violer la loi. Ces abus de pouvoir ne se produisent que parce que l’armée refuse que la justice soit autonome. Le clan de Bouteflika est né et a grandi à l’ombre d’un système politique centré sur l’armée. Il a donné naissance à une bourgeoisie monétaire vorace et prédatrice qui se nourrit de marchés publics, associant des enfants de généraux dans des activités commerciales d’importation.

Où en est-on aujourd’hui et comment sortir de la crise actuelle ? Composée de jeunes généraux nés dans les années 1950 et 1960, la hiérarchie militaire doit répondre à la demande de changement de régime exprimée par des millions de citoyens. Elle ne devrait pas faire les erreurs fatales des hiérarchies précédentes qui ont opéré quatre coups d’Etat (1962, 1965, 1979, 1992), tué un président et fait démissionner deux.

L’évolution de la société algérienne exige un réajustement de l’Etat en fonction des transformations culturelles et sociales des dernières décennies. Si ce réajustement est refusé, le mouvement de protestation va se radicaliser et beaucoup de sang coulera. Les jeunes généraux doivent être à la hauteur des exigences de l’histoire.

*Lahouari Addi est Universitaire

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MAGHREB EMERGENT 14 03 2019

DYNAMIQUE RÉVOLUTIONAIRE ET CHANGEMENT DE LÉGITIMITÉ EN ALGÉRIE (contribution)

Depuis le 22 février, l’Algérie est entrée dans une période révolutionnaire qui fondera un nouveau régime. La période révolutionnaire est une phase durant laquelle s’exprime un changement de légitimité demandé par l’ensemble de la société que la violence d’Etat ne pourra pas neutraliser. 

Pour des raisons historiques, l’Etat algérien et ses institutions tirent leur autorité de l’armée qui a toujours coopté les élites civiles soit dans le cadre du système du parti unique avant 1988, soit dans le cadre d’élections truquées après 1992. C’est ainsi que la hiérarchie militaire choisit le président, tandis que son instrument politique, le DRS, façonne le champ politique en noyautant les partis d’opposition, les syndicats, la presse, etc. pour les soumettre à la règle non écrite du système : l’armée est seule source du pouvoir et seule instance de légitimation.

Dans un tel schéma, l’autorité du président ne provient pas de la légitimité électorale mais plutôt du soutien de l’armée qui l’aura désigné pour faire fonction de chef d’Etat. Même si la constitution lui donne des prérogatives de chef d’Etat, dans les faits le président ne fait qu’entériner les orientations décidées par la hiérarchie militaire. 

La présidence est l’institution par laquelle transitent les décisions prises au ministère de la défense, appliquées par les ministères et justifiées par les partis de l’administration, FLN et RND. Pour la hiérarchie militaire, il est crucial de choisir un président docile et obséquieux qui accepte ce schéma car sa hantise est de se retrouver face à un Erdogan qui lui enlève le pouvoir de légitimation.  

L’histoire montre que sur les quatre présidents après la mort de Boumédiène, deux ont été poussés à la démission brutale après menace physique, (Chadli Bendjedid et Liamine Zéroual) et un a été assassiné (Mohamed Boudiaf). Si Bouteflika est depuis 20 ans en fonction, c’est parce qu’il a accepté la suprématie du militaire sur les institutions, tout en manœuvrant pour essayer d’opposer des généraux les uns contre les autres. En 2003, le DRS lui avait interdit de s’adresser directement aux Algériens, suite à un discours où il avait dit que « 14 généraux contrôlaient le commerce extérieur ». 

C’était indigne d’un président qui parlait comme un citoyen ordinaire qui se plaignait dans un café à Alger. La propagande selon laquelle Bouteflika s’était imposé aux généraux provient du DRS dont la tâche est de montrer que les généraux sont sous les ordres d’un président devenu autoritaire. Il s’agissait de cacher le mécanisme d’appropriation de la légitimité par la hiérarchie militaire qui n’a jamais été aussi puissante que sous Bouteflika. 

Que la famille de Bouteflika et ses amis se soient enrichis, ce n’est pas étonnant dans un pays où la justice n’est pas autonome. Mais le pouvoir, ce n’est pas la capacité de voler l’argent de l’Etat. Il faut savoir qu’en Algérie, le président (et c’est encore plus vrai pour Bouteflika) n’a pas le droit de promouvoir des officiers supérieurs et de s’immiscer dans l’équilibre de la hiérarchie militaire, de chercher à résoudre la question du Sahara occidental, de définir les relations avec la France. Ce n’est pas lui qui désigne le premier ministre, ni les ministres des affaires étrangères, de l’intérieur et de la justice.

La répartition de la rente pétrolière dans le budget de l’Etat entre les différents ministères ne relève pas de sa responsabilité. La lourde maladie de Bouteflika depuis 2013 est une preuve supplémentaire que le président algérien n’a qu’un rôle symbolique. Il est une poupée, rendue pathétique par la maladie, entre les mains de décideurs qui se réunissent régulièrement pour évaluer la situation politique du pays et qui prennent des décisions envoyées à la présidence pour application. Les dernières mesures annoncées lundi 11 mars ne pouvaient être prises par une personne à peine consciente de son état. 

Cette structure politique de l’Etat a atteint ses limites avec une société plus exigeante et plus cultivée. Les jeunes générations n’acceptent plus que leur Etat soit dirigé par des structures clandestines dépendant du ministère de la défense. Ellesmettent en avant le projet de Abane Ramdane, et pour lequel il a été tué, et celui du Congrès de la Soummam, en exigeant la primauté du civil sur le militaire. 

A cette demande, les généraux leur répondent par la ruse : extension du 4èm mandat et transition menée par des civils porte-parole des généraux. Si la politique, dans tous les pays, est 80% de compromis, 10% de ruse et 10% de violence, pour les généraux algériens, la politique c’est 48% de ruse, 48% de violence et 4% de compromis. Mais cette fois-ci, les jeunes manifestants ne rentreront chez eux que lorsque le changement de légitimité s’opérera. 

Ils ont avec eux l’histoire, la société et même une partie de l’armée qui ne se reconnaît pas dans les choix politiques des généraux. Ils veulent un changement de légitimité de l’autorité publique et rien ne les arrêtera jusqu’à la satisfaction de cette demande. Ils obligeront les généraux à ne plus choisir le président et les députés à leur place. 

Les jeunes manifestants ne sont pas contre l’armée, et ils voudraient être fiers d’elle. C’est le sens du slogan « djeich chaab khawa khawa ». Ils veulent une armée moderne, républicaine, épurée de généraux faiseurs de rois.  Ils veulent une armée qui obéisse à l’autorité civile exercée par des élus du peuple. Les jeunes manifestants ont montré plus de maturité que les généraux lorsqu’ils crient que l’armée appartient au peuple et non à une hiérarchie militaire qui a donné naissance à un régime corrompu. 

L’Algérie est entrée dans une phase révolutionnaire qui rappelle les révolutions française, russe et iranienne. C’est une révolution de changement de légitimité et l’ancien régime ne peut s’y opposer ou la détourner. Si des généraux font l’erreur d’utiliser la force pour réprimer des manifestants, l’unité de l’ANP serait en péril parce que de nombreux officiers sont au diapason avec la jeunesse.

Il vaut mieux que le régime ne s’oppose pas la demande de changement de légitimité des institutions de l’Etat. A cette fin, les décideurs doivent accepter le caractère public de l’autorité de l’Etat. Ils doivent demander à celui qui fait fonction de président aujourd’hui de démissionner et de nommer une instance de transition qui exerce les fonctions de chef d’Etat. 

Mustapha Bouchachi, Zoubida Assoul et Karim Tabbou devraient être sollicités pour exercer les prérogatives d’une présidence collégiale qui nommera un gouvernement provisoire qui gérera les affaires courantes et préparera les élections présidentielle et législative dans un délai de 6 à 12 mois. Les généraux doivent aider à la réalisation de ce scénario et se dire une fois pour toute que l’armée appartient au peuple et non l’inverse.

LahouariAddi

Professeur émérite de sociologie

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L’ULTIME APPEL À LA RAISON

El Watan- 27 février 2019 à 10 h 02 min

La vague de manifestations pacifiques du vendredi 22 février à travers l’ensemble du territoire national marque un tournant décisif dans l’évolution de la situation politique dans notre pays. Les Algériennes et les Algériens de toutes les régions du pays ont montré une maturité que n’ont pas les dirigeants.

Les citoyennes et les citoyens ont exprimé sans ambiguïté leur ferme volonté de reprendre leur destin en main.
Cette mobilisation historique a libéré les consciences, brisé les barrières de la peur et du silence et mis du mouvement dans le statu quo. Elle est porteuse d’espoir.

Aucune force ne peut venir à bout d’un consensus né d’une mobilisation commune autour d’une aspiration partagée.

La reprise de l’initiative politique par la société revêt un sens profond. L’ignorer condamnerait le pays à revivre les drames d’un passé récent.

Par ses extravagances et la persévérance dans la gabegie, le pouvoir a provoqué l’exaspération des citoyens. La candidature de Bouteflika pour un 5e mandat fut la provocation de trop. Qui peut croire que les populations déjà éprouvées par des années d’humiliation puissent accepter sans réagir un affront d’une telle énormité ?

Le pouvoir ne peut plus persister dans le déni des droits et des libertés. Il est inconcevable qu’au XXIe siècle, l’Algérien soit encore privé du droit de choisir librement ses représentants ou de les sanctionner. Plus révoltant encore, les décideurs en Algérie sévissent dans l’anonymat. Ils ne sont ni identifiés ni soumis au devoir de rendre des comptes.

Le refus de l’institutionnalisation est un héritage du mouvement national. Inaugurée par l’assassinat de Abane et la répudiation des principes consignés dans la Plate-forme de la Soummam, cette tradition demeure à ce jour en vigueur.

Les vicissitudes de notre histoire ont imposé un schéma politique où le commandement militaire s’est d’emblée posé en détenteur exclusif de la souveraineté nationale. Cette configuration est désormais dépassée.

Elle l’est, d’autant plus que le long règne de Bouteflika a provoqué des mutations perverses dans le système comme dans la société et imprimé au mode de gouvernance une dérive oligarchique maffieuse jamais observée par le passé.

Cela a accéléré la déliquescence du système. L’impasse est totale. Elle est par ailleurs indépassable.
Vouloir maintenir coûte que coûte le statu quo fait courir des risques graves à la stabilité et l’unité nationales. L’option électorale, avec ou sans Bouteflika, ne peut constituer une solution.

Certes, le départ de Bouteflika est une exigence populaire légitime et indiscutable. Mais il ne peut à lui seul créer les conditions d’une compétition libre et sincère, conforme aux standards internationaux. Le système autoritaire est un objet monstrueux fortement enraciné et innervant l’ensemble des institutions et structures du pays. Sa déconstruction nécessite de la volonté, de l’effort, de la pédagogie et de la patience.

La seule issue salutaire pour le pays est une transition démocratique orientée vers la construction d’un Etat de droit. Elle doit être la plus courte possible, loin de tout esprit de règlement de comptes et se conclure par l’organisation d’élections générales. Avec un bilan des plus désastreux et une révolte populaire grandissante, le régime n’a plus de marge de manœuvre. Le pays se trouve à la croisée des chemins.

Il a le choix entre la transition démocratique, à l’exemple de nos voisins tunisiens, et l’aventure destructrice, comme c’est le cas en Libye et en Syrie. La fonction historique de ce système est épuisée depuis déjà fort longtemps. Les émeutes d’Octobre 1988 ont imposé une ouverture dans la douleur. Cependant, par son génie maléfique et ses échafaudages diaboliques, le système est parvenu à se maintenir. C’est, hélas, au prix d’un drame incommensurable. Va-t-il céder aujourd’hui à cette même tentation ? Rien ne peut l’en empêcher, si ce n’est un sursaut patriotique fort et immédiat.

Dans ce contexte d’une extrême tension, l’institution militaire est fortement interpellée. Elle se trouve devant un choix historique. L’intérêt stratégique du pays lui commande de se mettre du côté de la population et au service de la solution. Elle doit jouer le rôle de facilitateur et de garant de la transition démocratique. L’ordre ancien est fini. Vouloir le maintenir ou le ressusciter autrement serait désastreux.

La restitution de la souveraineté au profit du corps des citoyens est une obligation dont les indus détenteurs actuels, civils ou militaires, ne peuvent s’affranchir. Ce transfert est au cœur du processus de changement. C’est également l’objet central de la transition.

Enfin, l’opposition est condamnée à se mettre au diapason du mouvement populaire. Il n’est dans l’intérêt de personne d’aller vers un face-à-face pouvoir/société. Il est vain de vouloir construire une démocratie dans le calme et la sérénité sans intermédiation.

Par Lahouari ADDI (sociologue engagé) et  Djamel ZENATI (militant de la démocratie)

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DZVID_ 01.09.2019

Lahouari Addi : « Dire que l’armée accompagne le hirak est faux, Belhimer »

Par La Rédaction

Le sociologue Lahouari Addi et Ammar Belhimer, membre du panel, ont échangé au sujet du hirak et les réseaux sociaux.

Le hirak, le dialogue, la transition sans l’armée sont entre autres les sujets débattus entre Lahouari Addi et Ammar Belhimer dans cet échange. Nous vous proposons de le lire.

« Monsieur Belhimer, personne n’est contre le dialogue, mais le dialogue exige que l’autre partie soit prête et qu’elle le soit sincèrement. Or, le commandement militaire ne montre aucune prédisposition au transfert de la souveraineté vers une autorité civile. Peut-être qu’il pense que ce transfert doit s’étaler sur un ou deux mandats présidentiels (5 ou 10 ans), alors qu’il le dise publiquement. Qu’il dise qu’il y a des dossiers trop lourd hérités de la décennie 90 qui empêchent un transfert du pouvoir aux civils dans l’immédiat (affaires Boudial, Merbah, Khalifa…).

Les citoyens comprendront et un compromis sur ces affaires délicates sera trouvé. Par ailleurs, le dialogue ne peut pas se mener avec un champ médiatique sous embargo. La chaîne de TV publique ressemble à celle de la Corée du Nord. Les journaux privés subissent le chantage de la publicité, El Watan est au bord de l’étouffement. Il est impossible qu’un dialogue serein et sérieux se mène dans ces conditions. Les membres de l’État-Major tablent sur un essoufflement du mouvement populaire, et je pense qu’ils se trompent. La revendication d’un pouvoir civil vient des profondeurs de la société et elle ne disparaîtra pas d’elle-même.

Les manifestants disent: « Nos parents ont créé une armée pour défendre le pays et non pour qu’elle choisisse les civils qui dirigent l’Etat ». Ils sont dans le sens de l’histoire et rien ne les arrêtera. Il faut trouver un compromis qui satisfait cette revendication de pouvoir civil tout en tenant compte des craintes de l’EM quant à d’éventuels règlements de compte et de chasse aux sorcières.

Ammar Belhimer. Cher confrère. Pour l’avoir déjà écrit, deux tendances lourdes se disputaient l’alternance au régime autocratique antérieur au 22 février 2019, en dehors de toute règle de droit préétablie et obéie: une tendance prétorienne, affairiste, de parvenus – résultat d’une accumulation aussi fulgurante que phénoménale qui oeuvre à être aussi bien dirigeante politiquement que dominante socialement- d’une part, une tendance patriotique, héritière de la légitimité historique en phase finale d’existence, de plus en plus marginalisée, d’autre part.

Les deux monnaient leur existence et leur développement avec une vague islamiste en quête d’un statut identitaire de substitution, l’ensemble évoluant sur fond de parrainages extérieurs divers.

Ces contradictions ont, depuis peu, dépassé le cadre étroit des vieilles superstructures héritées de la guerre de libération et des espaces étroits de conciliation qui ont survécu à la répression (syndicats, partis, etc).

Enfin, la demande de changement se focalise sur des revendications à caractère républicain, démocratique, de libertés. L’armée accompagne le processus sans prendre directement partie à la gestion politique directe des choses. Elle a bien raison de faire ainsi car dans le vide sidéral hérité de l’ancien système, elle est la seule institution qui supplée la carence affectant tous les autres espaces de médiation, d’arbitrage, de surveillance, etc. Elle accompagne une révolution pacifique, la protège et se refuse de la confisquer, à la sécurisation des frontières, compte tenu des instabilités des pays voisins (Libye, Mali en particulier).

L’institution judiciaire me semble reprendre laborieusement mais courageusement son souffle après une longe période de vile instrumentalisation et c’est tant mieux pour l’Etat de l’droit auquel nous aspirons tous les deux. 

Lahouari Addi. Cher collègue, merci pour votre réponse rapide ; elle n’est cependant pas satisfaisante. Les divergences au sein de la hiérarchie ne sont pas celles que vous décrivez. Les affairistes ne sont pas un courant politique, ce sont des individus fragiles politiquement (Hamel est en prison, Chentouf est en fuite…). Beaucoup d’entre eux ont été écartés parce qu’ils ont discrédité l’institution militaire (affaires de la cocaïne, entre autres).

Au-delà des convictions idéologiques des généraux qu’ils n’étalent pas entre eux, la hiérarchie est divisée sur un critère: le rôle de l’armée dans le champ de l’Etat. La vieille garde (Gaïd Salah) considère que si l’armée renonce au pouvoir souverain de désigner les dirigeants civils, l’unité nationale sera en danger et le pays perdra son indépendance. L’autre courant, qui regroupe de jeunes généraux, pense qu’il est temps de se retirer du champ de l’Etat et faire ce que les Turcs ont fait. Ce qui handicape ce deuxième courant, c’est l’héritage de la décennie 90.

Si les militaires se retirent du champ de l’Etat brutalement, beaucoup d’officiers supérieurs craignent d’être poursuivis par la justice. La solidarité de corps empêche la jeune génération d’officiers d’imposer sa solution.

Quant à dire que l’armée accompagne le hirak, c’est faux. La protestation est si massive que l’armée ne peut pas réprimer.

Le colonel Belhouchet a démissionné de l’armée fin 1988 en laissant une phrase célèbre. Il était outré que l’armée tire sur des jeunes. L’armée algérienne n’est pas une armée qui défend un roi pour qu’elle tire sur des manifestations pacifiques où il y a des enfants et des grand-mères. Par conséquent, l’EM n’est pas en capacité politique de donner l’ordre de tirer sur les manifestants.

S’il n’y avait à Alger que 2000 manifestants, ils auraient donné cet ordre. Donc dire que l’EM accompagne le hirak, est faux. Il fait tout pour l’étouffer.

Ammar Belhimer. Je m’appesantis sur les tendances lourdes, tu fixes les personnes, dans un échange qui ne relève pas de cet espace, mais qui mérite d’être poursuivi sur un terrain plus approprié. On reste en contact. Amitiés
Lahouari Addi. C’est une reconnaissance explicite que les conditions du dialogue ne sont pas réunies. C’est ce que disent les manifestants. Amitiés

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news algerie.com

Lahouari Addi et Djamel Zenati signent un texte commun

Par Lynda Meziane

novembre 26, 2019

Nous publions dans son intégralité un texte signé conjointement par Lahouari Addi et Djamel Zenati. Le texte est un appel au peuple algérien.

APPEL  AUX  CONSCIENCES

La contestation populaire est à son dixième mois. Loin de s’affaiblir, elle ne cesse de s’intensifier et de s’élargir. Elle est installée dans la durée. La longue mobilisation pacifique et unitaire a réussi à faire émerger une nouvelle conscience collective dans le pays. Elle a constitué un rempart solide contre toutes les tentatives de division et de diversion. La détermination sans faille du mouvement a enfin mis en échec les opérations de répression et d’intimidations. Les murs de la peur et du silence sont définitivement brisés et rien ne pourra désormais arrêter les citoyennes et les citoyens dans leur marche pour la liberté et le progrès.

Le commandement militaire, en véritable pouvoir réel, ne semble pas avoir pris la mesure de ce bouleversement profond ni le sens de cette irrépressible aspiration populaire au changement. Otage de paradigmes éculés, il tente par la manière forte de contourner la volonté du peuple.

L’élection présidentielle prévue pour le 12 décembre prochain est inadaptée aux exigences de la situation. Elle est à l’opposé des revendications du Hirak. Le seul but de cette consultation est de garantir la survie du système en place. En effet, le pouvoir réel, en l’occurrence le commandement militaire, est en quête d’une représentation formelle devant lui permettre de poursuivre l’exercice d’une souveraineté confisquée sans avoir à apparaitre ni à rendre des comptes.

En voulant à tout prix imposer une élection massivement rejetée par les citoyennes et les citoyens, le commandement militaire s’inscrit dans la défiance et fait le choix de l’affrontement. Le risque est grand de voir le pays à nouveau plonger dans le drame.

L’évolution qualitative survenue dans l’opinion est incompatible avec le maintien du statu quo ou le retour au régime ancien. La rupture est réelle et demande une traduction politique appropriée. Par leur engagement soutenu, les algériennes et les algériens ont collectivement ressuscité l’utopie libératrice inaugurée par les pères fondateurs de l’Algérie indépendante. Le Hirak est le prolongement logique du mouvement de libération nationale. Ne pas le voir c’est se mettre en marge de l’Histoire. Le Hirak est porteur d’une ambition nationale.

Aussi, le devoir patriotique aujourd’hui commande en priorité à tout un chacun de se mobiliser pour empêcher la tenue de cette aventure électorale. Il commande ensuite de construire les convergences nécessaires à l’élaboration d’une alternative démocratique au chaos programmé. Les énergies du Hirak sont  dans ce sens interpellées.

Dans le cas spécifique de notre pays, la première étape de la transition consiste en un transfert de souveraineté du commandement militaire vers le corps des citoyens. C’est une étape incontournable et décisive car elle déterminera tout le reste du processus.

Les algériennes et algériens sont attachés à l’institution militaire. Ils refusent de se projeter dans une opposition avec celle-ci car une telle perspective est absurde et destructrice.

Les officiers supérieurs de l’armée doivent se mettre au diapason des exigences populaires. Il y va de l’intérêt de l’Etat  et de l’avenir du pays.

Lahouari ADDI _ Djamel  ZENATI

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CORONAVIRUS: Le docteur Rieux sortit de son cabinet et buta sur un rat mort…

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« Le matin du 16 avril, le docteur Bernard Rieux sortit de son cabinet et buta sur un rat mort, au milieu du palier. Sur le moment, il écarta la bête sans y prendre garde et descendit l’escalier. Mais, arrivé dans la rue, la pensée lui vint que ce rat n’était pas à sa place et il retourna sur ses pas pour avertir le concierge. Devant la réaction du vieux M. Michel, il sentit mieux ce que sa découverte avait d’insolite. La présence de ce rat mort lui avait parut seulement bizarre tandis que, pour le concierge, elle constituait un scandale. La position de ce dernier était d’ailleurs catégorique : il n’y avait pas de rats dans la maison. Le docteur eut beau l’assurer qu’il y en avait un sur le palier du premier étage, et probablement mort, la conviction de M. Michel restait entière. Il n’y avait pas de rats dans la maison, il fallait donc qu’on eût apporté celui-ci du dehors. Bref, il s’agissait d’une farce.

Le soir même, Bernard Rieux, debout dans le couloir de l’immeuble, cherchait ses clefs avant de monter chez lui, lorsqu’il vit surgir, du fond obscur du corridor, un gros rat à la démarche incertaine et au pelage mouillé. La bête s’arrêta, sembla chercher un équilibre, prit sa course vers le docteur, s’arrêta encore, tourna sur elle même avec un petit cri et tomba enfin en rejetant du sang par les babines entrouvertes. Le docteur la contempla un moment et remonta chez lui.

Ce n’était pas au rat qu’il pensait. Ce sang rejeté le ramenait à sa préoccupation. Sa femme, malade depuis un an, devait partir le lendemain pour une station de montagne. Il la trouva couchée dans leur chambre, comme il lui avait demandé de le faire. Ainsi se préparait-elle à la fatigue du déplacement. Elle souriait…

Le lendemain 17 avril, à huit heures, le concierge arrêta le docteur au passage et accusa des mauvais plaisants d’avoir déposé trois rats morts au milieu du couloir. On avait dû les prendre avec de gros pièges, car ils étaient pleins de sang. Le concierge était resté quelque temps sur le pas de la porte, tenant les rats par les pattes, et attendant que les coupables voulussent bien se trahir par quelque sarcasme. Mais rien n’était venu.

– Ah ! ceux-là, disait M. Michel, je finirai par les avoir.

Intrigué, Rieux décida de commencer sa tournée par les quartiers extérieurs où habitaient les plus pauvres de ses clients…

Ce fut dans les derniers jours d’octobre que le sérum de Castel fut essayé. Pratiquement, il était le dernier espoir de Rieux. Dans le cas d’un nouvel échec, le docteur était persuadé que la ville serait livrée aux caprices de la maladie, soit que l’épidémie prolongeât ses effets pendant de longs mois encore, soit qu’elle décidât de s’arrêter sans raison.

La veille même du jour où Castel vint visiter Rieux, le fils de M. Othon était tombé malade et toute la famille avait dû gagner la quarantaine. La mère, qui en était sortie peu auparavant, se vit donc isolée pour la seconde fois. Respectueux des consignes données, le juge avait fait appeler le docteur Rieux, dès qu’il reconnut, sur le corps de l’enfant, les signes de la maladie. Quand Rieux arriva, le père et la mère étaient debout au pied du lit. La petite fille avait été éloignée. L’enfant était dans la période d’abattement et se laissa examiner sans se plaindre. Quand le docteur releva la tête, il rencontra le regard du juge, derrière lui, le visage pâle de la mère qui avait mis un mouchoir sur sa bouche et suivait les gestes du docteur avec des yeux élargis… »

Albert CAMUS, La Peste.

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Qu’est-ce que le coronavirus COVID-19 ?

Les coronavirus sont une grande famille de virus, qui provoquent des maladies allant d’un simple rhume (certains virus saisonniers sont des coronavirus) à des pathologies plus sévères comme le MERS ou le SRAS.

Le virus identifié en janvier 2020 en Chine est un nouveau coronavirus. La maladie provoquée par ce coronavirus a été nommée COVID-19 par l’Organisation mondiale de la Santé – OMS.

Quels sont les symptômes du coronavirus COVID-19 ?
Les symptômes principaux sont la fièvre ou la sensation de fièvre et des signes de difficultés respiratoires de type toux ou essoufflement.

Comment se fait le diagnostic ?
Le diagnostic est suspecté devant des signes d’infection respiratoire aiguë basse, quelle que soit sa gravité, avec une fièvre ou une sensation de fièvre, chez une personne revenant de Chine (Chine continentale, Hong Kong, Macao), de Singapour, de Corée du Sud, d’Iran, ou des régions de Lombardie et de Vénétie en Italie, dans les 14 jours précédant l’apparition des symptômes, conformément à la définition de cas.

Quels sont les traitements disponibles ?
À ce jour, aucun traitement spécifique n’a été identifié pour ce nouveau coronavirus. Plusieurs traitements, actuellement utilisés dans d’autres pathologies virales, sont en cours d’évaluation en France, en lien avec l’OMS pour être utilisés contre le coronavirus COVID-19. Dans l’attente, le traitement est symptomatique.

Quel est le mode de transmission ?
Les premiers cas recensés sont des personnes s’étant rendues directement sur le marché de Wuhan (fermé depuis le 1er janvier) dans la province de Hubei en Chine : l’hypothèse d’une zoonose (maladie transmise par les animaux) est donc privilégiée. La transmission interhumaine a été depuis confirmée.

S’il s’agit d’une zoonose, peut-on consommer des aliments cuits ?
Quand la viande est cuite, les virus sont détruits. La consommation de produits animaux peu ou pas cuits, incluant le lait et la viande, présente un risque important d’infection par une grande variété d’organismes susceptibles de causer des maladies chez l’Homme.

Les produits animaux préparés de manière appropriée, en les cuisant ou les pasteurisant, peuvent être consommés mais doivent aussi être conservés avec soin, pour éviter une contamination croisée avec de la nourriture non cuite.

Peut-on attraper la maladie par l’eau ?
À ce jour, il n’a pas été rapporté de contamination par l’eau. Cette maladie est à transmission respiratoire et probablement de l’animal à l’homme, mais la source n’est pas encore identifiée.

Y a-t-il des personnes à risque de développer une forme grave de la maladie ?
Comme pour beaucoup de maladies infectieuses, les personnes présentant des pathologies chroniques sous-jacentes (détresse respiratoire, personnes fragiles, âgées…) présentent un risque plus élevé.
Dans les cas plus sévères, la maladie peut entraîner un décès.

Quel est le délai d’incubation de la maladie ?
Selon l’état des connaissances scientifiques actuelles, le délai d’incubation du virus est de 14 jours.

Quelle est la définition de cas ?
La définition des cas est disponible sur le site de Santé publique France. Elle est actualisée en fonction de la disponibilité de nouvelles données sur les caractéristiques du nouveau virus.

Où sont faits les tests et quel est le délai pour établir un diagnostic ?
Les tests sont effectués dans tous les établissements de santé de références, plusieurs milliers peuvent être effectués chaque jour.

Le test est réalisé uniquement en cas de suspicion validée par le SAMU et par un infectiologue référent. Il s’agit d’un test de biologie moléculaire spécifique du nouveau coronavirus COVID-19. Le délai pour avoir un résultat est entre 3 et 5h.

À partir de quelle distance une personne peut-elle contaminer les autres ?
La maladie se transmet par les postillons (éternuements, toux). On considère donc qu’un contact étroit avec une personne malade est nécessaire pour transmettre la maladie : même lieu de vie, contact direct à moins d’un mètre lors d’une toux, d’un éternuement ou une discussion en l’absence de mesures de protection.

Qu’est-ce qu’un cas autochtone ?
Un cas autochtone est une personne qui développe la maladie et pour laquelle on n’a pas de notion de voyage dans une zone à risque.

Qu’est-ce qu’un cas contact ?
D’après les connaissances disponibles concernant le virus, celui-ci se transmet par des gouttelettes émises par un patient malade, en particulier lors de contacts étroits. Peuvent être considérés comme cas contacts :

  • les personnes ayant partagé le même lieu de vie que le patient malade lorsque celui-ci présentait des symptômes ;
  • des personnes ayant eu un contact direct, en face à face, à moins d’un mètre du patient malade au moment d’une toux, d’un éternuement ou lors d’une discussion ;
  • les flirts, amis intimes ;
  • les voisins de classe ou de bureau ;
  • les voisins du patient malade dans un avion ou un train, ou les personnes restées dans un espace confiné avec lui (voiture individuelle par exemple).

Les symptômes peuvent apparaître jusqu’à 14 jours après ce contact, et se manifestent le plus souvent par de la fièvre, accompagnée de toux.

Quelle est la procédure mise en place pour les cas contacts ?
Les autorités sanitaires évaluent avec le cas contact son exposition et son risque de contamination et lui délivrent une information sur la maladie due au virus et sur le dispositif de suivi. Ce suivi a pour objectif de vérifier que le cas contact n’a pas été contaminé, et en cas de symptômes, de faire rapidement un diagnostic pour proposer rapidement les meilleurs soins possibles.

Au cours des 14 jours suivant le dernier contact avec un malade, la personne considérée comme étant un cas contact doit surveiller l’apparition de tout symptôme de type fièvre ou toux. Les modalités de son suivi sont précisées par l’équipe de professionnels de santé mise en place par l’agence régionale de santé, en fonction de l’évaluation initiale du risque.

Quelle est la procédure de prise en charge pour les cas suspects en France ?
Le cas suspect identifié par un professionnel de santé est signalé au 15. Le SAMU se met en lien avec l’infectiologue le plus proche. À l’issue d’un questionnaire, le cas est classé en possible ou exclu. S’il est un cas possible, il est alors pris en charge et isolé dans un service d’infectiologie. Si une infection au coronavirus est exclue, il est pris en charge par son médecin traitant habituel.

Comment s’organise la recherche autour du virus en France ?
Le 10 février 2020, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, et Frédérique Vidal ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, ont annoncé que la France allait allouer 2,5 millions d’euros supplémentaires pour accompagner la montée en puissance de l’effort de recherche sur le coronavirus COVID-19. Le consortium Reacting, coordonné par l’INSERM et placé sous l’égide d’Aviesan, alliance de recherche en sciences du vivant et santé, a été mobilisé pour assurer le partage d’informations scientifiques et coordonner l’effort de recherche français.

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