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Islam: reconquérir les territoires de la raison

19 févr. 2020 Par Les invités de Mediapart _ Blog : Le blog de Les invités de Mediapart

Dans une actualité polarisée sur les enjeux d’intégrisme religieux, un collectif d’universitaires et spécialistes de l’Islam alerte sur la dangerosité des travaux de Gilles Kepel et Bernard Rougier, porteurs d’une vision idéologique occultant les racines socioéconomiques du salafisme. Ils appellent à fournir aux quartiers populaires incriminés les moyens de «sortir de la stigmatisation et de l’enclavement» et à cesser de faire d’une question sociale un enjeu strictement répressif.

Nous, signataires de cette tribune, travaillons directement ou indirectement sur l’islam en France, en Europe et même au-delà (Maghreb, Moyen-Orient, Afrique). Nous ne partageons pas nécessairement les mêmes analyses, mais respectons la diversité des points de vue, voire les divergences. C’est ainsi que nous pouvons progresser, amender ou vérifier nos hypothèses. Nous ne pensons donc pas que la polémique gratuite et les procès d’intention soient la meilleure façon d’imposer notre point de vue.

Or, dans plusieurs articles ou entretiens accordés à la presse, Gilles Kepel et Bernard Rougier ont systématiquement pris le chemin de la dénonciation, voire de l’intimidation et de l’injure pour manifester leur désaccord avec ceux qu’ils désignent à la vindicte publique : pour eux, quiconque n’adhère pas à leurs conclusions devient de facto un collaborateur potentiel du jihadisme.

Mais surtout, leur approche crée une image distordue de l’islam et des musulmans en France. Elle fait de cette « conquête des territoires » (les banlieues populaires) par l’islamisme un projet orchestré et importé de l’extérieur. Or, on est là à cent lieues des résultats attestés par une écrasante majorité des recherches consacrées à ce sujet.

Aucun d’entre nous ne nie le fait que certains jeunes issus des quartiers populaires se replient sur eux-mêmes en épousant parfois le salafisme, et pour une infime minorité le djihadisme ou encore, une version “orthodoxe” de l’islam. Mais ce sont les racines sociales, économiques et culturelles de ce repli sur une approche clivante de la religion qu’il importe d’identifier, en en dénonçant les causes et non les expressions. Ces racines ont pour nom la non-mixité sociale des quartiers, l’enclavement des « banlieues », la stigmatisation, le chômage, et le recours à l’économie parallèle ainsi que l’humiliation et le déni de citoyenneté. Ce repli est aussi une réaction à certaines des politiques conduites par la France dans le monde musulman : qu’il s’agisse, en particulier, de la question israélo-palestinienne, ou du traitement très sélectif des dérives autocratiques, selon qu’elle soient égyptienne ou turque, notamment.

Quant à proclamer l’existence d’un projet hégémonique des “islamistes” – terme sous lequel sont amalgamés des vendeurs de kebab, des imams de toutes sensibilités et jusqu’aux associations citoyennes dénonçant ces amalgames (CCIF et d’autres), et en faire un terreau unique pour le jihadisme, cela relève des théories du complot. La seule attitude légitime vis-à-vis de musulmans qui seraient tous vêtus de la même étoffe antirépublicaine, serait celle de la répression. Ces théories reçoivent, hélas, le soutien d’une grande partie des médias qui se disputent en majorité l’électorat d’extrême-droite et transforment ces dévoiements évidents de la recherche en autant de best-sellers.

Dans Terreur dans l’Hexagone : genèse du djihad français Gilles Kepel a soutenu des points de vue qui divergent de ceux de la quasi-totalité des chercheurs aussi bien dans la sphère anglophone que francophone. Sa vision idéologique, très proche du sens commun, construite sur un usage particulièrement sélectif et partisan des données, n’est destinée qu’à confirmer ses thèses. Ainsi de sa conception des émeutes de 2005 dans les banlieues inspirées selon lui « par les islamistes » alors que la quasi-totalité des sociologues a qualifié cette mobilisation de non-religieuse. Il s’appuie pour cela sur le seul cas d’une mosquée atteinte par un projectile, et d’où serait partie la mobilisation toute entière. On pourrait multiplier les exemples. Méprisant la prudence propre aux scientifiques, la presse à sensation a cherché enfermer les chercheurs dans l’alternative : ou bien la radicalisation de l’islam (thèse de G. Kepel et de B. Rougier), ou bien l’islamisation de la radicalité (thèse d’Olivier Roy). Or la réalité sociologique montre que les deux interagissent, le même individu passant de l’un à l’autre selon le moment de sa vie.

Les descriptions de B. Rougier dans Les territoires conquis de l’islamisme vont, elles aussi, dans le sens de la théorie du complot islamiste. Les musulmans de diverses obédiences, unifiés dans une alliance « salafo-frériste » (Frères musulmans) secondée par d’autres tendances comme le Tabligh visent, selon lui à conquérir un nombre croissant de territoires, et à expulser de la République des banlieues de plus en plus « islamisées », comme en un projet sectaire cohérent et englobant. Dans un éditorial du 16 janvier 2020, Le Figaro croit pouvoir annoncer « la victoire du chercheur Gilles Kepel dans la controverse qui l’oppose à son confrère, Olivier Roy. Le salafisme est bien l’antichambre du djihadisme.»

Or les faits constatés sur le terrain par les chercheurs sont tout autres. Dans la grande majorité des cas (dans les Quartiers Nord de Marseille, mais aussi dans de nombreuses autres cités), au lieu de favoriser le jihadisme, le salafisme, certes en désocialisant ses adeptes, lui barre le chemin. Le salafisme refuse la société de consommation, car ses adeptes, pour la plupart originaires des quartiers pauvres et démunis n’ont matériellement pas la possibilité d’y accéder (même si une petite minorité use des portables high tech, la grande majorité appartient au monde des précaires ou des exclus). Il « sectarise » ceux qui se trouvent déjà dans des quartiers enclavés. Il claquemure ceux qui sont déjà emmurés dans des cités sans mixité sociale.

Bref, le salafisme a des racines socio-économiques. B. Rougier refuse de les voir, dénonçant l’hégémonie de l’islamisme là où il faudrait plutôt se scandaliser de l’absence d’intégration sociale de ceux auxquels nul avenir digne de ce nom n’est proposé. Or, les solutions crédibles à ce retrait de la société passent non par la répression mais par la prise en charge de ces quartiers, comme celle que le Plan Borloo avait préconisée.

Car nul ne nie l’existence, dans certains quartiers de France, de problèmes sociaux à connotation religieuse. Mais pour « reconquérir » ces territoires dits perdus, et « conquis » par les soi-disant islamistes, il faudrait que ces quartiers gagnent en dignité sociale, que les moyens leur soient fournis de sortir de la stigmatisation, de l’exclusion et de l’enclavement, que la mixité sociale y soit restaurée, et que surtout, l’on cesse de se complaire dans la recherche de solutions purement répressives quand la question est éminemment sociale. La thèse de G. Kepel et de B. Rougier occulte la nature du problème en donnant un vernis de scientificité à une vision idéologique, dédaigneuse de la complexité du réel, qui apporte seulement de l’eau au moulin de l’extrême-droite. En réduisant les banlieues à une seule dimension « islamiste », ils ignorent l’opposition de la grande majorité des français de confession musulmane à l’usage de la violence politique, tout comme ils taisent le véritable dynamisme associatif des quartiers populaires. Tandis que bien des acteurs de ces quartiers essayent de recréer du lien social, ils portent le discours de la guerre de tous contre tous.

Premiers signataires :

Claire Beaugrand, Chargé de recherche au CNRS
Alain Bertho, Professeur d’Anthropologie à Paris 8
François Burgat, Directeur de recherche émérite au CNRS
Sonia Dayan Herzbrun, sociologue, Professeure émérite à l’Université de Paris
Christine Delphy, Directeur de recherche retraitée, CNRS
Sylvie Denoix, Directeur de recherche au CNRS
Karima Direche, Directeur de recherche au CNRS
Nicolas Dot-Pouillard, Chercheur en sciences politiques Beyrouth
Jérôme Ferret, Maître de conférences en sociologie HDR, Université Toulouse Capitole
Alain Gabon, Professeur associé Virginia Wesleyan University.
Alain Gresh, Directeur du site Orient 21
Vincent Geisser, Chargé de recherche au CNRS
Aïssa Kadri, Professeur émérite de Sociologie à Paris 8
Farhad Khoskhokhavar, DE retraité à l’EHESS, Paris
Michel Kokoreff, Professeur de sociologie, Université Paris 8
Stéphanie Latte Abdallah, Chargé de recherche au CNRS
Raphaël Liogier, Professeur des universités, Sciences Po Aix-en-Provence
Bjorn Olav Utvik, Professeur à l’Université d’Oslo
Matthieu Rey, Chargé de recherche au CNRS
Marc Sageman, consultant anti-terroriste
Fabien Truong, professeur agrégé, département de Sociologie et d’Anthropologie de Paris 8.

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L’Algérie de Kamel Daoud- F5

La Case du siècle, sur F5, dimanche 16 février 2020

Voilà un reportage qui ne se la joue pas comme on dit trivialement. Plutôt sympathique. Même Kamel Daoud y est sympathique et cela nous change. Il est souriant, sincère, touchant. Kamel Daoud n’est peut-être pas arrogant, mais sa posture habituelle, visage renfrogné, le suggérait (une posture de mise à distance simplement?). Pas ici. Il est à l’aise chez ses parents, dans la rue, dans Le Titanic (il tient bien les flots), avec ses amis… (on ne le voit pas chez lui) partout il est très souriant. On respire. Le plus important est la justesse de ce qu’il dit. Dommage qu’il ait zappé (ainsi que le journaliste) son premier employeur dans la presse, « Détective » de feu « Moussa » Benaoum. La fin du reportage, un peu classique (niaise?) est aussi sympathique.

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La 2° mort de Suzanne

Graeme Allright est mort hier dimanche 16 février 2020

J’apprends la disparition, hier dimanche 16 février, de Graeme Allright. De toutes les (belles) adaptations des chansons de Léonard Cohen, c’est Suzanne que je préfère. Il a réussi à lui injecter en français la même force que l’originale. Suzanne pour moi ce n’est pas uniquement les mots de Léonard Cohen ou ceux de Graeme Allright, c’est, au-delà d’eux, en plus d’eux, l’atmosphère et le climat qui s’en dégagent, le climat d’insouciance des années d’une certaine jeunesse, la mienne, celle des années soixante-dix. Je parcourais alors, les mains dans les poches, des milliers de kilomètres sans but précis, souvent à pied, en stop, à la découverte de l’inconnu. Et toujours bien accueilli. Presque toujours. Presque.Le texte que je vous propose ce matin à l’occasion de la disparition de Graeme Allright, je l’ai proposé le 12 novembre 2016 à l’occasion de la mort de Léonard Cohen quelques jours auparavant (7 novembre 2016). Je l’ai intitulé Adieu Suzanne. Le voici (photos vidéos des chansons).

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SUZANNE

adaptation de GRAEME ALLRIGHT

Suzanne t’emmène écouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Tu sais qu’elle est à moitié folle
C’est pourquoi tu veux rester

Sur un plateau d’argent
Elle te sert du thé au jasmin
Et quand tu voudrais lui dire
Tu n’as pas d’amour pour elle
Elle t’appelle dans ses ondes
Et laisse la mer répondre
Que depuis toujours tu l’aimes


Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n’as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton cœur


Il était un pêcheur venu sur la terre
Qui a veillé très longtemps
Du haut d’une tour solitaire
Quand il a compris que seuls
Les hommes perdus le voyaient
Il a dit qu’on voguerait
Jusqu’à ce que les vagues nous libèrent
Mais lui-même fut brisé
Bien avant que le ciel s’ouvre
Délaissé et presque un homme
Il a coulé sous votre sagesse
Comme une pierre


Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n’as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton cœur


Suzanne t’emmène écouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Comme du miel, le soleil coule
Sur Notre Dame des Pleurs


Elle te montre où chercher
Parmi les déchets et les fleurs
Dans les algues, il y a des rêves
Des enfants au petit matin
Qui se penchent vers l’amour
Ils se penchent comme ça toujours
Et Suzanne tient le miroir


Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n’as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une blessure étrange dans ton cœur.

(in: greatsong.net-)

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Le chanteur folk Graeme Allwright est mort

Le chanteur français d’origine néo-zélandaise, connu notamment pour avoir adapté de nombreux morceaux d’artistes folks américains en français, avait 93 ans.

Le Monde avec AFP -16.02.2020

Le chanteur français d’origine néo-zélandaise Graeme Allwright, connu notamment pour avoir adapté de nombreuses chansons d’artistes folks américains en français, est mort dimanche 16 février à l’âge de 93 ans, a annoncé sa famille. « Il est décédé cette nuit, dans la maison de retraite où il résidait depuis une année », en Seine-et-Marne, a déclaré sa fille, Jeanne Allwright.

Chanteur humaniste au parcours atypique, Graeme Allwright a fait découvrir aux Français les protest singers (chanteurs contestataires) d’outre-Atlantique, en adaptant Pete Seeger, Woody Guthrie ou Leonard Cohen dans la langue de Molière. « C’était un chanteur engagé pour la justice sociale, un chanteur un peu hippie en marge du show-business, qui a refusé des télés. Il a chanté jusqu’au bout, il a adoré être sur scène », a expliqué l’un de ses fils, Christophe Allwright.

« Il a donné des hymnes aux gauchistes, aux scouts, aux pochtrons, aux punks à chien, aux centristes de gauche… », a résumé sur Twitter le journaliste et auteur spécialiste de la chanson française Bertrand Dicale, saluant « un bienfaiteur de l’humanité ».

Né à Wellington, en Nouvelle-Zélande, le 7 novembre 1926, Graeme Allwright a découvert le jazz, les crooners et le folk en écoutant les programmes radios de la base militaire américaine installée dans la capitale néo-zélandaise. A 22 ans, il obtient une bourse pour suivre des cours de théâtre à Londres, dans l’école fondée par Michel Saint-Denis, voix de l’émission « Les Français parlent aux Français » sur les ondes de la BBC et neveu de l’homme de théâtre Jacques Copeau. Le jeune homme est recruté par le prestigieux Royal Shakespeare Theatre.

Mais, amoureux de la fille de Jacques Copeau, Catherine Dasté, il décline l’offre et le couple part s’installer en France, près de Beaune. Graeme Allwright exerce une multitude de métiers : ouvrier agricole, apiculteur, machiniste et décorateur pour le théâtre, professeur d’anglais, maçon, plâtrier, vitrier…

Ne connaissant pas un mot de français, il apprend peu à peu la langue et les subtilités de son argot, qu’il utilisera abondamment dans ses adaptations. A mesure que son français s’améliore, il renoue avec la scène, jouant notamment dans la troupe de Jean-Louis Barrault.

Ce n’est qu’à 40 ans qu’il se lance dans la chanson. « L’idée a peut-être germé dans mon esprit lorsque j’ai interprété quelques chansons de Brassens et Ferré, au cours d’une tournée avec une pièce de Brecht trop courte (…). J’ai pris ma guitare et je suis parti chanter des folksongs américaines et irlandaises au cabaret de la Contrescarpe [au cœur du Quartier latin à Paris], sept soirs sur sept pour des clopinettes. » La chanteuse Colette Magny remarque sa voix, teintée d’une pointe d’accent, et le présente à Marcel Mouloudji, qui lui conseille d’écrire une trentaine d’adaptations et produit son premier 45-tours, Le Trimardeur (1965).

Son répertoire contestataire, antimilitariste et profondément humaniste résonne avec les aspirations de la jeunesse française de l’époque. Petites boîtes (adaptation de Malvina Reynolds), Jusqu’à la ceinture (Pete Seeger), Qui a tué Davy Moore ? (Bob Dylan), Johnny (texte original) et surtout Le Jour de clarté (Peter, Paul & Mary), son plus grand succès, deviennent des hymnes de Mai 68.

En 1973, il va voir Leonard Cohen à L’Olympia et en ressort profondément touché par le mysticisme et la sensualité du Canadien, dont il adapte de nombreux textes (Suzanne, Les Sœurs de la miséricorde…). Il fait salle comble dans ses concerts et se pose alors en premier concurrent d’Hugues Aufray, autre importateur du folk en France. Ce père de quatre enfants est aussi connu pour avoir écrit en 1968 la chanson de Noël pour enfants Petit garçon, version francophone d’Old Toy Trains de Roger Miller, ou encore Sacrée bouteille (d’après Bottle of Wine de Tom Paxton).

Mais le succès l’effraie. Il prend ses distances en parcourant l’Egypte, l’Ethiopie, l’Amérique du Sud et surtout l’Inde. Entre deux voyages, il rentre en France, où il reprend ses concerts. En 1980, il partage la scène avec Maxime Le Forestier, pour une tournée dont les bénéfices sont reversés à l’association Partage pour les enfants du tiers-monde.

« Il a beaucoup compté pour moi et pour la chanson française en général. Il a contribué à rendre la musique folk populaire en France », a confié au Parisien Maxime Le Forestier, qui était resté en contact avec lui. « Il adorait marcher et chanter pieds nus », s’est aussi souvenu Maxime Le Forestier, évoquant un homme avec « une vie très saine, une vie d’honnête homme et de moine presque ».

Dans les années 1980, il revient d’un voyage à Madagascar avec des musiciens qui donnent une nouvelle tonalité à sa musique. En 2000, il sort un premier album d’inspiration jazzy, enregistré avec The Glenn Ferris Quartet (Tant de joies).

Depuis 2005, les concerts du chanteur aux pieds nus, qui continuait de sillonner l’Hexagone malgré son âge avancé, commençaient par un rituel immuable : une vibrante Marseillaise qu’il avait « adaptée » avec des paroles pacifistes. « Pour tous les enfants de la Terre, Chantons amour et liberté », entonnait-il.

En 2010, l’Académie Charles-Cros lui a décerné un « grand prix in honorem » pour l’ensemble de sa carrière.

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Ahmed Zitouni, romancier : «La critique des soubresauts du bled lointain est si facile depuis Paris»

in El Watan, dimanche 9 février 2020 – par M. Yefsah

Après plus de trente ans de publication en France, le romancier Ahmed Zitouni a édité successivement trois ouvrages en Algérie aux éditions Frantz Fanon, le remarquable essai Éloge de la belle-mère et deux romans, Une difficile fin de moi et Attilah Fakir : les derniers jours d’un apostropheur. Entretien avec un romancier singulier et anticonformiste qui, malheureusement, reste peu connu en Algérie, malgré une plume profonde et fabuleuse.

Propos recueillis par   M. Yefsah

-Éloge de la belle-mère est une lecture pertinente de la place de la femme dans les mythologies et les imaginaires romanesques. Un mot sur cette étude ?

Cet essai est une commande de la collection Éloge des éditions Laffont. Une occasion que j’ai saisie, car c’était la première fois qu’un éditeur mettait généreusement la main à la poche pour un livre dont je n’avais pas écrit une seule ligne, en me laissant la liberté du choix du thème et de son traitement. Comme à mes yeux, il était impensable d’aller de ma contribution au juteux et fertile terreau entretenu par les écrivains maghrébins de langue française, de l’immigration, de l’exil, etc., à la demande de leurs paternalistes éditeurs, je n’ai pas fait amende honorable en me laissant aller à la facilité de torcher vite fait un livre faisant l’ «Éloge» du malheur immigré, des bienfaits de l’assimilation, des vertus de l’intégration ou de je ne sais quel autre thème porteur. La condition féminine et le racisme, étant récurrents dans mes écrits, et sachant que le sexisme participe des mêmes mécaniques mentaux que le racisme, mon choix s’est porté sur la première victime du sexisme : la belle-mère.

Une victime toute désignée, objet de rejet et de moquerie, sujet n°1 des blagues de comptoir et de fins de repas, décrite en dynamiteuse de couples et perturbatrice de l’ordre des familles. Un bouc émissaire, comme toute minorité de France, perçu comme cause de tous les maux et fauteur de troubles. Partant de ce constat, j’ai méthodiquement rétabli dans sa vérité et sa réalité une représentation. Un travail de démythification d’un fantasme, écrit avec humour pour faire passer la pilule. Pour ce faire, puisant dans les peurs et les rejets véhiculés par l’histoire, la sexualité, la culture religieuse, la littérature, la publicité, les médias.. j’ai mis en lumière les préjugés et les stéréotypes intériorisés pour démonter les rapports de pouvoir qui sous-tendent la construction mentale d’une image fausse de la belle-mère. Restituer avec humour la vérité de la belle-mère, restaurer son image en icône de femme libre, un beau défi à relever. Qui valait la peine de lui consacrer un essai.

-Vous êtes non seulement romancier, mais également normalien, universitaire et un intellectuel engagé sur les questions de domination. Votre œuvre connaît un écho plus important aux Etats-Unis d’Amérique qu’en France. Quelle explication en donnez-vous ?

Plutôt qu’une explication, un constat. Il y a plus de dix mille chaires de francophonie, de départements de français, dans les collèges et universités américaines, alors qu’il y a moins d’une dizaine en comptant large en France. Un grand intérêt aussi, pour les questions de domination, d’affirmation des minorités (raciales, ethniques, culturelles, sexuelles, religieuses…), d’exclusion, de mixité. Les questions sociales et politiques portées par les minorités, si elles restent occultées ou minimisées par le pouvoir culturel et la langue de bois de l’amnésie en France, trouvent naturellement écho dans un système ouvert curieux d’approches neuves et de nouveaux regards en Amérique.

Étrange situation, rarement relevée, de nombre d’écrivains algériens de France et d’écrivains issus des minorités françaises, qui se découvrent de la marge ou du centre, selon la géographie. Rejetés dans l’exotisme et le misérabilisme d’une sous-littérature de témoignage ou de combat en France, invité et hissé en visibilité dans des chaires de prestigieuses universités, quel curieux paradoxe ! Frantz Fanon, Kateb Yacine, Edouard Glissant, Assia Djebar, Patrick Chamoiseau, Maryse Condé, et des flopées encore, à peine reconnus en France, ont-ils enseigné, enseignent ou sont enseignés dans des universités de renom ? C’est un fait. Moi et bon nombre, nous faisons partie du lot, avec des fortunes diverses, c’en est un autre.

-Quel regard apportez-vous sur les auteurs algériens intégrés au champ littéraire français ?

Un regard distancié et froid, clinique, d’aucune empathie ni solidarité. Un regard d’observateur critique qui m’aide à me situer, me donne la force de rester à ma place celle que je m’assigne en liberté et de n’en sortir qu’après avoir balisé les espaces littéraires et de représentation où mettre les pieds et donner de la voix.

En disant cela, je ne juge ni ne condamne personne. Il n’y a ni jalousie ni mépris dans mes propos pour «les auteurs algériens intégrés dans le champ littéraire français», comme vous dites. Les écrivains algériens de langue française, où qu’ils se trouvent, sont mécaniquement intégrés dans le champ littéraire français en particulier, et dans celui de cette aberration de l’esprit une construction politique qu’on appelle la francophonie, en général. Sous les feux des projecteurs et dans les journaux, en fonction des modes et de l’actualité, pour les écrivains algériens plus connus qui font du bruit en écoutant leurs livres faire des petits. En périphérie du marché du livre, des éditeurs qui les font et de la critique qui en assure la promotion, pour les aspirants à la notoriété en mal de noble cause à exploiter. En marge de ce grand charivari d’intrigues et de convenances, des îlots de bannissement du champ littéraire aux allures de ghettos où, par manque de talent ou par choix assumé, vivotent et crevotent en s’épuisant à la tâche, les obscurs et les sans-grades dont l’écriture et le discours restent inaudibles.

C’est ainsi et les Algériens n’échappent pas à cette cruelle vérité. A chacun de nous, une étiquette ethnicisée dans une case de boutique éditoriale. Un seul Algérien de service, un crocodile par marigot afin d’éviter affrontements et rivalité, ce qui nuirait à l’image et aux ventes. Au diable l’éthique et la conscience malheureuse, puisque chacun y trouve son intérêt tout en travaillant à sa notoriété. A chaque éditeur, son porte-parole et son porte-voix du malheur algérien, car nous excellons dans cet exercice imposé et puis, la critique des soubresauts du bled lointain est si facile et si belle depuis Paris. Refuser ce déterminisme réducteur dans la cage dorée d’une prison d’expression, dans un champ littéraire cloisonné, c’est s’exclure d’un jeu de dupes où chacun y trouve son compte. Plier ou rompre, je ne vois pas d’alternative, hormis d’humiliants compris.

C’est ainsi. Reste la radicalité suicidaire dont font preuve nombre de réfractaires qui ont choisi d’autres voies, dont je suis, qui tâtonnent et s’épuisent à exister. Impossible de trouver des issues de lumière dans la nuit de l’esprit qui s’épaissit. Mais à l’impossible, tous les Algériens, écrivains ou apprentis citoyens se forgeant à ce métier à risques, nous sommes aujourd’hui tous tenus.)

par M. Yefsah

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Ses publications : (source Wikipedia)

  • Avec du sang déshonoré d’encre à leurs mains, roman, Éd. Robert Laffont, Paris, 1983
  • Aimez-vous Brahim ?, roman, Éd. Pierre Belfond, Paris, 1986
  • Attilah Fakir (Les derniers jours d’un apostropheur), roman, Éd. Souffles, Paris, 1987, Prix de l’Évènement du Jeudi
  • Éloge de la Belle-Mère, essai, Éd. Robert Laffont, Paris, 1990
  • La veuve et le pendu, roman, Éd. Manya, Paris, 1993
  • À mourir de rire, fiction française (collection destinée à l’enseignement du français langue étrangère), Kaléïdoscope Publishers, LTD, Gyldendal Éducation, Copenhague, 1997
  • Une difficile fin de moi, roman, Éd. Le Cherche–Midi, Paris, 1998
  • Amour, sévices et morgue, roman, Éd. Parc, Paris, 1998
  • Manosque, aller-retour, nouvelle, Éd. Autres Temps, Marseille, 1998
  • Y a-t-il une vie avant la mort ? Éd. de La Différence, 2007
  • Au début était le mort (La corde ou le chien) Éd. de La Différence, 2008

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Nos richesses- roman de Kaouther Adimi.

J’ai reçu deux ouvrages de Kaouther Adimi. Voici la recension du premier.

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Photo Fabienne Richard- Ouest France

Au départ du roman de Kaouther Adimi, Nos richesses (éditions Barzakh- Alger 2017, 216 pages) : une date :1935, hier, un lieu : Alger, le rêve d’une librairie : Les Vraies Richesses. À l’arrivée : une date : 2017, aujourd’hui, un lieu : Alger, la même librairie vidée de son contenu.

Pour raconter l’histoire de la naissance et de la vie mouvementée de cette librairie, Kaouther Adimi a exploré les archives d’Edmond Charlot, les a travaillées pour les besoins du roman, les transformant en carnets (quatre carnets couvrant les années 1935-1949 et deux autres 1959-1960 et 1961) et en faire une sorte de récit. Fiction et éléments du réel se juxtaposent.

Pour narrer le déclin et la disparition (transformation en commerce de beignets) de la même librairie, elle décrit en sept chapitres, d’une part les actions de Ryad, chargé à travers son stage de mettre en œuvre le « massacre » de la librairie et d’autre part la résistance vaine de Abdallah, le dernier « exploitant ».

 L’ensemble se déploie essentiellement dans la ville d’Alger dont l’auteur lui consacre quatre chapitres (Alger 2017, 1930, 1939, 2017) sur les sept portant un intitulé de ville/pays (Allemagne 1940, Sétif mai 1945, Algérie 1954).

On notera que le dernier chapitre fait suite au premier et clôt ainsi une boucle. On passe d’un chapitre sur les carnets à un autre sur la ville, à un autre sur les activités de Ryad et ainsi de suite, un chassé-croisé du rêve de librairie à sa « destruction ».

Aussi, je propose trois parties pour cette recension : la naissance et vie de la librairie ou les carnets d’Edmond Charlot, la mise à mort de la librairie, l’écriture.

1_ La naissance et vie de la librairie ou les carnets d’Edmond Charlot

La première date du carnet rappelle l’éloge de Charlot à l’endroit de son professeur Jean Grenier qu’il exalte, « il n’enseigne pas, il raconte » (12/06/1935). Charlot dit à son père l’admiration qu’il a pour  une libraire dont il a visité l’extraordinaire bibliothèque de prêt ». « Il faudrait faire la même chose en Algérie » lui dit-il encore. Jean Grenier l’encourage à se lancer « il y a une place à prendre à Alger comme libraire-éditeur… je vous donnerai un texte pour vous aider ». Confiant, Edmond Charlot fait « des calculs dans tous les sens pour ouvrir une librairie », bien que son grand-père ne soit pas d’accord. Jean Giono auquel Charlot demande l’autorisation d’utiliser son titre « Les Vraies richesses » lui répond et : « (nous) enjoint de revenir aux vraies richesses que sont la terre, le soleil, les ruisseaux, et finalement aussi la littérature (qu’est-ce qui peut être plus important que la terre et la littérature ?) »  « La société construite sur l’argent détruit les récoltes, détruit les bêtes, détruit les hommes, détruit la joie, détruit le monde véritable, détruit la paix, détruit les vraies richesses… » écrit Jean Giono dans « Les Vraies Richesses ». Le 3 novembre 1936 Charlot écrit « Jour de l’inauguration ! » Le local se situe au 2 bis rue Charras (aujourd’hui Arezki Hamani). Rapidement, Edmond Charlot est débordé « submergé par les milliers d’obligations administratives » (3/11/38). Il a 23 ans. Le 28/12/1938 il note « Camus vient souvent à la librairie… Lui ai annoncé hier que j’avais vendu le tout dernier exemplaire de son premier livre ‘‘L’Envers et l’Endroit’’. 350 exemplaires. » La moyenne des ventes est de 500-600 exemplaires. La Seconde guerre mondiale a été déclarée. Charlot fait un mois de prison à cause d’une écrivaine américaine qui a déclaré « j’ai un éditeur à Alger qui est très dynamique et résistant ». « Camus est bien caché à Oran » note Charlot au 17/03/1942. Il y a pénurie de papier, de fil broché, d’encre… Edmond Charlot est amené à fabrique sa propre encre : « dans la cuisine nous avons mélangé longuement l’huile de pépin de raisin à de la soie de cheminée et à du cirage » En novembre « le papier circule de nouveau. Je croule sous les commandes ». Les Américains débarquent en Algérie. « C’est une drôle de période » En décembre 1942, « de nouveau mobilisé, je rejoins le Gouvernement provisoire ». Il note à la date du 11/03/1944 : « Réussi à écouler les derniers exemplaires de Noces. 1225 exemplaires en six ans. » Edmond Charlot rencontre beaucoup de gens, « mon catalogue n’a jamais été aussi riche écrit-il le 12/06/1943 : Bernanos, Giono, Bosco, Austen, Moravia, Silone, Woolf. » Et « le gouverneur promet aux musulmans monts et merveilles. Les grandes familles de colons sont furieuses. Qui sait, peut-être qu’après la guerre, nous aurons un pays plus juste. »

En 1959, la guerre d’Algérie a éclaté il y a cinq ans. L’OAS condamne à mort Jules Roy. « À New York, le FLN a désormais une délégation ». Le Jury des Éditions du Seuil « n’avait pas pu se résoudre à accorder le Grand prix de littérature à un indigène » note Charlot à la date du 8/10/1959 et ce seul mot le 4/01/1960 : « Camus ! » Neuf mois plus tard : « Encore des attentats. Menaces de l’OAS. Salauds. »

« Mes clients me demandent depuis des mois ce que je ferais ici, où je compte aller, où j’irai demain. Je reste ici, c’est chez moi, et puis, que ferais-je ailleurs ? (6/10/1960). »

2_ La mise à mort de la librairie

Dans les années 1990, l’État algérien a « repris à madame Charlot, veuve d’un frère d’Edmond, la librairie « Les Vraies richesses » pour en faire une annexe de la Bibliothèque nationale. Mais les habitants continuent d’appeler la librairie de prêt par son ancien nom « Les Vraies richesses ». Et ce matin de 2017 nous sommes « le matin du dernier jour ». Un journaliste dépêché sur place pour l’événement écrit « Quatre-vingts ans qu’elle résistait ! Peu de monde, ciel triste, ville triste, rideau de fer triste sur les livres ». Le rideau de la librairie sera baissé devant Abdallah, « le préposé au prêt, qui a « le cœur brisé ». Cela se passe devant la rue « animée par ses diverses boutiques, ses habitants, ses écoliers, ses voitures » La librairie mesure « sept mètres de largeur sur quatre de longueur » (sic). Une erreur passée au nez et à la barbe de l’éditeur après l’auteure. Abdallah, un homme pieux, a travaillé à la librairie bien après sa retraite, sans salaire, sans que l’administration de la Bibliothèque nationale ne s’émeuve de son cas, ni de celui des locaux jusqu’au jour où on l’informe de la décision de la vente du local. C’est quelque peu tiré par les cheveux. Il est vrai qu’ici ce n’est pas l’auteure en tant que telle qui s’exprime (et prend les mesures) mais « un nous » général comme ailleurs dans d’autres passages, un « nous qui court tout le long du texte, telle la voix d’une conscience, celle d’une mémoire collective » écrit en quatrième de couverture l’éditeur. Tout le long du roman, non, mais dans neuf parties ou chapitres. Un nous qui observe, raconte, dresse un réquisitoire contre la brutalité, l’arbitraire français, pour ne pas rester en marge, pour ne pas oublier (« Lorsque bien des années plus tard, nos grands-parents nous verront quitter le pays pour l’autre rive, ils nous diront de faire attention : ‘‘ les Français sont durs.’’ Et nous ne comprendrons pas, car nous aurons oublié. »)  

Le nouveau propriétaire veut transformer la librairie en local de « vente de beignets ». Outré, Abdallah le bouscule ou le frappe. Ses colère et refus sont vains. C’est inutile lui répondent de jeunes avocats auprès desquels il se plaint « on ne peut rien contre l’État ». Même le médecin qui l’ausculte – Abdallah « a fait un malaise la veille de la fermeture » – lui conseille de quitter Alger.

C’est Ryad, un jeune étudiant parisien, qui est en charge de la transformation de la librairie. Il est arrivé pour ce faire, couvert par un stage dont on ne sait rien, une offre de stage qui intervient à la suite de « dizaines de refus motivés ou non. » Un stage en Algérie, proposé par son père via un mail. « Cela te prendra une semaine ou deux… Mon ami te signera ta convention de stage. »  « L’important c’est que tu puisses vider cette librairie de tout ce qui s’y trouve et la repeindre en blanc » lui écrit cet ami. Nous ne saurons rien d’autre sur le stage universitaire, ni son organisation, ni le suivi, ni son contrôle… Ryad ne connaît pas Alger. Il n’y était venu qu’une seule fois, il avait six ans. Il s’est installé à Paris après son bac. Les livres il ne connaît pas, « il n’a jamais aimé lire »

Le lendemain de son arrivée à la librairie des Vraies Richesses, en sortant tôt le matin, il aperçoit «  un vieil homme appuyé sur une canne », c’est Abdallah. À l’épicerie du coin, il apprend qu’il y a pénurie de peinture. Au café « chez Saïd » Abdallah reproche à Ryad de vouloir « détruire une librairie ». Abdallah ne quittera plus le trottoir à partir duquel il guète, sur son visage « une expression de douleur intense » les faits et gestes de Ryad qui vide autant qu’il peut tout ce qui se trouve dans le local sous le regard de « Edmond Charlot figé sur la photo » et en pensant à son amie Claire. La nuit tombe et Abdallah est toujours là. De nouveau, Ryad et Abdallah prennent un café ensemble. Celui-ci est offusqué que l’on puisse jeter des livres « jeter des livres ? tu te rends compte de ce que tu dis ? donne-les, garde-les, peu importe, mais ne mets pas des livres à la poubelle. »

Ryad et Abdallah sont invités par Moussa, le commerçant voisin. Moussa a toujours vécu dans le quartier. Il a même connu l’ancienne propriétaire des Vraies Richesses, madame « veuve d’un frère de Charlot. La pauvre femme est partie en 1992 quand les choses ont commencé à devenir compliquées ici. »

Ryad jette les livres dans des caisses qu’il dépose sur le trottoir, mais en garde un pour Claire, son amie parisienne aux yeux bleus. Il veut en offrir à une école primaire, mais le directeur lui demande d’écrire pour cela au Ministère. Ryad ne se soucie guère de ces deux hommes, pitoyables pitres, qui l’observent à partir d’une voiture. « Ils ont des moustaches, des lunettes de soleil et sont vêtus de costumes gris, lisent le journal ». « Ces hommes ne feront rien à Ryad. Ils ne sont là que pour nous rappeler qu’ils existent et que nous sommes tous surveillés ».

Ryad veut offrir une caisse de livres à Sarah, une jeune serveuse qu’il a connue dans un café. Elle en prend quatre et lui demande de déposer le reste à la Cave-vigie, là même où Jean Sénac « est mort » (plutôt assassiné). « Dans cette cave se réunissent des jeunes pour écrire de la poésie, fumer, lire… ». Ryad fait des heureux.

Un matin, il neige sur la ville, neige fondue. En face des Vraies Richesses, « Abdallah fixe son univers en train de prendre l’eau, l’air désolé, son drap blanc sur les épaules. » Ryad le rejoint. « Il a l’impression d’avoir failli à sa mission. » Ryad n’a pas repeint le local non plus, ni en blanc ni en bleu, mais il pense beaucoup à Claire sa compagne parisienne. Ryad et ses patrons affairistes n’ont pas complètement détruit Les Vraies Richesses du local ni celles portées par le cœur de tous les Abdallah.

3_ L’écriture

Les chapitres, à focalisation plurielle, alternent entre trois groupes de chapitres : a- les carnets de Charlot (86 pages), b- la vie dans Alger centre (rue Hamani) à travers Ryad venu de Paris et ceux qui y vivent (83 pages), c- les Algériens sous la colonisation du pays dont un journal vante « les transformations des côtes barbaresques », Algériens exhibés « parce que nous ressemblons à des cartes postales orientalistes ». Un peuple vigilant et conscient à travers ce « nous », embarqué contre la barbarie nazie puis oublié et qui prend les armes pour se libérer (20 pages).

Le premier et dernier chapitres intitulés « Alger, 2017 » interpellent le lecteur, l’invitent à visiter la librairie par le biais de ce « nous » aux premières pages qui se transforme en « je » au dernier chapitre. Une écriture qui alterne entre « récit » et roman.

La dédicace est offerte «  À ceux de la rue Hamani. » En exergue des vers de Frédéric Jacques Temple et de Jean Sénac. Dès la première phrase du roman, le lecteur est interpellé : « Dès votre arrivée à Alger, il vous faudra prendre les rues en pente, les monter puis les descendre. » Cette phrase est suivie d’une cascade de verbes à l’infinitif et d’autres au futur.

L’auteure, au style aéré, nous guide à travers les lieux d’Alger, mais ne prend pas les chemins les plus courts pour atteindre la librairie Les Vraies Richesses : rue Didouche Mourad, café le Milk-Bar, la statue et la place de l’Émir, la Casbah, le bloc de bâtiments aéro-habitat, la rue Hamani. Les verbes ici sont à l’impératif « prenez, écoutez, devinez, regardez, oubliez. »

Certains passages, peu nombreux heureusement, ne me semblent pas aboutis, ou trop convenus, à l’exemple de cette phrase « Au milieu du repas, la fillette dit à son père qu’elle a terriblement envie de partir en vacances », ou de celle-ci « Il reconnaît la femme qui lui a balancé le seau d’eau sale sur la tête. » Ce qui attire fortement notre attention c’est cette somme impressionnante des sortes d’inventaires à la Prévert, des listes d’un peu de tout qui marquent le roman, des listes qui nous renvoient aux célèbres notes/listes de Sei Shônagon. Il y en a partout et de toutes sortes et dès les premières pages avec la quantité de verbes à l’infinitif puis à l’impératif. En voici quelques exemples :

  • Souvenirs : Le métro qui freine dans un grincement, la navette pour l’aéroport, les couloirs, les lourds sacs, la poussière noire, les airs, les nuages sombres, l’avion…
  • Objets dont il faut se débarrasser : 1009 romans d’auteurs français, 132 romans d’auteurs algériens, 222 romans en langue arabe, 17 ouvrages de thème religieux, 42 ouvrages de poésie, 18 ouvrages scientifiques, 9 ouvrages de psychologie, 26 ouvrages d’Histoire, 171 ouvrages pour enfants, 38 ouvrages sur le théâtre, 19 ouvrages sur le cinéma, des photos en noir et blanc, un grand portrait en couleur, un bureau en bois, une vieille lampe, une pancarte rouillée, un matelas dans la mezzanine, des papiers, un balai, un seau.
  • Dans l’épicerie : des pommes cabossées, des salades vertes, des cadenas, des poivrons rouges.
  • Dans le sac poubelle : le courrier, les invitations, la vieille tasse sale, la paire de ciseaux, les feutres, l’agrafeuse, le tube de colle, le téléphone rouge.
  • En allant chez Moussa : un long couloir où s’empilent des caisses de soda, le matériel de nettoyage (détergents, balais, bouteille d’eau de Javel, serpillières, bidon rempli d’eau).
  • Ryad dresse mentalement la liste de ce qui reste à faire : se débarrasser des livres, jeter les meubles, jeter le matelas, jeter le bureau et sa chaise, jeter le frigo, prendre ses affaires et rentrer à Paris, embrasser Claire, faire rire Claire.

Ainsi que précisé plus haut, le premier et dernier chapitres se rejoignent. Dans l’un et l’autre le narrateur nous invite à visiter la librairie Les Vraies Richesses : « vous vous retrouverez devant l’ancienne librairie des Vraies Richesses dont j’ai imaginé la fermeture, mais qui est toujours là. »

Courrez-y et lisez (achetez et lisez) Nos richesses, un hymne au livre, à la littérature et aux hommes qui les font, qui les défendent. Vous ne le regretterez pas.

Ahmed Hanifi,

Marseille le 10 février 2020

« Les Vraies Richesses »- Photo Farouk Batiche- AFP

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CLIQUER ICI POUR VOIR VIDEO KAOUTHER ADIMI_ LA GRANDE LIBRAIRIE

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Kaouther Adimi, « Les petits de Décembre »

À Radio M. Kaouther Adimi parle de son dernier roman « Les petits de Décembre »

On peut lire ceci sur le site de Radio M. « Invitée de « Accès libre », l’écrivaine Kaouther Adimi a évoqué avec son hôte la littérature, son dernier roman, ses écrits ceux des auteurs algériens, le Hirak, la démocratie et même la polémique suscitée par les derniers écrits de l’écrivain-journaliste Kamel Daoud. Kaouther Adimi revient dans cet entretien aussi sur son dernier roman « Les petits de décembre », paru aux éditions Barzakh à Alger. Une histoire de révolte d’enfants contre des généraux à Dely Brahim à Alger. une histoire d’un terrain vague objet de discorde entre…deux générations! . Une satire féroce sur l’Algérie d’aujourd’hui. » Kaouther Adimi est interviewée par Fayçal Mataoui, le samedi 01 février 2020.

On apprend beaucoup sur le roman, l’Algérie, la vie privée de l’auteure, la société… mais le contenu littéraire du roman, son articulation, l’élaboration du style… n’ont pas ou peu été développés.

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« C’est un terrain vague, au milieu d’un lotissement de maisons pour l’essentiel réservées à des militaires. Au fil des ans, les enfants du quartier en ont fait leur fief. Ils y jouent au football, la tête pleine de leurs rêves de gloire. Nous sommes en 2016, à Dely Brahim, une petite commune de l’ouest d’Alger, dans la cité dite du 11-Décembre. La vie est harmonieuse, malgré les jours de pluie qui transforment le terrain en surface boueuse, à peine praticable. Mais tout se dérègle quand deux généraux débarquent un matin, plans de construction à la main. Ils veulent venir s’installer là, dans de belles villas déjà dessinées. La parcelle leur appartient. C’est du moins ce que disent des papiers « officiels ».

Avec l’innocence de leurs convictions et la certitude de leurs droits, les enfants s’en prennent directement aux deux généraux, qu’ils molestent. Bientôt, une résistance s’organise, menée par Inès, Jamyl et Mahdi.

Au contraire des parents, craintifs et résignés, cette jeunesse s’insurge et refuse de plier. La tension monte, et la machine du régime se grippe.

A travers l’histoire d’un terrain vague, Kaouther Adimi explore la société algérienne d’aujourd’hui, avec ses duperies, sa corruption, ses abus de pouvoir, mais aussi ses espérances. »

256 pages – 18€

Kaouther Adimi

Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi vit désormais à Paris. Après deux premiers livres, L’Envers des autres (prix de la Vocation 2011) et Des pierres dans ma poche, elle connaît un important succès avec Nos richesses (Prix Renaudot des lycéens), paru au Seuil en 2017, évocation du légendaire libraire et éditeur Edmond Charlot.

In : rentrée-seuil.com

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Liberté, Rubrique culturelle – le 05-09-2019

Première liste du Prix Renaudot 2019

Kaouther Adimi sélectionnée pour “Les petits de décembre”

Après le prix Renaudot des lycéens en 2017 pour  Nos richesses, l’écrivaine prolifique Kaouther Adimi vient d’être sélectionnée dans la liste du prix Renaudot 2019 pour son roman Les petits de décembre. 

Paru en France aux éditions du Seuil le 14 août dernier, les éditions Barzakh ont annoncé sur leur page Facebook, qu’il sera disponible en librairie en Algérie à partir du samedi 14 septembre. Les petits de décembre, plonge le lecteur en février 2016, dans la cité du 11-Décembre, (Dely Ibrahim, Alger). “Tout commence par un affrontement entre deux généraux et une poignée de gamins sur un terrain vague : les premiers le convoitent pour y construire leur villa, les seconds le défendent parce que c’est leur terrain de foot, le territoire de leur liberté. En quelques semaines, un bras de fer s’installe, qui culminera dans la révolte dite ‘des petits de Décembre’”. 

Dans le communiqué de la maison d’édition, il est mentionné que “dans un style vif et alerte, flirtant parfois avec le burlesque, Kaouther Adimi fait défiler une savoureuse galerie de personnages : Inès, Jamyl et Mahdi, pré-adolescents intrépides ; Adila la très moderne ancienne moudjahida ; les généraux Athmane et Saïd, ivres de leur impunité ; mais aussi la fameuse ‘folle aux cheveux rouges’, fascinante Pythie de la cité…”. 
“En plus d’être une satire féroce, explorant efficacement l’histoire de l’Algérie contemporaine, ce roman est une réflexion douce-amère sur l’impossible dialogue entre générations, et le saccage, par les adultes, des rêves de l’enfance. Un texte hommage à l’innocence perdue”. Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi a suivi des études de littérature. Elle vit et travaille à Paris. Elle est l’auteure de quatre romans publiés en Algérie (éditions Barzakh), et en France (Seuil et Actes Sud).

 À noter qu’outre la sélection dans la liste du Renaudot,  l’écrivaine est finaliste du Prix de la littérature arabe décerné par l’Institut du monde arabe et par la Fondation Jean-Luc Lagardère.

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« Les petits de Décembre » roman de K. Adimi

Plus de cinquante ans après l´indépendance de l´Algérie, la jeune écrivaine algérienne Kaouther Adimi explore dans son roman Les petits de Décembre, à travers l´histoire d´un terrain vague, la société de son pays avec ses duperies, sa corruption, ses abus de pouvoir, mais aussi ses espérances.

La littérature algérienne d´expression française ne cesse de nous étonner en enfantant toujours de nouveaux talents. Un des noms qui nous ont le plus impressionnés ces derniers temps est celui de Kaouther Adimi. Née en 1986 à Alger, elle a passé une partie de son enfance à Grenoble, en France, avant de regagner en 1994 son pays natal qui vivait à l´époque sous l´emprise du terrorisme. Diplômée en lettres modernes et en management de ressources humaines, elle a fini par rentrer en France où elle vit toujours. En 2011, elle a publié aux éditions Actes Sud un premier roman fort remarqué L´Envers des autres qui s´est vu couronner du prix de la Vocation. Ce roman avait déjà paru en 2010 en Algérie chez Barzakh sous le titre Des ballerines de papicha. Petit à petit, elle s´est affirmée comme une des jeunes écrivaines les plus prometteuses de sa génération. En 2017, elle a gravi un échelon supplémentaire dans sa carrière en publiant le très beau roman Nos richesses, aux éditions du Seuil, un opus qui a reçu le Prix Renaudot des Lycéens. Le point de départ est la librairie Les Vraies Richesses, inaugurée à Alger en 1935 par Edmond Charlot, en prenant exemple sur la librairie parisienne d´Adrienne Monnier. Placée sous l´égide de Jean Giono, la nouvelle librairie et petite maison d´édition algéroise se faisait fort de promouvoir de jeunes écrivains de la Méditerranée. Aussi a-t-elle publié, pour inaugurer son catalogue, le premier texte de celui qui n´était alors qu´un parfait inconnu et qui répondait au nom d´Albert Camus…

Algérie: l’espoir fait vivre.

Lors de cette rentrée d´été 2019, Kaouther Adimi revient, toujours aux éditions du Seuil,  avec un nouveau roman tout aussi puissant : Les Petits de Décembre. L´histoire se déroule en 2016 à Dely Brahim, une petite commune de l´ouest d´Alger, dans la cité dite du 11-Décembre. Des enfants y jouent au ballon dans un terrain qui devient une surface boueuse les jours de pluie, mais qui malgré tout fait leur bonheur. Dans ce quartier vivent entre autres des militaires à la retraite ou des gens comme Adila, une petite femme aux cheveux bruns très courts qui, pendant la guerre d´Algérie, avait combattu les Français les armes à la main et qui a continué à militer pendant les années de terrorisme.  

La vie harmonieuse de la commune bascule le matin où deux généraux, plans de construction à la main, y débarquent pour venir s´installer dans de belles villas déjà dessinées. La réaction des habitants du quartier est particulièrement vigoureuse surtout de la part de jeunes comme Inès -fille de Yasmine et petite-fille d´Adila- Jamyl et Mahdi qui s´en prennent directement aux deux généraux et qui vont mener par la suite la résistance, pour ainsi dire, aux prétentions des deux militaires.  

Les deux généraux n´acceptent pas, cela va sans dire, de se faire humilier par des enfants et ne veulent nullement que les choses en restent là, leur réputation et leur pouvoir ne pouvant pas être mis en cause. Le général Saïd a étudié en Russie et fut un des instigateurs de la purge dans l´ armée dans les années quatre-vingt-dix : «Il a lutté avec acharnement contre toute forme d´islamisme, veilla à ce que les étudiants qui portaient une barbe soient suivis, mis sur écoute et convoqués pour être durement interrogés. Il ne douta jamais du bien-fondé de la mission qui lui avait été confiée par sa hiérarchie : anéantir les mouvements islamistes du pays». Ses trois enfants vivent en France grâce à des bourses octroyées par l´État. On raconte qu´il a des parts dans plusieurs entreprises, qu´il est incontournable pour tout ce qui touche au business du pays et que les proches du ministre et des présidents sont tous liés à lui d´une manière ou d´une autre. Il a pourtant une maladie qui le ronge : un cancer qui l´oblige à prendre sa retraite. Il s´est lié d´amitié dans les années quatre-vingt avec Athmane, l´autre général, qui possède plusieurs propriétés à l´extérieur, qui consulte les services d´une  voyante et qui fut recruté par le service juridique de l´armée grâce à un faux diplôme de droit, alors qu´il n´avait pas fini les études qu´il avait commencées à Londres.

Ces deux généraux sont certes deux personnages importants de l´intrigue, mais ils sont avant tout le symbole de la corruption, de l´affairisme, de la vénalité du pouvoir en Algérie. Ils veulent donner une leçon exemplaire aux jeunes de la cité du 11-Décembre, mais, en même temps, ils prennent des risques puisque à l´époque des réseaux sociaux la mobilisation des jeunes est énorme et le pouvoir n´est pas en mesure de se mettre à dos des pans entiers de la société algérienne.

Ce roman étale aussi au grand jour l´hypocrisie des gens qui applaudissent théoriquement des mesures sociales progressistes, mais qui, par contre, ne perdent pas l´occasion de tirer à boulets rouges sur ceux ou celles qui dérogent aux principes de la décence et des bonnes mœurs, comme les femmes divorcées qui ne sont pas vues d´un bon œil, surtout lorsqu´elles s´habillent trop à la mode occidentale.

Kaouther Adimi raconte d´une plume élégante les heurs et malheurs du peuple  algérien qui, malgré les manigances, la corruption et l´arrogance du pouvoir, nourrit l´espoir en un avenir plus équitable. Un peuple qui, au nom de la justice, n´a pas peur de lutter pour ses idéaux.

Par Fernando Couto e Santos – le 05/12/2019

In : lepetitjournal.com/Lisbonne

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Extrait…

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J’avais rencontré Kaouther Adimi le 30 octobre 2016 au Salon du livre d’Alger, lors d’une émission de radio. CLIQUER ICI pour la visite :

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Un peu plus…

Wikipédia : Kaouther Adimi naît à Alger, où elle vit jusqu’à l’âge de quatre ans, avant que sa famille ne s’établisse à Grenoble pour quatre ans. Durant cette période elle découvre le plaisir de la lecture avec son père, qui l’emmène chaque semaine à la bibliothèque municipale1.

En 1994, elle rentre en Algérie, qui vit alors sous l’emprise du terrorisme. N’ayant que très peu d’opportunités de lire, elle commence à écrire ses propres histoires1.

Alors qu’elle étudie à la faculté d’Alger, elle voit une affiche de l’Institut français qui organise un concours de jeunes écrivains à Muret, en Haute-Garonne. La nouvelle qu’elle soumet retient l’attention du jury, qui la publie dans un recueil contenant les nouvelles des lauréats. Grâce à ce concours, elle est invitée à Muret, à Toulouse, puis à Paris, où elle rencontre les éditions Barzakh1.

Elle est diplômée en lettres modernes et en management des ressources humaines.

C’est en 2009 qu’elle écrit son premier roman, L’envers des autres. La même année, elle quitte à nouveau Alger, pour s’installer à Paris1.

Oeuvres:

  • L’Envers des autres2, son premier roman publié en mai 2011 aux éditions Actes Sud, auparavant édité en Algérie par les éditions Barzakh sous le titre Des ballerines de papicha en juin 2010, a obtenu le prix littéraire de la Vocation en 20113.
  • Des pierres dans ma poche, roman, éditions du Seuil, 2016 (publication Barzakh en novembre 2015).
  • Le Sixième Œuf, nouvelle sombre, a été publiée dans le recueil collectif Alger, la nuit aux éditions Barzakh en décembre 2011.
  • Le Chuchotement des anges, sa première nouvelle, a été publiée dans le recueil collectif Ne rien faire et autres nouvelles aux éditions Buchet/Chastel en mars 2007.
  • Nos richesses, roman, éditions du Seuil, 20174.
  • Les petits de Décembre, roman, éditions du Seuil, Paris, 2019, 252 pages, (ISBN 978.2.0214.3080.6)
  • Prix et distinctions
  • Prix littéraire de la vocation, en 2011 pour L’Envers des autres3.
  • Prix du roman de la fondation France-Algérie, en 20155.
  • Prix du FELIV (Festival international de la littérature et du livre de jeunesse d’Alger) en 2008.
  • Prix du jeune écrivain de langue française, en 2006 et 6e en 2008 pour Pied de vierge6.
  • Nos richesses
    • Prix Renaudot des lycéens 2017 pour Nos richesses7.
    • Prix du Style 2017 pour Nos richesses.
    • Prix Beur FM Méditerranée 2018 pour Nos richesses.
    • Choix Goncourt de l’Italie 2018 pour Nos richesses.
    • Mention Spéciale Prix littéraire Giuseppe Primoli 2018 pour Nos richesses.

Notes et références:

 1_ abc et d « Nos richesses » : Kaouther Adimi, l’étrangère [archive], Jeune Afrique, 15 septembre 2017

  2_ « L’Envers des autres/ actes Sud » [archive], sur www.actes-sud.fr (consulté le 21 septembre 2017)

  3_ a et b Emmanuelle Caminade, « L’Envers des autres , Kaouther Adimi » [archive], sur www.lacauselitteraire.fr (consulté le 21 septembre 2017)

  4_ « Nos richesses, le nouveau roman de Kaouther Adimi » [archive], sur Al Huffington Post (consulté le 21 septembre 2017)

  5_ Le Soir d’Algérie, « http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/09/17/article.php?sid=1968&cid=16 » [archive], sur www.lesoirdalgerie.com (consulté le 21 septembre 2017)

6_   ‘La Dépêche du Midi, Muret. On connaît les lauréats du Prix du jeune Écrivain [archive], consultée le 12 mai 2012.

 7_ Le Prix Renaudot des Lycéens est attribué à Kaouther Adimi pour Nos richesses (Seuil) [archive], consulté le 14 novembre 2017.

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Il y a un an, l’avènement du Hirak ou la Révolution du 22 février 2019…

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BENJAMIN STORA SUR FRANCE INTER_ 1° FÉVRIER 2020_ CLIQUER ICI POUR VOIR/ÉCOUTER

Cliquer sur « réécouter » puis mettre le curseur à: 02h.21′.00 »

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Il y a un an, l’avènement du Hirak ou la Révolution du 22 février 2019…

Nous entrons dans le mois béni de février à pas de velours et sans fracas, le pas léger et l’espoir toujours chevillé au corps. L’histoire de la nouvelle Algérie, quoi qu’on dise, vit ses premiers balbutiements. À la fin du mois – au lendemain du 53° vendredi de manifestations – nous entamerons dans la sérénité l’an II de la Révolution citoyenne en cours. Cette révolution se poursuivra, de différentes manières, mais toujours silmiya, pacifique, car nos rêves et vœux de dignité, de respect, de démocratie sont loin d’avoir été exaucés, tant s’en faut. Tous ces mois passés depuis le prodigieux 22 février 2019, ont montré à la face du monde la détermination pacifique des Algériens pour « changer de Système » et entrer de plain-pied dans une nouvelle Algérie, dans une autre indépendance, dans une Algérie respectueuse du Droit, des libertés individuelles et collectives, une Algérie fraternelle au sein de laquelle aucun citoyen ne sera plus marginalisé, exclu de la communauté nationale.

Il y a un an l’histoire qui prend un malin plaisir à bégayer s’est mise brusquement à s’accélérer. Toutes les luttes, de nos aînés, de nos frères et sœurs, tous les combats menés pour la démocratie en Algérie ont alors et de différentes manières submergé nos mémoires. L’Histoire s’est mise en branle, de nouveau, avec la naissance du Hirak, cet extraordinaire Mouvement citoyen pacifique, Silmiya. Qui ne se souvient des balbutiements, de la naissance du plus grand mouvement populaire que l’Algérie ait connu depuis son indépendance ? Un mouvement national, brassant toutes les catégories d’âge, hommes et femmes, étudiants, employés, ouvriers, universitaires, chômeurs, saisonniers, commerçants, mères au foyer… La nation en mouvement.

Dès le mois de mars 2019, je commençais à relater le Hirak. J’ai dû interrompre le récit en juin. Je l’ai suspendu parce que j’allais entamer un long périple de plusieurs mois à travers routes et pistes qui me mènera jusqu’en Russie, jusqu’en Asie centrale (un voyage programmé des mois auparavant, que je ne pouvais ni reporter ni annuler). Aujourd’hui je vous propose dans le détail le rappel des événements qui ont marqué l’Algérie et les Algériens, en amont du vendredi 22 février et la semaine qui suivit, jusqu’au jeudi 28 février 2019.

Depuis longtemps, la contestation contre le Pouvoir algérien ou ses représentants s’exprimait de plusieurs façons et régulièrement dans les rues, dans les organisations diverses, dans les entreprises, mais surtout, frontalement, dans les gradins des stades de football. Les couplets des chansons de Ouled el Bahdja (entre autres) étaient repris par des milliers de supporters, jusqu’au « débordement » dans les rues et places, jusqu’au geyser du 22 février 2019. Un an après, les eaux ont coulé sous les ponts des espoirs. Comme dit l’adage, ‘‘el glaïli ma yensa hez ktafou’’, le danseur-joueur de percussion, par déformation, n’oublie pas l’agitation de ses épaules. Comme lui, le Pouvoir « assassin, corrompu », n’oublie pas ses pratiques. Il est toujours là, verni jusqu’au bout des ongles pour dissimuler, tromper. Certains ont succombé à ses jeux d’ombres, à ses simulacres, ses promesses (ce n’est pas nouveau), mais la majorité des Algériens n’est pas dupe. Les flots des légitimes revendications ne cesseront de couler jusqu’à leurs satisfactions.

 Retour aux sources.

Le jeudi 29 novembre 2018, « Plusieurs dizaines de jeunes du quartier Ferhat Boussaad (ex_Meissonier) à Alger, ont dénoncé, jeudi au cours d’une marche de protestation, la mort en mer de quatre jeunes du quartier, qui avaient tenté de rejoindre les côtes européennes. La manifestation a été organisée par des jeunes qui ont défilé dans les principales artères du centre d’Alger, entre les rues Didouche Mourad et Khelifa Boukhalfa, pour déboucher sur l’avenue Maurice Audin. Entonnant des chants de supporters de clubs de football algérois, les jeunes manifestants ont également, entonné, la chanson culte d’Octobre 1988, Meissonnier chouhadas’, en dévalant la rue Didouche Mourad vers l’Avenue commerçante Maurice Audin, offrant un spectacle insolite aux nombreuses personnes attablées sur les terrasses des cafés. Selon les manifestants, les jeunes du quartier morts en mer, en tentant la traversée, n’ont pas été retrouvés. Il s’agit de quatre jeunes habitant le quartier Ferhat Boussaad, entre le plateau de Mustapha, la rue Didouche Mourad, la rue Khelifa Boukhalfa et l’avenue Hassiba Benbouali, en contrebas vers la place du 1er Mai. Leurs noms avaient été portés sur des banderoles déployées au cours de cette marche, alors que les manifestants avaient également cité les noms des harraga disparus et dont les proches et voisins sont sans nouvelles depuis plusieurs jours. Les jeunes manifestants, qui avaient emprunté la rue Khelifa Boukhalfa, parallèle à la rue Didouche Mourad, avaient surpris les forces de police, peu nombreuses à cette période de journée finissante, le gros ayant été déployé au stade Omar Hamadi, à Bab El Oued, pour le match de retard de Ligue 1, entre l’USM Alger et l’ES Sétif. (Le Quotidien d’Oran)

1° décembre

« Des dizaines de jeunes manifestants avaient dévalé la rue Didouche Mourad (Ex-rue Michelet) et Khelifa Boukhalfa, l’ex-rue Pasteur, scandant les noms des quatre jeunes morts en mer en tentant une périlleuse traversée de la Méditerranée. Les manifestants ont également dénoncé la passivité du gouvernement, qui ne «fait rien pour les jeunes et les laisse partir mourir en mer» (Le Quotidien d’Oran) « La manifestation s’est déroulée dans le calme, et la police n’était apparemment pas au courant de cette action de protestation. Aucun dispositif de sécurité n’était mis en place avant la marche… Les mystérieux appels à manifester ce samedi (01.12) dans le quartier populaire de Bab El Oued, n’ont pas eu auprès de la population d’Alger l’écho qu’escomptaient leurs auteurs » (TSA)

En réaction à des appels anonymes à manifester diffusés sur les réseaux sociaux depuis quelques jours, « un imposant déploiement de policiers » a été mis en place samedi 1° décembre au cœur d’Alger. Depuis quelques temps, un nommé Amir-DZ qui rassemble sur sa page Facebook des milliers de « suiveurs » (followers) s’en prend violemment au pouvoir en Algérie.

« Les grandes artères de la capitale étaient sévèrement verrouillées hier samedi (01. 12) par un imposant déploiement de policiers. Le déploiement des policiers intervenait, selon des observateurs, après le lancement via les réseaux sociaux de mystérieux appels, relayés depuis vendredi, à manifester, hier samedi, au centre du quartier populaire de Bab El Oued, sur le front de mer, à la place El Kettani (ex-piscine Padovani). Les messages qui se partageaient sur les réseaux sociaux ont appelé hier samedi après la prière du Dohr à un rassemblement à la place El Kettani, un complexe de loisirs construit près de la piscine éponyme, devenu depuis quelques années un lieu de rassemblement et de détente des riverains de ce quartier, à cheval entre le centre de Bab El Oued et la Casbah en haut de la rampe Louni Arezki, le boulevard Mira qui longe le front de mer, le quartier Lazerge, l’ex- place Guillemin, et plus loin vers le marché Nelson et l’avenue Mohamed Boubella, qui s’ouvre vers la Place des Martyrs. L’autre mot d’ordre de ces mystérieux messages, également relayés sur les réseaux sociaux, appelait à une «marche pacifique» en début d’après-midi. (Le Quotidien d’Oran)

« Rien ne semble dissuader les harraga. De nouvelles tentatives d’émigration clandestine ont été mises en échec au lendemain du drame au large d’Oran où 20 personnes sont portées disparues suite à un incendie qui s’est déclaré dans leur embarcation (20.12). Ainsi les unités des gardes-côtes du groupement territorial de Béni Saf ont avorté de deux tentatives d’émigration clandestine et intercepté 19 personnes, a appris hier l’APS. » « Le Quotidien d’Oran)

Mardi 25 décembre 2018

« Le patron de la Centrale syndicale UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd a promis, hier, aux travailleurs algériens «une grande surprise, dès le début de l’année 2019» lors d’une allocution prononcée à l’occasion du 2ème Congrès de la Fédération nationale des Travailleurs des ports algériens (FNTPA), tenu hier, à la gare maritime du port d’Oran. Un congrès présidé par M. Mohamed Mebarki, président sortant de la FNTPA, reconduit à son poste pour un nouveau mandat de 5 ans, et en présence du ministre des Travaux publics et des Transports, M. Abdelghani Zaâlane, du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, M. Mourad Zemali et du xali d’Oran, M. Mouloud Cherifi. Le Secrétaire général de l’UGTA a, par ailleurs, réaffirmé devant des centaines de syndicalistes du secteur des ports «la confiance absolue et fraternelle» de la Centrale syndicale avec tous ses organes en la personne du président de la République. «Nous, secrétaires généraux des unions de wilaya, des unions nationales et l’ensemble des travailleurs, exhortons son Excellence le président de la République à poursuivre sa mission nationale», a-t-il affirmé. » (Le Quotidien d’Oran)

Lundi 31 décembre 2018

«  L’Armée avertit ses cadres retraités – Il est de notoriété publique que l’Armée nationale populaire (ANP) ne communique pas beaucoup mais déteste qu’on parle en son nom, comme elle l’a répété maintes fois, ces dernières années. Après les civils (Makri et Boukrouh), un communiqué virulent de la «grande muette» vient rappeler à «certains militaires à la retraite» l’obligation de réserve «à laquelle ils sont astreints, en vertu de la loi n°16-05 du 03 août 2016». La présidentielle d’avril 2019 irrite au plus haut point les militaires qui accusent des individus de sournoiserie, «aigris et sans envergure», «mus par des ambitions démesurées» qui essayent de préjuger de ses positions et «s’arrogent même le droit de parler en son nom» à l’approche de la prochaine échéance électorale… » (Le Quotidien d’Oran)

Jeudi 3 janvier 2019

Le jeudi 3 janvier, Le Quotidien d’Oran titre : « le 5e mandat de Bouteflika pourrait pousser les Algériens à la révolte ! » à la suite de l’appel de plusieurs personnalités au président en place, à briguer un nouveau mandant.

Lundi 7 janvier 2019

Le lundi 7 janvier, Youcef Goucem (producteur TV à Dzaïr TV appartenant au milliardaire Ali Haddad) s’est immolé par le feu dans les locaux de la chaîne privée, pour protester contre le non-paiement de ses salaires. Il décédera le 24 janvier.

Samedi 19 janvier

L’annonce est tombée, hier, vendredi, en début de matinée: l’élection présidentielle d’avril 2019 se tiendra, comme prévu par l’agenda politique du pays et conformément aux dispositions de la loi organique portant régime électoral. .. La présidence de la République a annoncé, hier vendredi (18.01), dans les délais impartis par la loi électorale, que le Président Abdelaziz Bouteflika a signé le décret présidentiel convoquant le corps électoral pour l’élection présidentielle, qui va se tenir le18 avril prochain. (Le Quotidien d’Oran)

Mardi 22 janvier 2019

Un phénomène inquiétant selon le conseil de l’ordre: L’exode des médecins algériens vers l’étranger s’accélère (Le Quotidien d’Oran)

Vendredi 1° février 2019

Vendredi 1° février. Lors de son Conseil national, le Mouvement populaire algérien (A. Benyounès) a annoncé son soutien à la candidature du Président Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat. Le lendemain, le Soir d’Algérie écrit : « Au-dessus de la mêlée dans laquelle se donnent à cœur joie un tas de pauvres bouffons… il est heureusement des candidatures qui permettent d’entretenir un brin d’espoir sur le «sérieux» d’une élection présidentielle… » Le même jour, le FFS appelle au boycottage actif de l’élection présidentielle et propose d’aller vers l’élection d’une Assemblée constituante.

Lundi 4 février

Le lundi 4 février, le journaliste El Kadi Ihsène lance « un coup de gueule » dans sa Radio M : « Ce personnage-là, (Ouyahia), il est capable de mentir en regardant les Algériens dans le blanc des yeux… Si demain la rue bouge, si demain il y a le dixième d’octobre 88 Ahmed Ouyahia va faire face ? à quoi il va faire face A.O, à quoi il va faire face ? C’est vraiment l’homme le plus vomi de la scène politique algérienne… » Pendant ce temps, « les prix des fruits et légumes chauffent malgré le froid » écrit Le Soir d’Algérie.

Mardi 5 février 2019

Le mardi 5 février, l’une des trois imprimeries des quotidiens El Khabar et El Watan située à Ali-Mendjeli (sud de Constantine) a été détruite par un incendie qui s’est déclaré tôt le matin. Le même jour, Le Soir s’interroge, « avec le ralliement de Zoubida Assoul à Ali Ghediri, peut-on parler de l’implosion de Mouwatana ? Tout porte à le croire si l’on considère les dernières déclarations de Djilali Soufiane qui a appelé à tenir une réunion dans les prochains jours pour procéder au remplacement de Mme Assoul comme coordinatrice et porte-parole du mouvement. » Lors de sa présentation devant l’APN du projet de loi relatif à la lutte contre la corruption, Tayeb Louh s’en est pris aux ONG qui «travestissent la réalité en Algérie en se focalisant sur la corruption tout en taisant les bonnes choses dans les lois algériennes ».

Jeudi 7 février 2019

« Une vive polémique enflamme les réseaux sociaux algériens depuis que la ministre de l’Éducation, Nouria Benghabrit a défendu l’interdiction de la prière dans les écoles le lundi dernier. (TSA) « L’Algérien tourne le dos à cette échéance, il est dégoûté parce qu’il sait pertinemment qu’au lendemain du 18 avril, il n’y aura point de changement. Bien au contraire, c’est la continuité et par conséquent la persistance de la crise qui ronge le pays», a estimé Nacer Djabi invité au 13e édition du Forum du Raj à Alger. (El Watan)

Samedi 09 février 2019

Le FLN tient meeting à la Coupole du complexe olympique du 5 juillet… Ils font le plein grâce à des jeunes zawaliya payés 500 dinars (2,50 €) et auxquels on distribue des sandwichs de saucisson cacher. C’était le marché proposé par les représentants du FLN à ces jeunes « vous venez remplir la Coupole et on vous offre de l’argent ».

« Programmé par les partis de l’Alliance présidentielle, le meeting populaire de soutien à la candidature du Président Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat, a connu, samedi aux premières heures de la matinée, un déferlement impressionnant à la Coupole du complexe olympique du 5 juillet. Sur la rocade-sud, la circulation était tout autant dense qu’inhabituelle pour un jour de repos hebdomadaire. De ce meeting, qu’animera le SG par intérim du FLN, Moad Bouchareb, il est attendu qu’après la démonstration d’envergure des soutiens de Bouteflika, que soit lue une lettre de déclaration officielle du président de la République pour briguer un cinquième mandat. » (Algérie1.com)

Dimanche 10 février 2019

Le Président Abdelaziz Bouteflika annonce sa candidature à la présidentielle d’avril 2019 dans un message adressé à la nation et diffusé par l’APS ce dimanche. Voici le message dans son intégralité: « MES CHERS COMPATRIOTES, II y a cinq années, vous m’avez porté à la Magistrature suprême pour poursuivre le processus de construction nationale. Ce choix exprimé par une large majorité, reflétait sans doute votre attachement à une oeuvre nationale marquante, autour de laquelle j’ai eu le privilège de rassembler vos convictions et de mobiliser vos énergies. En effet, dès ma première investiture à la tête de notre pays, je me suis consacré à éteindre le brasier de la Fitna, à rassembler de nouveau une nation meurtrie par la tragédie nationale et à engager la reconstruction d’un pays ébranlé par une crise multiforme… (APS_ El Watan)

« ‘‘On ne change pas une équipe qui gagne.’’ Abdelaziz Bouteflika a décidé de faire sien cet adage populaire en reconduisant pour la troisième fois consécutive Abdelmalek Sellal à la tête de l’équipe devant conduire sa campagne pour un cinquième mandat. » (Le soir)

Lundi 11 février 2019

« Le 11 février 1996, les terroristes frappaient Le Soir d’Algérie. Il y a 23 ans, la bombe… Les souvenirs ne s’embrouillent pas. Et l’on a l’impression que c’était hier. Ces corps ensanglantés, déchiquetés gisant sur le sol, ces voitures carbonisées, les gravats d’un mur éventré jonchant les trottoirs, les personnes affolées hurlant et courant dans tous les sens. On rembobine le film. C’est le funeste 11 février 1996. Une bombe explose devant le siège du quotidien le Soir d’Algérie à quelques jours de l’Aïd el-Fitr. » (Le Soir)
« Le vice-ministre de la Défense nationale procédera à l’inspection de certaines unités et tiendra des réunions d’orientation avec les cadres et les personnels de la 5e Région militaire selon le communiqué du MDN ». (Le Soir, le 12.02.) Le général tiendra 58 réunions de ce type de février à décembre.


Depuis une semaine, je voyage à travers le Désert, autour de Tamanrasset, et bientôt au cœur de l’Atakor.

Mercredi 13 février 2019

Le site « DZVID.com » publie sous ce titre, « des jeunes dans la rue contre Bouteflika ! » ce commentaire : « La société algérienne est en ébullition. Dans les quatre coins du pays, des jeunes sortent dans la rue pour exprimer leur rejet du régime et surtout de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat consécutif. » Une nouvelle audition de Kamel El-Bouchi est programmée ce matin au tribunal d’Alger. « Youcef Yousfi : ‘‘La règle 51-49 n’est pas du Coran’’»  rapporte Le Soir.

« À partir de Constantine Gaïd Salah fait la promotion du bilan de Bouteflika. En visite de travail et d’inspection dans la 5e Région militaire à Constantine, mardi et mercredi derniers, le patron de l’état-major de l’ANP a prononcé des discours politiques à chacune de ses haltes pour, d’abord, faire la promotion, comme tous les autres membres du gouvernement, du bilan de Abdelaziz Bouteflika à la tête du pays. ‘‘L’Algérie a certainement besoin d’hommes de valeur, qui ont eu foi en la glorieuse Révolution, qui continuent à la considérer en tant que rempart des valeurs nobles, et qui estiment que ceux qui y ont cru et se sont imprégnés de ses principes sauront, sans nul doute, consacrer tous leurs efforts, voire leurs vies, au service de l’Algérie’’, dira le vice-ministre de la Défense devant les cadres de la 5e Région. Une allusion assez claire à Abdelaziz Bouteflika qui, dimanche dernier, dans son message à la Nation où il annonçait officiellement sa candidature, disait, pour rappel, que «bien sûr, je n’ai plus les mêmes forces physiques qu’avant (…) mais la volonté inébranlable de servir la patrie ne m’a jamais quitté (…) ». (Le Soir)

Le 13 février 2019 et les jours suivants, en réaction à l’annonce de sa candidature, des jeunes ont manifesté à Bordj-Bou-Arreridj « Ya Bouteflika makèch el âhda el khamsa ».

Jeudi 14 février 2019

Depuis jeudi 14 février, la ville de Bordj Bou Arreridj est le théâtre de manifestations contre le 5éme mandat, écrit le huffpostmaghreb. Des centaines de jeunes se regroupent dès la tombée de la nuit à la cité du 8 mai 45 pour manifester contre le 5ème mandat en scandant “Bouteflika makach 5ème mandat”.

Vendredi 15 février 2019

Le vendredi 15 février, à l’issue d’une marche à Bordj Bou Arreridj « les choses ont failli dégénérer après l’arrestation par les forces de l’ordre de Brahim Laalami » (Salim Mesbah, huffpostmaghreb, 17.02.2019). Le jeune homme a été détenu pendant 48 heures. Le même jour, une centaine de supporters du CRB manifeste dans le métro contre Bouteflika « Yal marouki ma kench el âhda el khamsa ». Fortement propagée par le Pouvoir algérien, l’hostilité à l’égard de nos frères marocains n’est pas peu partagée en Algérie.

« Les services sécurité ont interpellé dix supporters qui ont pris part à la marche des supporters contre le 5e mandat du président-candidat Abdelaziz Bouteflika qui a eu lieu vendredi dernier (15.02) après la fin du match ayant opposé la JSD et le H. B. Chelghoum Laïd au stade Rouibah-Hocine, a affirmé le chef de la Sûreté dimanche passé. Il convient de souligner que cette marche qui a démarré pacifiquement, a pris une nouvelle tournure car les manifestants, essentiellement des jeunes, ont lancé des projectiles en direction du siège de la wilaya. Les services de sécurité sont intervenus en interpellant ces dix manifestants qui ont été présentés hier devant les instances judiciaires. (Le Soir)

Samedi 16 février 2019

Le 16, à Kherrata, des centaines de personnes manifestaient contre le 5° mandat et contre le FLN « dégage ! ». Des jeunes de Bordj-Bou-Arreridj appelaient à des marches en insistant sur la date « le 22 février », comme ces deux jeunes islamistes dans un appel sur Youtube. L’un d’eux porte une sorte de bonnet d’âne ou de toque de cuisinier. Eux aussi appellent à sortir en masse le 22 février, « n’ayez pas peur ! » Le samedi 16, « Des centaines de personnes, en majorité des jeunes, ont répondu à un appel, dont on ne connaît pas encore l’origine, pour une marche contre le cinquième mandat au centre-ville de Kherrata, » (Algériepatriotique/ Nezzar)


« Quelque deux cents personnes ont rejoint, ce dernier jeudi (14.02) en milieu de matinée, le parvis du théâtre régional Azzedine-Medjoubi de Annaba pour manifester leur réprobation d’un cinquième mandat pour le président sortant dont l’annonce a été faite récemment, munis de banderoles sur lesquelles étaient inscrits des slogans tels que : ‘‘non à un cinquième mandat’’, ‘‘le mandat de la honte’’ ou ‘‘le mandat de trop’’. Parmi les protestataires, figurent des militants politiques, des avocats, des médecins, des militants des droits de l’homme, des étudiants et de simples citoyens. En répondant à l’appel des organisateurs, les personnes présentes voulaient marquer leur désaccord quant au cinquième mandat, ont-ils affirmé. «Parce qu’il s’agit du mandat de trop que nous sommes là aujourd’hui», ont tenu à dire quelques-uns des présents. Une importante mais discrète présence policière surveillait les lieux sans pour autant intervenir. Vers 11h30, les protestataires se sont dispersés dans le calme, promettant de revenir autant de fois qu’il faut «pour empêcher» l’avènement du cinquième mandat. » Le Soir)

Les six syndicats, le Snapest, le Cnapeste, l’Unpef, le CLA, le Satef et le SNTE, qui se sont réunis jeudi, à Alger, ont annoncé une grève nationale de deux jours les 26 et 27 février prochains. (Le Soir)

« Le général de corps d’Armée, Ahmed Gaïd-Salah… poursuit, en sa qualité de représentant de son Excellence, le Président de la République, chef suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, la deuxième journée de sa visite officielle aux Emirats arabes unis, à l’occasion de la 14e édition du Salon international de défense «IDEX-2019 à Abou Dhabi, où il a pris part, aujourd’hui 17 février 2019, à la cérémonie d’ouverture, présidée par Son Altesse Cheikh Mohamed Ben Rached Al-Maktoum, vice-président de l’Etat, président du Conseil des ministres, gouverneur de Dubaï et ministre de la Défense des Emirats arabes unis», précise le communiqué. » Cette visite s’inscrit dans le cadre du «renforcement de la coopération entre l’Armée nationale populaire et les forces armées émiraties, et de l’exploration des voies et des moyens de sa promotion», ajoute la même source. (APS)

« Après des mois d’un insoutenable statu quo, l’annonce de la candidature du Président en exercice, si elle n’a pas beaucoup surpris, elle a été porteuse de projections dans un avenir proche. Le Président-candidat propose une conférence nationale post-élections. L’opposition accueille cette annonce avec grand scepticisme et autant d’interrogations. Les partis dont la proximité avec le régime n’est plus à démontrer applaudissent, se suffisant de l’effet d’annonce sans attendre d’en savoir davantage. L’opposition semble pour une fois d’accord. » (Le Soir) « Des centaine de supporters du match ayant opposé la JSD au H. B. Chelghoum Laïd vendredi au stade Rouibeh-Hocine ont ‘‘improvisé’’ à leur sortie une marche à travers certaines artères de la ville de Jijel, a-t-on appris auprès de témoins oculaires. Les marcheurs, essentiellement des jeunes supporters qui ont sillonné certains quartiers de la ville, entre autres Bourmel, Soummam et des quartiers du centre-ville, ont scandé des slogans anti-5e mandat du Président-candidat Bouteflika. Notre source a ajouté que cette marche, qui a démarré pacifiquement et qui se dirigeait vers les hauteurs a pris une nouvelle tournure. Les marcheurs ont lancé des projectiles à l’encontre du siège de la Wilaya, ce qui a nécessité l’intervention des agents de l’ordre pour faire disperser les manifestants dont l’action a fait sortir la ville de ‘‘son sommeil politique’’ dû à la faillite des acteurs politiques opposants au 5e mandat et la démission du mouvement citoyen. » (Le Soir) « A leur manière, les citoyens ont… très tôt commencé à livrer leur avis sur la présidentielle. Les commentaires postés à ce sujet foisonnent, divergent et se déversent à volonté étalant des vérités crues auxquelles font en particulier face candidats et personnalités politiques. Ceux-ci l’ont compris depuis bien longtemps déjà, Facebook offre un espace d’échange et une proximité incontournable avec les Algériens. » (Le Soir)

Dans une vidéo postée sur Youtube le 18 février par HellO Dz, deux jeunes de Bordj Bou Arreridj tiennent un discours contre le pouvoir : « Le 22 nous ramènerons l’indépendance », « chaque wilaya doit descendre » Le jeune homme dit reconnaître que Ouled el Bahdja (supporters de foot d’Alger) sont les premiers (à manifester contre le régime).

CLIQUER ICI pour voir un extrait de l’appel à manifester le 22 de Bordj- bou-Arreridj.

Pour ce qui est des imam béni-oui-oui, Bejaia F. écrit sur FB : « Les gens refusent de faire la prière et quittent la mosquée El Kawtar après que l’imam a commencé la khotba sur le sujet El Khourouj an el hakim. Sab. Z., quant à elle écrit : « c’est bien ce qu’on appelle l’arroseur arrosé ! Vous voulez mettre en garde vos ouailles contre el khourouj an el hakim ? Eh bien vous avez eu droit à un khourouj an essalat. Bravo à nos citoyens conscients de Bejaia. » Le même jour, le 18 février, Sab. Z., écrit un peu trop vite : « Jamais je ne vais marcher côte à côte avec des islamistes… ». Plus tard, Sl.A.S qui doutait de ces appels « aux origines douteuses tout en ayant un caractère religieux » fera son mea culpa « après le 22 février et le 1° mars j’ai vu autre chose dans ces manifestations… » Le même jour j’écrivais sur FB « vigilance oui, mais pas rejet. »

Les syndicats du Cnapeste et du Satef accusent le ministère de l’Éducation de vouloir pousser le secteur au pourrissement.(Le Soir) Le matin du mardi 19 février, à Khenchela, près d’un millier de personnes se rassemblent devant la mairie sur la façade de laquelle sont posés sur toute sa hauteur, un drapeau et le portrait du président. Des personnes grimpent pour enlever le portrait géant. Les manifestants crient « enlève le gang (le bandit), pas le drapeau ! » (« nahi el issaba, machi el aâlem ») (Le Matin)

Mercredi 20 février 2019

Le 20 février, un avion de combat de type (SU24) s’est écrasé près de la commune de Rechaïga dans la wilaya de Tiaret causant la mort du pilote et du copilote. Ce même jour, le 20 février, je poste les vers de cette belle chanson/vidéo de Ouled El Bahdja, qui s’intitule Ultima verba : « Ooooh…/ Lyam etrouh we twelli wel batel yebka/ Hadou khellaw ezzawali ya’chak fel mout/ Ki wellet hakda la série bqatelha halqa/ Ga’ ma tebkich ya bladi chedda we tfout/ On est là we slala makech doute/ Tesqot eddawla welli khedmo l’autoroute/ La liberté la liberté la liberté/ El virage raho iqol/ Li yerdha ghir el medloul/ Louham li rsamtouha fi âkoul ennas/ Tel lewwen bel faâl el ghayeb que des paroles/ Wa ana hakda yesrali, ki ifidh el kess/ Qalbi mel oujaâ sahran ou yekteb fel Qoul/ Lyam etrouh we twelli wel batel yebka… » Prémonition ?


« La France aux commandes a pris acte sans réserve de la candidature de Bouteflika. Une option à laquelle elle était déjà préparée alors que des critiques particulièrement virulentes sont émises dans les milieux médiatiques et les faiseurs d’opinions. » (Le Soir) « Le soutien qu’apporte le célèbre avocat Mokrane Aït Larbi à la candidature de l’ancien général-major Ali Ghediri a généré des critiques, mais aussi une certaine somme d’interrogations auxquelles il a décidé de répondre dans une lettre transmise hier à la presse. Dans son ensemble, cette lettre se résume à une série d’explications à travers lesquelles l’avocat justifie son engagement aux côtés d’un candidat pas comme les autres. » (Le Soir)


« Les premiers invités commencent à arriver (le 20.02) au siège d’El-Adala où Djaballah les attend depuis un moment. Les partis politiques ayant annoncé leur participation quelques jours auparavant sont tous là : Fadjr Djadid, de Tahar Benbaïbèche, l’Union des forces démocratiques (UFD) de Nouredine Bahbouh, ou l’Union démocratique et sociale (UDS) de Karim Tabbou, Abdelkader Bengrina (El Binaa). Des figures bien connues de la scène politique arrivent presque en même temps. Ali Benflis, Nourredine Bahbouh et Abdelaziz Rahabi ont également répondu présents. Joint dans la matinée, le responsable du parti Talaioue El-Hourriet avait confirmé sa participation. ‘‘Oui, je serai présent, nous disait-il, alors, j’ai été invité, je me rends à toutes les rencontres, je m’informe, je débats.’’ L’arrivée de Abderrezak Makri ne passe pas inaperçue… le chef du MSP (Mouvement de la société pour la paix) avait paru quelque peu gêné ces derniers jours. ‘‘Je n’ai jamais voulu torpiller l’initiative de Djaballah’’, a-t-il déclaré à des journalistes qui l’interpellaient sur le sujet. » (Le Soir)

Jeudi 21 février 2019

Le 21 février, deux journaux (L’Expression et Le Quotidien d’Oran) publient une apologie du président Bouteflika par Amine M., un ancien journaliste : «Abdelaziz Bouteflika : Un homme, une vision et une démarche au service de la paix – L’homme est resté fidèle aux orientations et aux motivations qui furent les siennes depuis la flamme de novembre 1954, en faisant évoluer les mentalités et nos regards vers un avenir de paix, de concorde, de réconciliation et de vivre ensemble. »


Le jeudi soir 21.02., les prévisions météo diffusées sur El Jazaïriya One indiquent qu’il fera beau temps sur tout le territoire avec pour le matin 0° à El Bayed, 3 sur la côte ouest et en Kabylie, 5 à Alger, 9 à Tamanrasset… L’après-midi : 16 à Alger et ses environs, 14 à Constantine, 20 à Oran, Ghardaïa, 26 à Aïn Salah, 23 à Béni-Abbes, Tabelbala et Illizi…

Vendredi 22 février 2019

« Hai Akid Lotfi: Chute mortelle d’un maçon chinois  – Un maçon, de nationalité chinoise, a été victime d’une chute mortelle. Le drame s’est produit, vendredi (22.02), en fin de journée, à Hai El Akid Lotfi. La victime a chuté du 5ème étage d’un parking à étages en construction. La dépouille de la victime âgée de 31 ans, a été déposée à la morgue de l’Etablissement hospitalier 1er Novembre 1954. Une enquête a été ouverte. » (Le Q. d’Oran)

Le 22 février : AFP note : « Plusieurs cortèges, dans lequel des drapeaux algériens étaient visibles, se sont formés à la mi-journée à Alger à l’issue de la grande prière hebdomadaire musulmane. » Vous avez bien lu le degré de précision « des drapeaux algériens » et la « prière musulmane » des fois que… non, mais…va savoir !

Le journaliste Hacen Ouali poste une vidéo montrant des manifestants à Alger. « Des dizaines de milliers à Alger ». Peu avant, Mohamed N. B. poste ces mots au bas d’une photo : « « Jazaïr houra dimocratia » ( Algérie libre et démocratique). Le slogan faste des démocrates Algériens des années 80 et 90, repris en chœur en 2019 par la jeunesse du nouveau millénaire… »

En France, dans une vidéo, le « gilet jaune » Maxime N. estime que le sionisme est une idéologie « raciste » (francetvinfo.fr)

« La dernière manifestation à Alger a eu lieu en février 2018 lorsqu’un millier de médecins en formation avaient réussi à braver l’interdit en se rassemblant devant la Grande Poste. Ils avaient été rapidement encerclés et bloqués par la police » (AFP) 

Toujours le 22.02. Dans Le Point/Afrique, A. Meddi écrit : « « Le peuple ne veut ni de Bouteflika ni de Saïd (le frère du président) », criaient les manifestants sortis à Alger dès l’après-midi, par milliers, bravant l’interdiction de manifester dans la capitale effective depuis 2011. Une source policière parle de 7 000 manifestants rien qu’à Alger, alors que d’autres sources parmi l’opposition parlent de 100 000, des chiffres impossibles à vérifier. » Et plus loin « aujourd’hui, à Annaba, Constantine (est), Touggourt, Adrar (sud), Oran, Tiaret, Relizane (ouest), Tizi Ouzou, Bouira et Béjaïa (Kabylie), des milliers d’Algériens ont manifestés » et encore : « Les manifestants algériens démolissent un grand panneau publicitaire avec la photo de leur président actuel, Abdelaziz Bouteflika, lors d’une manifestation contre sa candidature pour un cinquième mandat. Les manifestants (sont) sortis à Alger dès l’après-midi, par milliers, bravant l’interdiction de manifester dans la capitale effective depuis 2011… Tôt dans la matinée, des dizaines de camions de la police antiémeute se sont déployés dans Alger-centre. »

« Par groupes de centaines, des Algériens sont donc sortis dans les rues (le vendredi 22.02) en réponse à des appels à réagir contre le nouveau mandat que brigue Abdelaziz Bouteflika.
Les initiateurs ou auteurs de ce «projet de rue» restent toutefois inconnus à ce jour. Beaucoup y avaient vu la main des islamistes en raison du jour et du moment choisi, un vendredi après la prière hebdomadaire, ce qui avait soulevé certaines réticences auprès de nombreux citoyens craignant la manipulation… Hier, et dans plusieurs wilayas du pays, les citoyens n’ont pas attendu l’heure programmée (la fin de la prière du vendredi) pour descendre dans les rues.
A Tiaret, à Guelma et Jijel, les manifestants semblaient bien moins nombreux qu’ailleurs. A Béjaïa, Mostaganem, Tizi-Ouzou, Annaba, la foule était beaucoup plus nombreuse pouvant atteindre quelquefois les deux mille personnes, selon les correspondants de presse présents sur place. Tous les regards étaient cependant braqués sur Alger. Une réelle tension était perceptible dès les premières heures de la matinée. Un important dispositif des forces de l’ordre s’est déployé sur les grands axes d’Alger-Centre mais aussi dans les quartiers jugés sensibles. Des camions de police étaient déjà sur place bien avant 10 h à Bab-el-Oued où la population semblait bien plus occupée à vaquer à ses occupations. Ici, les achats de dernière minute se font normalement même si certains avouent avoir fait le plus gros des provisions la veille ou quelques jours auparavant en raison de la crainte suscitée par les appels anonymes lancés sur Facebook. «Nous resterons ouverts jusqu’à la prière du vendredi, et qu’ils ne comptent pas sur nous pour envoyer nos enfants se faire massacrer, on a payé un prix lourd en 1988», explique un épicier. «Ce que l’on craint c’est que cette jeune génération qui ignore tout de ce que nous avons traversé fonce tête baissée.» Place des Martyrs, Audin, Didouche-Mourad: les lieux sont quadrillés. Des camions de la police se sont, là aussi, positionnés dès les premières heures de la matinée. Des agents en civil et munis de talkies walkies sillonnent les rues où règne une ambiance particulière. Tout est vide, les citoyens sont très peu nombreux. On dit à ce moment qu’il est encore trop tôt. Vendredi est un jour de repos et la tendance est à la grasse matinée. Plusieurs magasins qui avaient pour habitude d’ouvrir la mi-journée ont cependant gardé leurs rideaux fermés au centre-ville. A la place des Martyrs, l’activité est moins dense qu’à l’habitude. On commente à voix basse les vidéos qui circulent sur Facebook et les photos montrant les marches qui se déroulent au même moment dans d’autres régions du pays. Pas d’avis sur la question, dans les discussions, on insiste surtout sur le caractère pacifique des protestations en cours. Avenue de l’ALN : des forces anti-émeutes sont stationnées tout le long de la route. Sans doute des renforts prêts à l’intervention en cas de débordement. Le plus gros du dispositif était cependant visible au 1er-Mai où l’on a vu les CRS, bouclier et matraque en main, resserrer nerveusement les rangs peu de temps après la fin de la prière du vendredi.

L’appel n’est pas resté sans réponse. Bab-el-Oued a finalement bel et bien manifesté dans le calme le plus absolu. Il en était de même à la place du 1er-Mai. Ici, les manifestants se sont rassemblés par petits groupes qui n’ont cessé de grossir aux alentours de 15h30. Des jeunes en motos sortis d’on ne sait où débarquent. Le même scénario se déroule au centre-ville où des centaines de personnes défilent. Les slogans sont hostiles au cinquième mandat. Des renforts de CRS arrivent mais observent les évènements sans réagir. (Le Soir)

Maghreb Emergent le 23.02 : « Des centaines de milliers Algériens voire plus ont brisé hier vendredi 22 février le mur de la peur et des interdits en descendant dans les rues des villes pour dire non au projet du 5è mandat et exigeant le départ du pouvoir actuel. C’est un véritable tsunami populaire qui a inondé aussi bien les grandes villes que les petites localités du pays… Les rues des villes comme Alger, Constantine, Oum El Bouaghi, Batna, Bejaia, Annaba, Guelma, Blida, Skikda, Khenchela, Bourdj Bou Arriridj et Bouira n’ont pas pu contenir les foules hostiles au 5è mandat. El Watan titre ce samedi matin « L’Algérie dit NON ! », « L’Algérie se soulève contre les Bouteflika » Le Quotidien d’Oran, réservé : « Marches à travers le pays contre le 5° mandat ».

Samedi 23 février 2019

Dès le lendemain des marches, Le Quotidien d’Oran s’interroge : « Otages de fausses promesses – L’élection présidentielle du 18 avril prochain a pris une tournure tout à fait étrange. Sinon comment interpréter ces appels à des marches contre le 5ème mandat maintenant ? Le timing de ces appels est-il opportun ? Pourquoi n’avoir pas appelé à des marches de protestation contre le 5ème mandat bien avant, au moment où les partis de la majorité présidentielle avaient annoncé leur candidat ? Mieux, est-on là face à des tentatives d’instrumentaliser la rue pour faire barrage, d’une autre manière, à un 5ème mandat que les partis de la majorité veulent faire passer comme une alternative inéluctable ? Des questions et peu de réponses, car la conjoncture politique actuelle est en train de prendre de la vitesse et une tournure qui sont, en réalité, autant de facteurs de rupture avec le discours politique ambiant… Bien sûr, bien des appétits politiques se cachent derrière ces marches de protestation contre le 5ème mandat. Par contre, la rue aura exprimé, à sa manière et jusqu’à présent par une expression démocratique jamais enregistrée jusque-là, ce qu’elle pense de cette élection… »

Le 23 février je poste ces mots sur FB : « Vivement vendredi prochain… et les suivants… Marcher pacifiquement pour une Algérie libre et (authentiquement) démocratique. » « Vous vous êtes enfin réveillé de votre sommeil » m’invective un facebooker. « Peut-être bien, vous connaissez probablement mieux que moi mon propre passé… »

Le même jour j’ai posté : « C’était hier vendredi 22 février. Des milliers d’Algériens ont manifesté pacifiquement « contre le 5° mandat de Bouteflika », dans plusieurs villes comme Alger, Tlemcen, Batna, Bejaïa, Bouira, Tebessa, Khenchela, ouargla, Boumerdès, Oum el Bouaghi, Tiaret, Sétif, Tizi Ouzou, Annaba, Sidi Bel Abbes, Oran… El Watan titre ce matin « L’Algérie dit NON ! », « L’Algérie se soulève contre les Bouteflika » Le Quotidien d’Oran, réservé : « Marches à travers le pays contre le 5° mandat » Rendez-vous est pris pour vendredi prochain, 1° mars. »

Puis ce texte, plus long : « Les Algériennes et les Algériens aspirent à une Algérie authentiquement démocratique, libre et heureuse. Ils l’ont maintes fois prouvé. Cette Algérie libre et heureuse, authentiquement démocratique, ne peut se concevoir sans la liberté de parole. La libre parole, ce droit premier de l’Homme, doit être accessible dans la rue et dans tous les médias, publics et privés, sans entraves. Une libre parole respectueuse de toutes les autres paroles, exprimée dans la langue de son choix, sans complexe aucun, sans stigmatisation. Il y a en Algérie des dizaines de chaînes de télévision, de radios, de journaux, publics et privés, mais la parole n’y est pas réellement libre. La censure et l’autocensure sont permanentes. Les Algériens et les Algériennes, qui ont payé le prix fort, ont soif d’une « Révolution de velours », sans donc aucune violence ni casse, sans qu’aucune goutte de sang soit versée. Une Révolution pacifique, celle qu’appréhendent par-dessus tout les tenants du « Système » actuel, prêts à toutes les intrigues et violences. N’oublions jamais Octobre 1988, ni janvier 1992 et les années qui suivirent, n’oublions jamais non plus les manipulations de la religion à des fins politiques de certains partis et organisations islamistes dont les paroles ont semé la mort par milliers. Cette Révolution douce algérienne a peut-être commencé hier, vendredi 22 février 2019. À travers de nombreuses villes du pays de Tlemcen à Annaba, de Bejaïa à Ouargla en passant par Alger, Oran, Sidi-Bel-Abbès… des milliers d’Algériens et d’Algériennes, jeunes et moins jeunes, ont manifesté contre le Système (« Non au 5° mandat » brigué par un des hommes du Système) dans le calme et sans heurts, offrant parfois des fleurs aux policiers bienveillants. D’autres vendredis arrivent. Faisons (chacun selon ses possibilités) qu’ils soient noirs de monde et prometteurs de tous les espoirs jusqu’à la victoire, pour une Algérie authentiquement démocratique, libre et heureuse. »

À la question de savoir si l’élection lui paraît jouée d’avance, Antoine Basbous, « l’observateur averti » déclare à Libération.fr « A mon sens oui. Le clan au pouvoir a déjà préparé les chiffres qu’il publiera le 18 avril au soir : le taux de participation, le pourcentage du président sortant. On parle d’un chiffre autour de 80 %… » et ceci en chapô de l’article : « Pour le politologue Antoine Basbous, ni l’opposition algérienne ni la situation économique ne peuvent empêcher le clan du pouvoir, mené par le frère du Président, de faire réélire un homme gravement malade. » Observateur averti.

« L’ampleur de la contestation de la candidature de Abdelaziz Bouteflika, exprimée vendredi dernier (22.02) à travers quasiment tous les chefs-lieux des grandes villes du pays, Alger compris, constitue, assurément, le plus grand défi auquel se trouve confronté, désormais, l’homme qui accédait au palais d’El Mouradia comme «candidat du consensus» en 1999. Coup dur pour l’ego de celui qui s’est systématiquement prévalu du soutien massif et indéfectible, du peuple algérien. » (Le Soir)

« Du nord au sud, d’est en ouest, les grandes villes ont répondu à un appel, anonyme de surcroît, lancé quelques semaines auparavant sur le réseau social privilégié des Algériens : Facebook… Il y a une année encore, le passage de la contestation virtuelle à celle de la réalité était, pourtant, encore chose impossible. En 2017, et face à la dégradation du pouvoir d’achat induit par une crise économique sévère, un appel similaire avait été lancé sur le même réseau social mais sans résultat.
L’anonymat des initiateurs de ce projet a dissuadé. Les citoyens n’étaient-ils pas prêts à ce moment ? La situation politico-économique n’avait-elle pas atteint l’impasse dans laquelle elle se trouve aujourd’hui ? Les images des conséquences des révolutions arabes et celle des réfugiés apatrides (largement utilisées comme moyens de dissuasion) ont-elles réellement tétanisé ? A ces éléments d’interrogations, s’ajoutent des faits bien réels. La répression systématique de toutes les tentatives d’investir la rue (médecins tabassés, syndicats de l’éducation…) a été érigée en règle et appliquée de manière à frapper les esprits. Depuis la confirmation de l’option du cinquième mandat et l’annonce officielle de la candidature de Abdelaziz Bouteflika, les forces de l’ordre semblent avoir été instruites d’éviter de réagir face à la contestation populaire. A Khenchela, des centaines de personnes sont sorties manifester pacifiquement contre le cinquième mandat et aucune répression ne s’en est suivie.

La Kabylie qui a depuis longtemps brisé le carcan de la peur et de l’intimidation, s’est exprimée à travers des marches grandioses sans incidents notables. Encouragées, d’autres villes ont suivi. Le phénomène s’est amplifié atteignant son point culminant ce vendredi (22.02). Les plus sceptiques doutaient de la réaction des Algérois qui se sont manifestés très peu de temps après la prière hebdomadaire. Les grandes artères de la capitale ont été investies par une foule disciplinée, non encadrée et qui n’a, à aucun moment, versé dans des actes de provocation de saccage. Le chaos n’a pas eu lieu. Craignant le pire, certaines représentations étrangères ont instruit leur personnel de ne pas sortir, d’autres ont demandé la protection de leurs biens. C’est ainsi que le dispositif retiré devant l’ambassade de France s’est redéployé la veille de l’événement. Mais, les craintes se sont avérées inutiles. Les Algériens ont prouvé que leur but était d’exprimer leur opinion. » (Le Soir)

Dimanche 24 février 2019

Le dimanche 24 février, le chef de l’État s’envole pour Genève pour recevoir des « soins de santé périodiques », alors que la place Audin (Alger) est noire de monde. Des femmes offrent des fleurs à des policiers. Le jour même, la journaliste Meriem Abdou démissionne de son poste de rédactrice en chef de la Chaîne 3 de la Radio nationale à cause de la censure relative aux manifestations du vendredi 22 février. La veille, elle a écrit ceci sur sa page FB “J’ai décidé, moi Meriem Abdou, de déposer, dès demain ma démission de mon poste de rédactrice en chef, membre de l’encadrement de la Chaîne 3. Je refuse catégoriquement de cautionner un comportement qui foule aux pieds les règles les plus élémentaires de notre noble métier”. « Devant le silence de la radio nationale qui n’a pas couvert les manifestations de la veille contre le 5e mandat de Bouteflika, sa rédactrice en chef de l’antenne francophone, Meriem Abdou, a préféré rendre son tablier. » (Le Point/ Afrique)

« Un tabou est brisé – Un tabou est tombé vendredi 22 février. Le mur de la peur a été brisé et des Algériens, toutes catégories sociales confondues, ont été unanimes à rejeter autant le 5ème mandat que les tentatives politiciennes d’imposer une continuité politique qualifiée de suicidaire. Par cette action l’on a voulu exprimer son refus d’un état de fait imposé par la force d’un système politique qui a trop longtemps surfé sur la fibre patriotique, mais en restreignant chaque jour un peu plus les territoires des libertés fondamentales, l’expression citoyenne. » (Le Quotidien d’Oran)

En France on commence à paniquer. « Le cauchemar du président de la République, c’est l’Algérie. C’était aussi celui de ses prédécesseurs. Les plus hautes autorités de l’Etat sont terrifiées par la perspective d’une grave déstabilisation de notre ancienne colonie après la mort de Bouteflika [président depuis 1999]. » Déclare « un personnage central de la macronie » selon La nouvelObs.com.

Dimanche 24.02 : FB me demande si je veux partager une vidéo que j’avais posté en février 2014 ! Je clique sur OK. Sur cette vidéo – il s’agit de « I am Happy » de Pharrell Williams. J’avais ajouté en sur impression sur les images de la vidéo ce texte que j’ai intitulé I am happy, on coule ! C’était l’époque du 4° mandat : « It might seem crazy what I’m about to say / Sunshine she’s here, you can take break / Il peut sembler fou ce que je m’apprête à dire/ Brille, Soleil voici la bonne nouvelle/ Ils ont osé !/ L’ancêtre brigue un 4° mandatUn revenant jure laver plus blanc que blanc/ Un 3° hésite/… /La télé est heureuse/Les journaux sont heureux/Here come bad news talking this and that… /On est au bord du gouffre/Et le drabki derbek/Nous sommes heureux/Hamdoullah… » (le texte entier et la vidéo se trouvent ici : 

http://leblogdeahmedhanifi.blogspot.com/2014/02/429-happy-on-coule.html)

Au-delà de toutes les lectures que l’on puisse faire, l’Algérie a connu un tournant majeur, vendredi (22.02.), dans ce qu’on pourrait appeler l’expression du droit à la manifestation, un droit remis en cause on ne sait plus combien de fois, avec une violence souvent inouïe, particulièrement dans la capitale. Quarante et une interpellations pour troubles à l’ordre public, actes de vandalisme, dégradation de biens, violence et voie de fait. Voilà en tout et pour tout l’étendue du bilan des manifestations de vendredi dernier, rendu public par la Direction de la Sûreté nationale quelques heures après les marches pacifiques ayant été organisées à travers plus d’une trentaine de wilayas. Un nombre d’interpellations finalement qui ne sort pas de la normale et surtout qui résonne comme une réponse on ne peut plus cinglante à ces alarmistes – qu’on peut comprendre – qui ne pouvaient s’empêcher d’émettre la hantise d’un face-à-face entre manifestants et policiers qui fatalement aboutirait à l’irréparable. ( Le Soir d’Algérie) Des rassemblements contre le cinquième mandat sont prévus aujourd’hui (dimanche 24.11) sur tout le territoire national, à l’appel du mouvement Mouwatana. Les lieux de rendez-vous sont fixés à la place Audin pour la capitale, et devant les sièges de wilaya à travers tout le territoire national, à partir de 12h. Soufiane Djilali, coordonnateur national du mouvement estime que c’est le moment de maintenir la pression. (Le Soir) Le président de l’instance dirigeante du FLN, Mouad Bouchareb, a affirmé hier à partir d’Oran, qu’il y a des gens qui voudraient allumer le feu de la discorde mais, dit-il : «Cette étincelle qu’ils veulent allumer est arrosée par le sang des chouhada et le sang des chouhada jamais ne s’enflamme.»… Dieu a envoyé des hommes religieux, des savants, des combattants, des moudjahidine, pour agir pour le bien des nations et «il a aussi envoyé Bouteflika en 1999 pour redresser l’Algérie et lui redonner ses lettres de noblesse et lui rendre sa dignité». (Le Soir) Le candidat à la candidature à l’élection présidentielle du 18 avril prochain, Ali Ghediri, invite les tenants du pouvoir à «se hisser au même niveau dont a fait preuve, le peuple algérien, avant-hier vendredi lors des manifestations populaires contre le 5e mandat présidentiel organisé dans pratiquement l’ensemble des wilayas du pays». (Le Soir) Prévues initialement samedi (23.02), les rencontres MC Alger-MC Oran, comptant pour la 22e journée de Ligue1, et JSM Béjaïa -Paradou AC pour le compte des quarts de finale de la Coupe d’Algérie, aller, ont été reportées à une date ultérieure. Si la ligue de football professionnel (LFP) ne précise pas le motif du report du match MCA-MCO, celui évoqué pour justifier le report JSMB-PAC est «d’ordre public», selon la fédération algérienne de football (FAF). Ce ne sont d’ailleurs pas les seules rencontres reportées puisque le derby algérois entre l’USM El-Harrach et le RC Kouba, comptant pour la 23e journée de Ligue 2 Mobilis, prévu vendredi (22.02), a été reporté à mardi (26.02). (Le Soir)

J’ai noté plusieurs points : Louisa Hanoune demande le report de l’élection présidentielle. Le soir, il y a un beau débat sur la chaîne Aljazaïria One. L’émission s’intitule « Philo-Talk ». Discussion sur les idéologies, l’évolution depuis 1962, « quelle Algérie voulons-nous, ay jazaïr nourid. » 

« Samedi dans la matinée, détritus, restes de repas, boites de pâtisseries et de boissons, jonchaient encore le sol dans les principales artères de la capitale, là où des milliers de manifestants contre le 5e mandat sont passés la veille. Au lendemain d’une impressionnante marche, jamais enregistrée depuis la grande marche des Arouchs en 2001, les Algérois revenaient fatalement sur la suite de cet événement, et la réaction du pouvoir par rapport à une marche en principe interdite. D’autant que le collectif Mouwatana de Sofiane Djilali a également appelé à une marche de protestation contre le 5e mandat ce dimanche à Alger, qui suscite là également les pires inquiétudes. Des appréhensions légitimes taraudent les Algérois, qui pensent cependant que le plus dur a été fait vendredi, avec la sortie dans la rue de dizaines de milliers de manifestants. Sur place, le service d’ordre est discret, avec quelques rotations d’hélicoptères, après le déploiement de forces policières de la veille. Le gros des forces de police est stationné aux alentours des entrées principales d’Alger. L’appel à manifester ce dimanche contre le 5e mandat lancé par Mouwatana est par ailleurs diversement interprété à Alger. Certains avancent que là également il y aura beaucoup de manifestants… » (Le Quotidien d’Oran)

Lundi 25 février 2019

« Les Algériens ont été certes moins nombreux que vendredi passé à descendre dans la rue hier en réponse à l’appel à manifester en ce jour symbolique du 24 février lancé par Mouatana. Ce qui n’induit nullement que la colère populaire contre le surréaliste cinquième mandat est retombée et que les citoyens après avoir exprimé leur rejet de ce projet insensé vont se contenter de regarder faire le pouvoir et sa clientèle. Mouatana n’est pas parvenue à mobiliser parce que à tort ou à raison elle est perçue comme étant dans une stratégie de récupération du mouvement de protestation contre le cinquième mandat. Or ce qui a distingué les marches et rassemblements imposants du vendredi 22 février a été que leurs participants ont eu manifestement à cœur la volonté de s’émanciper de toute tutelle qu’elle soit partisane ou doctrinale… »  (Le Quotidien d’Oran)

« Le Général de Corps d’Armée Ahmed Gaïd Salah, Vice-Ministre de la Défense Nationale, Chef d’Etat-Major de l’Armée Nationale Populaire a reçu en audience, aujourd’hui 25 février 2019, au siège du Ministère de la Défense Nationale, Madame Elisabetta Trenta, Ministre de la Défense Italienne » lit-on sur le site du ministère de la défense, alors que plusieurs associations dont RAJ, SOS Disparus, LADDH, Djazaïrouna… signent un texte à la suite des manifestations : « Les Algériennes et les Algériens ont renoués avec la contestation et les manifestations populaires pacifiques en brisant le mur de la peur et bravant la menace en sortant par centaines de milliers dans toutes les villes du pays pour dénoncer le 5ème mandat et revendiquer le changement du système… »

Prise de court par la force des manifestations de vendredi contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat, la mouvance islamiste, toutes tendances confondues, est apparue divisée. Parmi les opposants aux manifestations de vendredi, se trouve le très conservateur Comité national de coordination des imams, qui a relayé l’instruction du ministère des Affaires religieuses. En vain, des imams ont tenté dans leurs prêches, lors de la grande prière de vendredi, de dissuader les fidèles de répondre aux appels à manifester, parce que « nul ne sait s’ils émanent d’un Algérien ou d’un ennemi, d’un musulman ou d’un athée »! (Hacène Zerouky- L’humanité du 25.02). Toujours ce lundi 25, un post sur Facebook montre l’image d’une femme offrant une rose blanche à un gendarme, bras tendu, prêt à la recevoir.

Seddik Chihab, le porte-parole du RND, partie de la défaite, de l’échec et de la corruption (avec le FLN) déclare à TSA (25.02) sans manquer d’air : « Il est rare que les changements par la rue réussissent. Il n’y a qu’à revenir aux révolutions colorées (dans l’Europe de l’Est) ou aux révolutions parfumées, les jasmins (Tunisie) ou les œillets (Portugal). Il n’y a qu’à voir la situation actuelle de la Tunisie. Regardez comment ce pays a reculé. Regardez la démocratie égyptienne… La rue peut être un moteur ou un élément de prise de conscience. La rue ne peut pas être une alternative sérieuse »

Abdelaziz Bouteflika répond, à sa manière, aux manifestations et marches de ces derniers jours contestant sa candidature pour un cinquième mandat : en les ignorant superbement et, mieux encore, en insistant sur «les vertus de la continuité», en l’occurrence sa propre continuité à la tête du pays au-delà du 18 avril prochain. «Une continuité garantissant la persévérance dans la bonne voie et permettant de remédier aux erreurs marginales», assure-t-il dans son dernier message en date, hier dimanche. (Le Soir)

Le cours pris par la pré-campagne électorale pour la présidentielle n’influe en rien sur l’administration si l’on doit se fier aux propos tenus, hier, sur la Chaîne 3, par le directeur des libertés au ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales (MICL), Abderrahmane Sidini. Pour tout dire, le cadre du ministère de l’Intérieur affirme que, apparemment, tout se passe comme dans le meilleur des mondes… (le Soir)

À L’appel de Mouwatana Sit-in devant la Wilaya d’Oran. Hier, elles étaient en majorité une vingtaine de femmes rejointes par près de 5 hommes plus tard, à répondre à l’appel à des rassemblements au niveau national lancé par le mouvement Mouwatana.  Le rendez-vous était donné entre midi et 14 heures devant le siège de la Wilaya. Arrivée sur place aux environs de 13 h, seule la dizaine de voitures de police et quelques policiers en faction devant la Wilaya étaient présents. Cinq minutes après notre arrivée, des femmes ont commencé à se regrouper affichettes en main où l’on pouvait lire «Non au 5e mandat ; action pacifique… ».  Aussitôt, les quelques policiers ont été rejoints par leurs collègues, qui ont vite entouré le groupe de manifestants leur intimant l’ordre de s’éloigner des escaliers principaux de l’entrée de la Wilaya. Et un autre de se montrer plus intransigeant en demandant à l’une des manifestantes de baisser son affiche, ce qu’elle refusera fermement de faire. Aussitôt, l’agent de police perd son sang-froid et l’agrippe avec force et parvient à lui arracher son affiche. La jeune femme rougie par la violence du geste, n’a pas cédé et a vite réécrit un slogan sur une autre affiche et a rejoint ses amies. (le Soir)

Les Algériennes et les Algériens se sont sentis insultés par cette indigne mascarade d’un cinquième mandat qui consiste à imposer un vieillard à l’agonie en tant que candidat de l’espoir et du renouvellement. Cet élément a joué comme un détonateur de mécontentement, la goutte d’eau qui a fait déborder un vase d’indignation et d’amertume. Ce que les populations contestent et rejettent ne se limite pas à la reconduction d’un président-zombie. Le peuple algérien est exaspéré et ne veut plus de cette dictature brutale et incompétente, corrompue au-delà de toute expression et qui conduit, au vu et au su de tous, le pays vers de sombres lendemains. (Omar Benderra- Algeria Watch- 25.02)

Je poste ces mots sur a page FB : « Où que nous soyons, en Algérie (tous les vendredis) ou à l’étranger (tous les samedis), manifestons pacifiquement contre le « Système ». Manifestons contre le candidat, et contre tout candidat de substitution. Manifestons notre opposition à tous ls représentants du régime autoritaire algérien. Disons ‘‘ Non au système ». Ne répondons à aucune provocation, ni à aucune violence. » Puis ces autres mots : « Vivement prochain… et les suivants… Marcher pacifiquement pour une Algérie libre et (authentiquement) démocratique. » (25.02)

Plusieurs articles avec ces titres : Rassemblement empêché à Constantine, Faible participation à Béjaïa, Bain de foule et accueil enthousiaste pour Rachid Nekkaz à Tizi Ouzou, Un millier de lycéens dans la rue contre le 5e mandat à Jijel… (Le Soir d’Algérie)

Kouchet El Djir, le plus ancien bidonville d’El Bahia, adossé au versant de la montagne Murdjadjo, se propage tel un feu de brousse grignotant de grandes parcelles de terrains forestiers et seuls les murs des casernes continuent à lui résister.  Ici on construit de jour comme de nuit des baraques n’importe où et n’importe comment sans se soucier des risques. Des baraques érigées avec des parpaings au bord d’un précipice, d’autres construites dans des grottes ou sous des masses de rochers… (Le Quotidien d’Oran)

Mardi 26 février 2019

Le général Gaïd Salah déclare : « En cette honorable occasion, je tiens à rendre hommage à la teneur du message de Son Excellence, Monsieur le Président de la République, Chef Suprême des Forces Armées, Ministre de la Défense Nationale, adressé à la Nation à l’occasion de la célébration du double anniversaire de la création de l’Union Générale des Travailleurs Algériens et de la Nationalisation des hydrocarbures, pour ses propos honorables à l’adresse de l’Armée Nationale Populaire. (discours à la 6° RM)

Le 26 février sur France Inter. À 7h55 Benjamin Stora répond à Léa Salamé:   « L’Algérie est à un tournant très important… la différence avec octobre 88 c’est que l’armée utilise aujourd’hui les jets d’eau pour disperser les foules, elle ne tire pas sur les manifestants… l’armée est occupée aux frontières… l’Algérie a changé… ». À 9h05 aux informations:  « Les étudiants algériens sont appelés à manifester » aujourd’hui.

Une photo montre une centaine d’étudiants dans l’enceinte de l’université d’Alger. Sont-ils confinés ? J’ai écrit : Cette image est extraite d’une vidéo de Kh. B, postée en direct, ce matin de mardi 26 à 10h30… Il semble que ce soit des étudiants de l’Université d’Alger. On y entend fréquemment « Pouvoir assassin ». À Oran les étudiants de l’université de l’USTO crient : « Non au 5ème mandat »

Sur FB j’écris : : « L’espoir qu’éclose enfin une Algérie démocratique, libre et heureuse, est non seulement permis, mais tous les jours cet espoir se fait un peu plus réel, il est palpable. À la suite de la désormais historique mobilisation du 22 février (il y a à peine quatre jours), aujourd’hui mardi 26 les étudiants de la plupart des universités algériennes se mobilisent pour dire NON : « non au système, » « non au 5° mandat »…, crier « Pouvoir assassin » Réclamer « Djazaïr Horra, democratia»… De très nombreuses vidéos circulent ce matin (en direct) sur FB montrant des étudiants manifestant à Alger (fac centrale), à Oran (USTO), Constantine (ENSC), Sétif (Univ. Lamine Debaghine), Biskra (Université Med Kheider), El Oued, Bejaïa, Bouira, Médéa, Laghouat, Guelma, Tamanrasset (Centre universitaire Aménokal Hadj Moussa), Annaba (Univ. El Bouni), Boumerdes (Univ. Mohamed Bouguerra), Djelfa, Bordj bou Areridj, Batna, Oum el Bouagui…  Et ça continue… »

J’ajoute : « Scander uniquement  « NON AU 5° MANDAT » = est un véritable piège ! »

El Watan publie « L’ultime appel à la raison ». Un texte magnifique. « Djamel Zenati, figure du combat démocratique et Addi Lhouari, sociologue engagé signent une tribune dans laquelle ils estiment que «le départ de Bouteflika est une exigence populaire légitime et indiscutable». Ils appellent à la mise en place « d’une transition démocratique orientée vers la construction d’un Etat de droit. C’est la seule issue salutaire pour le pays ». Ils interpellent fortement l’institution militaire qui, selon eux, « se trouve devant un choix historique» et que «l’intérêt stratégique du pays lui commande de se mettre du côté de la population et au service de la solution. Elle doit jouer le rôle de facilitateur et de garant de la transition démocratique» écrit en préambule le rédacteur du quotidien. De son côté Liberté écrit : « Dans un appel rendu public, hier, et signé conjointement par Djamel Zenati et Lahouari Addi, le duo a traité de la situation actuelle du pays et a appelé le régime à céder la place, sans recourir à la répression, donc à l’embrasement. »


Ces mots sous une photo montrant des journalistes qui protestent : « Sit-in des journalistes de la Radio nationale, aujourd’hui mardi 26 février 2019_ Bravo à Meriem Abdou, qui s’est opposée à la censure, dès samedi 23 février (et qui, en conséquence, a subi les foudres de ses chefs) »

Suite à la vision d’une vidéo sur le mur de Nacera M. j’écris : « CNEWS n’a trouvé mieux que ce titre et c’est regrettable : ‘‘Algérie : des manifestants contre un 5° mandat’’ et Yasmina Khadra fait pire en disant ‘‘les Algériens ne sont pas contre Bouteflika, ils sont contre un 5° mandat’’ (min 2’45). Les Algériens sont contre ‘‘le pouvoir’’, contre ‘‘le système’’, contre ‘‘le 5° mandat’’, contre ‘‘el mamlaka’’… Le piège est que justement on ne s’oppose qu’au 5° mandat.

Une cinquantaine d’avocats se sont rassemblés hier devant le tribunal de Abane-Ramdane. Ils ont dit non à un cinquième mandat, à la répression des libertés et réclamé le respect de la Constitution. En dépit d’une grande présence policière, aucun incident n’a été enregistré. (Le Soir d’Algérie)

L’école renoue avec la grève à partir d’aujourd’hui et pendant deux jours. Le collectif des syndicats autonomes, initiateur de cette action, appelle à la mobilisation des enseignants autour de ce mouvement, qui sera accompagné, demain, par des rassemblements devant les Directions de l’éducation des wilayas de Blida, Laghouat, Batna et Relizane. (Le Soir)

Le sérail semble tourner le dos à la principale revendication exprimée on ne peut plus clairement par les milliers de manifestants sortis, vendredi dernier, à travers presque l’ensemble du territoire national, qui ont signifié leur refus catégorique d’un cinquième mandat pour le président de la République. C’est, encore une fois, à Ahmed Ouyahia auquel a été dévolue la mission de divulguer la lecture faite en haut-lieu des manifestations populaires inédites du week-end dernier, récusant ouvertement un cinquième mandat pour le président de la République, candidat à sa propre succession à l’occasion du scrutin prévu le 18 avril prochain. Et c’est en tant que Premier ministre qu’il l’a fait, hier lundi, devant les députés lors de sa présentation de la déclaration de la politique générale de l’exécutif qu’il coordonne. «Que ceux qui s’opposent au 5e mandat l’expriment de façon démocratique le jour des élections», a, en effet, tonné Ouyahia comme pour écarter toute option de retrait de Abdelaziz Bouteflika de la course présidentielle du printemps prochain. (Le Soir)

Maître Mustapha Bouchachi, parlant des manifestations prévues pour ce vendredi 1° mars : «J’espère qu’elles seront pacifiques. Je souhaite que les Algériens et les Algériennes participeront à ces manifestations pacifiques. Ce vendredi 1° mars est très important pour les Algériens et les Algériennes, pour sortir ce Système qui a pourri le pays. »

La commission de l’organisation de la Coupe d’Algérie de la Fédération algérienne de football (FAF), qui après avoir reporté la rencontre JSM Béjaïa-Paradou AC, comptant pour les quarts de finale aller de la Coupe d’Algérie, pour «des raisons d’ordre public», prévue initialement samedi 23 février, l’a finalement programmée pour samedi 9 mars au stade de l’Unité maghrébine. Le match retour est, par ailleurs, prévu pour vendredi 29 mars au stade Omar-Hamadi de Bologhine. (Le Soir)

« Avec son sang-froid ordinaire, le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia, a commenté avec «un discours modéré» et avec «des termes bien soignés»,  les manifestations hostiles au cinquième mandat, du 22 février dernier, à travers plusieurs wilayas du pays. – Lors de la présentation, hier, de la déclaration de politique générale devant les députés de l’Assemblée populaire nationale (APN), Ahmed Ouyahia, a précisé que « le peuple algérien a le droit d’exprimer son avis et la constitution lui garantit le droit à la manifestation et aux rassemblements pacifiques, dans le cadre de la loi ». Et d’enchaîner «Dieu merci, ces marches qui ont drainé un nombre important de contestataires à travers certaines villes du pays étaient pacifiques». Mais, précise-t-il «nous appelons tous nos citoyens à plus de vigilance par le fait que ces appels à la manifestation sont anonymes et on en ignore la source». Et de préciser qu’aujourd’hui, ces appels sont pour des manifestations pacifiques mais demain, il se pourrait qu’il y ait des appels d’un autre genre, craint-il. (Le Quotidien d’Oran, 26.02)

Mercredi 27 février 2019

Le 27 février : « Hier Canal Algérie, durant une minute, nous a montré des manifestants portant drapeaux et chantant Kassamen. Aucun slogan contre le système (très nombreux) n’est visible. À part l’exécrable « wontoutri » (exécrable car mots creux, béats, vidés de tout contenu éclairé, intelligent), aucune parole audible, juste un immense brouhaha. Le commentaire du « journaliste » est malhonnête (peut-il faire autrement ?) nous explique que tous ces étudiants réclament « des réformes » (« islahiyates » dans la vidéo), alors que les étudiants demandent à ce que les responsables politiques DEGAGENT. »

27.02 : Voici les titres du Quotidien d’Oran et de El Watan de ce matin –

Titre de El Watan : « Mobilisation des étudiants contre le 5° mandat : Impressionnant ! »

Titre de Le Quotidien d’Oran : « Contre un 5° mandat et pour le changement, des milliers d’étudiants dans les rues. »

Pourquoi le titre du Quotidien d’Oran est juste et celui d’El Watan faux ou tendancieux, disons incomplet. Le premier ne soutient pas Ghediri (ni les autres postulants). Plus tard dans la journée, El Watan rectifie (à la suite de nombreuses critiques sur FB contre le journal) en ajoutant un article : Les étudiants en marche contre le 5° mandat et le système : la protestation vers de nouvelles conquêtes.

27.02, j’écris : « Voici un texte, émouvant et puissant, de notre chère Ghania Mouffok, un des plus beaux textes que j’ai eu à lire sur la situation faite aux Algériens par une bande d’imposteurs. Au-delà de Bouteflika c’est l’infamie imposée par “la Djemaa” depuis 1962. Mais “Les Invisibles” se sont réveillés ce 22 février 2019 pour dire à cette : Djemaa: « 57 ans baraket »

Prenant admirablement le relais de la contestation citoyenne anti-5° mandat, les étudiants sont sortis, hier mardi, dans toutes les wilayas du pays, ou presque, pour signifier, à leur tour, leur rejet du 5e mandat.( Le Soir)

Il affirme que Bouteflika se rendra au Conseil constitutionnel dimanche prochain. Sellal confirme l’option du 5e mandat (Manchette de Le Soir)

Annaba. Avocats et étudiants contre le 5e mandat. Intervenant le lendemain de la réprobation du cinquième mandat par les avocats d’Alger, un sit-in similaire a été tenu devant la cour de justice de Annaba par leurs homologues du barreau de cette ville. (Le Soir) À l’instar des autres universités du pays, des milliers d’étudiants de l’Université Akli-Mohand-Oulhadj de Bouira ont répondu présents à l’appel de la communauté estudiantine à travers le pays pour des marches contre le 5e mandat de Bouteflika. (Le Soir) Comme prévu, les étudiants du centre universitaire de Mila étaient au rendez-vous, ce mardi 26 février, pour exprimer leur solidarité avec les manifestants du vendredi 22 février, contre le 5e mandat. (Le Soir) Des milliers d’étudiants à travers les trois universités de Constantine se sont rassemblés, hier à partir de 10h dans l’enceinte de leurs campus respectifs, pour exprimer leur rejet d’un nouveau mandat du Président Bouteflika.  (Le Soir) Manifestations contre le 5e mandat Les étudiants de l’Université d’El-Tarf marchent. Ils étaient plus de 1 500 étudiants de l’Université Chadli-Ben-djedid d’El-Tarf à marcher en empruntant le boulevard principal appelé, et ironie de l’histoire, «rue de l’Indépendance», et ce, pour exprimer leur refus d’un 5e mandat pour le Président-candidat. (Le Soir) Tizi Ouzou Une foule immense d’étudiants de l’UMMTO contre le 5e mandat. Près de quatre mille étudiants de l’Université de Tizi Ouzou (UMMTO) ont investi la rue, dans la matinée d’hier. Une marche grandiose qui a sillonné les principales artères de la ville et qui est venue à la suite de l’appel adressé à la communauté estudiantine dans les quatre coins du pays. (Le Soir) Jijel. Des milliers d’étudiants dans la rue contre le 5e mandat. Comme il fallait s’y attendre , les étudiants de l’université Mohamed-Seddik-Benyahia de Jijel ont répondu massivement hier mardi au mot d’ordre de protestation lancé à travers les réseaux sociaux. En effet, des milliers d’étudiants de l’université Mohamed-Seddik Benyahia sont descendus dans la rue pour exprimer leur rejet contre le 5e mandat du candidat-Président Abdelaziz Bouteflika. (Le Soir) Les étudiants d’Oran ont manifesté. Déterminés pour que ça reste pacifique ier, ils étaient des centaines d’étudiants à observer, dans un premier temps (dès 9 heures), des rassemblements au sein même de leurs enceintes universitaires, tous en réponse à un appel lancé via les réseaux sociaux, afin de dire non au 5e mandat et également, nous confient certains d’entre eux, pour se démarquer des organisations estudiantines qui se sont déclarées en faveur de la continuité. (Le Soir) Vers 11h et ce, jusqu’à 12h30, des étudiants des neuf facultés de l’Université Djilali-Liabès de Sidi-Bel-Abbès ont mené une marche pacifique contre le 5e mandat du Président sortant Abdelaziz Bouteflika. (Le Soir).

Ailleurs, dans d’autres villes, les étudiants se sont mobilisés. Le Soir du 27.02 leur réserve plusieurs articles dont voici les titres : Béjaïa : Des milliers d’étudiants dans la rue. Sétif : Les étudiants disent non au 5e mandat, Chlef : Près d’un millier d’étudiants ont marché, Blida : Les étudiants des Universités de Blida et d’El-Affroun ont marché pacifiquement

Dans un message audio (enregistrement anonyme) on entend une discussion téléphonique entre Abdelmalek Sellal (ex 1° ministre) et Ali Hadad (patron du CFE) : « Sellal parle de mobiliser les troupes et veut faire un forcing pour empêcher les autres candidatures. »

Un appel pour un sit-in des journalistes de Constantine pour le lendemain. J’écris : Vendredi 22 février des dizaines de milliers de citoyens, hier les étudiants, aujourd’hui des journalistes, demain les avocats. Après-demain Vendredi 1° mars tout le peuple ? »

Le ministre de l’Intérieur et le Wali de Djelfa se souviendront longtemps de cette virée…. Les habitants scandent « Dégage! dégage! dégage!… »

Appel à manifester ce 1 mars de là Fédération Nationale du Secteur de l’Enseignement Supérieur

« À 19 heures j’ai repris une vidéo « pas très catholique ». C’est en fait une conversation téléphonique entre deux personnalités importantes du « milieu » (responsables). Mais qui a enregistré cette communication? Manipulation? Je l’ai supprimée. » Jeune Afrique 11.10. 2018)  écrit : « Suite à l’arrestation de l’un de ses journalistes, le groupe médiatique Ennahar a porté plainte mardi 9 octobre contre les services de renseignement, et diffusé à l’antenne un enregistrement compromettant un de leurs responsables. Du jamais vu en Algérie. »

Le général Gaïd Salah tient deux discours différents, diffusés tous deux à la télé : dans le premier (diffusé à 13h), il adopte un ton menaçant à l’égard des manifestants contre le 5e mandat du président Bouteflika. Il s’élève contre « ceux qui veulent pousser les Algériens vers l’inconnu à travers des appels anonyme ». Dans le deuxième (diffusé à 20 h), il est compréhensif. Il a déclaré que « l’Algérie a payé un lourd tribut afin de recouvrer sa sécurité et sa stabilité » il a ajouté qu’il réaffirmait « son engagement personnel à réunir toutes les conditions favorables au bon déroulement de la prochaine élection présidentielle dans un climat de quiétude, de sérénité, de sécurité ». (Madjid Makedhi- El Watan 28.02). On trouve le même constat à Liberté de la veille : « Après avoir brandi la menace, à peine voilée, à l’égard des manifestants, le général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, semble s’être rétracté, puisque le passage évoquant les manifestations et diffusé par la télévision publique, dans son discours tenu hier (26.02) à Tamanrasset, a été supprimé dans le texte publié sur le site du MDN et de l’APS. (Liberté)

Benjamin Griveaux, porte parole du gouvernement français déclare : « On a pris note de la décision du président Bouteflika de se porter candidat à l’élection présidentielle… On souhaite que cette élection se déroule dans les bonnes conditions en assurant la transparence de la campagne». Au centre ville de Annaba, des avocats ont tenu un rassemblement devant le nouveau tribunal, pour protester contre le cinquième mandat.

 Les Algériens ont été de nouveau appelés manifester demain à travers l’ensemble du territoire national. Jugé «crucial» par plusieurs acteurs politiques, le rendez-vous alimente depuis plusieurs jours les discussions des citoyens. Inévitablement, les «invitations» à sortir nombreux dans les rues du pays se multiplient sur les réseaux sociaux à la veille de l’évènement. L’appel, pourtant anonyme cette fois encore, a trouvé grand écho chez les internautes. Sur Facebook, la mobilisation est de mise depuis un moment, mais elle semble déjà dépasser l’espace virtuel. (Le Soir)

Des milliers d’étudiants manifestent pacifiquement à Alger dans les campus et à l’extérieur contre le 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika. La CGATA (Conf. Générale autonome des travailleurs en Algérie) appelle à manifester le 1° mars et le PST appelle à une grève générale pour contraindre le pouvoir à abandonner son projet de 5e mandat.

Des partis et des forces politiques de l’opposition rejoignent le mouvement populaire  et soutiennent les manifestations notamment la marche prévue pour ce vendredi 01 mars 2019. Le Front des forces socialistes (FFS) a appelé « ses militants, ses élus, ses sympathisants et l’ensemble du peuple algérien à participer massivement et à œuvrer à la préservation du caractère pacifique des manifestations politiques et populaires ».

Des partis politiques (FFS, UCP de Zoubida Assoul) rejoignent le mouvement populaire  et appellent à manifester notamment le vendredi 01 mars 2019. Une dizaine de journalistes sont brièvement détenus après avoir participé à un rassemblement dénonçant les restrictions de couverture «imposées par (leur) hiérarchie». Plusieurs personnalités nationales ont signé une «Déclaration au peuple algérien» dans laquelle elles appellent à participer aux manifestations de demain. Les signataires, parmi lesquels le Commandant de la Wilaya IV, Lakhdar Bouregaâ, l’ancien chef de gouvernement Ahmed Benbitour et l’ancien ministre Abdelaziz Rahabi, saluent le soulèvement populaire pacifique qu’ont connu les villes du pays vendredi 22 février, et appellent les autorités à cesser «de sous-estimer» et «d’insulter» le peuple algérien en soutenant la candidature de Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat.

« Après plusieurs manifestations contre un cinquième mandat du président de la République, c’était au tour des étudiants de se mobiliser, hier mardi 26 février. Ils étaient en effet des milliers d’étudiants à se rassembler devant l’ensemble des universités d’Alger, ainsi que dans d’autres wilayas, pour protester contre le cinquième mandat du président de la République.

A Alger, des rassemblements ont eu lieu à la Fac centrale, l’université de Saïd Hamdine, l’université de droit de Ben Aknoun, ainsi que l’USTHB de Bab Ezzouar. Outre la contestation contre le cinquième mandat, les manifestants ont appelé au changement. Au centre-ville d’Alger où se trouve la faculté centrale, un important dispositif sécuritaire, mis en place depuis vendredi 22 février, a été renforcé… A Oran, les étudiants de plusieurs facultés et écoles nationales de la wilaya ont investi, hier, la rue pour exprimer leur refus du 5e mandat. Les étudiants de l’Ecole nationale polytechnique d’Oran (ENPO), «Maurice Audin», étaient en effet les premiers à battre le pavé aux environs de 10h du matin avant d’être rejoints par leurs camarades du campus Taleb Mourad (ex-IGMO) de l’université Oran 1, puis par leurs collègues de l’USTO… A Constantine, tous les campus ont vibré hier aux cris scandés par des milliers de voix, «Non au 5e mandat»… En fait, depuis quelques jours, un appel à se réunir à 10 heures dans l’ensemble des universités a été lancé sur les réseaux sociaux, en vue de manifester. Enfin, Selon une déclaration signée par 29 universitaires et qui a circulé lundi 25 février, il est clairement souligné que: «Nous devons nous engager à fournir les moyens politiques qui empêcheront que s’installe le vide qui permettra la reproduction d’un système politique usé. Notre responsabilité est de paver le chemin de la société qui trace sa voie vers la liberté et la justice, qui mettront fin, définitivement, à un système qui a produit violence et corruption». Les contestations déclenchées depuis le 22 février dernier réussiront-elles à ébranler un pouvoir ? (Le Quotidien d’Oran)

Jeudi 28 février 2019

Dans le Figaro du 28 février, Boualem Sansal écrit : « C’était réjouissant de voir les gens sortir de leur longue et insupportable léthargie et venir, très civilement, rappeler au pouvoir qu’ils existent et qu’ils veulent vivre. Surpris par leur soudaine hardiesse et par le silence confus du pouvoir, les manifestants en profitent, ils parlent, crient, font la fête, ils voient l’avenir s’illuminer devant eux »

La roue de l’exigence de liberté était lancée « Jazaïr horra, démocratiya ».

« La France souhaite que le scrutin du 18 avril se déroule dans de «bonnes conditions en assurant la transparence de la campagne». Le porte-parole du gouvernement français Benjamin Griveaux a expliqué, à l’issue d’un conseil de gouvernement, que la France «souhaite que la présidentielle du 18 avril en Algérie permette de répondre aux aspirations profondes» de la population algérienne, ajoute Benjamin Griveaux. «C’est au peuple algérien et à lui seul qu’il revient de choisir ses dirigeants, de décider de son avenir et cela, dans la paix et la sécurité», a t-il dit, en réaction aux manifestations populaires qui sont organisées depuis vendredi dernier… (Le Quotidien d’Oran, jeudi)

« Le mouvement populaire spontané du 22 février 2019 est salvateur à plus d’un titre. Il démontre de façon précise que tout ne peut pas s’acheter pour arracher le silence de la majorité de la population. Le pouvoir s’est de nouveau trompé dans son aveuglement populiste. Il croyait à tort que la réaction du peuple dans sa majorité, serait identique à celle de « sa » clientèle domestiquée et sous tutelle… (M. Mebtoul – Le Quotidien d’Oran)

Le jeudi 28.02 , je poste un encart sur fond bleu vif et en caractères majuscules : « Un rendez-vous unique avec l’Histoire : Demain vendredi 1° mars 2019 (ou : ACTE 2), des millions d’Algériens manifesteront pacifiquement dans toute l’Algérie : les travailleurs de l’éducation, les employés de la santé, les journalistes, les avocats… tout le monde, les chômeurs, les commerçants, les étudiants, les femmes au foyer… les associations, les organisations, les syndicalistes, les joueurs, les supporters. Tous seront présents pour dire à la « Djemaâ » du Système : « Dégagez ! » »

Auprès du Relais-presse, je retire un dictionnaire de Russe commandé chez Rakuten… où je me rendrai bientôt. Mais avant, j’aurai le temps de manifester à Marseille, à Alger. Les Algériens sortiront, de plus en plus nombreux, de vendredi en mardi et de mardi en vendredi. Un bout de chemin a été parcouru. Beaucoup demeure encore devant nous. Patience et persévérance…

C’est décidé, après Marseille je descendrai à Alger manifester

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Pour plus d’informations sur le Hirak (que j’appelais Révolution de velours), lire sur mon blog :

(Articles nombreux + photos + vidéos…)

CLIQUER SUR LES TITRES POUR LIRE:

632_ Révolution de velours

633_637

638_ Révolution de velours en Algérie_ Images et chants

639_ Révolution de velours en Algérie_ Alger 27 mars 2019

640_ Révolution de velours en Algérie_ Alger 28 mars 2019

641_ Révolution de velours en Algérie_ Alger 29 mars 2019

642 _ 643

644_ La Révolution du 22 février 2019 racontée à ma petite fille – Acte I

645_ La Révolution du 22 février 2019 racontée à ma petite fille. Acte II

646_ La Révolution du 22 février 2019 racontée à ma petite fille. Acte III

647_ La Révolution du 22 février 2019 racontée à ma petite fille. Acte IV

648_ La Révolution du 22 février 2019 racontée à ma petite fille. Acte V

649_650

651_ La Révolution du 22 février 2019 racontée à ma petite fille. Acte VI

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Bourdieu, le journalisme, là-bas, ici.

À propos de la profession de journalisme, de Pierre Bourdieu.

À propos de Bourdieu, de Sayad des amis de l’époque parisienne…quelques souvenirs avec à la clef les interventions du sociologue.

Il y a 18 ans, le 23 janvier 2002 disparaissait à 71 ans Pierre Boudieu, un ami des Algériens. Cet éminent intellectuel (directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, professeur titulaire de la chaire de sociologie au Collège de France,) était engagé contre le néolibéralisme et la politique socialiste en France. Il était « Pour une gauche de gauche ». Très jeune, il fut assistant à la faculté d’Alger. Ses écrits sont très nombreux, (« Les héritiers », « Le sens commun », « La reproduction », « Raisons pratiques », « La misère du monde »- sous sa dir.-…  )

J’ai eu l’honneur de le rencontrer le 13 mars 1999, grâce à notre cher ami Mouhoub Naït Maouche, grand militant du FFS. C’est Bourdieu qui est venu vers Da Mouhoub, et c’est comme ça que nous avons discuté. J’avais été moi-même « en recherche sociologique » quelques années auparavant avec  P. Lantz, A. Kadri et P. Champagne, très proche de P. Bourdieu. Ce jour-là, nous étions nombreux dans les locaux de Génériques au 34 rue de Citeaux (Paris 12°) pour un hommage à l’autre ami de P. Bourdieu, Abdelmalek Sayad dont il disait qu’il était  « un des plus grands sociologues de sa génération », décédé un an auparavant, le 13 mars 1998 : Mouhoub donc, Mahmoud B., Driss E-Y., Saïd B., des amis de Tamazgha (14°), il me semble qu’il y avait également Abbès H., Said Ch., Hsen T., Ahmed. D. qui venait d’éditer « L’Algérie à l’épreuve » … Il y avait à l’époque effervescence contre l’inique projet de loi d’arabisation, et nous étions à un mois de l’élection présidentielle algérienne qui s’est révélée tordue. Perso, j’achevais « Le temps d’un aller simple ».

Pour revenir à notre journée d’aujourd’hui, en souvenir de Pierre Bourdieu, j’offre son cours télévisé du Collège de France – extraits du livre et émission de télé (1) – à tous les commentateurs et animateurs (télé et presse écrite) plongés ou non dans une « logique d’autorenforcement permanent… à ceux qui voient le monde à partir de leurs seules catégories, de leur seule propre histoire, de leur propre carrière » et qui ne souhaitent pas (continuer à) « penser dans la vitesse ». « Ces deux cours télévisés du Collège de France, présentent, sous une forme claire et synthétique, les acquis de la recherche sur la télévision. Le premier démonte les mécanismes de la censure invisible qui s’exerce sur le petit écran et livre quelques-uns des secrets de fabrication de ces artefacts que sont les images et les discours de télévision. Le second explique comment la télévision, qui domine le monde du journalisme, a profondément altéré le fonctionnement d’univers aussi différents que ceux de l’art, de la littérature, de la philosophie ou de la politique, et même de la justice et de la science ; cela en y introduisant la logique de l’audimat, c’est-à-dire de la soumission démagogique aux exigences du plébiscite commercial.» (in homme-moderne.org).

Ces interventions ont été transcrites (et retravaillées) pour donner ce livre intitulé « Sur la télévision ». Pierre Bourdieu y décortique donc « le système télévision » pas très sain que l’on peut globalement calquer, sans difficulté, sur les médias en général. Il faut aussi lire « Les nouveaux chiens de garde » de Serge Halimi. Cela est valable en France, mais aussi en d’autres environnements, comme par exemple en Algérie où dans le même milieu (celui des médias, pas que la télé), en plus de ce qu’a révélé Pierre Bourdieu pour les médias en France, l’unique ou le quasi unique critère de visibilité est la proximité. Plus qu’un « réseau ». Ça tourne en rond, entre potes, « je t’introduis chez flen, tu m’invites chez felten », où le bousni wen boussek est si répandu que la vulgarité en rougit.

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 1 – Sur la télévision, ed Liber/ Raisons d’agir, 1996 et Sur la télévision, télévision Paris Première, mai 1996. Transcriptions d’interventions de Pierre Bourdieu au Collège de France.

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2 vidéos et 1 livre:

« Sur la télévision » :

« Arrêt sur image » :

Coup de sang et sang d’encre

Coup de sang et sang d’encre (1)

Mais qui a tué qui, qui a fait quoi ? à vous M.M.

Comme de l’eau claire, comme des ombres, les certitudes que vous avez faites vôtres dans les années 90, et que vous n’avez de cesse de répéter, vous collent au corps et à l’esprit, vous aveuglent toujours. Pourtant, ceux qui menaient d’une main de fer et de sang le pays (pas que « le clan Bouteflika », « le régime Bouteflika », il faut arrêter avec ces autres mensonges) et qui récusaient tout questionnement sur leurs méfaits et turpitudes, ceux auxquels vous et vos semblables avez prêté vos plumes et vos bras (merci WikiLeaks), ceux qui (au cœur même de vos rédactions) vous encourageaient dans vos écrits tout en vous mettant vivement en garde, sous peine de sanction financière ou autre, d’évoquer les disparitions forcées, d’évoquer l’implication indirecte ou directe d’éléments de « la Sécurité » dans les crimes contre les civils, ceux qui étaient prêts à « éradiquer trois millions d’Algériens » (et qui ont été dénoncés de l’intérieur même de l’Armée), ceux qui liquidèrent sous vos applaudissements les journaux qui posaient ces questions qui vous empêchaient/empêchent de dormir, ceux-là (les vivants) sont en fuite ou croupissent en prison pour des faits divers très graves, tous ces généraux, vous savez ? Vous vous souvenez, c’était l’époque où d’aucuns (soutenus ceux-là par une autre aile du vrai régime) proposaient de débarrasser l’Algérie de tous ses islamistes et de leur réserver un Bantoustan (à nos nouvelles frontières). Mais qu’est-ce que ces certitudes, ces vérités ?

Je ne vous donne qu’un exemple : parmi les vérités et certitudes qui sont les vôtres, il y la terreur qui a sévi durant les années 90 dont vous (et vos semblables) serinez qu’elle était du seul fait du « terrorisme islamiste », loin, très loin de « Rab Dzaïr ». Votre jugement est fait, peu vous chaut le Droit. Poser la question relevait et relève encore du blasphème (si vous me permettez). S’interroger sur qui tuait dans les années 90 signifiait (menaces à l’appui) et signifie encore, pour vous et vos semblables, être complice des assassins que sont les islamistes (ceux-là mêmes qui manifestent aujourd’hui à vos côtés dans le Hirak), poser des questions c’est par conséquent les dédouaner. Vous êtes expéditif, je traduis : « il n’y a pas question qui vaille ». C’est limpide et la chose entendue. Et vous êtes – bien évidemment – républicain démocrate, pour les libertés, pour une Algérie libre, et pour des institutions fondées sur le Droit.

Mais tout cela vous le savez, c’est pourquoi vous êtes intellectuellement malhonnête. Vous n’êtes pas crédible, pas sérieux. Vous n’êtes pas journaliste, mais un scribe, un secrétaire idéologique. Vous mentez lorsque vous écrivez entre autres que « les “qui tue qui” (ont) politiquement disculpé (le) terrorisme islamiste. » (Liberté, 20 janvier 2020) Quant à nous, nous les « qui-tue-quistes », « les Droitsdel’hommistes » comme vous et vos semblables nous désignez pour vulgairement nous diminuer, pensez donc ! nous continuerons de poser inlassablement aux côtés entre autres des mères de Mai encore en vie, ces mères-courage de la place du 1° Mai, ces mêmes questions qui fâchent les radicaux dont vous êtes. Des questions simples :  « Où sont passés nos enfants ? Qui a ordonné ou exécuté les disparitions forcées, avec quelles complicités ?  Qui a fait quoi durant la décennie de terreur ? Qui a tué ?… » Nous continuerons de poser ces questions simples jusqu’à ce que Justice se fasse, sous les yeux de tous les Algériens, dans le respect du Droit. Dans une Algérie horra réellement démocratique débarrassée pacifiquement, Silmiya, silmiya…, du Pouvoir des généraux.

Ahmed Hanifi.


1_ à la suite d’un article du quotidien Liberté d’hier 20 janvier, intitulé « Islamisme et révolution démocratique », signé Hammouche Mustapha.